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Une partie contre nous-mêmes

Notre Némésis se nomme manque-méthadone (tatatinnnn!)

"On ne meurt pas du manque" Ouai ça c'est sûr. Mais il faut pas mal de somnifères pour parvenir ne serait-ce qu'à dormir un peu, ne serait-ce qu'à pouvoir "rester" une ou deux heures immobiles, juste immobiles, allongés, juste allongés.
Le manque s'installe définitivement quand la "vague" arrive. On la nomme "vague" vu que c'est la sensation la plus sournoise et insupportable qu’on connaisse. Elle arrive doucement par les jambes, elle se manifeste par des impatiences sans fin, comme de sourdes et légères décharges électriques, de quoi rendre assez nerveux eek .
Le manque fait ressentir chaque micro-parcelles de notre peau, il fait disparaitre l'armure psychique qui nous protège des aléas de la vie, tout ce qui touche mais ne se perçoit pas. L’ensemble des choses devient pénible, chaque vibration est ressentie au centuple, une odeur de soufre s'installe, bordel, manquait plus que ça (sûrement dû aux senteurs de goudrons des clopes que d'ordinaire on ne sent pas.)
Le manque c'est une sueur froide à chaque pensée négative.
C'est limite aussi comme une retrouvaille avec celui ou celle que l'on était avant, un retour à la fragilité, à un truc innocent... comment dire ? Les nerfs lâchent. D’ailleurs la musique se vit et se ressent de manière… extrême, presque fusionnelle.
Okay soit. Mais que les religieux la bouclent : la douleur ne mène pas à la transcendance. La douleur ne peut pas être transcendée. Nan, il n'y a rien derrière l'enfer, ni par-delà, ni au-delà. La douleur, c'est un corps dans le corps. Ouai, c'est la douleur qui transcende le corps. Jamais le contraire. On parle toujours du manque. Le manque est partout, mais toujours indiscernable, indétectable, inexprimable, le revers du 7ème ciel mais pas de l'extase. Car le plaisir suprême n'est pas l'extase - personne n'a jamais connu de réelle extase si elle parle d'emblée des sensations "ordinaires" graduelles de plaisir ou de peine. L'extase est autre. Elle ne s'explique pas, ne s'exprime pas. C'est l'en-dehors. L'extase n'est pas corps. Elle est Hors corps, peut-être. Le manque est le corps par excellence, l'organique qui cherche.
Wow on regarde l'heure. 00H00. La nuit sera longue, le train devra être conduit à bon port : atteindre 9H00 (enfer et contre tout). On sera en chien, la peau brulante les os gelés, attendant heure après heure l'ouverture du csapa.
On tiendra, on tiendra. Mal au dos. Ouai on tiendra. D’toutes façons on a pas l’choix... alors.

Le train circule, en plein dans la nuit, phares allumés, fonçant dans la fièvre et l’obscurité. Le train fonce. On ne lèvera pas le pied de l'accélérateur ne serait-ce que dix secondes. On doit le re-refaire. On doit aider le décompte des heures, on doit maudire ce sablier. Allllez, allez… un jour on sera libre. On vit pas tout ça pour des prunes, parole non. Crois-le mon ange.

(Finalement 9H00 arriva...)
Cette belle infirmière, qui a un peu le rôle d'une oracle charismatique, rutilante, n'aura même pas besoin d'attendre notre réponse à sa question "comment ça va ? et ce week-end ? "
Elle nous connait, elle tente toujours de garder un flegme distant, mais au fond elle sait.
Elle navigue entre deux écoles de pensés addictologues, entre l'immersion totale et le relativisme pédant. Elle sait, elle se doute qu'on se sentira libre, aux anges, dès que la fiole de 60mg sera bue d'un trait, suivie de l’autre : plaisir second. Elle n'attend plus aucun commentaire de nous sur le gout sucré-amer, l'amertume du produit et le "je fais encore les fonds à l'eau. Je dépasse tjrs pas ce rituel". La métha coule dans l’œsophage, réchauffe la gorge. On la sent presque atteindre le foie. Illusion. Mais l'apaisement soudain, si soudain, du stress... et ce regard qu'on lance à notre infirmière, gracieuse, totalement attirante... cette sensation d'atténuation directe du mal-être... "j'ai pris ma dose. Tout ira bien. Dans 10 minutes, je planerais dans l'atmosphère." Pfffff… sont-ils réellement de nouvelles illusions ?  Quand le mal disparait, on commence d'entrée de jeu à nous demander s'il était bien réel.
Le sourire des orteils aux oreilles, on a chuchoté une fois, assez fort pour que notre infirmière entende : " ce qu'il y a de bien dans la douleur, c'est quand elle s'arrête."
On sort du csapa, on jette un coup d’œil sur la nuit dans les limbes qu’on vient de passer. On branche notre MP3. Notre zik favorite décolle. On la redécouvre entièrement. Tout comme on redécouvre l’incroyable sensation de bien être quand l’oasis remplace le désert.
Au moins durant quelques temps. Et merde… c’est déjà ça de gagné franchement. C’est déjà ça.
Le jour viendra peut-être où le combat ultime contre cette Némésis se fera sans filets.
Ce jour tant craint où la seule solution sera un sevrage sans substituts : pas d'issue de sortie. Crise de manque jusqu'au bout du bout.
Mais stop. Connerie monstre. Y'aura tjrs une solution. Nous en sommes les preuves vivantes.

Tout de suite maintenant, on profite. On s’étend.
On s’endort…

« Qui vivra verra ? Non !
Qui verra vivra !! »

Catégorie : Tranche de vie - 19 août 2018 à  23:34

Reputation de ce commentaire
 
Waouh. Récit très fort ! Tête de Crêpe
 
Texte mis dans les morceaux choisis de Psychoactif. (filousky)



Commentaires
#1 Posté par : Neyt 20 août 2018 à  13:46
Magnifique... Je me reconnais totalement dans ton texte c'est du grand art...

Mention spéciale au fait de re-découvrir la musique c'est fou ce sentiment des fois je lâche une larme sur un son tellement mon ressenti est décuplé. fume_une_joint

Posté par : Neyt | 20 août 2018 à  13:46

 
#2 Posté par : sud 2 france 20 août 2018 à  15:52
alut, ça me rappelle quelques "mauvaises passes"...

Posté par : sud 2 france | 20 août 2018 à  15:52

 
#3 Posté par : Nils1984 27 août 2018 à  14:53

Neyt a écrit

Magnifique... Je me reconnais totalement dans ton texte c'est du grand art...

Mention spéciale au fait de re-découvrir la musique c'est fou ce sentiment des fois je lâche une larme sur un son tellement mon ressenti est décuplé. fume_une_joint

Merciii Neyt
Ces moments de manques, c'est un peu le chien qui se mord la queue (enfin depuis le temps c'est étonnant qu'elle soit encore là. En fait c'est un lézard ce foutu clebs.)


Posté par : Nils1984 | 27 août 2018 à  14:53

 
#4 Posté par : Nils1984 27 août 2018 à  14:55

sud 2 france a écrit

alut, ça me rappelle quelques "mauvaises passes"...

... qui sont définitivement "passées" ? Enfin oui j'suis con. C'est le but d'une passe.

CiaOo


Posté par : Nils1984 | 27 août 2018 à  14:55

 
#5 Posté par : SPUD 27 août 2018 à  22:11
après le manque  absorbé , c'est la stabilisation ,c'est la phase dans laquelle on se vautre fier de soi ,on recommence tranquillement ,on observe ,on contemple une nouvelle vie sans produits , sans anicroches , tout semble réalisable ,facile et puis ...

Et puis on devine qu'il se trame quelque chose là bas tout au fond du tableau ,comme si il y avait quelque chose ,quelqu'un pour nous retenir  , est ce réellement une vie de se retenir , se contenter de ce qu'il reste ...

Pour certains pas vraiment , il reste des confins à explorer , il reste nos grandes illusions , nos folles hallucinations , il reste juste la matière brute , l'absolu ,l'alcaloïde magique qui fait que nous toxicomanes nous ne pouvons nous contenter de simples restes , il nous faut autre chose ...

UN petit peu de tout et pas beaucoup de rien ( il faut faire durer ... )

Posté par : SPUD | 27 août 2018 à  22:11

 
#6 Posté par : Nils1984 28 août 2018 à  07:02

SPUD a écrit

après le manque  absorbé , c'est la stabilisation ,c'est la phase dans laquelle on se vautre fier de soi ,on recommence tranquillement ,on observe ,on contemple une nouvelle vie sans produits , sans anicroches , tout semble réalisable ,facile et puis ...

Et puis on devine qu'il se trame quelque chose là bas tout au fond du tableau ,comme si il y avait quelque chose ,quelqu'un pour nous retenir  , est ce réellement une vie de se retenir , se contenter de ce qu'il reste ...

Pour certains pas vraiment , il reste des confins à explorer , il reste nos grandes illusions , nos folles hallucinations , il reste juste la matière brute , l'absolu ,l'alcaloïde magique qui fait que nous toxicomanes nous ne pouvons nous contenter de simples restes , il nous faut autre chose ...

UN petit peu de tout et pas beaucoup de rien ( il faut faire durer ... )

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... au final, c'est celui qui aura le plus douillé
qui prendra la plume et écrira l'histoire d'une bande de canailles paumées, perdants magnifiques, qui laissera... une foutue trace dans les esprits 0O (? c'est voulu ? Pas voulu ? )  big up mon SPUD

Posté par : Nils1984 | 28 août 2018 à  07:02

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