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Au rayon 2 



Le poids le plus lourd. « Et si un jour ou une nuit, un démon se glissait furtivement dans ta plus solitaire solitude et te disait: «Cette vie, telle que tu la vis et l’a vécue, il te faudra la vivre encore une fois et encore d’innombrables fois; et elle ne comportera rien de nouveau, au contraire, chaque douleur et chaque  plaisir et chaque pensée et soupir et tout ce qu’il y a dans ta vie d’indiciblement petit et grand doit pour toi revenir, et tout suivant la même succession et le même enchaînement – et également cette araignée et ce clair de lune entre les arbres, et également cet instant et moi-même. Un éternel sablier de l’existence est sans cesse renversé, et toi avec lui, poussière des  poussières! » – Ne te jetterais-tu pas par terre en grinçant des dents et en maudissant le démon qui parla ainsi ? Ou bien as-tu vécu une fois un instant formidable où tu lui répondrais: « Tu es un dieu et jamais je n’entendis rien de plus divin!» Si cette pensée s’emparait de toi, elle te métamorphoserait, toi, tel que tu es, et, peut-être, t’écraserait; la question, posée à  propos de tout et de chaque chose, «veux-tu ceci encore une fois et encore d’innombrables fois?» ferait peser sur ton agir le poids le plus lourd! Ou combien te faudrait-il aimer et toi-même et la vie pour ne plus aspirer à rien d’autre qu’à donner cette approbation et apposer ce sceau ultime et éternel ? »

F.Nietzsche, aphorisme 341 du gai savoir


J’ai fait un rêve effrayant que je classe au rayon 2 : « mauvais rêve »

Je n’ai pas consommé de C depuis quelques jours. Mes bleus aux bras sont déjà tous évaporés, mes veines sont encore une fois intactes comme au premier jour.
Je devrais m’en réjouir, et je m’en réjouis d’ailleurs, mais y’a aussi ce désir qui me prend quand je repense à ces commentaires de pas mal d’amies/amis : « avec des autoroutes pareilles ? Putain mais t’as d’la veine toi ! »
Et j’ai donc le désir ardent d’y renvoyer quelques convois de camions travellers blindés de lueurs et de couleurs électriques, des camions chargés de douces chimies…
Depuis hier j’ai enfin réalisé que c’est mon rapport au rituel de l’injection qui est problématique. Allons Dr. Pavlov, je vous imagine déjà en train de murmurer aux oreilles de vos ouailles : « je l’ai toujours dit ! »

L'aube arrive. Moment magistral parmi d'autres, au niveau des sons qui d'un coup se lèvent comme l'intro d'une symphonie biomécanique. Frais est l'air, ses souffles, ses murmures, sa fusion dans l'éclairage du ciel semble dire bye bye aux lueurs artificielles qui s'éteignent. La respiration du golem aux arrondissements change de rythme, reprend de manière progressive et menaçante.
Je vis la nuit, depuis bien des années, depuis que j’ai stoppé la came, depuis que j’ai replongé et stoppé encore, depuis mon accrochage à cette C à l’effet pour le moins déconcertant
Depuis que j’ai eu la force de me sauver moi-même, d’être mon propre témoin, anti-héros hagard d’un film interactif idiot, associant des sons à des images, des images à des nombres calculés dans l’espace, mon espace-temps viscéralement lié à des musiques s’enchainant les unes aux autres dans une logique holistique que moi seul comprend
« Quelle sera la toute dernière musique, celle qui clôturera ce passage terrestre ? »
La mort tu la vois pas venir. Elle te surprend toujours par derrière. Quand tout sera terminé, tu ne le sauras même pas.

Je voyage avec un démon à mes côtés, un démon angélique pour être précis et pas le contraire, ça j’en suis certain. Démon angélique ? Oui car sa bienveillance équivaut à un esprit sous un effet permanent de valium. Dire haut et fort que cette entité inconnue vogue dans le chaos terrestre avec moi ne signifie rien d’autre que ceci : c’est un art. Un art usuel. Rien d’autre, ça ne fricote pas avec la métaphysique mystico-religieuse et ça se moque ouvertement de la superstition/déraison. Cet art-là est devenu pour moi le seul moyen de transfigurer ma réalité et ma terreur, qui s’accompagne d’un rythme de vie brouillé, bordélique, en décalage total avec mon environnement. A 3H00 du matin la lumière de mon appart au 6ème est la seule visible dans tout le carré bétonné des résidences du quartier.
Un phare au cœur du gribéton ? Mon cul : j’ai juste dormi l’après-midi et je déteste dormir plus de 7 heures. Dormir plus de 7 heures non-stop c’est me réveiller le corps enlacé à la douleur, fusionné dans elle, engouffré dans un vague-à-l ’âme d’hyper-amertume, une amertume qui ne disparait qu’au bout de plusieurs heures de marche dans l’atmosphère électrique et moite de mon arrondissement.
Je souffle sur 3 bougies, je m'allume une autre clope pendant que la dernière se consume seule au bord de la meurtrière.
« Quelle sera la toute dernière musique ? La toute dernière image/pensée ? Quel visage je verrais en dernier ? »

Le voilà ce rêve que j’ai fait :

Je suis condamné par une cour indiscernable que je ne pourrais décrire, sans édulcorer…
Nous sommes plusieurs dans ce cas. Je ne reconnais aucun visage autour de moi. Ce lieu est un mouvement qui n’est pas descriptible et je n’en ai guère envie. Ce que je sais et ressens c’est que ma sentence est un isolement d'un genre particulier :
Je suis solidement maintenu dans une « camisole » de métal, fixée au sol. Je ne peux plus bouger ne serait-ce qu’une épaule. Mais le pire n’est pas mon corps muré dans la terreur, le pire est cet homme qui se tient à mes côtés. Cet homme est celui qui a été désigné par « la cour » pour m’assister, me parler, veiller sur moi. Je ne saurais décrire ce que nous disons, je sais juste que je ne suis pas seul dans ce cas, pleins de personnes condamnées sont également dans cette situation, également assistées par ce qu’on pourrait nommer « aides psychologiques ». Oui, je me souviens avoir conscience dans ce rêve que ce genre de condamnation est limitée dans le temps, mais ce calvaire étant reconnu comme particulièrement éprouvant, des instances juridiques sont désignées pour nous aider, nous parler, éviter que l’on craque. C’est la terreur. J'pleure dans ce rêve j’en suis sûr, j’entends un type à droite crier : « ça y est il craque » mais je sais que l’intensité de ma peine augmente dès que cet homme désigné pour m’aider a fini ses heures, doit rentrer chez lui… il me dit (sans inventer) : tenez-bon, courage Nicolas, à demain.
Il s’en va. Il fait noir partout. Je souffre seul parmi ceux qui souffrent seuls.

Je m’éveille avec en tête ce titre d’Eminem « Fall », qui évidement viendra se fondre dans ce mauvais rêve pour toujours. Moi qui n'ai pas écouté ce type depuis les années bahut.

Bon. Je sais d’où viennent ces projections, ces images d’immobilités totales et cette déchirure/affolement de perdre le contact.
J’ai écrit une scène quasiment identique dans mon récit l’année dernière !
Qui influence qui ? Le monde que j’ai créé dans mon récit dystopique influence-t-il la vie que je mène ou est-ce le contraire ?
Peu importe, j’écris ces mots et je les partage avec vous toutes/tous…
Et je ne me poserais plus aucune question de ce genre…
Car je n’ai plus assez de temps pour ça… sinon écrire sur le temps long.

Bonne nuit ^^ coeur
Paix / Équité / Lumière, pélo…

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Catégorie : En passant - 14 septembre 2018 à  01:40



Commentaires
#1 Posté par : janis 14 septembre 2018 à  06:20

Wahoo...Nils c est....c est tout simplement.
Merci de cette envolée dans ton espace mental. Après une nuit de cauchemars cruels dont je me réveille a peine, j ai l impression d avoir pris une bouffée d'oxygène, d air frais.

Merci
Janis


Posté par : janis | 14 septembre 2018 à  06:20

 
#2 Posté par : ILE 14 septembre 2018 à  07:18

Quel talent!!


Posté par : ILE | 14 septembre 2018 à  07:18

 
#3 Posté par : Drim 14 septembre 2018 à  10:06

C'est incompréhensiblement beau, une douce et angoissante lueur sombre.

Merci Nils.


Posté par : Drim | 14 septembre 2018 à  10:06

 
#4 Posté par : Tête de crêpe 14 septembre 2018 à  11:05

Texte qui secoue. Et cette plume.

Merci Nils


Posté par : Tête de crêpe | 14 septembre 2018 à  11:05

 
#5 Posté par : Nils1984 14 septembre 2018 à  16:29

Janis, Ile, Tête de Crêpe, Drim...

Coucou ^^ je ne sais pas quoi dire, merci à toutes/tous pr vos encouragements, ça requinque le p'tit gars que j'suis big_smile
à plus tard pr de nouvelles aventures (comm dit CraJun') salut


Posté par : Nils1984 | 14 septembre 2018 à  16:29

 
#6 Posté par : Massa 14 septembre 2018 à  21:08

très chouette a lire


Posté par : Massa | 14 septembre 2018 à  21:08

 
#7 Posté par : Artiste de Reve 15 septembre 2018 à  13:08

Salut Nils,
             sympa le cauchemard. Moi je ne fais que des reves érotiques au petit matin


Posté par : Artiste de Reve | 15 septembre 2018 à  13:08

 
#8 Posté par : Nils1984 16 septembre 2018 à  07:38

Artiste de Reve a écrit

Salut Nils,
             sympa le cauchemard. Moi je ne fais que des reves érotiques au petit matin

en fait je fais des rêves (n)é(v)rotiques aussi
'parait qu'c'est la même chose
selon les spécialistes du divan

Mais nOon c'est pas ambigu c'que j'dis bleu-trompette

Nils D. : humoriste. dab


Posté par : Nils1984 | 16 septembre 2018 à  07:38

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