Chapitre I partie 5 / Les Blogs de PsychoACTIF
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Chapitre I partie 5 



C’est seulement après une chorégraphie de bien une dizaine de minutes, ou une heure, ou juste cinq secondes, qu’elles se mirent à parler, en chœur, d’une voix suave qui me hérissait la chair:

        « -Ça semble parfait, ici ! Quel repère pour dégénérés ! Tout est crasseux, tout n’est que mites, c’est exactement dans nos rites. Il suinte déjà le vice, et en a empli toute l’atmosphère de sa tanière ! Oh oui, il ne manque plus que nous. Il a déjà saccagé la vioque mais il a besoin de nous pour le reste. Regardez le avec son teint blafard, patibulaire, sa corpulence malingre, ses cheveux noirs ébouriffés. Ils sont si drôles à voir quand ce ne sont encore que des petits fœtus, encore si sobres, si simples. Il est encore jeune, à l’état de larve douce et peu gluante. Dans quelque temps il aura de quoi tous les engluer dans sa folie.

-Eh les nuisibles, c’est de moi que vous parlez ? Qu’est-ce que vous foutez chez moi ?» leur lançai-je d’une voix hésitante malgré tous mes efforts pour m’affirmer.
   
« -Oh, il s’agite, il se reconnaît, il tombe sous le charme. Il ose même nous parler. Qu’il est drôle à voir décidément, il était temps qu’il nous remarque. Mais, je le sens encore craintif le marmot à la voix fluette.

-Je vous entends les parasites, et j’ai rien à craindre d’un tas de glaire que je peux écraser sous mes doigts, et même si cette morve est douée de parole ! Alors foutez le camp de ma piaule avant que je vous extermine !»

    En vérité, j’étais terrifié, cette mixture gluante arrivait à m’ébranler tout le corps rien que par sa présence. Elle triturait chacun de mes sens. Une odeur de souffre si intense que j’avais l’impression de humer les tétons du diable en personne. Tout mon épiderme se hérissait comme si ma seule envie était de foutre le camp d’ici mais j’en étais incapable. Leur danse était si perchante. Et leurs voix d’ailleurs, quelle prouesse ! Je reconnaissais ces sonorités. Elles ne cessaient de jouer et de revenir sur le triton, cet intervalle du démon pour les superstitieux en tous genres et qui, moi, m’avait légèrement blasé à force de l’entendre. Mais là, c’était différent, elles avaient un timbre cristallin qui avait de quoi me mettre en transe. Elles savaient faire ce que j’espérais pouvoir provoquer chez les autres, et ce que c’était intense. Je pouvais pas m’enfuir, j’étais pris au piège et elles avaient clairement l’avantage ces larves ! Mais je pouvais pas les laisser le croire. Pourtant, j’étais incapable de broncher une once de résistance du tant qu'elles dansaient et me giclaient un discours à la gueule. Elles me paralysaient par chacune de leurs envolées lyriques. Elles décidaient déjà de quand je pouvais leur répondre, fallait que j'attende la fin de chacun de leurs satanés discours à la musique hypnotique. On aurait dit la Devil's Trill Sonata de Tartini, avec ça j’étais déjà une sorte de pantin pour elles.

    « - Eh le morveux, tu vois pas qu’on te veut aucun mal ? Bien au contraire, tu n’es encore qu’une masse informe mais on compte bien te modeler, te sculpter, t’élever jusqu’à tes phantasmes. T’en créer de nouveau et t’y faire parvenir. T’es encore rien d’autre qu’un vide aberrant, un trou à combler, une béance comme tout le monde ! Regarde-toi fanfaronner à tout bout de champ que tu es le roi des crasseux. La vioque, la piaule, les bestioles, tu trônes sur rien. Sors donc de ton monde et personne ne te vois, tu n’es que laideur semblable aux autres, une babiole dont on ne se soucie pas et dont on ne se souciera jamais du tant que tu ne laisseras pas de trace. Colifichet de ton temps, on t’oubliera comme les autres ! Tu te crois ulcère mais tu es lambeau comme tout le monde ! Gnognotte, broutille, fifrelin, oualou, vétille, brimborion, poussière, peau de zébi ! Cesse de croire que tu vaux quelque chose du tant que nous ne te sommes pas encore venus en aide ! Tu boursoufles ton égo mais chaque adversités qui te frappe creuse l’abcès. Tu souffles, tu souffles sans cesse pour te gonfler mais tu es déjà crevé car tu n’es que vide sans fond. Tu t’éreintes à croire que tu pourrais te sauver alors qu’on est les seules capables de le faire. Personne ne se sauve du vide seul ! Vous les humains, vous avez tous envie de tomber dedans si vous n'espériez pas que les autres pourraient vous en tirer. Alors vous essayez de vous impressionner chacun pour que l’un sauve l’autre mais rien ne marche. Autrui est déjà bien trop occupé à essayer de se faire reconnaître par quelqu’un d’autre avant d’essayer de vous estimer. Personne ne te viendra en aide parmi tes semblables. Vous attendez tous le Messie comme les clowns et les clodos attendent Godot. Et, de plus en plus, vous vous êtes résignés à vous dire que personne ne viendra pour vous. Mais, nous, on est là pour toi, on  est les seules à même de te sauver du vide, du fossé de ton existence en le comblant. Plus jamais un événement ne pourra te dépecer de toute ta consistance grâce à nous, on saura te colmater comme il faut. Ne t’inquiète pas tu n’auras rien à faire si ce n’est nous suivre. »

    Ça pour une giclure de verbe, ça en était une bonne ! Elles m’avaient tétanisé mais c’est pas pour autant que j’allai lâcher le morceau. Foutues bestioles gluantes, elles savaient me remettre en question, c’était pas faux ce qu’elles disaient. Mais comment de vieilles larves semblables à de la sève gluante pouvaient me faire cet effet ? Y a vraiment une aura mystique qui les accompagne ces  bestiasses. Peu importe ce qu’elles sont, je vais pas leur donner raison pour autant, faut que je leur montre que je suis pas un  de ces faibles qu’on marrave comme ça. Le mieux que je pouvais faire au vu l’emprise qu’elles avaient sur moi, c’était tenter de me mettre à leur niveau. Fallait que je copie leur style de parole ampoulé à la « gnan gnan gnan ».

Catégorie : Poèmes - 20 mars 2019 à  16:49



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