Comment j'ai commencé (première soirée et déclin) / Les Blogs de PsychoACTIF
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Comment j'ai commencé (première soirée et déclin) 



Aujourd'hui je me sens livrée à moi-même. Je vais écrire deux postes, celui-ci va retracer les circonstances qui m'ont fait commencer, le prochain parlera plus de mon état esprit du moment. Libre à vous de lire l'un ou l'autre, sachant que j'écris guidée par le souvenir et que ça peut par conséquent être long.

J'ai commencé la défonce ""par accident"" (ou presque). Je n'avais jamais pris aucune drogue auparavant, je ne buvais même pas d'alcool. J'encaissais tellement il y a quatre mois de ça que je me sentais craquer sans exutoire. Auparavant, ce genre d'état m'indiquait qu'il était temps de changer quelque chose dans ma vie. Mais le changement me semblait alors impossible, trop fastidieux, trop culpabilisant.

J'avais encore un appartement mais mon copain, une personne adorable et pleine de problèmes pétait les plombs si je partais, ne fut-ce qu'une journée, de son petit studio. J'essayais tout le temps de maintenir un semblant d'ordre, pour moi et pour mon beau fils qui venait le week-end. Il m'arrivait de me mordre les paumes ou de sortir au parc pendant des heures avec mon beau-fils lorsque mon copain devenait méchant, du à sa méfiance. Je connaissais tellement son potentiel, sa gentillesse, que je n'envisageais pas de le laisser à son sort, bien que personne dans mon encourage ne comprenait. Sa famille s'accrochait beaucoup à moi et j'espérais des jours meilleurs.

Il pouvait m'arriver de sortir dans le couloir de l'immeuble et de fumer un paquet entier de cigarettes, en allumant la suivante avec la précédente. Nos disputes, bien que fréquentes, se terminaient toujours bien, dans des câlins et des excuses.
Mon copain ne fumant que de l'herbe, passif toxicomane et tendances psychotiques nous faisait du mal malgré lui. Comment pouvais-je lui en vouloir ?

La pression devenait trop forte. Je crois bien que je commençais réellement à arrêter de l'aimer, moi qui m'accrochait tendrement depuis des mois, qui pouvait puiser dans mes limites des trésors de résilience. Mon copain parlant sans cesse des soirées qu'il avait l'habitude de faire plus jeune, je ne sais pas comment j'ai fini par vouloir moi aussi connaître cet univers. Je manquais tellement d'amour en fait. Pas dans le sens où je voulais qu'on m'aime, je me savais aimée avec lui, mes amis et ma famille. Mais je voulais juste un amour libre, sans manipulation et sans arrière pensées. Je pensais que les gens qui se droguaient en soirée seraient de ceux là. Pas de jugement, des rires gratuits, une bonté. Tout ce que j'avais pour mon homme et qui avortait en vain contre son impénétrable douleur. Je me suis décidée à y aller, à tester ce qu'il avait testé moi aussi, à me faire d'autres amis, à établir, peut-être, de nouveaux ponts de communications avec lui.

Nous voilà donc un samedi soir aux alentours de minuit à huit dans une petite voiture cahotant sur une route de campagne en plein champs. Je tombe amoureuse, de loin, de la musique, des lumières oniriques qui percent les clairières au loin. Réellement amoureuse. Je sors de la voiture comme dans un rêve. Jusqu'ici tout est exactement comme je l'imaginais, comme j'en avais besoin. Les gens sont cools, décontractés. Il n'y a que mon copain qui est tendu mais je suis fascinée, happée par les décors et les lumières. Au dessus de ma tête, une myriade d'étoiles, la lune, et le rythme lancinant, viscéral des basses.

C'est ici que tout bascule, bien que ma décision de prendre des drogues de façon récréative avait été prise en amont.
A savoir que mon copain a fait la fête pendant plus de dix ans. Toutes ces histoires commencent pas "Ce jour là j'étais sous MD, kétamine, LSD, deux-trois ecsta...". Il était mon SEUL lien avec la drogue. Je n'y connaissais rien, je ne connaissais pas les noms ni les effets. Par conséquent et vu la banalité avec laquelle il ânonnait les substances, je n'avais pas compris qu'elles pouvaient être fortes. C'est très idiot, d'autant plus qu'il m'aurait suffit de faire des recherches.
Mais je lui avais demandé de me chaperonner pour cette soirée et il avait dû me dire quelque chose comme "bien sûr pas de souci". J'attendais donc de cette initiation de pouvoir m'amuser, danser toute la nuit ; de pouvoir voguer sur le sentiment de liberté et d'amour qui régnait partout pour moi cette nuit là.

Mon copain achète donc des ecstas et du LSD. Je prend les deux. J'essaye de lui faire des câlins mais il est braqué, méfiant. Pour une fois je n'ai pas envie de m'en faire et décide de profiter de ma soirée. Je discute donc, je danse, je pense innocemment que je suis déjà sous effets ! Alors que je ne ressens qu'une euphorie sans doute liée au contexte. Je reprend un autre ecsta après que mon copain m'ait dit que c'était ok, de faire ce que je voulais. Je retourne danser et là... Vous devez savoir de quoi je parle ahah
Je commence à entendre des sons supplémentaires, derrière mes oreilles. Au début je n'y prête pas attention puis ça s'amplifie, et les couleurs commencent à devenir floues et à se mêler entre elles. Je me retourne pour voir d'où le bruit vient et c'est le choc. La foule me semble une marée immense. Cinq mètres me séparent de là où était mon copain mais je les voit s'allonger, comme si ça faisait cent mètres. Le son est devenu flou lui aussi, il n'y a que le rythme que je perçois encore distinctement. Ma vision bouge tellement dans tous les sens que je commence à flipper de ne jamais pouvoir marcher jusqu'à lui. J'essaye de faire un pas et c'est comme si le temps se distend, il me semble que ma jambe tombe au ralenti et s'écrase dans un sol mou qui ploie sous elle. Le chemin s'allonge encore, toutes les couleurs sont grises et je ne distingue plus aucun visage. Je crois que je tombe.
Une voix à mon oreille "ça va ?" j'essaye de parler mais ma bouche est trop lourde.
"Quoi ? Je ne comprend rien"
"Mon copain. Aide moi à trouver mon copain"
"Il est comment ?"
Ma bouche est si lourde et je la sens tomber dans ma gorge. J'essaye d'hurler, n'entendant pas ma propre voix "Il s'appelle Mohamed. Et il a une tête de mort blanche dans le dos"
Je m'allonge sur le dos. Mes bras me semblent s'allonger infiniment. Je crois que des trous se creusent autour de moi, qui tombent comme des cascades. Je ne vois plus rien de réel. Même essayer de me toucher est impossible tant mes perceptions sont altérées. Je me demande ce qui m'a pris de prendre des trucs aussi forts. Je sens des bras qui me portent et m'amènent près d'une source de chaleur. A présent quand j'ouvre les yeux je ne vois plus que des myriades de formes géométriques complexes, de fractales s'enroulant et ça me fatigue. Je tombe la tête dans mes bras et ferment les paupières pour ne plus rien voir.

Il y a des voix partout autour de moi qui me donnent des conseils. "Maintenant que c'est fait, essaye d'en profiter". J'en saisis un magnifique, "Tout est dans ta tête. Si tu ne veux rien voir, tu ne vois plus rien"
J'essaye de me parler intérieurement. Je me rappelle à quel point j'étais heureuse et libre de venir ici, alors je commence à me répéter "Puisque tu m'as guidé jusque là et que tu es sous je ne sais quoi, profites en, parle moi, montre moi ce que tu ressens"

Le trip devient incroyable. Je passe des heures la tête dans mes mains à discuter avec moi même, à avoir une autre vision des choses. Je me sens soufflée, explosée, mourir telle que j'étais. Je ne peux pas me lever. Il parait que par moments je suis tombée dans le feu près duquel on m'avait mise (ma doudoune a cramé), je suis régulièrement soulevée et déplacée, moi je me sens inerte, tout est intérieur. Et c'est beau, divin. Quand je réussis à relever la tête, je vois avec une de ces forces cet amour que je voulais ! Partout autour de moi, des visages souriants. Les gens sont aussi trippés que moi. Je commence à parler à tout le monde, on se fait des calins. Quelqu'un me dit "je t'aime" avec la voix tremblante d'émotion puis me serre dans ses bras en pleurant. Je l'aime aussi et ne veux jamais le quitter. Puis d'autres, hommes et femmes, que je trouve sublimes et pour qui j'ai une bienveillance qui dépasse tout.
Je vois même quelqu'un qui est dans la même position que j'étais plus tôt, recroquevillé. Je lui demande ce qu'il a pris, la même chose que moi. Il sue et frissonne, il a l'air effrayé. Je lui demande son nom puis commence à le bercer contre moi, à lui dire que tout va bien. Lorsque je me recule il sourit béatement. Cette soirée est parfaite.

Lorsque le jour se lève, les effets commencent à devenir plus légers. Je suis tellement explosée que je ne veux pas que ça s'arrête. J'achète des champignons et les mâche sans même sentir le goût. Puis je fume et je fume et je fume et des lors j’oscille entre conscience et black out, ma vision définitivement transformée, mon cerveau perdu dans de brumeuses limbes.

Mon copain ne m'avait pas prévenu d'une telle force (ou peut-être suis-je juste réceptive ?). Il ne m'avait pas prévenu non-plus de la durée.
Je rentre chez moi toujours défoncée, toujours sous hallucinations vers dix-neuf heures le lendemain. Le lundi je ne travaille pas et heureusement car c'est toujours le cas. Je sors avec des amis et trippe seule dans les cabines d'essayages. Puis on va au restau où je m'écroule en pleurs puis j'éclate de rire avant de pleurer à nouveau. Je suis incapable de penser. Je crois marcher dans du coton. Tout est brumeux et multicolore.

La semaine de boulot qui suit est sans pareilles. J'ignore pourquoi je suis toujours aussi défoncée, ce qui fait que je passe mon temps à avoir des fous rires. A coté de ça je perd la notion du temps. Par conséquent je ne m'ennuie plus et n'attend plus la fin. En cela je suis plus productive. Ayant toujours du mal à penser, je me met sur une tache puis ne fait plus que ça avec application comme une vraie maniaque, jusqu'à la fin de la journée. Je souris tout le temps. Il me semble que la vie est belle.
Couronnant le tout mes rapports avec mon copain sont mille fois meilleurs. Je me met à fumer du cannabis avec lui (moi qui haissait ça). Impossible de se vexer ou de s'énerver pour rien. Lorsqu'il essaye de m'énerver, je l'ignore.

Je suis tombée amoureuse de la drogue pour ça. Soudain tous mes problèmes disparaissaient. Que ce soit illusoire ou non m'était égal. Je devenais une personne toujours souriante, sans aucune pensée. La MD comme le LSD ne sont pas addictifs mais le fait de pouvoir échapper à mes angoisses et à la réalité l'a été immédiatement. J'ai mis cinq jours à commencer à redescendre et j'ai été obsédée par le fait de recommencer.

Je fais ici une interlude, on m'a prescrit du subutex et j'ai commencé aujourd'hui pour la première fois. Je ne sais pas pourquoi j'angoissais que la dose soit trop faible pour pallier aux douleurs donc j'ai pris deux comprimés. Je continue d'écrire parce que j'en ai envie mais ma tête tourne énormément alors je ne sais pas si ça va affecter l'écriture ou non et si c'est le cas je m'en excuse par avance pour la suite.

Reprenons donc. J'ai eu immédiatement envie d'en reprendre. J'ai commencé à faire des recherches sur la MDMA, c'est comme ça que j'ai connu psychoactif. J'ai aussi appris que j'avais probablement surdosé et qu'il fallait être prudent, respecter un écart entre deux prises. En même temps je voyais mal comment je pouvais attendre deux mois avant de revivre ça. Je me disais de toute façon que cet état, je ne l'oublierai pas, qu'il affecterait ma façon de vivre meme sans rien, que je me souviendrai d'être heureuse. En fait ça ne s'est pas passé comme ça.

Le samedi d'après je voulais resortir et je n'ai pas pu. Mon copain avait été jaloux que je fasse des calins à d'autres personnes et ne voulait pas que je sorte sans lui. Il ne me l'a pas interdit, il n'est pas comme ça, mais le voir souffrir m'est difficile alors je n'avais pas envie de l'angoisser et il devait garder son fils donc je suis restée avec eux. Bizarrement j'ai eu un "craving" de MD, ou de LSD, bref de l'état dans lequel j'avais été. J'ai commencé à stresser et à me sentir malheureuse. Je voulais en trouver et en prendre chez moi mais à part mon copain je ne connais pas de personnes qui consomment alors c'était impossible.

Le lendemain c'était pire, je stressais et j'étais irritable, après coup je pense que c'était peut-être juste un effet de la descente mais sur le coup je ne voyais pas comment je pourrais etre de nouveau heureuse ou m'amuser sans. Le soir je me suis shootée au poppers jusqu'à voir des étoiles mais bon... ça dure une minute quoi et je commençais à avoir mal au crane. Le lendemain j'étais invitée à une soirée. Je n'avais qu'une idée en tête, en retrouver sur place.
C'était une soirée en appartement et personne ne consommait ce genre de trucs. Je me suis ennuyée toute la soirée. Et à ne plus penser qu'à ça.

La semaine passe, par moments je suis surexcitée, d'autres abattue, je pense constamment "ce serait mieux avec". Même les moments de bonheur, "ça pourrait être encore mieux".

Une autre interlude, j'ai commencé cette note à midi, il est minuit et je suis trop à l'ouest pour écrire. Je pense que jusqu'ici ça m'a fait du bien de retracer tout ça. Peut-être que c'est thérapeutique. J'ai envie de tout arrêter, toutes les drogues, l'écriture rentre dans le processus. Pour ceux qui ont déjà testé le subutex, ça a marché pour vous ?

Bonne soirée/journée à tous ceux qui m'ont lu (ainsi qu'aux autres), j'écrirai la suite plus tard

Catégorie : Tranche de vie - 14 décembre 2018 à  00:03

#euphorie #LSD #codéine #cocaïne #debut #MDMA



Commentaires
#1 Posté par : Drim 15 décembre 2018 à  11:09
Salut, quel première fois!! Sacré candyflip (LSD+MDMA).
Je comprend pas trop la chronologie, l'histoire du subutex. Quand c'est déroulé ce premier trip?

Le LSD et la MDMA ne provoquent pas de dependance physique mais psychiquement c'est pas la même. Les états exacerbé qu'ils provoquent on tendance a etre puisé dans la reserve de tes états a jeun. C'est important de retrouver un equilibre a jeun avant de reprendre de la MD et du LSD sinon ça peut vite changer ton psychisme et tu peux te perdre dans tes consos.

Sacré histoire en tout cas, pour une première fois, quand tu ecris que tu a redrop un exctas alors que le premier était pas monté.

J'ai l'impression que de l'eau a coulé sous les ponts depuis cette histoire.

Merci du partage

Posté par : Drim | 15 décembre 2018 à  11:09

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