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La vérité terrifie

Nietzsche a vu que la douleur de notre existence est sans recours, que les illusions et les mensonges pour l'éloigner de nous sont vains. Face à l'angoisse de cette vision, il sut rester «véridique», mais par la suite, avant de succomber, égaré dans la forêt de la connaissance, il excita les «animaux de proie bigarrés» et exulta dans la terreur et dans le désespoir pour se montrer en lutteur victorieux. Les chasseurs de la douleur, avant Socrate, sortirent vivants de cette forêt.

(G.Colli)

— Je te connais, ami, et tu me connais. J'ai pu te sauver cette fois, mais le pourrai-je encore si tu t'engages si fréquemment, dans le danger ?... Pourquoi fuyais-tu la fournaise du carnaval pour les puits glacés du suicide ? Ne sais-tu pas que la folie nous est accordée comme secours, et qu'il n'y a pas toujours de honte à déchoir ?..."

(M.D.Ghelderode)


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Accepte !!

Le 15 novembre, j’ai stoppé la méthadone après 10 ans de conso chronique à haut dosage (de 80 à 120 mg… jamais en dessous)
Depuis cette date j’ai tenu bon.
Je me propose donc d’écrire ce petit billet en guise de bilan, ou de témoignage, je ne sais pas vraiment. Ce que je sais, là, maintenant, définitivement, c’est que la métha c’est fini. Ce n’est pas un cri de victoire Athénien, et pour cause : je carbure à la buprénorphine. C’est strange n’est-ce pas ?
Limite n’importe quoi. Limite indécent : « comment il peut se permettre de dire qu’il a décroché si il s’aide d’une molécule antagoniste, ce con là ? »

Le manque c’est en soi un cauchemar dont la fin est imprévisible. Ma façon sincère de le relativiser au fur et à mesure que « continu le monde » me permet d’amoindrir son non-sens et ses assauts douloureux. Alors voilà, petite histoire lambda, petite victoire dérisoire - mais éprouvée -  : Il ne s’agit pas là d’un calvaire, comme ce cauchemar incessant que vivent nos frères et sœurs dans les parties du monde atomisées par la démence Occidentale.
Relativiser c’est faire preuve de respect envers les personnes noyées dans un enfer véritable. Relativiser c’est aussi actuellement le moyen de ressourcer ses batteries, afin de contribuer dans les temps futurs à apporter de l’aide à celles et ceux dont la proximité du vécu me parait fusionnée au mien ; tout comme un écrivain subversif disait : il n’y a pas dans le monde des révoltes séparées, mais une révolte commune, un sens commun, suivant une histoire commune. Un seul plan séquence. Un seul.

Souhaiter sortir vivant de cette forêt "tortueuse" qu’est cette forme de décrochage que je me fais vivre volontairement c’est donc à mes yeux / mon mental bien niqués l’idée transporteuse de me préparer à agir pour les autres. Hey ! De toutes façons, j’ai beau me dire qu’il y a de l’asociabilité, de la misanthropie dans ma solitude effrénée, ça n’en demeure pas moins qu'c’est pour mes semblables, les autres que j’écris, que j’imagine, que je fabrique… de la foi.
Je reprends là ici quelques mots écrits à une complice (oui. Complice…)

Je suis dur à suivre car quand je suis sérieux on pense que je rigole, quand je rigole on pense que je suis sérieux. Va savoir toi si là tout de suite je rigole. Ou l'inverse. Haha je rigole. Bref... J'étais sans thune, en manque, et blindé d'idées créatrices impossibles à exprimer ni exécuter car le manque annihile tout jusqu'au besoin même de respirer (ça c'est excessif à souhait. J'adooore.) C'est pénible, c'est long, c'est tout le corps qui trinque, c'est fourbe comme sensation, ça vient ça part, chaque sensation est vécue au triple, et les vibrations sont ultra négatives, même le contact de l'eau est intolérable. Le manque... j'ai perçu enfin ce que c'était métaphoriquement : un puits vide. Vidé/privé de sa substance. Et le corps se constitue de milliards de ces puits. J'ai vécu avec ces puits blindés pendant 10 ans. Aujourd'hui je te raconte au fur et à mesure ce que c'est que de stopper tt ça, le sub m'aide, ça semble ne pas suffire, mais je préfère en rester là. Je ne reprendrais pas, jamais de métha. Car c'est belle et bien la métha qui est au cœur de cette période de vie pour le moins explosive. Qui à mon avis me fait passer pour un dingue aux yeux des autres, des voisines, des voisins. C'est pas super évident à gérer cette décision ultime (soyons fous : ultime convient bien, Terminale même ! (où va-t-on ?) cette volonté d'arrêter, de passer à autre chose, de ne plus me servir de la métha comme d'un tranquillisant, d'un pansement qui finalement n'a fait que lisser des blessures en me donnant l'impression qu'elle les soignaient. Bha non, évidemment. Non. Alors j'assume : j'affronte le passé, ces démons qui l'accompagnent. Yep… un vent de démons qui me lâche pas.

Mais décrocher de la méthadone n’est pas la seule chose. Je n’ai pas repris de C depuis le 15, également. Je ne dis pas que c’est définitif, je dis juste que je ne consommerais plus jamais rien seul. De toute façon je n’ai jamais jamais (jamais ?) réussi à créer quoique soit sous influence. Certains artistes y parviennent, moi je sais que ça ne fonctionne pas. En fait tout est soumis en permanence à conditions. C’est la seule vérité qui me parait fiable, vérifiable.

J’ai un rapport bizarre au temps, les journées passent pour moi, en moi, à travers moi, comme un flash, à tel point que j’ai souvent eu l’impression de n’avoir aucune emprise sur ma petite liberté.
Un temps très rapide, insaisissable. C’est la vie de l’esprit qui créé cette vélocité, (on va dire). Mais le manque évidemment freine cette vie-là, il fragmente, il fractionne, il disperse, divise. Le temps devient concrètement vrai, il s'impose, il demeure, il se fait entier, corps, vivant : il est lourdingue.
Une minute peut durer une heure, c’est fascinant.
Le complexe de la douleur, à n’en pas douter. Encore. J’en reparle ici parce que je ne peux plus m’empêcher de repenser à ma prétention passée qui soutenait certains concepts de transcendance possible, même en les niant : intérieurement j’y croyais. Mais là force est de constater que la seule voie possible, c’est l’acceptation. Je veux dire… méditer, essayer de méditer, ça atténue rien, que dalle ; c'est du vent. Ça serait si simple de pouvoir commander son esprit… stopper d’un seul clic les automatismes.
Le Zen nous enseigne que l’éveil ne s’atteint pas, qu’il n’est pas une route à prendre, ni un point auquel on accède. En clair : il n’existe pas, car il est déjà-là.   
Or à quel point j’arrive à comprendre qu’essayer de se concentrer revient à se dire « je me concentre pour me concentrer » ! A quel point le manque fait vivre cette ronde perpétuelle de pensées profondes qui voudrait être saisie ! Mais plus on cherche à la saisir plus elle se rend insaisissable. Un puits vidé, vraiment.

A quel point ces épreuves de manque m’ont forgé, endurci, rendu plus tolérant, plus doux même envers la vie, plus patient… franchement je saurais pas le dire. Mais c’est un fait, ces périodes de sevrage m’ont changé, pour toujours.
En bien (enfin je pense) : j’en arrive à me dire que ma place dans ce jeu absurde terrestre, le but du jeu, le but ultime, c'est simplement de ne pas succomber à la haine. Jamais succomber à ça. C’est le but : j’ai pensé la dernière fois pendant un pic de douleur : l’apogée de la haine est le néant.
Mais ouai ! Seule la foi compte : je sais qu’il n’y a pas de « but du jeu », je sais que refuser la négativité, la haine qu’est la négativité pure, en soi ne débouche sur rien, en soi ce refus ne sert à rien -- ce principe étant juste établi par une vue de l’esprit chamboulé par la douleur, traversé par la peine.
Alors arrive la foi... je sais que c’est vain, je sais que c’est illusoire, que même la foi est vaine, qu’il n’y a rien au bout du tunnel, que s’accrocher à ses principes c’est inutile etc etc… alors : j’essaye quand même, je vais au-delà de cette positivité réaliste, je transcende l’idée qu’il n’y a aucune transcendance possible, que la foi est une essence de l’inexistant... ouai amies/amis, la foi c’est une porte sur le zéro . Pourtant je tente quand même, je franchis ça, cette chimère se basant sur l’idée que tout est chimérique. Même ce texte que j’écris est chimérique. Je dois aller au-dessus de ça même sachant qu’il n’y a rien au-dessus de ça. 

Le manque m’a forgé dans ce sens-là : je ne sais pas comment nommer ça. Dépassement? Surmontement? Surpassement?  Surendettement? Pipoti pipota?
Aurais-je ce discours, serais-je en train d’écrire ce truc si je n’avais pas le sub pour m’épauler?
Je le dis : même 16mg de subutex (pris normalement… parfois en trait... mais c’est rare) ne suffisent pas. La pénibilité du sevrage métha persiste même après 3 mois, une pénibilité dans le mouvement, une foutue douleur sourde, profonde au niveau du dos. M’en fous, j’ai pris ma décision. Je ne renierais jamais cette substitution, la métha m’a épaulé pendant des années, sans elle je me serais noyé, j’en suis sûr. Merde… incontestablement, cette substitution m’a fait franchir des étapes que jamais j’aurais pu franchir, allez savoir dans quel état hyper dépressif je me trouverais si je n’avais pas accepté ce protocole. Les diverses équipes des csapa ont fait parti intégrante de ma vie, renier la métha serait renier bêtement 15 ans de vie et l’ensemble des échanges constructifs que j’ai eu avec ces équipes. Je n’écrirais pas, je ne serais pas dans le graphisme si ma route avait été autre. Mais je suis là, j'en suis-là, parce que je devais être là, j’ai été sous métha parce que je devais être sous métha : un comble.
Oui, un comble. Une suture réelle, un maintien vers l’équilibre refaçonné / rétabli sans même que je m’en rende compte, d’ailleurs je ne me rends compte de rien en cet instant. Pourtant je sais que je suis posté quelque part dans l’avenir d'où je m’observe avec un sourire en train d’écrire par le biais de ce clavier défectueux, sur ma bécane HP défectueuse - mon vélo de l’esprit, mon extension - dans cet appart défectueux aux murs bardés de tags, de pensées écrites au fur à mesure du décrochage.

J’ai eu des benzos pour franchir les premiers caps, je me suis souvent retrouvé à court de ça, à la dèche totale, en pénurie : je n’apprends rien aux camarades/camaradesses de P.A, un manque opioïde additionné à un manque benzodiazépineux c’est chaud-time. Alors j’ai serré les dents, surtout dans le métro quand les regards de nos semblables me donnaient l’impression que le mauvais œil me fixait le plus terriblement possible, le plus terriblement du monde. Imaginez ce que l’on éprouve une fois ces étapes passées sans flancher, oui je crois que l’esprit est fort.
Mon Nietzsche écrivait que « le diable est dans les détails. »
Survoler ces détails en parvenant à ne se confronter qu’à l’essentiel, c’est aussi à mes yeux la règle du jeu.

Je pourrais me contenter d’écrire sur les événements concrets vécus depuis ce 15 novembre, depuis ce début d’étincelle, ce vent qui a belle et bien tourné, je vois en cet instant la vie en Jaune : Jaune comme deuxième sommation, la première étant l'occupation des places (les Nuits debout, fondatrices dans ma voie)
Nous avons du reste sans jouer les prophètes de pacotille un aperçu de ce que pourrais être la troisième sommation si aucune réforme radicale de ce système de strates n’était enfin opérée. Je dis réforme par mesure de modération.
Pourquoi j’ai décroché ? Pour associer mes actes à ma pensée. Je saurais recommander à un proche d’essayer la méthadone tout en lui précisant, lui intimant d’éviter certaines erreurs. Avec la méthadone, un cadre de vie est nécessaire, je pense. Cadre de vie comme vie non chaotique. Pour l’anarchiste que je suis, c'était compliqué. tongue

Cœur pur = cœur paumé !! Disait une amie en riant d’elle-même, avec moi-même, avec nous-mêmes, de cette niaiserie, cette naïveté littéraire. En vrai ça colle bien à la réalité, ça colle parfaitement à la réalité.
Évoluer dans ce système, ce monde sans instinct de domination, sans prédation instinctive, c’est la damnation assurée, la condamnation. Un loup qui ne mord pas, qui n’attaque pas, qui ne fait que suivre sa voie… est un loup mort. J'en suis, j'accepte. Captation du réel : « c’est comme ça, mon pauvre ami. C’est comme ça mon amour/amie. » big_smile
Amour à vie. La foi équivaut simplement selon moi à se dire : y'aura un après. Juste ça. Rien d'autre.

La métha c’est terminé, la route est encore longue à mon avis, si tant est que je trouve un moyen de me poser un jour loin du stress, de l’addiction crade au tabac, de trouver enfin un véritable « chez-moi », de ne plus me sentir « étranger au monde », de savoir faire la part entre mes vues trop nombreuses de l’esprit et la stricte et consensuelle réalité.
En clair : refaire encore et encore ce que je viens de faire là, sur les plages de P.A: retirer le meilleur de ces expériences hyper pénibles... et...

Garder la foi

Je vous embrasse toutes et tous  !! ^^

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(6.4IS)

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(6.4IS)


Zique équivalant  au ton de ce post : en vérité, juste hyper apaisé... et bien. La vie continue... ^^ big_smile

Catégorie : En passant - 10 février 2019 à  01:40



Commentaires
#1 Posté par : Asfi 11 février 2019 à  07:20
Bonjour à toi Nils,

Tout d’abord, j’ai adoré ton texte je le trouve tellement bien écrit.

Ensuite, je ne peux pas imaginer ce par quoi tu est passé ces derniers temps car je n’ai aucune expérience avec les opiacés. Je ne me suis donc jamais retrouvée en manque. Mais avec mon métier j’ai été amené à rencontrer quelques personnes en sevrage et je sais que c’est très difficile.

Alors bravo à toi pour tout ce chemin parcouru. Bravo pour ton courage, ta volonté et ta détermination. C’est un long travail d’arriver toujours à sortir le positifs des choses négatives de la vie. Bravo pour cette sagesse.

J’essaie moi aussi d’acquérir cette « sagesse », de retrouver la « foi ». Mais voilà la « foi » je l’ai perdu de vue ...

Asfi
Reputation de ce commentaire
 
merci pr cet élan de soutien... merci...

Posté par : Asfi | 11 février 2019 à  07:20

 
#2 Posté par : Explorateur 12 février 2019 à  11:56
Salut Nils,

Contente que tu te sois sorti de tout ça, tu as énormément de mérite, et je ne peux que te dire bravo!

Dis, c'est quoi le logiciel que tu utilises pour faire tes montages ? Ca m'intéresse j'aimerais essayer de retranscrire certaines hallus de certains trips smile

Prends soin de toi psychopote

salut

Posté par : Explorateur | 12 février 2019 à  11:56

 
#3 Posté par : Drim 12 février 2019 à  17:05
Hey, un plaisir de te relire, le son est terrib' ,
Merci du partage (toujours aussi originaux tes visus )
En tout cas t'as l'air de savoir ou tu est, et ou tu veux aller.

Bonne continuation et content de te relire dans le coin :- )

Posté par : Drim | 12 février 2019 à  17:05

 
#4 Posté par : Nils1984 14 février 2019 à  00:10

Explorateur a écrit

Salut Nils,

Contente que tu te sois sorti de tout ça, tu as énormément de mérite, et je ne peux que te dire bravo!

Dis, c'est quoi le logiciel que tu utilises pour faire tes montages ? Ca m'intéresse j'aimerais essayer de retranscrire certaines hallus de certains trips smile

Prends soin de toi psychopote

salut

Hey comment ça va Explor' ? Merciii la route est longue mais ça ne peut que rouler, même sur les ronds points (mouai... fastoche.)

Alors pr les logiciels mon principe est simple : je suis anti-adobe photoshop etc j'utilise le log libre gimp pr les effets et... Paint, tout simplement

bisoo


Posté par : Nils1984 | 14 février 2019 à  00:10

 
#5 Posté par : Nils1984 14 février 2019 à  00:12

Drim a écrit

Hey, un plaisir de te relire, le son est terrib' ,
Merci du partage (toujours aussi originaux tes visus )
En tout cas t'as l'air de savoir ou tu est, et ou tu veux aller.

Bonne continuation et content de te relire dans le coin :- )

Salut Drim j'suis touché par ton com...

Au plaisir de te recroiser mec !!

Prends soin de toi aussi !


Posté par : Nils1984 | 14 février 2019 à  00:12

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