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L’amour dure 7 ans 



Je suis séparée de ma femme depuis presque deux mois. Nous entamons la procédure de divorce.

Je n’ai pas voulu attendre de la haïr ou de me laisser submerger par la violence qui couvait en moi. Je ne savais même pas qu’elle existait, cette violence.

Je ne connaissais pas mes limites, maintenant je sais que c’est la violence. Celle que j’avais peur de subir en vivant avec une personne marquée par la maladie, c’est moi qui ai failli la commettre.

Il y avait bien eu des signes avant-coureurs. Je ne supportais plus le sexe depuis plusieurs mois. Et quand je cherchais pourquoi, je ne trouvais pas. En y repensant, je pense que mon corps essayait de me prévenir que j’allais m’effondrer. Je m’en veux tellement de ne pas l’avoir compris.

Mariée à un schizophrène, mère d’un enfant de 2 ans, chef d’entreprise. Mère, aidante, entrepreneure. Femme de ménage, cuisinière, comptable privée et professionnelle, agenda, aide-soignante, assistante sociale, changeuse de couches, donneuse de bain, surveillante de baignade, traductrice, standardiste, technicienne en espaces verts. J’en oublie peut-être.

Ma femme s’était éloignée de moi en essayant de s’éloigner de son fils. Elle ne supportait pas de voir ce petit être qui devenait indépendant courir partout et risquer de se faire mal à tout instant. Alors elle fuyait chez des amis. Elle avait fui dans les ordinateurs, dans la fumette, maintenant c’était chez des amis.
Comment le lui reprocher ? Sa tête ne lui appartenait même pas. Elle avait le courage de vivre avec cette tête qui faisait n’importe quoi, alors tout le courage passait là-dedans. Et toute l’énergie.

Je m’en veux tellement d’avoir fui cette situation. De ne pas avoir été assez forte. Elle supportait des voix dans sa tête, et moi je ne supportais pas la 5ème machine de la semaine. Ça parait tellement dérisoire.

Mais ce qui me pesait le plus, c’était l’avenir bouché. Non, ça n’irait pas mieux dans un an ou dix ans. Le petit grandirait, le travail se simplifierait, mais ma femme resterait schizophrène. Les perspectives de faire autre chose que de s’employer à survivre au train-train quotidien étaient nulles. Et ce pendant plusieurs années. C’est égoïste, mais ça m’a tellement enfoncé que j’ai failli me noyer.

J’habite chez ma grand-mère en attendant. Elle est très sourde, elle a un caractère très dur, elle est trop vieille pour m’aider avec le petit ou le ménage. Et elle est très soulagée de me voir séparée de ma femme. Il faut dire qu’elle aussi, « son homme », la schizophrénie le lui a pris.

La grosse différence, c’est qu’il n’était pas conscient de sa maladie. Je n’ai jamais eu de détails, mais il lui a fait du mal. Il a fini enfermé. Elle n’a jamais divorcé et a toujours subvenu à ses besoins, même quand les médecins ont interdit les visites qui aggravaient son état.

La bouteille a pointé le bout de son nez assez rapidement ; je le sais, que je suis sensible à ses charmes dans ce type de circonstances, et pourtant à chaque fois je suis surprise de la rapidité et de la force avec lesquelles elle me retrouve. J’avais réussi à l’oublier pendant des mois. Et pourtant, le soir, une fois le petit couché : « Coucou, je suis là ! »

J’ai pris une cuite au vin blanc moelleux, un soir, devant mon ordinateur. Idée à la con, maintenant je ne supporte plus le sucre. Même pas la confiture. J’ai eu la gueule de bois que je méritais, moi qui bois en général moins d’un verre par mois. L’anxiolyse n’a même pas été si forte que ça. J’ai pris les bouteilles de chez ma grand-mère et j’ai tout rapporté chez mon père. Abstinence jusqu’à amélioration significative de mon humeur.

Je me suis tâtée à retourner voir le psychiatre que j’avais vu après la mort de ma mère. Point positif : si jamais je me remets à faire de grosses crises d’angoisse, je serai parée. Point négatif : le CMP connait déjà ma (presque ex) femme ; le secret médical a ses limites, surtout dans une ville de 15 000 habitants. Finalement, vu que l’angoisse était gérable, j’ai continué à m’en tenir à la verveine.

Et hier, surprise. Ce n’est pas l’alcool qui s’est pointé à 21 h. C’est le chocolat. Je crois que je commence à relever la tête.

Catégorie : No comment - 11 juin 2019 à  23:00



Commentaires
#1 Posté par : Hilde 12 juin 2019 à  20:43
Ouch!!

Je sais bien que ce n'est pas ce qu'il conviendrait de dire, même sur un ton amical : c'est exactement ainsi, telle que tu te décharges dans ce texte, que je t'imaginais Fluche, quoique je reste troublée par la fermeté des mots "ma femme" sous ta plume.

Il ne faut pas t'en vouloir, on ne peut pas tout, certainement pas l'impossible. Il est beaucoup plus raisonnable d'identifier à temps ses limites comme tu l'as fait, et d'agir en conséquence.

J'espère que tu repasseras, en petite ou grande forme. Les blogs PA sont un lieu propice à l'évacuation des surpressions...

Smilie-WeedSmokinJoint

Bises.

Hilde

Posté par : Hilde | 12 juin 2019 à  20:43

 
#2 Posté par : janis 12 juin 2019 à  23:25
Courage Fluche. Tu as tenu tant que tu le pouvais mais on ne peut pas tout endurer.

Tendres pensées
Janis

Posté par : janis | 12 juin 2019 à  23:25

 
#3 Posté par : Fluche 13 juin 2019 à  00:03
Merci pour vos messages. Comme souvent, verbaliser l'expérience et formuler le texte m'ont permis d'y voir plus clair. et vos réponses m'ont mis du baume au cœur.

Posté par : Fluche | 13 juin 2019 à  00:03

 
#4 Posté par : Bootspoppers 24 juillet 2019 à  08:42

a écrit

Merci pour vos messages. Comme souvent, verbaliser l'expérience et formuler le texte m'ont permis d'y voir plus clair. et vos réponses m'ont mis du baume au cœur.

Je découvre ton blog tout nouveau pour moi...
On est nombreuses-x à être passé es par là . Bienvenue au club.
Souvent on s en releve mieux.
Quelque chose me dit que ca sera ton cas.
Quid du gamin? C est le tien aussi?

15.000 habitants... pour refaire sa vie c est pas un peu ... petit?


Posté par : Bootspoppers | 24 juillet 2019 à  08:42

 
#5 Posté par : Cusco 24 juillet 2019 à  09:44
Le truc qui m énerve bien : j avais écrit un petit pavé et je l envoie ya rien murmur
Je disais comme Bootspopper que moi non plus je n'ai pas vu le blog mais que j'ai vécu ma séparation en plein milieu de traitement vhc interferon ribavirine donc très agressr.
La guerre a duré 4ans j avais la garde de ma fille.
Bref je vois que tu es sur la bonne voie reste dessus. Le chocolat vaut mieux que l alcool je crois sinon commande des «mon chery»lol
Bravo continue...

Posté par : Cusco | 24 juillet 2019 à  09:44

 
#6 Posté par : Fluche 24 juillet 2019 à  11:42
Oui c'est aussi mon gamin smile C'est moi qui ai la garde, ma presque ex femme ne peut pas s'en occuper dans son état. J'essaye de la motiver à le voir le plus possible mais elle est très fragile en ce moment, ce qui se comprend.

@Boots Ce n'est pas la quantité qui compte, le but est juste de trouver le ou la bonne wink

En tout cas ça va mieux, le spectre de l'alcool est retourné là où il aurait dû rester. Et je dis merci Internet pour pouvoir discuter avec des gens tout en étant "bloquée" chez moi à cause du petit. Mon rayon de soleil s'habitue bien à sa nouvelle vie, il progresse à une vitesse folle en ce moment ! Quasiment un nouveau mot par jour smile

Posté par : Fluche | 24 juillet 2019 à  11:42

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