Le cap des quinze jours, ou le rappel du démon. / Les Blogs de PsychoACTIF

Le cap des quinze jours, ou le rappel du démon. 



Quinze jours sont passés depuis mon dernier dérapage.

Un, deux, trois, quatre, cinq, six, sept, huit, neuf, dix, onze, douze, treize, quatorze, quinze. Ouf ! Ça m'apparaît comme une éternité, facilement un mois. En temps ressenti, pas en temps sous abri, selon le langage météorologique.

À cette heure précise, pourtant, quelqu'un sonne à ma porte. Un ami qui me veut du mal, ou un ennemi qui me voudrait du bien ?
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Le démon est là, face à moi. Il est entré, fièrement, et s'est installé dans un fauteuil, me montrant ainsi avec malice qu'il est ici chez lui, ce que je ne peux tout à fait nier.

Ses armes sont redoutables, il connaît mes points faibles, c'est une évidence d'une grande banalité, et le bougre sait me manipuler pour parvenir à ses fins. Tout cela, il me le dit sans ouvrir la bouche : je le lis - à travers son regard qui exprime autant la méchanceté qu'une sorte de compassion filiale presque sympathique.

Je ne suis pas inquiète, je ne lui ai pas fait ce plaisir. Non, j'ai reconduit l’intrus en dehors de ma maison. Ce tentateur est reparti en colère, vexé de ne pas avoir été le plus malin des malins.

Ma force ? Le savoir, arme à double tranchant.

D'un côté, une connaissance infime mais suffisante des paradis trompeurs dans lesquels "il", l'ange déchu, souhaite me voir tomber à sa suite.

De l'autre côté, l'expérience solide des conséquences funestes de mes erreurs passées.
Nul miel sans fiel, dit le proverbe. Je ne l'ai pas oublié.

Seize.
Dix-sept.
Dix-huit.
Dix-neuf.
Vingt.
Vingt-et-un.
Vingt-deux.
Vingt-trois.
Vingt-quatre.
Vingt-cinq.
Vingt-six.
Vingt-sept.
Vingt-huit.
Vingt-neuf.
Trente !

Encore quinze jours, et le diable sera de la fête, cette fois-ci. Je l'attends avec impatience, je me ferai belle pour lui. Il est mon invité d'honneur !!

Catégorie : Tranche de vie - 15 août 2019 à  17:55



Commentaires
#1 Posté par : Albatros 15 août 2019 à  20:16
Ouiii Lena tu l'as tellement bien décrit ce cap des 15 jours ! Moi quand je prends des psychédéliques, je ne pense même pas à en reprendre pendant 15 jours exactement ... que ce soit une grosse perche, une moyenne perche ou une bébé perche, ça dure toujours 15 jours. Et après l'envie revient, doucement ou impérieusement ... à satisfaire de suite ou à contrarier selon son programme !

Bref on dit que l'amour dure 3 ans, oui mais celui de l'abstinence psychédélique lui, dure exactement 15 jours ! (Plus court mais plus intense ?)

Peace

Alba

Posté par : Albatros | 15 août 2019 à  20:16

 
#2 Posté par : LenaÀLaRechercheDuParadis 15 août 2019 à  23:18
Bonsoir Albatros (j'allais dire "Albator", le corsaire de l'espace, j'étais pas loin) ! Je ne savais pas que d'autres personnes, comme toi, ressentaient ce manque après une abstinence psychédélique de 15 jours ?

Depuis fin 2018-début 2019, j'ai rarement fait des pauses aussi longues; je faisais l'erreur de consommer tous les week-end, ce qui ne permet pas de se reposer et constitue une véritable addiction, même si les prises ne sont pas quotidiennes.

Là, j’entame volontairement ma deuxième quinzaine d'abstinence. Il était impératif de ne pas craquer, pour un tas de raisons : j'ai besoin de récupérer après beaucoup d'excès ces derniers mois, je suis en train de mener une expérience/un régime sur trente jours, je suis en famille et les conditions ne sont vraiment pas idéales, j'ai besoin d'être en forme et d'avoir la tête sur les épaules les jours prochains...

Bref, hors de question de déconner. Et pourtant, j'ai tout ce qu'il faut chez moi. Mais comme je le décris ci-dessus, aujourd'hui, je mesure pleinement les conséquences de mes actes, je n'ai pas envie de subir les désagréments en cascade provoqués par l'enchaînement logique des causes à effets. Et c'est cela qui me donne la force de résister.

À l'avenir, il n'est pas impossible que j'espace systématiquement de 3-4 semaines mes sessions, d'ailleurs. RDR oblige.


PS : en revanche, à la fin du mois d'août, j'ai prévu quelque chose, je pense pousser le curseur de la DOC de 2,5 mg (déjà testé) à 5 mg. C'est mon programme actuel, ça peut encore changer, mais à priori, je ne me lancerai pas à l'aventure avec des produits que je ne connais pas déjà.

Posté par : LenaÀLaRechercheDuParadis | 15 août 2019 à  23:18

 
#3 Posté par : Albatros 16 août 2019 à  00:48
Eh bien de mon côté ce n'est pas vraiment un manque, disons plutôt que c'est la réapparition de l'envie. Si je me prends une perche au LSD un week end par exemple, et que le week end d'après on me propose n'importe quel autre psychédélique, je vais probablement refuser car l'envie sera totalement absente. Ce que j'ai noté, c'est que l'envie, ou tout du moins l'instillation de l'idée d'en reprendre survient invariablement après 15 jours, quelque soit l'intensité de l'expérience précédente.

Attention, tout comme toi, ça ne veut absolument pas dire que je prends des psychés tous les 15 jours ! Pour plein de raisons je m'impose une pause obligatoire de plus d'un mois entre deux prises de psychés (et je ne consomme que des psychés).

Donc ce n'est pas vraiment la lutte contre un craving comme dans ton cas ! Mais quand même ce cap des 15 jours m'a toujours surpris en ce sens qu'il est invariable !

Alba - tros ou tor selon la sensibilité, j'avoue que je préfère l'oiseau même si le côté pirate a du charme !

Posté par : Albatros | 16 août 2019 à  00:48

 
#4 Posté par : LenaÀLaRechercheDuParadis 16 août 2019 à  09:53

Albatros a écrit

Eh bien de mon côté ce n'est pas vraiment un manque, disons plutôt que c'est la réapparition de l'envie. (...) Ce que j'ai noté, c'est que l'envie, ou tout du moins l'instillation de l'idée d'en reprendre survient invariablement après 15 jours, quelque soit l'intensité de l'expérience précédente.

Même chose pour moi, en fait. Si il n'y a pas si longtemps, cette sensation pouvait pratiquement être celle d'un manque, une envie irrésistible ou difficilement contrôlable de replonger, désormais, c'est plus l'instillation de l'idée d'en reprendre comme tu l'écris fort bien, la pensée ou le rappel sournois (d'où mon titre), l'air de rien (le démon qui est en nous sait ce qu'il fait), de ce constat : "tiens, je réalise aujourd'hui que ça fait quinze jours que je n'ai rien pris".

L'examen minutieux de notre attitude dans ces moments-là, sage et raisonnable, ou totalement déconnante (*) (je n'ai pas d'autre mot car c'est bien de connerie qu'il s'agit quand on se fout soi-même dans la merde alors qu'on est confronté à une addiction relativement gérable, par rapport à la polytoxicomanie de certain(e)s qui mènent un combat difficile forçant l'admiration) est instructive. Il en dit long sur nous-mêmes, nous apprend la manière dont nous traitons les diverses tentations de la vie qui se présentent à nous. La liberté ne consiste pas à faire tout et n'importe quoi, elle est faite de choix pouvant nous rendre encore plus libres ou bien au contraire nous enfermer dans une prison si nous n'y prenons pas garde. C'est ça, le libre arbitre. Cela implique une grande responsabilité vis-à-vis de nous-mêmes et de notre entourage (je viens de me réconcilier avec mon frangin, nous étions fâchés suite à une histoire stupide liée à ma folie (*) de droguée, il ne le sait pas).


(*) Note : je dois bien avouer, en dépit de mes beaux discours, que la minute où tu craques, où tu te dis "allez, j'en n'ai rien à battre", et où tu te mets à préparer fébrilement ta dose aussi vite que possible avant de changer d'avis, cet instant est jouissif au possible. Un vent de liberté, des barrières qui volent en éclats, la vie, quoi. Intense, exaltante, mais périlleuse.

Alphonse Daudet a écrit

Quand la chèvre blanche arriva dans la montagne, ce fut un ravissement général. Jamais les vieux sapins n'avaient rien vu d'aussi joli. On la reçut comme une petite reine. Les châtaigniers se baissaient jusqu'à terre pour la caresser du bout de leurs branches. Les genêts d'or s'ouvraient sur son passage, et sentaient bon tant qu'ils pouvaient. Toute la montagne lui fit fête...

Gamin(e), ça m'a toujours marqué(e), la morale de ces contes ! J'ai dû être une chèvre [blanche] dans une vie antérieure, parce que je me sens curieusement concernée.

Et toi un oiseau [blanc], symbole céleste de liberté divine.


Posté par : LenaÀLaRechercheDuParadis | 16 août 2019 à  09:53

 
#5 Posté par : LenaÀLaRechercheDuParadis 01 octobre 2019 à  14:13
Cap franchi sans encombres. Ciel variable devenant plus nuageux. Averses faibles se raréfiant progressivement. Vent d'ouest. Force 5. Rafales atteignant 25 nœuds en soirée. Mer agitée. Houle petite et longue d'ouest. La prudence reste de mise.

Posté par : LenaÀLaRechercheDuParadis | 01 octobre 2019 à  14:13

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