Blogs » Junon » 

Le stéribox 



Je pratique l'intra-veineuse depuis peu et j'ai donc vite était confronté à la galère qu'est le simple fait de se procurer des steribox.
"C'est payant mais avec certaines c'est gratuit" est la seule information que j'obtenu à ce propos.

En vérité derrière la boite est precisé cette petite inscription : "prix maximum conseillé : 1 euro"
Ce qui, bien qu'informant le vendeur sur l'objectif préventif et sanitaire de cette politique, laisse cependant à la pharmacie le libre choix de fixer son prix.
Une démarche qui se situe quelque part entre le conseil et l'injonction. Entre le protectionnisme et la libre économie de marché.
Entre la privatisation du marché et le main invisible d'Adam Smith.

La réalité c'est que peu de pharmacies fixent le tarif à 1 euro. Act up dénonce un prix qui est monté jusque 12 euros en région parisienne (même si elle précise que ça reste une exception) 
La pharmacie juste à coté de mon centre d'addictologie, un des plus grand CSAPA de la ville, où la demande est particulierement élevée, fixe son prix à 1,50 euros. Faisant du bénéfice sur des consommateurs précaires. Faisant raquer sans scrupules ceux qui n'ont déjà rien. Faisant payer le minimum hygiène à des gens dans une extrême précarité, la pluspart sdf, et dont la vie entière tient dans un sac à dos.
Symptôme d'une dérive néoliberale dans sa forme la plus malsaine.
Le capitalisme dans ce qu'il y a de plus dégeulasse.

Mais ce qui est intéressant à propos des steriboxs, c'est la réaction des pharmaciens lors de l'achat.
Certains te juges, peunaud, un peu gêné. D'autres au contraire surjouent l'échange pour cacher leur décontenance. Quand d'autres te reluque de haut en bas, leur jugement désapprobateur se lisant à travers leur visage comme un livre ouvert.
Il y a aussi ce gerant de pharmacie qui m'avait fourré la boite dans un sac papier, par souci de discrétion.

Puis il y a les autres. Beaucoup trop d'autres, qui refusent purement et simplement d'en vendre. Invoquant la rupture de stock. Est-ce réélement un problème de stock ou un refus de vendre au jeune homme que je suis. Le regard froid et le mépris dans leur réponse me fait largement pencher pour cette deuxième hypothèse.

Quoi qu'il en soit, il y reigne toujours une atmosphère particulière lors de ces rapports pharmacien/usagé. Entre crispation, malaise, jugement et désarroi.  Loin du climat de confiance affiché par les professionnels de santé.

Une jeune pharmacienne d'une des plus grande pharmacie de Lille me confie en vendre "une quarantaine" par jour, "et encore je suis pas là la nuit, mais c'est beaucoup plus" rajoute-t-elle, avant de se faire réprimander illico par un supérieur pour ce court échange de 30 secondes.
Aussi bref fusse-t-il. On ne discute pas avec les toxico', encore moins devant les clients. Heurtant cette jeune stagiaire à la cruelle réalité de l'institution médicale. Le soignant remballe rapidement son humanité au placard.

Cette pharmacie est l'unique de ma ville qui vend les steribox gratuit, mais elle se situe à 20 kilomètres de chez moi..
La politique de réduction des risques a encore un long chemin à faire. Un long combat à mener pour faire progresser les mentalités et les mesures de santé publique.
Les associations vont encore devoir se battre longtemps contre les moulins à vent que sont les politiciens.

Catégorie : Tranche de vie - 18 mars 2020 à  20:00

Reputation de ce commentaire
 
ajh.. si c'était la gentillesse qui animait les commercants... bises



Commentaires
#1 Posté par : cependant 19 mars 2020 à  19:55
Salut, j'aime bien ton texte...même si c'est pas très joyeux le tableau que ça dresse !

Je n'ai jamais demandé de steribox dans les pharmacies, mais, à un autre niveau, les réactions de pharmaciens que tu décris je les ai vécue/vues pour de la codéine/TSO (ou des aiguilles pour des piercings)...ce n'est pas le même combat, mais en fait si, celui contre la discrimination des UD !

Je suis 100% d'accord sur tes conclusions...

Sinon probablement tu es déjà au courant, mais il existe des CAARUD qui distribuent gratuitement du matos (mais bon, ça a souvent des horaires bien plus limités que les pharmacies...mais on est en général mieux accueillis, il y a plus de choix, on peut se servir librement et c'est gratuit) et SAFE qui envoie par la poste (même en ce moment).

Prend soin de toi et profite bien !

 
#2 Posté par : Junon 21 mars 2020 à  12:37
La France à une histoire quelque peu mouvementé avec le stéribox et les politique de RdR en général

De 1970 à 1972 les décrets se succèdent dans la même logique d'éradication de la consommation de drogue jusque s'attaquer aux outils de consommation par le décret 72-200
"Réglementent le commerce et l'importation des seringues et aiguilles destinés aux injections parentales en vue de la lutte contre l'extension de la toxicomanie"
Il n'est alors même plus possible pour les usagers de se procurer des seringues en pharmacie de manière anonyme. Il faut désormais soit une ordonnance soit laisser son nom et son adresse et s'exposer à la dénonciation du pharmacien.

En 1976 le président Valérie Giscard D'Estaing demande à une avocate, Monique Pelletier d'évaluer la "politique de lutte contre la drogue" la commission Pelletier auditionne plus de 500 personnes, visite différents pays et rend un rapport qui conteste en profondeur la politique française des drogues : "pratique inadéquates", "législation inapproprié", "principes contradictoires". Il constate que la sévérité de la loi n'est pas justifié.

 Mais ce n’est qu’en 1995 qu’un décret permettra aux associations ainsi qu’a toute personne menant une action de prévention du sida ou de réduction des risques de délivrer gratuitement des seringues stériles dans des conditions définies par un arrêté ministériel (décret du 7 mars 1995). Avec beaucoup de retard sur nos collègues européens qui appliquent déjà des politiques préventives depuis des années.

 
#3 Posté par : cependant 22 mars 2020 à  13:53

Anonyme813 a écrit

Avec beaucoup de retard sur nos collègues européens

ça dépend du collègue européen...Espagne, Italie, Suède et Grèce pour ne faire que quelques exemples ne sont pas forcément mieux que la France en terme d'RdR...au contraire je pourrais dire (pour ce que je connais) !!!

Et ce que je voudrais faire remarquer c'est que les changements dans les politiques françaises sont dues (aussi) à l'action acharné de certaines assos (dont actup, par exemple) !!


 
#4 Posté par : Farkind 02 avril 2020 à  01:26
Salut ju,
Perso je vis dans une grande ville et j'ai petit à petit fait un sérieux tri avec les pharmaciens, à toi de trouver le chic type qui te fait la reduc à 1e au lieu des 1.50 initialement demandés, tu trouveras toujours un mec qui privilégie la RdR à l'oppression et au jugement.
Ils sont rares mais ils existent bel et bien! (à Lyon en tout cas)

Courage dans ta quête!

 
#5 Posté par : sud 2 france 02 novembre 2020 à  02:57
@ JUNON: il aura fallu tous les décès dûs au sida (via l'échange de seringues, car vente interdite) pour qu'enfin on puisse en acheter légalement. J'ai commencé en 94 (voire fin 93) et on trouvait des seringues, vendues à l'unité.
Je ne t'apprends rien en te disant qu'en terme de mode de consommation l'IV c'est le point de non retour... A savoir qu'une fois que l'on a goûté au fix on ne se fera plus de rail, ou de fume sur l'aluminium...

 
#6 Posté par : sud 2 france 02 novembre 2020 à  03:04
En France, malgré une politique européenne des + répressive vis à vis des drogues niveau RDR je dirai qu' on est second sur le podium, après les Hollandais....
il y a 2 ans à une réunion européenne à Berlin sur le Chemsex, car j'avais fait de la RdR dans un évènement gay mensuel (une partouze, mecs only -hélas-) durant un semestre.... Et il y avait du boulot croyez moi !!!

 
#7 Posté par : pierre 02 novembre 2020 à  18:11

sud 2 france a écrit

Je ne t'apprends rien en te disant qu'en terme de mode de consommation l'IV c'est le point de non retour... A savoir qu'une fois que l'on a goûté au fix on ne se fera plus de rail, ou de fume sur l'aluminium...

Je trouve que c'est un préjugé qui enferme les injecteurs. Il y a eu un temps ou je shootais tout ce qui me tombait sous la main, avec une prédilection pour les speed ball. Maintenant, ca dépend des produits. Je sniffe le 3MMC ou la coke, prend de l'ethylphenidate en voie orale et shoote le subutex. Et je n'ai plus du tout envie de shooter la coke. C'est devenu trop violent pour moi.


 
#8 Posté par : sud 2 france 02 novembre 2020 à  19:36

pierre a écrit

sud 2 france a écrit

Je ne t'apprends rien en te disant qu'en terme de mode de consommation l'IV c'est le point de non retour... A savoir qu'une fois que l'on a goûté au fix on ne se fera plus de rail, ou de fume sur l'aluminium...

Je trouve que c'est un préjugé qui enferme les injecteurs. Il y a eu un temps ou je shootais tout ce qui me tombait sous la main, avec une prédilection pour les speed ball. Maintenant, ca dépend des produits. Je sniffe le 3MMC ou la coke, prend de l'ethylphenidate en voie orale et shoote le subutex. Et je n'ai plus du tout envie de shooter la coke. C'est devenu trop violent pour moi.

Je ne te donne pas tort, mais les injecteurs qui retournent à des modes de conso plus soft ne sont quand même pas légion....
Il est vrai que c'est un commentaire qui peut être se rapporte plus à ma petite personne, à savoir qu'à la base j'ai des sinus plus qu'en mauvais état (même pas à cause des rails, c'est "d'origine"), et qu'il m'est plus "bénéfique" d'injecter que de priser/sniffer.
Mais personnellement je n'ai pas encore vu d'injecteurs revenir à un de ses anciens modes de conso. Diviser leurs doses du début par deux, trois voire quatre ça oui, pour les raisons que tu cites (violence des effets)i. Mais se remettre à la snifette je n'en ai pas (encore ?) vu.
Ceci dit la prochaine fois que je reçois de la meth je la fumerai au lieu de l'injecter


 
#9 Posté par : Junon 13 novembre 2020 à  16:10
Fast Notepad

sud 2 france a écrit

j'ai des sinus plus qu'en mauvais état (même pas à cause des rails, c'est "d'origine"), et qu'il m'est plus "bénéfique" d'injecter que de priser/sniffer.
Mais personnellement je n'ai pas encore vu d'injecteurs revenir à un de ses anciens modes de conso.

Perso pareil que toi, après 3 ans de sniff de cocaïne/héroïne j'ai le nez cassé, les sinus régulièrement enflammés, bien que pire l'IV me sauve de douleurs nasales et de sinus bouchées. Je laisse bien volontiers derrière moi les nuits blanches à essayer vainement de dormir avec les narines bouchées.

Sur le fait de revenir aux anciens modes de conso après avoir commencé l'IV j'en ai déjà vu mais rarement. Le flash de l'IV est bien trop bon pour l'abandonner comme ça.
Enfin perso j'ai commencé l'IV depuis 6 mois, c'est effectivement très agressif point de vue dépendance, je me demande si j'arriverai à décrocher complètement un jour.

pierre a écrit

Et je n'ai plus du tout envie de shooter la coke. C'est devenu trop violent pour moi.

J'ai le même soucis, les descentes de c. ont toujours été difficiles pour moi, mais cela s'accentue avec l'IV, si je n'ai pas du subutex de l'héro ou de l'alcool derrière je douille de fou. Je pense que ce sera ça l'élément qui me fera arrêter, l'appréhension d'une descente douloureuse


 
#10 Posté par : sud 2 france 13 novembre 2020 à  23:54
JUNON a écrit: "J'ai le même soucis, les descentes de c. ont toujours été difficiles pour moi, mais cela s'accentue avec l'IV, si je n'ai pas du subutex de l'héro ou de l'alcool derrière je douille de fou. Je pense que ce sera ça l'élément qui me fera arrêter, l'appréhension d'une descente douloureuse".
Moi c'est clairement ça qui m'a fait arrêter, les descentes de la mort; tellement de souffrance que ça m'est juste devenu insupportable. Et j'ai VRAIMENT arrêté la coke; même lorsque l'on m'en propose (gratuitement) c'est NIET

 
#11 Posté par : Junon 14 novembre 2020 à  03:13
Depuis combien de temps tu consommais et combien de temps d'IV ? Tu me donne un peu d'espoir, moi j'ai comme l'impression de passer d'acteur à spectateur de ma dépendance, et souvent je perds l'espoir..

 
#12 Posté par : sud 2 france 14 novembre 2020 à  11:17
La coco ça devait faire pas loin de 10 ans mais je n'ai jamais été un consommateur hyper régulier je m'achetais en moyenne 2 grammes par mois, des mois + des mois moins. Mais à la fin le malaise mal-être de la descente prenait bien plus de place que le bien être qui suit dès que l'on retire l'aiguille de la veine, avec toute la culpabilité le remords qui vient lorsque le pochon est fini + de voir quel'on s'est encore charcuté les veines.
J'ai donc pris la ferme décision de ne plus en acheter; contrat (avec moi même) dans lequel j'ai mis quelques petits coups de canif, en achetant parfois des 20 balles. Mais à chaque fois toujours pareil bcp de malaise/mal être comparé au fugace bien être procuré. Donc passé 5,6 petits achats je n'en achetais plus.
Mais j'acceptais quand même qu'on me fasse tourner; mais toujours pareil...
Et maintenant il m'arrive que l'on m'en propose des petites doses gratuitement, que je refuse
Ca ne c'est pas fait en un claquement de doigts, hélas.

Remonter

Pied de page des forums