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Très fortunés, certains enfants font tout pour être à la hauteur de l'héritage de leurs parents et pour y parvenir, quitte à supporter la pression d'un patriarche très exigeant.
    Au bout de cette allée bordée de lavande, une magnifique bâtisse du XVIII° siècle, fenêtres à croisillons, façade en pierre de taille, nous allons pénétrer au cœur d'une sompteueuse propriété familiale : la Canebière de Lun.
    C'est un domaine cannabicole, le plus prestigieux de la région de Marseille : 180Ha de cannabis qui produisent une weed exceptionnelle, et classé des Bouches-du-Rhône, de renommée mondiale. A la tête de la propriété, Cecilia Leca, 32 ans aujourd'hui. Cette journée là est très importante pour elle, car c'est le début de la récolte. Elle va récolter le fruit d'un an de travail. Mais d'abord, la jeune femme doit motiver ses équipe de récolteurs, des travailleurs détachés du pénitenciers tout proche des Baumettes.
    - C'est le 1° jour de notre récolte, un nouveau millésime qui se prépare et qui va être, je pense, un beau millésime. Les consignes, maintenant, vous les connaissez, elles sont les mêmes : ne coupez que les plus belles têtes, le 1° tri, c'est vous qui le faites ! Bonne journée.
    Dans ces champs de cannabis, la récolte de l'herbe se fait uniquement à la main. Cécilia est directrice de l'exploitation, mais elle n'est pas propriétaire du domaine. Celui qui possède le domaine de Lun, c'est cet homme, au milieu des plants de cannabis ; c'est donc le patron de Cécilia, mais aussi et surtout, son père. Issu d'une famille de la classe moyenne, Ange Leca a connu une réussite fulgurante dans l'immobilier commerciale. Aujourd'hui, sa fortune avoisine les 800 millions d'euros. Il a racheté le domaine il y a 13 ans pour un prix resté secret. S'il en a confié la direction à sa fille, c'est parce qu'elle est sortie major de la prestigieuse école de cannabinnologie d'Amsterdam en 2053. Selon lui, elle n'aurait donc eu aucun passe droit.
    - Si Cécilia est là, c'est parce qu'elle en a les capacités, pas parce qu'elle est ma fille, sans ça j'aurais embauché quelqu'un d'autre. Je ne lui ai pas fait un cadeau : le domaine n'est pas un jouet, c'est un gros investissement, c'est beaucoup de monde qui travaille sur la propriété : on a pas le droit à l'erreur... je lui mets la pression là !
    - Non, non, mais je suis fière !
    - ça fait longtemps que je lui mets la pression, mais elle résiste bien
    - Oui ça fait 33 ans que tu me mets la pression, donc je me suis fait une petite carapace, c'est un certain moteur en soi.
    Entre le père et la fille, la complicité est évidente et l'entente cordiale. Mais pour Cécilia, l'enjeu est énorme. Gérer le domaine de Lun, c'est diriger une centaine de salariés toute l'année et 3 fois plus pendant la récolte, des détenus et leurs gardiens, et surtout, produire 10 tonnes de résine par ans, dont 85% destinés à l'export. Une résine qui dot être à la hauteur de la réputation du domaine.
    - J'en dégusterais bien ce matin !
    Cécilia ne peut pas se permettre de décevoir son père, car Ange Leca a donné tous les moyens à sa fille pour réussir. Il a investi ici plus de 30 millions d'euros. D'abord pour replanter tous les champs de cannabis et installer ces séchoirs ultras modernes qui permettent d'optimiser les arômes du terroir. Il a aussi financé toute la rénovation et la décoration du domaine. Du sol au plafond, toutes les pièces de cette bâtisse du XVIII° siècle ont été entièrement restaurées. Pourtant, il y a quelques années, rien ne laissait présager que Cécilia se mettrait aux commandes de cette illustre maison.
Le père désignant des photos :
    -Donc, voilà l'ancien métier de Cécilia : cavalière professionnelle.
Les années de compétition hippique ont forgé le caractère de la jeune femme :
    - Je pense que c'est une bonne école, la compétition équestre, ou la compétition dans d'autres     sports, ça donne des objectifs et ça me sert clairement dans mon travail.
    - ça apprend qu'il n'y a qu'une seule place, celle du podium. Et pas celle, ni à gauche, ni à droite, c'est pas la 3°, ni la 2°
    - Celle qui compte c'est la 1°...
    - C'est ça ma fille : celle qui compte c'est la 1° !
    Dans la famille Leca, la réussite semble être une obsession. Lorsqu'on doit supporter une telle pression, lorsqu'on doit faire la fierté de son père, quoi qu'il en coûte humainement, comment le parvient-t-on à le supporter ?
    Chaque année, pendant la récolte, les parents de Cécilia la rejoignent au domaine pour quelques jours. Cette réunion de famille est devenue une tradition, marquée cette année par l'arrivée de la fille de Cécilia, Giulia, une future héritière de l'empire Leca. En plus de l'immobilier commerciale, Ange Leca a aussi investi dans le marché des énergies renouvelables et dans celui des cannabis thérapeutiques et récréatifs. Le patriarche a nommé sa fille aînée, Inès, directrice générale de la holding familiale. Cécilia s’occupe, elle, du pôle Cannabis et Chanvres, une activité stratégique pour l'image du groupe. La jeune héritière est bien consciente du poids que son père lui a mis sur les épaules.
    - C'est vrai qu'on emmène toute une entreprise dans le sillage, donc on a cette responsabilité de réussir,  tous ces gens comptent sur nous pour prendre les bonnes décisions pour l'entreprise...
    - Le cannabis et le haschich, c'est bien de savoir les faire et de très bien les faire, mais il faut aussi savoir les vendre, et c'est vrai que là, tu te dis qu'il y a peut être une partie à laquelle on avait moins pensé...
    Malgré quelques tâtonnements au début, Cécilia a su faire progresser les bénéfices du domaine. Un succès qui ne la coupe pas pour autant du terroir :
    - Bien sûre, ce qui me plaît le plus dans ce métier là, c'est d'être dans les champs, ou dans les     séchoirs, et c'est vrai que parfois je regrette quand il se passe quelques jours où je n'ai pas pu le faire,     mais bon...
    Gérer le domaine de Lun n'est pas la seule mission que lui a confié son père, car en 2056, voyant que sa fille s'en sortait plutôt bien, il a aussi investi dans d'autres canebières, à l'autre bout de la France, sur la commune de La Teste de Buch, en Gironde, et c'est tout naturellement à sa fille qu'il a confié le développement de La Maison des Chanvres Gascons, qui développe les meilleures appellations du bordelais. Un millier de salariés travaillent ici pour produire environ 3 millions de plaquettes de cannabis par an, un volume beaucoup plus industriel qu'au domaine de Lun. Avec tout de même un joyau, "La Croisade d'Aliénor", un haschich d'exception.
    - Il atteint des qualités reconnues par les plus grands critiques. Une plaquette de Croisade, aujourd'hui, c'est une plaquette qui est vendue aux particuliers dans les 3 à 5000 euros (les 100g, NDLR), pour les millésimes récents.
    Les vieux millésimes peuvent, eux, atteindre des prix astronomiques.
    Cinq mètres sous terre, bienvenue dans le saint des saint : un bunker secret et ultra protégé où reposent les plaquettes les plus précieuses. Mondialement reconnue, 2038 est l'année du siècle pour la Croisade, jamais égalée à ce jour.
    - Donc voilà, effectivement, une plaquette de 38, qui est précieusement gardée dans la cave. Donc ça, c'est Le haschisch légendaire qui a fait vraiment toute la renommée de la Croisade et qui est reconnu par les plus grands professionnels comme un des dix meilleurs hasch au monde.
    Dans cette cave, à peine une soixantaine de plaquettes de cette qualité exceptionnelle ont résisté au temps, quant aux pollens 1° pression du même millésime, il n'en reste ici que 3Kg.
    - Et c'est cette rareté qui leur fait atteindre des prix exceptionnels dans les ventes aux enchères, comme à Genève où un kilo de pollen s'est vendu dernièrement à 78000€... Voilà !
    Au Chanvre Gascon, ce n'est pas dans les caves que Cécilia passe le plus de temps. La cheffe d'entreprise a regroupé ici toute la gestion et les services administratifs de ses différents domaines.
    - Bon, ça va les commandes ?
    - (le comptable) Ouai, ça va ouai, (montrant son écran) : là on a des chèques mais pas de commandes...
    Pourtant, dans son cursus, elle n'a jamais fréquenté les bancs d'une école de commerce. Son sens du business, encore un héritage paternel.
    - Mon école de commerce je l'ai faite indirectement avec mon père, parce que depuis toute petite,     forcément, je le vois travailler, et puis maintenant on est toujours très proches, et dès que j'ai un doute, dès que j'ai une question, il est là et il m'encadre, il me donne des idées... Quelle autre personne autour de moi aura autant envie que lui de me voir réussir et de me voir mener à bien ses entreprises ?
    Pour Cécilia, Ange Leca est bien plus que son père, c'est aussi son mentor.
    Pour plaire à son père, Cécilia a lancé un nouveau projet : au milieu de ses pieds, au centre de la Teste, elle a décidé d'ouvrir un super smart shop et un dispensaire de cannabis. Objectif : créer une vitrine haut de gamme pour ses meilleures  variétés et implanter la famille dans le tissu économique locale.
    500 m2 où découvrir et goûter les produits et nouveautés de l'entreprise cannabique venues de toute la France. Une serre de 7.00 m2 pour se détendre et admirer en toute liberté des plantes mères de nos meilleures variétés. Un amphithéâtre, le Cannabis Box Forum, accueillera des conférences sur la régulation, le cannabis médicinal, le chanvre industriel, le CBD et beaucoup d’autres sujets. Et puis, à terme, des Spas utilisant aussi bien l'eau de mer que des produits à base de dérivés de la plante, et que nous comptons peu à peu essaimer sur toute la côte.
    - (sur un chantier) Là on est vraiment dans l'espace boutique, donc l'entrée se fera à ce niveau là, puis ensuite on aura tout l'espace vente avec un très joli meuble en bois massif pour accueillir les plaquettes et des échantillons des différentes variétés. On va également prévoir un espace Cannabinothèque pour les meilleurs millésimes .
    Pour transformer cet ancien centre commercial, plusieurs mois de travaux seront nécessaires. Un chantier important pour l'économie de cette commune de Gironde, qui est néanmoins la plus vaste de France en superficie (180,2Km2).
    - On va faire des belles pergolas avec des pieds de chanvre, comme on a fait devant les bureaux
    C'est un investissement qui est quand même assez important mais qui est pour moi prioritaire, et qu'on réalise là sur 2056 et qui, je l’espère, ouvrira à la fin de l'année, un investissement d'aujourd'hui 1 million d'euros.
    Comme dans tout ce qu'elle entreprend, Cécilia sait exactement ce qu'elle veut. Un caractère bien trempé qui n'est pas l'apanage exclusif du patriarche de la famille :
Aux architectes : Comment ça se passe quand Cécilia Léca n'est pas d'accord avec vous ?
    - heu ben on dit Amen (rires)
    Cannabinologue de formation, Cécilia a su développer au fil des années un sens des affaires. Mais prendra-t-elle un jour la 1° place de l'entreprise ? La seule qui compte dans cette famille et qu'occupe aujourd'hui son père ? Une chose est sûre, cette héritière travaille d'arrache pied pour y arriver.

Appropriation, retranscription et transformations, sur la base du reportage "Héritières, fils de... et riche à millions !" de la chaîne Bing ! (visionné sur youtube ; partie sur les propriétaires de vignobles), faisant partiellement référence au roman de SF culte : Substance Mort, de Philippe K. Dick.


Catégorie : Expérimental - 21 mars 2019 à  16:36

#anticipation #industrie du cannabis #pillage du vivant



Commentaires
#1 Posté par : Dounia 22 mars 2019 à  02:44
J’ai adoré... je ne sais pas si c’est ce que l’avenir nous réserve cela dit!

Posté par : Dounia | 22 mars 2019 à  02:44

 
#2 Posté par : Fedra Coca 22 mars 2019 à  08:25
Merci pour ton commentaire Dounia smile
En France, ce serait un des meilleurs scénario ; le pire serait qu'on maintienne la répression telle quelle pour favoriser les seules ventes de pilules au CBD ou THC, avec des autorisations de mise sur le marché pour des utilisations très restreintes, très spécifiques, des prix faramineux comme seuls les labos parviennent à les justifier, et des effets secondaires pourris, chimie oblige...
Oups, mais c'est ce qui se passe à l'heure actuelle, non ?
Donc j'essaie d'ouvrir un peu, d'être optimiste (à part sur l'utilisation de prisonniers comme main d'oeuvre à bas coût, mais ça, ça existe déjà également)

Posté par : Fedra Coca | 22 mars 2019 à  08:25

 
#3 Posté par : Dounia 22 mars 2019 à  08:36
Super ouverture d’esprit et très jolie plume en tout cas!
Très bonne journée et continue à nous offrir ces petites parenthèses de rêve.

Bon ok, moi en fait je serais plutôt permaculture et  anticapitalisme alors développons aussi d’autres modèles non?!?

Posté par : Dounia | 22 mars 2019 à  08:36

 
#4 Posté par : Fedra Coca 22 mars 2019 à  19:23
Yes !
Merci pour tes encouragements.
Je vais en effet en publier plein d'autres, billets du type, parce que ça fait un moment que j'écris sur ce sujet pour ma structure ( je suis travailleuse de santé paire en CSAPA/CAARUD), donc oui, plein de trucs en tous genres à partager wink Merci encore Dounia !!

Posté par : Fedra Coca | 22 mars 2019 à  19:23

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