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Vivre avec la culpabilité 



Si j’écris ici c’est parce que je sais que quasiment personne ne me lira, ou alors peut être me comprendra ou me jettera la pierre. Alors je me lance…
Quand je regarde ce visage d’enfant avec de bonnes joues mais au petit corps menu et cet air si il n’avait que quelques jours et moi 16 ans…
Volontairement je vais passer  en 3 lignes 10 ans de notre vie.
Ma sœur n’ayant pas la fibre maternelle et son père souvent en déplacement ; c’est moi qui est un peu jouer le rôle de tes parents mais surtout de sa mère... Sa 1ère plage, son 1er ciné, son 1er café avec mes potes (sans alcool bien sur), et son 1er tour d’avion « surprise » dont il rêvait tant,  pour aller voir notre famille qu’on adore, en Belgique, et puis tant d’autres choses encore, bref…
Une quinzaine d’années se sont  passées... Ma vie c’était boulot la semaine et fiesta dans des boîtes techno le week-end. Je redoutais ce moment ou tu me demanderais de t’amener avec moi, sachant que je me défonçais la tête à coup de taz. Et à force d’insister j’ai fini par accepter  à une condition, pas de drogues, marché conclut. Et là tous les les week-end étaient pareils, défonce pour moi et coca pour lui.
Et puis un le soir que je regrettais tant est  arrivé mais auquel je m’attendais tant, je ne voulais pas que ça arrive et pourtant... Il m’a dit « Tatie fait moi goûter sinon je demanderai ailleurs ». Faut dire qu’à l’époque je tourner avec des potes dont un travaillait dans un labo et il vérifier tous les prods qu’on prenait, donc quasiment aucun danger.
Encore quelques week-end ce se sont passés et là je me suis retrouvée devant un ultimatum « soit tu me fais tester, soit je demande ailleurs au risque que ce soit de la merde ». C’était du chantage mais que faire ? Il était tellement déterminé.
Je ne voulais même pas imaginer mon « petit cœur » faire un bad trip ou une OD à cause de moi, donc je lui ai dit ok mais une seule fois, le taz en teuf et le mini trait de coke en after chez moi. Je prendrais mon taz, tu attendras 1h et si tout vas bien tu prendras le tien (je précise qu’il était majeure).
Pendant qu’il avalait son taz je ressentais déjà au fond de moi de la culpabilité… Ce petit garçon que j’avais vu naître, que j’avais quasiment élevé, avec qui je lui ai permis de faire ses quelques premières expériences, dont celle-ci que je commencé à regretter.
Arrivés en after chez moi, chose promise, chose due : une petite trace de coke. Ah il n’a pas mis longtemps à comprendre comment s’y prendre pour sniffer et quand je l’ai vu pencher sa tête en arrière pour laisser couler la « goutte » et le bien être l’envahir j’ai su alors que c’était trop tard, ici ou là il en reprendrait… et ce serait surement de ma faute…
Les week end suivant je me voyais mal lui refuser un tata (car je précise encore vérifiés en labo) au risque qu’il aille toper une merde ailleurs
Ces merveilleuse années ont passées, à écouter du bon son, danser, se taper des fous rires (ses potes et les miens s’entendaient super bien), tout allait pour le mieux dans  ce monde artificiel…
Et puis la boîte où on avait l’habitude d’aller à fermer, de mon côté j’avais trouvé un mec avec qui je  me suis « un peu rangée ! »  (un peu !)
Mais Benji continuais  de sortir dans des endroits plutôt glauques et malsains. Je l’ai mis en garde mais je ne pouvais plus le fournir de prods car j’avais pris de la  de la distance avec ce milieu.
Puis est arrivée  peut être la pire année pour lui …Il est allé faire la saison dans les alpes. En nous demandant   X fois de venir le voir avec mon autre neveu, ce fût chose faite ! Une bonne semaine nous attendait !
Le rytme des journées c’était, apéro le soir après sa débauche, puis sorti dans un club ou ça mixé super bien, après boîte éléctro jusqu’à 5h. Lui embauché à 9h… Comment faire pour ce tenir une cadence pareil,  pas de secret : coke, taz, et surtout speed.
Benji était méconnaissable, amaigri,  soit défoncé au point de ne pas savoir ce qu’il faisait, soit triste, malheureux et même en pleurs lors des descentes
Je me suis mise à culpabiliser à mort, à ne plus dormir de peur qu’il lui arrive quelque chose, à m’en vouloir terriblement.
Maintes fois j’ai essayais de lui parler, de le mettre en garde, de me faire confiance comme il l’avait toujours  fais, mais en vain. Soit il était trop malheureux pour m’écouter ou trop défoncé pour comprendre le moindre mot que je pouvais lui dire.
Petit à petit je le voyais se détruire, moi les bras ballants, sans les mots, sans solution et rongée par la culpabilité d’avoir faire goûter « ce poison  et ses dérivés» auxquels il ne pouvait plus dire non.
Une nuit  posés tous les deux dans la neige en regardant les étoiles, il avait l’air clean, je lui ai dis, « regarde toi, tu ne peux plus continuer comme ça, tu vas droit dans le mur, bientôt il sera trop tard, quitte ce milieu ».
Que rêve tu faire de ta vie là, maintenant, il faut que tu tourne une page.  Il répondu, «  je voudrais partir loin, très loin d’ici et me reconstruire »  J’ai répondu, » tu n’a pas encore 30 ans, la vie est devant toi, c’est le moment ou jamais, fini ta saison et part le plus loin possible ».
En rentrant de sa saison d’hiver, il a annoncé à toute la famille qu’il partait quelques moisi en Australie et en Asie, enfin là où le vent le portera. J’avais un petit pincement au cœur, de peur bien entendu qu’il lui arrive quelque chose mais on avait tellement confiance l’un en l’autre que l’on savait tous les deux que quoique en dise la famille, c’était la meilleure solution pour tourner cette page noire de sa vie.
Je lui  ai demandé pardon car si je ne l’avais pas initié à ces 1er prods, rien de tout ça ne serait arrivé. Bien sûr il m’a dit qu’il ne m’en voudrait jamais pour ça car il avait trop envie de tester des choses qu’on a envie d’essayer à son âge et que dans tout les cas il l’aurait fait quand même par le faire avec n’importe qui mais qu’avec moi il était en confiance et qu’il ne regrettait absolument rien.
Plusieurs mois ont passé, je recevais des images de paysages inconnus et merveilleux où l’on ne pouvait être qu’heureux et Benji affichait ce sourire et même ce rire que je n’avais pas vu depuis si longtemps et que je reconnaissais quand il était bien dans sa vie. Il était en train de renaître, d’effacer toutes ces années sombres qui lui ont peut être fait frôler la mort, à la base à cause de moi
A ce jour, Benji a bien refait sa vie, ça arrive 2 ou 3 fois par an pour une occasion qu’on se tape une trace ou deux mais c’est tout, sa copine le sait et ne l’emmerde pas pour ça et d’ailleurs on fume tous des bedos, même elle !
Pour en finir, on a beau dire que « de l’eau est passée sous les ponts » mais qu’après toutes ces années il m’arrive encore de culpabiliser, «Mon Dieu si il était arrivé quelque chose, le pire… »
Et d’autre jour ou je me dis que te toute façon il l’aurait quand même testé les prods alors autant que les premiers étaient de bonne qualité.
Est-ce que j’ai joué mon rôle de « tatie » ? je ne le saurais jamais…
Vous pouvez me jeter la pierre, je ne vous en voudrai pas, mais qu’auriez vous fait à ma place ?

Catégorie : Tranche de vie - 13 août 2020 à  10:21

#amour #culpabilité #drogues #MDMA



Commentaires
#1 Posté par : Tinrell 13 août 2020 à  13:50
Je me permets de te tutoyer
Sache qu'à mes yeux tu aurais été une tatie merveilleuse.
Tu n'as pas à te morfondre pour cela, de mon point de vue tu t'es très bien occupée de Benji, tu as toujours été là pour lui dans quelconque situation ce que tu ne pouvais que faire.
Aujourd'hui il va bien, je ne pense pas qu'il te reproche de l'avoir laissé mettre un pied dans ce milieu.

Posté par : Tinrell | 13 août 2020 à  13:50

 
#2 Posté par : sud 2 france 13 août 2020 à  16:16
Je vois pas pourquoi tu culpabilises; je te laisse imaginer les dégats s'il était allé chercher par lui même....
Il te reproche quelquechose Benji ??? C'est lui tout seul qui s'est mis dedans, pour moi tu n'as rien à te reprocher.
Franchement tu as fait au mieux.

Posté par : sud 2 france | 13 août 2020 à  16:16

 
#3 Posté par : guygeorges 13 août 2020 à  22:16
Oui et surtout chez certaines personnes dont moi, qui ont une forte envie d'essayer, et qui tombent dans l'abus, bah c'est impossible de changer quoi que ce soit une fois la machine lancée. Il faut arriver au point ou l'on ne peux plus porter le masque du "je vais bien". Avoir un trop plein de merde, toucher son fond a soi. Et là tu commence à vouloir en sortir. Essayer d'inverser la tendance avec des paroles (même si c'est toujours bien l'écoute et de pointer les impacts négatifs des consos sans jugement), c'est très peu efficace. Ca doit venir de la personne, je pense que tout le monde le dira ici.

Ta culpabilité je pense que c'est un poids que tu porte qui ne t'aide ni toi ni ton couzin. Il va bien, il a eu une période lune de miel puis une période dark, il a rebondi. Tu peux la lâcher sans problème cette culpabilité selon mon humble avis smile

Posté par : guygeorges | 13 août 2020 à  22:16

 
#4 Posté par : Lolla 15 août 2020 à  13:56

Tinrell a écrit

Je me permets de te tutoyer
Sache qu'à mes yeux tu aurais été une tatie merveilleuse.
Tu n'as pas à te morfondre pour cela, de mon point de vue tu t'es très bien occupée de Benji, tu as toujours été là pour lui dans quelconque situation ce que tu ne pouvais que faire.
Aujourd'hui il va bien, je ne pense pas qu'il te reproche de l'avoir laissé mettre un pied dans ce milieu.

Je te remercie Tinrell, ce que tu viens de me dire ça me fait chaud au coeur et allège ma culpabilité. Malgré qu'il fasse sa vie à présent, on est toujours là l'un pour l'autre et celà pour la vie.
Et encore merci à toi smile


Posté par : Lolla | 15 août 2020 à  13:56

 
#5 Posté par : Lolla 15 août 2020 à  14:12

sud 2 france a écrit

Je vois pas pourquoi tu culpabilises; je te laisse imaginer les dégats s'il était allé chercher par lui même....
Il te reproche quelquechose Benji ??? C'est lui tout seul qui s'est mis dedans, pour moi tu n'as rien à te reprocher.
Franchement tu as fait au mieux.

Oui il y a aussi du bon dans ce que j'ai fais, je n'avais pas vraiment le choix...
Mais voir ce petit bonhomme (de 19 ans !) se mettre sa 1ère paille dans le nez et gober son 1er taz... Je me suis dis, mais qu'il est parti loin maintenant le petit garçon à qui je fais peut être connaître un chemin de non retour...


Posté par : Lolla | 15 août 2020 à  14:12

 
#6 Posté par : Lolla 15 août 2020 à  14:33

guygeorges a écrit

Oui et surtout chez certaines personnes dont moi, qui ont une forte envie d'essayer, et qui tombent dans l'abus, bah c'est impossible de changer quoi que ce soit une fois la machine lancée. Il faut arriver au point ou l'on ne peux plus porter le masque du "je vais bien". Avoir un trop plein de merde, toucher son fond a soi. Et là tu commence à vouloir en sortir. Essayer d'inverser la tendance avec des paroles (même si c'est toujours bien l'écoute et de pointer les impacts négatifs des consos sans jugement), c'est très peu efficace. Ca doit venir de la personne, je pense que tout le monde le dira ici.

Ta culpabilité je pense que c'est un poids que tu porte qui ne t'aide ni toi ni ton couzin. Il va bien, il a eu une période lune de miel puis une période dark, il a rebondi. Tu peux la lâcher sans problème cette culpabilité selon mon humble avis smile

Je savais qu'en venant raconter cette tranche de ma vie ici, je ne serais pas jugée mais comprise. Après toutes ces longues années (surtout son gros dérapage quand il était en saison et que j'avais un fantôme devant moi) ! La seule idée qui m'est venue à l'esprit, était "mon Dieu qu'est-ce que j'ai fait !"
Même si ma culpabilité s'était un peu atténuée depuis que je voyais un psy, je savais qu'il n'y avait que des gens qui ont réellement connu la drogue qui pouvaient me comprendre et me soulager de toutes ces années de culpabilité.
Encore merci pour m'avoir lu, répondu, soulagée et aidée de m'avoir enlevé ce gros poids de dessus mes épaules et aussi pour votre bienveillance.
A vous Tous plein de bonheur drogue-peace


Posté par : Lolla | 15 août 2020 à  14:33

 
#7 Posté par : stephyweedy 17 août 2020 à  21:25
Je n'ai qu'une chose à te dire:
Débarrasses toi de cette vieille culpabilité qui te bouffe et qui n'a aucune raison d’être  ici.
Tu enseignes des bonnes pratiques en pratiquant une RDR, et tu t'y tiens.

Tu devrais plutôt en être fière et je te félicite pour ton ouverture d'esprit et ta tolérance.
Après, tout le monde  fait ses expériences plus ou moins extrêmes,le plus important est de garder votre confiance et amour mutuels pour toujours pouvoir mettre des mots sur des moments pas toujours faciles à vivre.
prends soin de toi.
drogue-peace

Posté par : stephyweedy | 17 août 2020 à  21:25

 
#8 Posté par : sud 2 france 19 août 2020 à  18:38

Lolla a écrit

sud 2 france a écrit

Je vois pas pourquoi tu culpabilises; je te laisse imaginer les dégats s'il était allé chercher par lui même....
Il te reproche quelquechose Benji ??? C'est lui tout seul qui s'est mis dedans, pour moi tu n'as rien à te reprocher.
Franchement tu as fait au mieux.

Oui il y a aussi du bon dans ce que j'ai fais, je n'avais pas vraiment le choix...
Mais voir ce petit bonhomme (de 19 ans !) se mettre sa 1ère paille dans le nez et gober son 1er taz... Je me suis dis, mais qu'il est parti loin maintenant le petit garçon à qui je fais peut être connaître un chemin de non retour...

Si tu n'avais pas été là il l'aurait emprunté par ses propres moyens le chemin et ça aurait surement été beaucoup moins dans le respect des limitations de vitesse si tu vois ce que je veux dire


Posté par : sud 2 france | 19 août 2020 à  18:38

 
#9 Posté par : Srank Finatra 19 août 2020 à  21:00
Ton histoire fait un peu echo aux réflexions que j'ai pu me faire ces derniers temps.

J'ai beaucoup réfléchis à la façon dont je pouvais voir la drogue et à la façon dont je l'utilisais.
Pendant un temps j'invitais mes amis à partager des taz en imaginant pas qu'ils puissent avoir un autre point de vue que moi mais j'ai toujours fais en sorte de leur inculquer la rdr que je venais chercher sur ce site.

Mon rythme n'était pas rdr mais ils n'avaient pas à le savoir, "faites ce que je dis, pas ce que je fais".

Aujourd'hui je me suis largement calmé sur mon rythme de cons mais ce n'est pas le cas de tout le monde autour de moi. J'ai toujours eu beaucoup de recul, même lorsque mon rythme était trop élevé et c'est ce qui me permet de stop lorsque j'en ai besoin.

J'ai fais tout ce que j'ai pu pour transmettre mes valeurs mais ça n'appartient qu'aux autres d'en faire les leurs ou pas. J'ai culpabilisé, de peur d'avoir été mauvais pour les autres en leur faisant prendre un rythme malsain, mais au fond de moi je sais que j'ai fais de mon mieux en n'alimentant jamais ce cycle et je suis certain que toi aussi.

Posté par : Srank Finatra | 19 août 2020 à  21:00

 
#10 Posté par : speedygonzalez 16 octobre 2020 à  23:43
Je viens de tomber sur ton blog et je dois dire que j’en ai encore des frissons.
Je m’y reconnais, non pas dans ta position mais dans la position de ton cousin. J’ai été plus ou moins dans la même situation, ou peut-être devrais-je parler au présent car je n’en suis toujours pas sorti à l’heure qu’il est. Mais du moins je commence à réaliser à quel point j’ai manqué d’un soutien comme celui que tu lui as apporté! Ne culpabilises pas lorsque quelqu’un est déterminé à tester quelque chose rien ne peut l‘arrêter! Et la meilleure chose que je pourrai souhaiter à quelqu’un qui  s’engage sur ce chemin périlleux, c’est bien une personne comme toi! smile

Posté par : speedygonzalez | 16 octobre 2020 à  23:43

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