L'autre jour, je faisais un peu de rangement après une partie de fléchettes en solitaire (j'insiste sur la dimension solitaire).
L'autre jour j'ai essayé de ranger.
Et puis je me suis souvenue que cette expression, "partie de fléchettes", est utilisée volontiers par certains, dont je fais partie, tandis que d'autres la détestent.
Je comprends pourquoi on peut la détester : elle banalise et normalise la pratique de l'injection, elle lui donne également une dimension ludique, celle d'un jeu.
Pour ma part, quand je range les fléchettes, pour finir par les mettre dans la boîte officielle jaune réservé aux déchets biologiques, à déposer dans un Carud, je rigole intérieurement en me disant que c'est le résultat d'une sacrée partie.
Par contre, je déteste une expression qui est pourtant du même acabit : se taquiner. Elle est dérivée du mot taquet, se faire un taquet, que j'aime pourtant bien, et c'est assez intelligent et bien trouvé, " se taquiner", puisque d'ordinaire on ne se taquine jamais seul et cela inscrit également la pratique dans une dimension ludique. Cependant , quand tu me dis, j'ai appris que Céline iy x ou Y se taquinait, j'ai envie de dire, c'est pas une blague.
C'est pas très drôle en fait, à mon sens.
On y réfléchissant, je pense que le terme de fléchettes est ironique mais aussi un peu sombre, on imagine qu'une partie des fléchettes peut mal tourner, tout le monde connaît une histoire où c'est déjà arrivé, les fléchettes c'est rigolo mais c'est quand même dangereux, c'est ça qui est intéressant. Tout le monde sait qu'on peut y perdre un œil, se blesser sérieusement
Par contre, quand on taquine quelqu'un, il n'a pas de risque mortel a priori, à moins de tomber sur quelqu'un de particulièrement dépourvu d'humour et pointilleux. Se taquiner, se taquiner soi-même, cela n'existe pas dans le langage courant, mais a priori, on ne voit pas de dimensions dangereuses et certainement pas mortelle.
La fléchette est un sport de combat (référence a Rudy Ricciotti, "L'architecture est un sport de combat"). Au cours d'une bonne partie, on ne joue finalement jamais que contre soi-même, mais on peut courir le risque de blesser un autre ou de se blesser soi-même. La fléchette est relativement impressionnante quand on la regarde de près, avec ses ailettes, son corps lissé, et la pointe fine et aiguisée destinée à se loger dans la cible après un vol plus ou moins long. .
lance dans ma partie de fléchettes
C'est un jeu cynique, dont les véritables règles n'ont jamais été écrites (ni la notice d'utilisation du kit "expert*
Stéribox ni les affiches du Carud ne m'ont vraiment aidée). Seule l'expérience, la mienne et celle des autres, m'a appris à progresser.
Je me suis d'ailleurs toujours demandé comment ça se passe dans les écoles d'infirmier, est-ce qu'il y a un module "IV",intraveineuse, comment réussir son intraveineuse, sur les autres, sur soi-même ? Dans les laboratoires d'analyse médicale, on croise régulièrement des intervenants qui ne savent vraiment pas piquer. D'autres le font à la perfection, douleur négligeable, retour veineux clair et abondant.
De mon côté, je progresse lentement depuis environ un an et demi que je pratique. Le plus surprenant a été de constater la variété et parfois l'efficacité des techniques des autres. Une partie de fléchettes, si l'on ne joue pas seul, ce qui d'ailleurs comporte un danger particulier, se fait à mon sens à 2 ou au maximum à 3, petit comité, cela favorise les échanges intimistes. Je ne me suis jamais cachée de cette pratique. On me critique, on me méprise (c'est une Tox finie, elle en est au dernier stade, et oui même si je suis plutôt adepte de la C, j'ai shooté de la
came aussi, c'est mon problème, je veux dire, cela me regarde moi, pas les autres). On me jalouse peut-être parfois un peu aussi pour ma revendication assumée de ma liberté de faire ce que je veux, tant que cela ne nuit pas aux autres. Je pense que cela est incompréhensible pour certaines personnes, qui mettent plutôt en avant l'image, la réputation (pas à tort d'ailleurs.
Le monde qui m'entoure est dépourvu de sens, la réalité est dramatiquement dénuée de tout objectif et de toute signification dans mon univers.
J'ai pas encore pas trop bien compris le sens de la vie, si c'est un jeu ou pas, en tout cas c'est mortel, la survie de l'espèce est la raison première de l'existence (salut à toi, être darwinien).
La vie est un jeu mortel et stupide, d'une stupidité absurde, inacceptable, parce que la souffrance tout comme la bonne conduite n'ont ni signification ni conséquence. A ce que je vois. Mes amis vont au chtar pour des trucs insignifiants, les vrais voleurs sont reçus en grande pompe dans des palais parisiens.
Je vis dans une putain de partie de fléchettes. Attention ça pique.
Je joue seule.
J'en ai déjà pris pas mal sur le coin de la gueule et ailleurs aussi. La survie est la seule logique que je perçois dans ce vacarme.