l'Entité (d'un rêve) / Les Blogs de PsychoACTIF
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l'Entité (d'un rêve) 



« Ceux qui croyaient avoir compris quelque chose à mon propos, c’est qu’ils avaient tant bien que mal fait de moi quelque chose à leur image »

Nietzsche



Hier soir je me prends la tête avec deux personnes, vu que c’était pas en I.R.L, chaque phrase, chaque sens de chaque foutu message peut prêter à confusion, des mondes bien éloignés du mien se confrontent en permanence à ma réalité, je tais ma réalité, je ne dis jamais rien de ma réalité, je suis roi dans la prétention du « bien sûr que ça va, bien sûr que je gère »
Hier soir une seule phrase pourtant de quelqu’un par Messenger a suffi pour semer le doute en mon esprit, je veux dire, semer des graines de doute dans un champ déjà bien douteux, heu… ouai non c’est mal formulé je reprends : semer des graines de doute dans un champ d’incertitude. Et le pire n’est jamais le doute, soit-dit en passant, mais la conviction d’avoir pleinement saisi une situation précise.
Une phrase a suffi, une seule, en l’occurrence des lettres formants des mots formant une phrase retranscrite sur un écran par des algauritmes (je suis l’un de ces Gaulois irréductibles et réticents à tous progrès teknaulaugik comme dit notre Mac à tous. A qui je vouerai une éternelle reconnaissance, par Toutatis : celle de m’avoir mené à l’éveil, à l’éclaircie - surtout pour mes dents… - il m’en restent quelques-unes, in-tac-tes. Quel piètre Intouchable je fais. Ma caste ne me le pardonnera pas.)
Illico le doute semé, qui prendra bien le temps de germer dans mon sommeil dans un rêve plus grand que nature – ou l’inverse, ça marche aussi - un rêve que je vais décrire dans les lignes qui suivent… un rêve largement élaboré par une bonne perche en bonne et due forme, une fois que je me suis senti à la ramasse, une fois que mon esprit de trublion secoua les branches de ma raison : fais-toi un taquet, garçon. Après ça croise juste une fois de plus les doigts que tu puisses oublier, mais surtout, surtout, qu’on t’oublie. Oublier le passé c’est pas un problème. Le passé lui en revanche t’oublie jamais.
Alors yep, pénétrer après mon shoot le silence, rentrer dans le silence, me nourrir du silence, laisser mes pensées de destruction massive s’aspirer par mes meilleurs souvenirs, mais merde comment ça fonctionne tout cela ? Je veux dire, comment on s’arrange pour piloter son disque dur cérébral, lier entre elles les meilleures périodes de son existence passée, les meilleures aspirations du futur qu’on imagine, comme on connecte ses diverses zones, ces ruelles de l’esprit squattées par de bons feelings, comment on créé l’alchimie ? Comment on voyage en soi-même ?

Par quel moyen, sérieux, par quelle magie ?

Hop p’tit shoot de subu hyper dosé, un max de benzos pour que l’orage cesse d’ouvrir mes plaies, hop je ferme les yeux, hop ça ne fait évidemment rien du tout. Précision, je touche plus ni à la C ni à la came, j’me contente de surdoser ce nouveau substitut, parfois... c’est selon.
Alors je me couche, sur mon lit improvisé à même le sol, des tentures me servant de draps, je rentrerais pas dans les détails les gars, ici c’est camping depuis plusieurs mois.

Ordi en veille, juste une musique en fond dans un mood « les chimpanzés auraient dû rester dans les arbres et s’abstenir de partir faire les cakes dans les hautes herbes. Voyez le résultat. »
Je souris en murmurant ça. Je murmure souvent ce genre de trucs. Garde la pêche wesh de wesh.

Le sub et les benzos agissent indubitablement. Mon coup de blues m’empêche de percevoir que l’illusion me gagne un peu trop souvent.
Évidemment ma mémoire s’augmente de tout ce qui imprègne l’atmosphère présente, aussi sûrement que cette phrase repassée en boucle dans mon esprit totalement ravagé par mon imaginaire en éveil constant, qui convertit tout sans cesse, tout vraiment. Tout n’étant pas ici un superlatif. Nan vraiment j’insiste. Puis s’additionne alors ce qui va permettre de créer l’alchimie qui suit, c’est ce que je me dis.
Non c’est pas ce que je me dis, je dors en fait. Ooh mais vous suivez là ou quoi ?

Il est largement 3 heures du mat’ passé. 

Des images en cascades, toujours sur la même thématique.
Loin, très loin de « chez moi ». Trop loin de « chez moi ».
Mais je situe pas sur le globe qui tourne où se trouve « chez moi ». Bien plus loin que Warza-zat...
Je sais que je dois, qu’il faut que je retourne « chez moi. ».

Mais comme d’habitude, les fonds, la forme, les hauts, les bas de la ville où on se trouve, où on sait qu’on baigne, ne sont pas possible à décrire, car indescriptible est l’ambiance mouvante d’un rêve.
On sait juste - ça oui on le sait - immergé qu’on est, qu’on ne connait pas ce lieu, ces lieux, cette ville, juste… illimitée. On a des fragments de détails qui nous viennent qu’on peut pas décrire. On perçoit simplement, de la plus fluide des manières, dans cette confusion urbaine de sons, de vertiges, de voiles lumineux, des personnes qu’on aime, yep ; qu’on aime terriblement. Et ça fait mal. On sait que ces personnes nous aiment réciproquement. Même thématique, toujours : on sait que ces personnes qui nous ont été chères, lors de rencontres précises, à des instants précis, en teuf, en réunions, en cours, dans un même bain digital, nous aiment en retour, la sensation est trop bonne ; Putain de déchirure. D’ailleurs, femmes ou hommes ? Ça dépend des secondes qui défilent, c’est mouvant, c’est un rêve, rien qu’un rêve, parfois on croit identifier un frangin, parfois c’est une sex-friend, parfois un sombre salopard qui nous mena la vie dure, parfois tout le contraire, sûrement une meuf inaccessible, dont on pouvait croiser nos regards pendant dix secondes au bahut, sans dire un mot, un foutu regard électrique, où rien n’existait plus hormis la sensation véhiculée. C’est peut-être elle, on en sait rien. Or, même thématique : ces personnes  s’éloignent de plus en plus, s’enfoncent dans la ville, marchent en tête.
Elles sont 3, puis 2, puis deviennent entité indéfinissable. Elles avancent inexorablement devant, toujours devant. Le circuit de la ville tourne à balle, des hauteurs comme du fond.
Quel fond ? Où on est là, vraiment ? On reste derrière cependant, on se questionne : mais elles vont où ces connes, ils vont où ces cons ? C’est du suicide ! ( où un truc comme ça )

On se tétanise et on croise les doigts pour que l’une d’elles, l’un d’eux se retournent et hurlent notre nom, pour qu’on vienne les rejoindre, le temps presse, c’est ce qu’on se dit, on a qu’une et une seule chance. Ça commence à craindre, l’obscurité gagne du terrain, le temps en est témoin. Mais ce n’est pas ce qui arrive, ils-elles foncent devant, tout droit, on les perd de vue définitivement, c’est un vrai bordel ici, un labyrinthe.
Ouai enfin... une hyper-mégalopole qui bouge toute seule, genre cité qui se pense elle-même, genre cité où nous ne sommes au final que transmetteurs.
Là encore, ça devient franchement noir, notre cœur se glace, se fige. C’est du manque ? Est-ce qu’elles auront idées un jour de l’impact qu’elles auront eu ?
Bref, on avance aussi, dans ce dédale narquois de routes mouvantes qui montent et qui descendent, on presse plus seulement le pas pour les rejoindre, on prend le premier véhicule dispos (ouai carrément y’en a partout)

En l’occurrence, c’est un vélo - et faire du vélo dans un rêve, waw mais remballe ton futuroscope hein...

Ici c’est un space-opéra de pentes, de sensations de chute, d’un cœur qui se soulève, et ce vertige… comment détourner les yeux de cette hauteur ? On pédale ma foi, on roule comme sur le fil d’un destin que l’on sait bientôt coupé : nos proches sont perdus, beaucoup beaucoup trop loin, y’a du people autour de nous, rien de franchement amical, en vérité.
Merde c’est quoi la vérité ici, on les a perdus, on a perdu notre chemin, on s’est grave égaré. 
Le soleil revient pourtant, on sent bien que la vie ici suit son cours. C’est normal, c’est comme ça. Alors pendant ce moment de stagnation, on murmure : wow, belle trahison. »


Pi j’me lève. En fait, je suis déjà levé.
J’avais déjà les yeux ouverts quand j’ai dit, murmuré cette phrase.
Les stores de mon appart ne sont pas baissés, le vis-à-vis de l’immeuble d’en face est là, si proche, fidèle au poste. Chaque fois je redoute le regard des occupants d’en face, je redoute leur présence quand j’émerge si soudainement.
J’ai dormi tout habillé, j’me sens juste comme un mort vivant à la ramasse qui genre: vient de louper son train.

Je me fais un café, reprend un sub, me rallume un clope tombé au coin du matelas à terre, mordant le plancher, je regarde mes messages en attente, mes mails aussi, la zik tourne toujours, a tourné toute la nuit, le sub fait son effet.
J’me dis juste en reprenant pieds, en reprenant souffle - sans vraiment me rendre compte que je reprends pieds et reprends souffle - j’me dis juste en me posant sur cette chaise de bureau que je traine depuis 9 ans : comment c’est possible ça… un truc, un rêve pareil ?

Alors je dis à voix haute : yep… tout reste à faire. Le paradis ne sera jamais un endroit qu’on privatisera. Mon putain d’esprit…

J’le garde pour moi.

Catégorie : Carnet de bord - 20 mars 2019 à  19:17

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"Le paradis ne sera jamais un endroit qu’on privatisera" /Core à Corps



Commentaires
#1 Posté par : cependant 22 mars 2019 à  20:54
Salut Nils !!

j'aime bien le récit ce billet smile
Tu le sais déjà, je crois, j'aime bien ton style et ton écriture et, comme disait Hilde.0, c'est vrai que c'est encore plus percutant quand tu parles de toi.

Les rêves restent un mystère épuisant pour moi. Chaque fois que j'en parle au psy il me sort des trucs de psychanalyse qui me parlent pas vraiment. Je ne sais pas d'où ils viennent, comment le cerveaux mélange les données dans le sommeil, mais je sais juste que personnellement c'est bien rare que je me sens bien dans les dédales oniriques.

Dans mes rêves, me perdre dans des villes, dans des bâtiments désaffectés, dans des transport en commun, des tunnel c'est tout autant recourent pour moi que de rater des trains, de rendez-vus et de chercher inutilement des amis et des plans (voire d'avoir trop envie de prendre un truc et de n'y arriver jamais, des traces qui partent en l'air, des képa qui se défont...).
Souvent aussi je suis poursuivie par des contrôleurs, des flics ou des nazis...Bref, je ne vais pas faire ici la liste de toutes les situations désagréables que j'ai vécu en rêve, mais c'est certain qu'ils partagent tous des sensations négatives, où je n'arrive pas là où je veux, où l’atmosphère ambiante est morose et glauque.

Je crois, en plus, d'avoir remarqué une particularité propre aux rêves sous opiacés.

Ça dépends des opis d'ailleurs, par exemple, la nuit passée après avoir pris du sken, a été particulièrement paisible (mais ces derniers dix jours, c'est une période où j'arrive à dormir assez et le matin, chose pas évidente d'habitude).

Souvent, avec de la came ou de l'opium, l'intensité des rêves est plus forte pour moi, c'est assez difficile à expliquer, mais, ils sont plus profonds. Le seul problème c'est que, tout autant souvent, les rêves deviennent des vrais cauchemars plus enveloppants et réels que sans opis. Je me réveille en sursaut en criant en ne sachant pas si je suis encore dans le cauchemars ou bien dans la réalité (qui devient tout autant cauchemardesque pendant les longues secondes qu'il me faut pour comprendre que je suis bien réveillée).

À un moment, j'ai réduit ma conso à cause des cauchemars, car j'en avais vraiment marre de passer des nuits angoissantes et bouleversantes, où la limite entre réel et rêve est tellement labile que même se réveiller ça ne suffit pas à faire partir l'angoisse.

C'est un peu paradoxal, mais quand je suis défoncée et je finis par m'endormir les rêves épais et envoûtants sont rarement agréables (voire c'est des vrais cauchemars), alors que ça m'est arrivé qu'en étant « clean », je rêve de défonce d'une façon très agréable (même s c'est le retour à la réalité à être bien rude : je me souviens d'une fois où j'avais rêvé de prendre de la super bonne came, je rêvais parfaitement la sensation de bien-être ultime, puis quand le réveil a sonné j'imaginais encore d'être encore en train de piquer du zen et de ne pas arriver à ouvrir les yeux. Quand j'ai levé mes paupières et j'ai réalisé que j'étais dans la réalité, dans un pauvre lit d'appoint et que je n'étais pas défoncée du tout, tout est retombé et je me suis sentie super mal, avec une angoisse montante du au décalage entre le bien être rêvé et la réalité rude.

Bref, comme tu vois, c'est un argument sur lequel je m'éparpille beaucoup wink

Je vais arrêter là, j'espère de te lire bientôt, passes une bonne soirée !

Posté par : cependant | 22 mars 2019 à  20:54

 
#2 Posté par : Bootspoppers 22 mars 2019 à  22:12
Bon Nils je vois très bien ton appartement.
C est comme si tu m'avais hébergé.
Dangereuse interaction
Mais si belle

@cependant
C est la paire magique ce soir vous deux.
En descente de crack et sous les doigts de fée de ma partenaire je fais des rêves opiacés. Cet adorable génie me fait passer d un registre à l autre c est fabuleux.
Puisqu on parle de rêves... j ai l amnésie totale de mes jouissances sous crack. Heureusement car cette amnésie tue le craving. Eh bien j'ai rêvé plusieurs fois que j approchai mon visage de la bouteille de coca. Je mets les lèvres sur le bic de mon amie à mon tour. Je proméne la flamme de notre briquet sur les cendres que je lui ai préparées. Et ça grésille sous son regard lumineux qui m'observe. Réveil...
Et Nils et Cependant en vous racontant ces rêves de grosses larmes d émitin coulent sur mes joues. Ça fait quinze jours que je n ai plus de ses nouvelles à elle.
Désolé pour ce hors sujet mais le lit d appoint de Cependant et la chambre de Nils m ont invitée (sic) aux confidences intimes sur la défonce et l'amitié un peu amoureuse quand même.

Posté par : Bootspoppers | 22 mars 2019 à  22:12

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