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<title>Le blog de Finn Easter / Psychoactif</title>
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<description>Psychoactif L'espace solidaire entre consommateurs de substances psychoactives...</description>
<language>fr</language>
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<title><![CDATA[Parfois, j'aimerai seulement donner du pain aux oiseaux. / Le blog de Finn Easter]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Parfois-j-aimerai-seulement-donner-du-pain-aux-oiseaux_8770_1.html</link>
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<description><![CDATA[Parfois, j’aimerai seulement donner du pain aux oiseaux. Une journée, assis sur banc, et laisser mon pain pour les oiseaux. Une occupation oisive, rien de bien méchant… Donner du pain aux oiseaux : à quoi bon ? On refait pas le monde en donnant son pain aux oiseaux, on ne fait pas un monde du tout d’ailleurs. Personne m’embaucherait pour donner tout ce pain à de pauvres oiseaux : je ne sers pas l’économie, je ne sers pas la patrie, ni même mes amis. Et pourtant… un homme, à son tour, vient me rejoindre pour donner un peu de pain aux oiseaux. Qu’ils sont beaux ces oiseaux quand on est deux pour les regarder, on discute de leur gestes, de leur roucoulements, et le temps passant, on a donné tout notre pain aux oiseaux. Les oiseaux partis, on reste en s’échangeant quelques mots. Demain, je veux bien faire du pain, mais seulement si me laisse encore le temps de donner du pain aux oiseaux, de revoir cet inconnu, et qu’on continue à parler cœur à cœur de ces beaux oiseaux. Car je serai un bien misérable boulanger, si je donnais tout mon cœur au pain sans prendre le temps de savoir qui sont ces étrangers qui viennent l’acheter si tôt. Peut-être que l’un d’entre eux est cet homme qui donne, lui aussi, du pain aux oiseaux.]]></description>
<slash:comments>0</slash:comments><pubDate>Tue, 01 Oct 2024 01:36:57 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Obstiné. / Le blog de Finn Easter]]></title>
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<description><![CDATA[La dépendance est une de ces maladies détestable. Bien que guerissable, elle nous semble incurable. Malgré tout, elle exige la fidèle obstination de toute une vie.]]></description>
<slash:comments>17</slash:comments><pubDate>Sun, 14 Aug 2022 02:26:04 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Chapitre II dernière partie : Le routard speedeur et le Seemis en GAV / Le blog de Finn Easter]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Chapitre-II-derniere-partie-Le-routard-speedeur-et-le-Seemis-en-GAV_6049_1.html</link>
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<description><![CDATA[Après avoir repris conscience, j’ai tout de suite compris où on se trouvait moi et mon camarade de castagne. On était chacun dans une petite cellule, pris entre trois murs avec face à nous de simples gaules de schtard. Lui, il était en train de roupiller pépère sur son petit banc. Plus loin dans le comico, je voyais les aller et venues des hommes en bleu. Le truc avec les cellules dans les commissariats c’est que c’est pas comme en zonzon, on cherche pas à t’isoler dans ta solitude. Non, là t’es à la vue de tous comme une bête de foire. Tu dois te sentir honteux avant de te sentir seul, une sorte de mise en garde apparemment. Pour le coup c’était déjà ça de pris, moi qui cherchais qu’à être mis en scène, j’étais bien mieux en GAV qu’à pourrir seul dans la routine d’une cellule de prison. Mais là, je m’ennuyais déjà…<br /><br />&nbsp; &nbsp; Je pris alors un petit caillou qui traînait au sol pour l’envoyer sur l’autre déglingué qui piquait son somme. Il se réveilla tout de go. Enfin, au vu de la quantité de stimulants avec laquelle il se trimballait avant d’être pris, c’était à se demander s’il avait déjà dormi un jour l’énergumène.<br /><br />— ZALOPARD DE MERDEUX A COUILLES DE LOUTRE !!! DONNEZ-MOI UNE PELLE QUE JE LE FOURRE ZE CAILLAIZZEUR !! » qu’il hurla tout bougon. Puis, il se tourna vers moi, prit une pause, et se calma aussitôt pour ajouter cette fois très sereinement :<br />« — Un problème l’catcheur du gazon ?<br />— Tu dormais pas l’excité ?<br />— Naan, je méditais za me calme mué, et puis j’attends qu’on vienne me sortir de là, za devrait plus tarder maintenant t’zais ! J’leur ai pourtant bien dit à la flicaille, on m’fait pas chier mué hein, j’ai des relations et j’échappe toujours à l’embrouille des cazze couilles. Toi, marmot, t’l’auras ton prozès au fion.<br />— Vué, vué, vué… bile-toi d’abord hein, avec tous les SSStupéfiants que tu te trimballais, j’SSSSuis pas un juriste, mais tu t’en sortiras pas SSSans rien. Puis, merde ! C’est quoi le problème avec ton cabot, tu vois pas qu’il est claqué depuis des années ?<br />— Eh lé révolté, tu connais le Zeemiz ? J’zuis un de leur livreur depuis longue date t’zais et la chef, c’est ma mère, tu vois l’genre ?<br />— Super… « mOi c’ESt mArTiN, jE trAVAIlLe pOUr pErSSSSonNe, lE sSSSAVaiS-TU DONC ? JE sSSSUIs fILsSSS non aDoPtIf de mA grOsSSSe DARONNE, TU VOUAS LE GENRE ??? » Bon, c’est quoi le problème avec ton clebs ?<br />— Non, mais, tu connais vraiment pas le Zeemis, le gnard ?<br />— Nope. Euuh que dis-je ? Non, pardonnez-moi mon petit pépère parce que j’ai pêché. Que dois-je faire pour pas me faire emprisonner ? Vous et ce Zeemis, seriez-vous ma Ssssainte PanaSSSée ?<br />— Hin. Hin. t’zais ils sont pas déconneurs comme moi, et ils z’aiment pas vraiment qu’on fasse chier leur Hermès adoré. Pis, mon clebs c’est Canaroller, il a rien de crevé ni d’un simple clebs d’abord.<br />— Vouais… pas la grande forme le toutou, pas aussi mochard qu’un clou, mais pas fou.<br />— Eh ! T’y t’es donc pris pour un puizant toué, mais vaut mieux que tu penzes à comment t’zortir d’ze foutoir plutôt que d’continuer à nous prendre pour des ploucs… t’es épatarouflant ko même *hiurk* *hiurk* T’en prendre à nous juste comme za et po connaître le Zeemis, z’est que t’es bien couillard l’mioche<br />— Boeh j’avais mes raisons hein, c’est l’chien là, Canaroller qui m’a aboyé dessus pour jouer à « ouaf ouaf baston sur gazon » tsé !<br />—  OUAF OUAF BASTON SUR GAZON ??!! Z’est vrai qu’z’est zon jeu préféré za ! *hiurk* hiurk* z’acré canaille le cana, z’est zurement qu’il t’aime bié hé, il aime tout l’monde tfazon l’cana zé un bon chié tzais ! <br />— Mué si tu l’dis sacré canaille le cana… hin, hin…<br /><br />&nbsp; &nbsp; Décidément, le Hermès là, il était convaincu que son clebs, il était encore en pleine vie. Difficile de savoir si c’était un véritable baratineur ou si je devais quand même me biloter un peu d’avoir foncé tête baissée contre ce gugusse au cerveau fêlé. Vu qu’on avait rien d’autre à glander avant l’arrivée d’un membre de ce soi-disant « Zeemiz » ou « Seemis » là — avec ses cheveux sur la langue j’étais sûr de rien —, j’ai quand même essayé d’en savoir un peu plus. Et puis il m’intriguait pas mal le zozio, il était prêt à me bouffer vivant pendant le combat et voilà que maintenant il me parlait tranquille. Il cherchait même à m’instruire de son monde délirant. Vu que j’ai fini par l’écouter attentivement dans ces histoires de loubard, je lui suis même devenu plutôt sympathique. Puis c’était pareil pour moi, plus il m’en disait, plus je commençais à bien l’aimer ce fêlé. C’était un de ces personnages qui avait de quoi nous fasciner pendant des heures en se demandant comment des fous en son genre pouvaient encore faire partie des vivants. Les larves aussi, elles commençaient à fatiguer du coup, elles en demandaient de sa parole. Elles voyaient en lui un mode de vie des plus aguichants, une œuvre d’art à lui tout seul, sûrement un modèle pour moi.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Au fur et à mesure de ses anecdotes, j’avais de quoi en faire un bouquin de ses histoires de brigand. Déjà le « Zeemis », j’avais déjà entendu ce mot quelque part en fait… C’était le « Seemis » déjà et surtout l’une des plus grosses entreprises pharmaceutiques qui existait. Ça m’avait pas fait tilt au départ, mais c’est vrai que le siège social du Seemis, il est chez nous, en Goissie. Les médocs de ma vioque venaient de là-bas, donc j’en avais déjà gobé plus d’une fois de leur marchandise. Faut dire que ça déboîte le gosier et tout ce qui suit, les tripes, les sens, la caboche, et même les poils qui se mettent en branle. D’la bonne cam’, je vous le dis. Y avait de quoi être honoré de se trouver en gardàv’ avec l’un d’eux si c’était vrai. Ce que je savais moins, c’est qu’ils faisaient pas que dans les médocs. Pas étonnant, au vu de la tonne de stup’ qui traînait dans ses affaires. En sous-main, ils avaient tout le marché de la drogue. Le genre de petit commerce qui était toléré par la flicaille du coin vu que leurs relations allaient bien plus haut. Et puis ça rapportait de la maille en masse dans laquelle les poulets prenaient leur commission. Ça se savait plus ou moins en Goissie, mais j’ai toujours cru à une sorte de légende urbaine. Le genre de truc qu’on dit pour faire faire croire aux souillons comme moi qu’ils pourraient s’en sortir s’ils finissaient par travailler pour ces truands de la haute caste. J’ai toujours préféré ne pas trop y croire.<br /><br />&nbsp; &nbsp; L’Hermès, il m’a aussi raconté ce qu’il foutait dans le Seemis. Décidément, il avait changé d’humeur à toute bringue pour fanfaronner devant moi en me racontant tout ça. Faut dire que ça rapproche et que ça excite de se retrouver dans l’aquarium, il n’hésitait pas à dégoiser sur sa vie à tout-va comme dans un concours de celui qui serait le plus déglingué. Pour un survolté du cervelet, ça en était un. Il se décrivait comme une sorte de « routard speedeur », un camé des amphet’ sur son vélo. Il passait sa vie à barouder de ville en ville pour rejoindre les grandes teufs des alentours et vendre sa marchandise que lui fournissait le Seemis. Sa routine — si ça pouvait en être une — était pas conne, il alignait sa trace de speed sur la carte de son vélo couché, le plateau se mettait à vibrer un coup et pouf, ça lui dessinait une direction vers laquelle foncer après s’être défoncé. S’il sentait le manque ou la fatigue venir, il s’y remettait derechef et sans vergogne. De toute façon, on lui en filait en quantité illimitée du temps qu’il faisait du chiffre. Son cabot décomposé qu’il appelait « Canaroller », il était derrière lui bien accroché à son vélo par deux barres en métal qui disposait de quatre rollers pour ses patounes.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Sa cam’, au clébard, vous l’aurez calé c’était le cana-cana, la bonne vieille ganja. Il m’assurait même qu’il adorait ça le iench, et encore plus quand Hermès se servait de lui comme bang. Soi-disant qu’ils discutaient pendant des heures de route ces deux-là, qu’ils étaient d’inséparables lurons de voyage et que pour rien au monde ils se décolleraient. Le mec devait avoir un cafard dans le choubersky pour halluciner autant, ça venait sûrement pas que des grandes quantités de speed qu’il s’enfournait tous les jours, il délirait sans cesse sur son cabot. Au final j’avais fini par l’accepter, moi je vois bien des larves et sur ça il semblait pas trop me croire. On a convenu tous les deux qu’il valait mieux nous laisser divaguer dans nos délires à tout-va puisque ça nous plaisait bien ces histoires de menton bleu. C’est comme ça qu’on s’est accepté chacun aussi fêlé qu’on pouvait l’être et, par là, on a abandonné le peu de raison qui nous restait pour faire régner l’imagination de détraqués qu’on avait. Un bon compagnon de cellule.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Des livreurs comme le routard speedeur, y en avait pas qu’un, ils étaient chacun regroupés en faction selon leurs spécialités dans la dope. Le routard speedeur apparemment il contrôlait toute la faction des amphétamines pour la simple et bonne raison qu’il aurait été le premier à en consommer. La patronne du Seemis l’avait recueilli quand il était encore marmot et au départ il servait uniquement de cobaye pour les nouvelles drogues qu’ils cherchaient à synthétiser. Il avait vite pris le coup, et l’addiction avec. Très vite il demandait son speed comme un bambin quémande son biberon. Vu qu’il a réussi à ne pas clamser dès son plus jeune âge, ils l’ont gardé auprès d’eux et il est devenu livreur dans l’affaire familiale. Il semblait si reconnaissant envers eux quand il en parlait, le Seemis lui apparaissait comme son Sauveur. Ça aurait pu troubler n’importe qui, mais pas moi.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Quant aux autres livreurs, pour la plupart, ils les prenaient aussi quand ils étaient encore des jeunots à la rue. Ça leur permettait d’avoir de la main-d’œuvre pas chère à entretenir, et de plus facilement toucher les jeunes. Surtout au départ, quand le Seemis batifolait pas encore avec la haute caste pour faire jouer leur relation, c’était plus simple d’avoir des mineurs sous la main qui risquaient moins la zonzon. Au pire, ils étaient mis en foyer et disaient n’avoir aucune relation avec le Seemis. Aujourd’hui, selon Hermès, ils continuaient principalement à se payer des mineurs, les jeunes c’est plus fidèle qu’il affirmait. Puis ils se prenaient au jeu de toute façon. Devait y avoir un peu de tradition dans tout ça, comme leur marque de fabrique. M’enfin, en général, les jeunes l’aimaient bien la patronne du Seemis, elle leur fournissait ce qu’ils voulaient du tant qu’ils bossaient et faisaient du chiffre, et puis ils pouvaient pas mal voyager un peu partout dans le pays avec ce taf. Ils lui avaient même donné un surnom à la grande prêtresse du Seemis : « La petite mère des tox’ ».<br /><br />&nbsp; &nbsp; Au bout d’un moment, comme il l’avait prévu, quelqu’un est venu le chercher. C’était peut-être vraiment pas un baratineur finalement vu qu’on lui a rendu son Canaroller adoré, son vélo, ses sacoches et même tous les stups’ sans broncher. La femme du Seemis avait les cheveux noirs, une corpulence assez mince, mais surtout une gueule d’ange bien qu’elle devait avoir vingt berges de plus que moi. Elle impressionnait tout le monde dans le commissariat, le silence s’était installé avec elle. Le routard speedeur l’appelait « Coraline » et semblait plutôt bien la connaître au vu de la familiarité qu’il se permettait avec elle. Sûrement que c’était elle la duchesse du Seemis. À un moment, il m’a montré du doigt en lui chuchotant quelques mots à messe basse, elle a regardé quelques instants vers moi, j’étais terrifié. Elle a hoché la tête puis le routard speedeur est venu me voir pour me dire au revoir à sa manière.<br /><br />— Eh l’Martin, mué j’me cazze, j’te l’avais biéééé dit ! *hiurk* *hiurk* Hééé zi tu veux pas d’problèmo, appelle mué. T’es po couard, zi tu nous rejoins, y aura ribouldingigo, za z’est zur !<br /><br />&nbsp; &nbsp; Encore trop terrifié par cette Caroline, je me suis contenté de prendre le petit papier avec les coordonnées du Seemis qu’il me tendait à travers les barreaux de la cellule sans rien dire. Une fois qu’ils sont partis, je suis retourné au fond de mon trou en éclatant de rire.]]></description>
<slash:comments>2</slash:comments><pubDate>Sat, 12 Dec 2020 02:05:57 +0100</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[La dictature du bonheur / Le blog de Finn Easter]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/La-dictature-du-bonheur_5975_1.html</link>
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<description><![CDATA[Il y a peu m’est venue une question : quelle est cette pression sociale qui nous incite allègrement au bonheur ? Peut-être cette question prend fondement dans la nature mélancolique et désabusé que je suis, mais elle mérite tout de même d’être posée. En fait, ce qui me préoccupe plus dans cela, ce n’est pas tant l’absurdité de vouloir être heureux. Cela, je ne le conçois pas vraiment, il est vrai sûrement vrai que le contentement est le principe souverain comme pouvait le dire Aristote, mais ce qui me terrifie c’est plutôt la répulsion directe et sans droits d’objection à la tristesse dont font preuve mes congénères face à celle-ci. Il est fréquent que l’on nous reproche de tirer la gueule, d’être mou, apathique, et emprunt d’un chagrin qui, selon eux, n’est incurable que pour nous.<br />Or, depuis quand la tristesse est-elle tant à fuir et si apeurante qu’il faut fustiger d’aigri toute personne qui en ferait l’expérience. À vrai dire, le malheur n’est pas si mauvais pour nous. Je ne m’attarderai pas sur un éloge de la tristesse ici, mais je me contenterai de dire que ce malheur nous est nécessaire, dans un processus dialectique, pour apprécier notre joie et ainsi atteindre le bonheur. On ne peut évaluer ce qui est joyeux si l’on n’a jamais fait l’expérience du chagrin. Or là n’est pas la question, ce que je critique c’est bien l’attitude naturelle que peuvent avoir les autres en sermonnant lorsque nous sommes malheureux. Plus qu’être une très mauvaise méthode pour que quelqu’un se sente mieux qui se résumerait à dire à un os cassé de se reconstruire en lui criant dessus, c’est aussi la preuve d’une peur effarante envers cet état. Cette répulsion naturelle qui juge quiconque est atteint de chagrin semble prendre ses racines dans la même conception que de croire que le&nbsp; bonheur est contagieux : si le bonheur est contagieux alors le chagrin l’est lui aussi. Je ne récuse pas cette dernière proposition bien que j’y sois un tantinet sceptique, en revanche j’affirme tout de même que le malheur n’est pas une mauvaise chose et qu’il faut laisser les gens en profiter. Pourquoi donc ? Car ce malheur a une dimension esthétique dans les deux sens du terme.<br />Autant, elle est esthétique, car elle est un sentiment dont nous faisons l’expérience, un sentiment qui est aussi nécessaire au bonheur que l’est le plaisir comme vu précédemment.<br />Mais elle est aussi esthétique au sens où elle a une dimension artistique selon un point de vue rétrospectif. En effet, le monde est triste à être, mais beau à voir. C’est d’ailleurs aussi par cette dimension artistique que nous pouvons trouver un certain plaisir dans notre tristesse que l’on nommera mélancolie. Mais ce plaisir face à la beauté est encore plus fort lorsque nous sommes dans un rapport d’extériorité et pour exprimer cela, je n’invoquerai qu’une phrase de ce cher Musset : « Les plus désespérés sont les chants les plus beaux./et j’en sais d’immortels qui sont de purs sanglots »<br />Bref, je m’excuse de la piètre qualité de mon argumentation, mais tout simplement, car ce n’en est pas une. C’est simplement une réflexion que je me pose et à laquelle je pourrai sûrement <br />mieux répondre un jour pour mieux exprimer la légitimité de la tristesse.]]></description>
<slash:comments>10</slash:comments><pubDate>Sun, 08 Nov 2020 01:21:16 +0100</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
<item>
<title><![CDATA[L'imagination artificielle peut-elle avoir une imagination ? Partie 2 / Le blog de Finn Easter]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/L-imagination-artificielle-peut-elle-avoir-une-imagination-Partie-2_5936_1.html</link>
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<description><![CDATA[***<br /><br />III. Perspectives critiques : N’y a-t-il pas des caractéristiques de l’imagination humaines qui sont non-reproductible artificiellement ?<br /><br />&nbsp; &nbsp; Dans nos premières parties, nous avions laissé en suspens certains problèmes (la conscience,&nbsp; la spécificité de l’imagination humaine, la perception humaine par rapport à celle des imaginations artificielles) qu’il s’agit maintenant de reprendre un à un.<br />&nbsp; &nbsp; Tout d’abord, un premier problème, comme nous l’avons fait remarquer dans le paragraphe précédent, c’est que nous avons identifié les données que reçoivent les machines à des sensations. Pourtant, cela ne va pas de soi. En effet, la question se pose : la perception humaine peut-elle s’identifier à la manière dont les machines reçoivent des informations ? Et plus généralement, les machines perçoivent-elles leur environnement externe de la même manière que les humains ? Pour répondre à cette question, il faudrait d’abord comprendre la spécificité de la perception humaine afin de voir si celle-ci est reproductible artificiellement. Merleau-Ponty, dans son ouvrage les Causerie1, propose justement de montrer toute la spécificité notre perception humaine du fait que&nbsp; notre rapport au monde passe par notre corporéité. En effet, dans ce texte, Merleau-Ponty replace l’humain dans le monde en tant qu’il est un sujet incarné par un corps. Or, comme nous sommes un sujet incorporé dans un corps, nous percevons le monde sensible non pas avec notre esprit&nbsp; souverain extérieur au monde comme un logiciel informatique le ferait, mais avec notre corps. Pour cela, Merleau-Ponty fait la distinction entre corps-propre qu’est le corps phénoménologique c’est-à-dire le corps en tant qu’il est vécu et le corps objectif de la science. Autrement dit, le corps propre est le corps qui me permet de percevoir mais que je ne perçois pas alors que le corps objectif est le corps que je perçois mais qui ne me permet pas de percevoir. Par exemple, je peux étudier mon corps en observant chacune de ses spécificités de manière réflexive et lui conférer des qualités que j’ai objectivés : je fais telle taille, tel poids, etc. En revanche, le corps propre, c’est la chair en tant qu’elle est vécue lorsque je perçois les phénomènes du monde. Par exemple, je peux sentir le vent qui se heurte à ma chair alors que mon corps objectif, lui, ne sens rien, il n’est que le produit a posteriori de ma réflexion sur mon vécu. Le problème est donc que la machine, elle, reçoit les informations du monde extérieur par l’intermédiaire de son programme et, de ce fait, elle ne peut que analyser les informations et non les vivre, car ces données ont déjà été objectivées par ce programme. La machine, quand bien même elle disposerait d’un corps robotique, reçoit des informations objectives au sens où elles ont été objectivées par un langage informatique selon des règles formelles qui donne lieu à des données et non des phénomènes vécus. Or, comment créer artificiellement par des lois formelles et objectives ce qui se veut être une expérience phénoménologique subjective ? Nous arrivons là un non-sens qui voudrait que le phénomène ne soit pas quelque chose de vécu, mais déjà un produit de notre réflexion a posteriori sur ce vécu. Nous pouvons dire à la machine qu’elle mesure 30 cm de hauteur, mais elle saura pas ce que c’est de vivre cette hauteur, car nous lui avons formulé de manière objective avec une unité de mesure que sont les centimètres par exemple. De ce fait, lorsque l’imagination artificielle traite des informations, ce n’est pas de la même manière que l’homme, car il lui manque cette corporéité propre à l’homme : L’homme vit puis revient a posteriori dessus, la machine, elle, analyse et synthétise en objet des données déjà objectivées par nous-même et donc qui n’ont pu être vécue au préalable. Mais si cette différence entre perception humaine et réception de l’information digitale est si problématique dans le projet d’une imagination artificielle c’est parce qu’une machine lorsqu’elle reçoit des données ne dispose pas d’une expérience phénoménologique de celles-ci. De ce fait, le sujet incorporé dans un corps et l’imagination artificielle reçoivent des données fondamentalement différentes. En effet, le sujet en tant qu’il est incorporé dans un corps qui fait son ancrage dans le monde, n’a pas un rapport d’extériorité avec les objets comme nous pourrions le croire avec la conception kantienne de l’imagination. Car si la conception de la connaissance sujet-objet au sens où le sujet objectiverait le divers sensible en un objet à l’aide d’un concept en passant par un schème de l’imagination est peut être applicable aux machines avec les données digitales et le codage, cela n’est pas le cas pour nous. Merleau-Ponty montre bien cela au paragraphe 2 et 7 du texte auquel nous faisions référence : <br /><br />[§2] « L’unité de la chose demeure mystérieuse tant qu’on considère ses différentes qualités (sa couleur, sa saveur, par exemple) comme autant de données qui appartiennent aux mondes rigoureusement distincts de la vue, de l’odorat, du toucher, etc. Mais justement la psychologie moderne, suivant en cela les indications de Goethe, a fait observer que chacune de ces qualités, loin d’être rigoureusement isolée, possède une signification affective qui la met en correspondance avec celles des autres sens. »<br />[§7] « C’est donc une tendance assez générale de reconnaître entre l’homme et les choses non plus ce rapport de distance et de domination qui existe entre l’esprit souverain et le morceau de cire dans la célèbre analyse de Descartes, mais un rapport moins clair, une proximité vertigineuse qui nous empêche de nous saisir comme pur esprit à part des choses ou de définir les choses comme purs objets et sans aucun attribut humain. »<br /><br />&nbsp; &nbsp; Ici, Merleau-Ponty constate que nous n’arrivons pas à concevoir l’unité de la chose tant que nous la considérons comme un assemblage de données disparates amenées par les sens d’où la critique de la conception kantienne que nous pouvons formuler. En effet, cette synthèse kantienne opérée par la faculté transcendantale que serait l’imagination reste bien mystérieuse puisque nous n’expérimentons pas phénoménologiquement cette unification. En effet, dans notre expérience, nous vivons pas cet assemblage de qualité qui fait un objet, nous apercevons d’emblée les choses comme des unités. Cela tient bien sûr au fait que Kant place cette opération dans l’a priori donc comme condition de l’expérience. Pourtant, comme le pointe Merleau-Ponty, dans notre vécu, nous ne considérons pas la chose comme une synthèse de qualités, mais nous la considérons comme d’emblée une unité et, de cette unité, émanent les qualités à laquelle elles se rapportent : le schéma qui relie la chose et les qualités est renversé par rapport à la logique kantienne. D’abord nous percevons une unité, puis nous pouvons décomposer cette unité. Par exemple, nous pouvons l’expérimenter dans le cas du canard-lapin2 : nous voyons en premier soit un canard soit un lapin et non les deux en même temps, car nous donnons d’abord une signification aux choses pour leur donner une unité et, de cette unité, émergent les qualités qui la compose. Nous pourrions donc comprendre les qualités comme mises « en correspondance » par leurs significations affectives et sensibles du fait de cette unité sémantique de la chose qui est le premier moment de notre perception. Il ne faut donc plus comprendre les qualités comme distinctes mais comme liées entre elles à travers le prisme de l’homme qui leur confère une charge émotionnelle et une signification. Autrement dit, les qualités se renvoient les unes les autres dans l’homme qui les dote d’une inflexion affective et sémantique. Ainsi, l’homme agit comme un prisme qui procure aux qualités une signification affective et sémantique qui permet de les mettre en lien sans que cette unité existe a priori comme nous le décrivait Kant3. Quant à elle, la machine, ne reçoit que des données et, elle ne constitue aucun sens à partir de cela mais en fait juste un assemblage pour objectiver ces données en un objet. Dans le cas du canard-lapin, par exemple, elle ne voit à proprement parler ni canard, ni lapin mais que des données brutes qu’elle analysera par la suite. En effet, la machine est incapable de mettre en correspondance les différentes qualités par leurs significations affectives, par un renvoi des sens et de sens, car non seulement, elle ne dispose pas d’expérience phénoménale du monde&nbsp; mais d’un logiciel de traduction des données mais aussi, elle ne dispose pas d’un rapport affectif et sémantique aux choses du fait que son rapport aux données est un rapport d’objectivation par des fonctions logiques. Nous pourrions expérimenter cela par une analogie : c’est comme si nous demandions à une machine de convertir tout l’audio du film Shrek 1 (bruitage, paroles, musique, etc.) en un langage unique et formel que serait la traduction de la fréquence de cet audio en notes de musiques. Dans ce cas, nous aurions qu’une juxtaposition de notes sans aucune mélodie et qui nous apparaîtrait sans signification, car tout comme la machine, nous serions incapables de donner une signification à cet enchaînement de notes en mettant les qualités différentes que sont le bruitage, la parole, la musique en correspondance puisque tout a été traduit dans un langage objectif qui donne lieu à des données homogènes.4 Bien sûr, c’est ici qu’une analogie, car nous ne pourrions pas vivre ce que vit la machine, puisque justement elle ne vit pas au sens où elle ne fait pas d’expérience des phénomènes tels que nous l’avons décrit auparavant pour l’homme (de plus, nous y attachons bien un sens par cette analogie en tant que cet enchaînement de note serait la preuve du non-sens qu’aurait la machine dans sa réception de l’information, c’est d’ailleurs là la limite de notre exemple mais qui prouve aussi notre capacité à toujours projeter du sens sur les choses). Bref, lorsqu’on traduit des données en un langage formel pour les rendre homogènes, cela empêche à la machine de faire ce renvoi des sens et de sens que l’homme opère dans son rapport au monde. Cela pose donc problème avec tout type d’imagination artificielle car lorsque celle-ci reproduit un objet comme dans le cas de l’imagination reproductrice artificielle, elle ne l’imagine pas vraiment au sens où cette reproduction de l’objet est vécu avec une unité de sens mais, elle ne fait que donner un objet qui était au préalable dans sa base de donnée. Ce qu’elle reproduit par l’imagination c’est un objet sans sa dimension phénoménologique et sémantique. Bref, la machine reproduit des objets, le sujet incarné dans un corps, lui, vit phénoménologiquement et sémantiquement ce qu’il imagine. Et si ce problème apparaît dès l’imagination reproductrice, c’est qu’il apparaît pour tous les types d’imaginations car, comme nous l’avons dit, l’imagination reproductrice est la condition sine qua non sur laquelle se fondent tous les autres types d’imagination. En ce sens, nous pourrions dire que les imaginations artificielles n’imaginent pas si l’on considère le processus d’imagination comme un vécu de la conscience et non juste comme une fonction.<br />&nbsp; &nbsp; Mais alors nous pourrions nous demander : Que manque-t-il à l’imagination artificielle pour vivre son imagination et donner à ses productions une unité de sens ? En fait, ce qui manque à l’imagination artificielle c’est justement ce qui nous caractérise dans notre expérience au monde : une expérience phénoménologique qui fait que lorsque nous percevons les choses, c’est avec une certaine intentionnalité. Autrement dit, notre conscience est toujours conscience de quelque chose. Par intentionnalité, nous entendons donc ce caractère propre à la conscience de toujours se projeter vers quelque chose qui lui est extérieur, transcendant. Mais nous allons plus loin, car avec cette intentionnalité, la conscience vient toujours avec une certaine intention que sont les modes intentionnels donc avec une certaine signification que l’on donne aux choses vers lesquelles nous nous projetons comme vu précédemment avec l’exemple du canard-lapin. Autrement dit, l’intention est un acte de la conscience donnant une signification aux données de la perception, de l’imagination, de la mémoire. Prenons un exemple pour être plus clair : Si je vois un gâteau posé sur une table. Alors lorsque je le perçois, ce gâteau n’est pas à l’intérieur de ma conscience mais bien là où il est c’est-à-dire dans le monde extérieur à ma conscience donc sur la table. Ma conscience est toujours conscience de quelque chose au sens où rien ne s’y loge à l’intérieur. La conscience se caractérise donc par sa transcendance au sens où elle est toujours projetée au-dehors de soi, car elle n’a pas d’en-soi. Autrement dit, la conscience est un pour-soi là où le gâteau est un objet extérieur à ma conscience donc un en-soi en langage sartrien. À partir de cela, je peux percevoir ce gâteau selon différent modes intentionnels, selon différentes intentions : avec appétit en tant que je désire le manger, je peux le percevoir avec dégoût, je peux le percevoir comme un amas de nourriture organique que je dois analyser en laboratoire afin de savoir s’il n’est pas empoisonné, je peux le percevoir comme une œuvre d’art, etc. Bref, notre rapport aux choses s’offre dans un infini de possibles du fait de cette intentionnalité qui, selon sa modalité va donner un sens différent à la chose que l’on vise. L’imagination artificielle, quant à elle, n’aura rien de tout cela, car ce gâteau, ce n’est qu’une ligne de code déjà inscrite dans sa base de donnée et non vers lequel elle se projette, du fait qu’elle soit un en-soi et non un pour-soi. En effet, comment reproduire artificiellement la conscience alors que celle-ci n’est pas un objet mais un pour-soi qui se caractérise par sa transcendance ? Créer artificiellement un pour-soi équivaudrait à la transformer en objet et, de ce fait, cela ne serait plus un pour-soi mais bien un en-soi. En effet, si la conscience est considérée comme un objet c’est qu’elle perd ce qui faisait ce qui lui était propre : son intentionnalité du fait de sa transcendance. Ainsi, elle ne peut pas être créée artificiellement, car cette création serait forcément un en-soi et non un pour-soi. Quant à l’intention, nous verrons son impossible reproduction artificielle avec la question de la spontanéité un peu plus tard dans notre étude, pour l’instant nous ne faisons que le présupposer. Bref, l’imagination artificielle dès sa version la plus élémentaire qu’est l’imagination artificielle reproductrice et, plus généralement, dans chacune de ses versions, lorsqu’elle reproduit une chose dont elle dispose dans sa base de donnée, elle le fait sans aucune intentionnalité. De ce fait, les machines correspondent bien plus à ce que pensait la « philosophie digestive »5 de la conscience en tant qu’elle était pensée comme remplie de contenus mentaux. En revanche, la thèse cognitiviste sur l’esprit humain présentée au début se retrouve infirmée par ce concept d’intention de la conscience, car la syntaxe et la sémantique, dans la conscience, sont en vérité intimement liée (cf. exemple du canard-lapin ou du gâteau) Mais surtout, la boîte noire que serait la conscience n’est pas non plus une boîte que nous pourrions ouvrir pour voir ce qu’il y a dedans, car justement il n’y a rien dedans du fait du caractère intentionnel de la conscience qui n’est pas en-soi mais pour-soi c’est-à-dire toujours projeté vers l’extérieur et, de ce fait, in-objectivable. En somme, les machines contiennent bien des informations dans leur base de donnée, en revanche ce n’est pas le cas de la conscience qui est toujours dirigée vers l’extérieur. Bref, l’intentionnalité ne se retrouve dans aucune des imaginations artificielles vu auparavant, que ce soit la reproductrice, la combinatoire ou même celle que, pour l’instant, nous supposons comme créatrice, car elles sont des en-soi et non des pour-soi.<br />&nbsp; &nbsp; Pourtant, nous avions bien vu qu’il y avait des œuvres d’art attribuées à des intelligences artificielles comme Le Portrait de Edmond Bellamy, nous pourrions donc nous dire que les imaginations artificielles disposeraient tout de même d’une intention. Et bien justement, pour cette œuvre, si l’on peut bien dire que c’est l’intelligence artificielle qui l’a produite, ce n’est pas elle qui l’a créée. En effet, le collectif « Obvious » qui a crée la formule mathématique de cette intelligence artificielle l’exprime très bien : « Même si l’algorithme crée [à prendre au sens de produire] l’image, c’est nous qui avons l’intention » […] « On s’en sert comme d’un outil, très puissant, […] . Mais les gens qui ont décidé de faire ce sujet, c’est nous. Ceux qui ont décidé d’imprimer sur de la toile, de la signer d’une formule mathématique, de mettre un cadre en or, c’est nous. »6. Ainsi, nous pouvons distinguer produire et créer : Créer, c’est donner une forme à la matière avec une intention. Produire, c’est juste donner une forme à la matière sans besoin d’une intention. De ce fait, l’imagination artificielle créatrice nous apparaît comme impossible car n’étant qu’une imagination artificielle productrice donc similaire à l’imagination artificielle combinatoire à la différence que nous lui rajoutons nous même une intention qu’elle semble être incapable d’avoir soi-même. En fait, là où pour l’humain c’est lui qui donne un sens aux choses par son intention sans qu’il y ait de signification a priori. Pour la machine, si elle est bien incapable d’intention comme nous le présupposons pour l’instant, il y aura toujours, du point de vue de la machine, une signification a priori à ses productions que nous avons nous-même déterminé. Ainsi, nous pouvons répondre à une question que nous avions mise en suspens jusqu’à présent : Quelle est cette spécificité de la créativité humaine que les machines peinent à reproduire ? C’est l’intention – et l’intentionnalité qui lui est intrinsèque – de la conscience humaine en tant qu’elle donne du sens à nos actions et nos perceptions en se projetant vers quelque chose qui lui est extérieur. Les machines ne donneraient aucun sens à leurs actions, elles les produiraient mais parce qu’un humain au préalable lui a donné une intention. De ce fait, il y aurait donc une impossible indépendance de l’imagination artificielle vis-à-vis de l’humanité du fait de sa dépendance à l’intention humaine initiale.<br />&nbsp; &nbsp; En effet, le fait que nous donnions du sens avec notre intention aux fonctions qu’opèrent les machines, implique une dépendance de l’imagination artificielle vis-à-vis de notre capacité d’intention. Mais plus encore, l’intention d’avoir voulu que l’imagination artificielle soit quelque chose de similaire à notre propre imagination les rend de même dépendante vis-à-vis de notre propre imagination. En effet, si le modèle humain est placé comme l’idéal à atteindre alors, l’imagination artificielle et ses productions ne seront toujours que de simples copies de notre propre imagination et ses créations. Par exemple, si l’on reprend l’exemple des GANs avec Le Portrait de Edmond Bellamy, ce que doit générer le réseau neuronal artificiel est un tableau qui puisse être le fruit d’une création humaine sinon, le réseau neuronal discriminant ne l’acceptera pas. Ainsi, l’idéal à atteindre est toujours une création humaine. Ainsi, au mieux, l’imagination artificielle produira quelque chose de similaire aux créations humaines mais jamais quelque chose qui lui est propre.7 Cela s’explique par deux choses. Premièrement, l’imagination artificielle, dans ce cas, est dépendante des données que lui a fourni l’humain dans sa base de donnée et, celle-ci sont des productions humaines afin que l’imagination artificielle atteigne l’idéal humain. Ainsi, l’imagination artificielle sera toujours déterminée par des influences culturelles humaines. Et quand bien même, nous essayerions de mettre dans la base de données d’une imagination artificielle des productions d’autres imaginations artificielles ou même des productions naturelles dites non-humaine pour éviter que ces imaginations artificielles ne soient influencée par l’humain, il n’empêche que l’humain en intégrant ces données dans l’imagination artificielle, l’aura tout de même influencée. En effet, tout chose mise dans une imagination artificielle sera passée par le prisme humain, du fait que c’est l’humain lui-même qui a codé le langage informatique qui est la condition même d’existence de toutes les imaginations artificielles vues jusqu’à présent. L’humain est toujours un agent qui influence l’imagination artificielle, car c’est lui qui l’a causé en la créant. Par causer, nous entendons donc être le mouvement initial qui a donné lieu à la création. Ainsi, concevoir une création qui serait propre à l’imagination artificielle nous apparaît impossible, car avant même que l’imagination artificielle ne puisse exister, nous nous sommes nous-même imaginer une intelligence artificielle par notre propre imagination créatrice qui lui donne un sens qui est proprement humain et non un sens propre aux imaginations artificielles. Finalement, ce qui nous apparaît aussi comme la caractéristique la plus fondamentale qui manque à l’imagination artificielle, en plus d’une capacité d’intentionnalité, c’est la spontanéité en tant celle-ci est le mouvement premier qui ne doit sa cause qu’à lui-même. Sans spontanéité, l’imagination artificielle ne sera rien d’autre que notre création et, de ce fait, elle restera dépendante de notre imagination créatrice. Or, comment créer artificiellement une spontanéité ? C’est une contradiction en ses propres termes : si la spontanéité est le mouvement premier qui ne doit sa cause qu’à lui-même, alors en créant un tel mouvement artificiellement, ce mouvement perdra sa spontanéité, car au lieu de ne devoir sa cause qu’à soi-même, ce mouvement devra sa cause à son créateur qu’est l’humain. En ce sens, les imaginations artificielles ne peuvent être spontanées car, elles sont créées par l’humain.<br />&nbsp; &nbsp; Or, cette spontanéité est aussi le propre de notre capacité d’intention ce qui fait de notre imagination, une imagination toujours créatrice et non juste reproductrice ou combinatoire. En effet, si l’imagination est comprise en tant que conscience qui vise avec une intention un objet qui n’est pas présent devant nos yeux alors, c’est que l’imagination crée cet objet du fait même de notre capacité d’intention qui lui donne sa spontanéité. Nous avions posé auparavant, une distinction entre perception et imagination en tant que l’imagination serait une sorte de perception affaiblie, mais il s’agit maintenant de la revoir, car une telle distinction s’inscrit dans une tradition philosophique dépréciative de l’imagination qui rate sa spécificité. Dans le cas de la perception je rencontre l’objet que je vais poser comme existant comme étant là ici et maintenant. En revanche, dans le cas de l’imagination, je vise la chose comme n’étant pas là, comme un néant d’être. C’est ce que Sartre, dans L’imaginaire, appelle l’opération de néantisation de la conscience et c’est cette opération qui fait la spontanéité créatrice de l’imagination. En effet, si l’imagination est la capacité de pouvoir poser un objet alors que celui-ci ne m’apparaît pas présentement, cela veut dire que je me pose comme créateur de cet objet. Nous avions montré auparavant, à travers le concept d’intentionnalité, que ma conscience est toujours « conscience de » quelque chose au sens où elle ne contient non pas des contenus mentaux – comme c’est le cas pour la machine, qui elle, contient en elle des informations dans sa base de donnée – mais qu’elle se projette vers quelque chose qui lui est extérieur. Or, dans le cas de l’imagination, cela suppose que, puisque l’objet n’est pas posé matériellement devant moi, je le crée moi-même dans mon acte de me projeter vers un néant qui se change en objet crée. Cela ne veut pas dire que la conscience a, en elle, cet objet. Au contraire, elle se projette vers un néant et, de ce fait, par son acte d’imagination intentionnel, elle crée une image, une chose, un concept quasiment ex-nihilo en dehors d’elle. Quasiment ex-nihilo, car la conscience a tout de même besoin d’un support de départ de cet acte d’imagination que Sarte appelle « analogon » qui peut être matériel comme une image, un objet mais aussi immatériel comme un sentiment. Mais encore une fois, cet analogon est extérieur à ma conscience, je le vise par ma conscience, et à partir de lui, je crée quelque chose de nouveau. Cependant, cet « analogon » n’est non pas la cause de ce que j’ai crée mais simplement le support pour que je puisse créer. Par exemple, si je m’imagine quelqu’un qui m’a offert une tasse, je vais viser cette tasse que m’a offert cette personne et à partir de là, je vais créer par mon acte d’imagination intentionnel une image de cette personne qui n’est pas cette personne, ni la tasse qu’elle m’a offert, mais quelque chose de nouveau qu’a crée ma conscience imagineante8. Or, j’ai beau utiliser cette tasse tous les jours, je ne m’imagine pas cette personne qui me l’a offerte à chaque fois que je vise cette tasse par ma conscience. Parfois, je vise cette tasse simplement en tant qu’elle m’apparaît sale et qu’il faut la laver sans pour autant penser à la personne qui me l’a offerte. La tasse n’est donc pas la cause de l’image que je crée mais, c’est bien ma conscience imagineante qui est la cause de cette création. Nous pourrions toujours dire que c’est la tasse avec ma conscience imagineante qui cause cette création mais cela ne fonctionne pas non plus, car cette image n’existe qu’en tant qu’elle est le produit de la signification que je lui ai donnée avec ma conscience imagineante. Et dans ce processus, la tasse n’a en rien influencé le sens que je donne à cette création. Car de cette même tasse, je pourrai aussi bien m’imaginer cette personne avec un chapeau, en train de faire la cuisine, en train de se battre et toutes ces créations seront des créations différentes alors que la tasse, elle, reste la même. Ce qui a changé, c’est l’intention de ma conscience imagineante. Bref, ce qui cause les créations de mon imagination, c’est bien mon intention et la tasse n’est que le support de ma conscience imagineante et non la cause. Encore une fois, nous pouvons montrer que les imaginations artificielles en sont incapables, car si nous leur donnons comme information cette tasse qui pourrait être le support de leur imagination, elle ne l’associerait pas forcément à la personne qui nous l’a offerte sauf si nous la déterminons à le faire. Mais, encore une fois, la machine ne serait pas la cause initiale, car cela serait encore nous par notre intention qui déterminerait l’image au moyen de l’imagination artificielle. Ainsi, nous pouvons reprendre une question que nous avions mise en suspens : les GANs sont-ils une simulation probante de la conscience humaine ? Non, car il lui manque cette capacité d’intention permettant de donner une signification aux choses vers lesquelles notre conscience se projette. Or, étant donné que l’intention se caractérise par sa spontanéité du fait que, seule elle, donne une signification aux choses qu’elle crée par l’imagination et que la spontanéité n’est pas reproductible artificiellement, car, comme nous l’avons vu, c’est une contradiction en ses propres termes. De ce fait, les imaginations artificielles ne possèdent pas d’intention. En effet, une conscience est toujours une conscience de quelque chose avec une intention comme nous l’avons montré avec l’exemple du canard-lapin, du gâteau, du Portrait de Bellamy ou même maintenant avec la tasse. Or, nos créations étant définies par nos intentions. De ce fait, les machines ne disposant pas d’intention, elles ne créent rien. En ce sens, l’imagination se caractérise par cette spontanéité créatrice qui, nous l’avons vu, ne peut être attribuée aux machines, mais qui nous caractérise dans notre rapport au monde. Tout ce que peuvent produire les machines, vient, au départ, d’une spontanéité créatrice humaine du fait de sa capacité d’intention. Alors, seuls les hommes possèdent une imagination qui se caractérise par cette spontanéité créatrice, et les machines ne sont que des outils de nos intentions. Bref, s’il est possible de penser une imagination artificielle, il nous devient impossible de penser une imagination artificielle intelligente au sens où elle imaginerait et créerait comme un humain, car il lui manque la spontanéité de l’intention dont dispose la conscience humaine.<br /><br />&nbsp; &nbsp; En somme, pour résumer nos propos et répondre à notre question initiale « Une imagination artificielle est-elle possible ? » : nous pourrions dire que si l’imagination artificielle est comprise en tant que imagination productrice, nous pouvons admettre que l’imagination artificielle est bien possible et qu’elle existe déjà à travers les différents exemples énumérés précédemment. Cependant, ce qui lui manque et qui fait son éternelle dépendance à notre propre imagination c’est son manque d’intentionnalité, et de ce fait, son incapacité à avoir une intention qui donnerait à l’imagination artificielle son caractère spontané. Or, la spontanéité de l’imagination est impossible à reproduire artificiellement, car toute spontanéité artificielle serait crée et donc plus spontanée. En effet, tout ce que l’on considère aujourd’hui comme imagination artificielle créatrice est en fait dû à une intention humaine initiale que nous projetons à l’artificiel. Mais aussi, par cela, nous avons pu voir que notre propre imagination, quant à elle, est toujours créatrice, car justement notre conscience se caractérise par son intentionnalité et son intention qui l’accompagne ce qui, de ce fait, lui donne un caractère spontané en donnant un sens toujours nouveau aux choses que nous percevons et que nous imaginons. Ainsi, si tout ce que nous imaginons est une création, les imaginations artificielles, elles, ne font que produire ce que nous avons initialement crée par notre intention.<br /><br />***<br /><br />IV. L’imagination artificielle comme outil de notre propre imagination qui évoluer notre cognition : artificialisation de la cognition.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Nous avons eu jusqu’à présent l’ambition de faire de l’imagination artificielle quelque chose qui pourrait s’élever à ce qu’est notre imagination humaine. Cependant, force est de constater qu’à cette imagination artificielle, il lui manque une intention qui fait toute la spontanéité de notre imagination et, plus généralement de notre conscience. Ainsi, notre enquête paraît se clore sur une réponse décevante par rapport à notre ambition initiale. Pourtant, il n’y a que déception si nous gardons notre présupposé initial selon lequel l’imagination artificielle devrait imiter l’imagination humaine. N’y aurait-il pas un autre but à atteindre avec ce que nous avons appelé, peut-être à tort, « imagination artificielle » ? En effet, nous avons vu que l’imagination artificielle ne pouvait être qu’un outil de notre propre imagination créatrice, mais alors puisqu’elle n’est qu’un outil, nous pourrions, de ce fait, la considérer comme faisant partie intégrante de notre propre cognition en tant que ces outils changeraient aussi notre rapport au monde. Alors, nous pourrions voir notre imagination créatrice comme non pas restreinte à nos facultés mentales mais comme se déployant dans un horizon de possibilité que nous offrent les imaginations artificielles. Finalement, cette déception sur notre ambition initiale avec l’imagination artificielle, serait plutôt une opportunité pour repenser notre propre cognition en tant que, par le développement technologique, nous opérons à une évolution de celle-ci, ce que nous pourrions appeler – et ce sans jugement dépréciatif – une « artificialisation de notre cognition » qui nous offre un nouveau champ de possibles à exploiter. Bien sûr, cette dernière partie sera plus programmatique, elle se présente plus comme une grande ouverture sur les implications de notre réponse à la question initiale, car nous proposons là un nouveau champ d’étude pour repenser notre cognition qui ne pourrait se résumer en quelques pages. Nous nous contenterons du moins de montrer que le développement technologique implique une évolution de notre propre cognition obviant ainsi à une conception essentialiste de celle-ci.<br />&nbsp; &nbsp; Une première chose que nous pouvons montrer, pour confirmer notre nouvelle ambition, c’est de montrer comment notre cognition n’est pas fixe comme l’a voulu une certaine tradition philosophie fixiste et essentialiste de l’esprit. Bien sûr une telle théorie n’est pas nouvelle, Darwin, ou des auteurs comme Konrad Lorenz, dans son ouvrage L’envers du miroir. Une histoire naturelle de la connaissance, mettaient déjà en exergue cette capacité évolutive de notre cognition. Mais, ici, nous nous attarderons, plutôt que sur une évolution organique de la cognition, une évolution cognitive du fait du progrès technologique que sont ce que nous avons appelé « imagination artificielle ». Walter Benjamin, dans L’œuvre d’art à l’époque de sa reproductibilité technique, pense justement cette évolution de nos facultés cognitives par le progrès technologique à travers l’exemple du cinéma. Cela tombe d’ailleurs bien, car le film, comme la photographie, est justement le produit d’une imagination artificielle reproductrice qu’est la caméra vidéo ou l’appareil photo en tant que ceux-ci sont capables reproduire des images que nous avions préalablement mis dans sa base de donnée par l’acte de photographier ou filmer. Mais, c’est aussi le résultat d’une imagination artificielle qui, elle, est productrice9 comme les logiciels de montages qui nous permettent de manipuler l’image pour la transformer. Par exemple, si je prends une vidéo : je reproduis les images qui constituent cette vidéo puis cette vidéo, je la combine avec un effet de ralenti et, de cela, l’imagination artificielle va produire une nouvelle vidéo qui est la vidéo initiale mise au ralenti. Bref, au chapitre XIII, Benjamin écrit :<br />&nbsp; &nbsp; « Si le film, en relevant par ses gros plans dans l’inventaire du monde extérieur des détails généralement cachés d’accessoires familiers, en explorant des milieux banals sous la direction géniale de l’objectif, étend d’une part notre compréhension aux mille déterminations dont dépend notre existence, il parvient d’autre part à nous ouvrir un champ d’action immense et insoupçonné.  […] Sous la prise de vues à gros plan s’étend l’espace, sous le temps de pose se développe le mouvement. De même que dans l’agrandissement il s’agit bien moins de rendre simplement précis ce qui sans cela garderait un aspect vague que de mettre en évidence des formations structurelles entièrement nouvelles de la matière, il s’agit moins de rendre par le temps de pose des motifs de mouvement que de déceler plutôt dans ces mouvements connus, au moyen du ralenti, des mouvements inconnus qui, loin de représenter des ralentissements de mouvements rapides, font l’effet de mouvements singulièrement glissants, aériens, surnaturels.   Il devient ainsi tangible que la nature qui parle à la caméra, est autre que celle qui parle aux yeux. Autre surtout en ce sens qu’à un espace consciemment exploré par l’homme se substitue un espace qu’il a inconsciemment pénétré.[…] C’est ici qu’intervient la caméra avec tous ses moyens auxiliaires, ses chutes et ses ascensions, ses interruptions et ses isolements, ses extensions et ses accélérations, ses agrandissements et ses rapetissements. C’est elle qui nous initie à l’inconscient optique comme la psychanalyse à l’inconscient pulsionnel.  […] Les déformations de la caméra sont autant de procédés grâce auxquels la perception collective s’approprie les modes de perception du psychopathe et du rêveur. »<br />&nbsp; &nbsp; Nous voyons que l’auteur, dans ce texte, pointe la manière dont l’appareillage technologique qu’est la caméra et le logiciel de montage qui nous permet de prendre et de manipuler les images pour en produire de nouvelles, nous ouvre un nouveau champ de possible dans notre perception. Selon lui, le cinéma ce n’est pas seulement la possibilité de filmer le monde différemment mais d’être en contact avec un autre monde. Quand nous faisons des zooms nous voyons des choses que nous ne voyons pas à l’œil nu, quand nous faisons des ralentis, nous voyons différemment, nous percevons les choses de manière différente. Le cinéma nous ouvre à ce qu’il appelle l’inconscient visuel et, de ce fait, il change notre expérience. Le cinéma a donc un pouvoir de révolutionner notre rapport au monde. Zoomer, ce n’est pas seulement voir mieux, voir plus près mais c’est agir sur notre perception. En effet, le cinéma ne montre pas seulement une autre expérience, mais il agit directement sur lui, il change le temps avec le ralenti, il change l’espace en utilisant le zoom. Ce que l’on comprend de cela, c’est que les outils technologiques peuvent être pensé comme des outils de notre propre cognition, et de ce fait, des outils qui changent notre cognition même. Ainsi, notre cognition n’est pas juste à comprendre comme l’ensemble des processus mentaux qui a une fonction de connaissance pour nous mais bien plus comme l’ensemble de nos processus mentaux assistés par des outils dans le monde matériel extérieur que nous manipulons ce qui change notre rapport au monde. En effet, lorsque je fais des calculs sur une calculatrice, je ne pense pas juste à l’aide de mes facultés mentales mais mes facultés mentales sont aussi dépendantes de la calculatrice elle-même du fait qu’elle devient un outil de ma pensée lorsque je la manipule. Ma pensée va se déployer en dehors de mon corps sur le monde extérieur, car pour faire mon calcul, je ne vais plus juste calculer dans mon esprit, mais je vais viser par une intention le fait qu’il faut que j’appuie sur tel chiffre puis sur tel autre de la calculatrice afin que le calcul soit effectué. De ce fait, la calculatrice devient un outil qui se fond dans ma pensée en tant qu’ils sont tous les deux intriqués dans un même processus de cognition et, de cela, se déploie une nouvelle expérience au monde qui change notre rapport à celui-ci. Ce qui m’apparaissait comme un calcul mental auparavant, m’apparaît maintenant sous un nouveau jour avec les progrès technologiques et, de cela, s’offre à moi une expérience nouvelle au monde où de nouvelles formes de créations peuvent apparaître. Nous avons pointé là que notre perception changeait avec les outils technologiques mais, en vérité, cela est bien plus vaste : une nouvelle expérience du monde nous étant ouverte, nous avons de nouveaux matériaux possibles à prendre en compte dans nos créations. Nous avons pris là l’exemple de la calculatrice ou du cinéma pour se restreindre à seulement quelques exemples simples, mais cela s’applique à pleins d’autres possibilités en témoigne les créations qui émergent sans cesse de notre association avec la technologie comme la musique électronique, les jeux-vidéo, les œuvres d’art interactives (par exemple, A-Volve de Laurent Mignonneau et Christa Sommerer), etc. Ainsi, l’imagination artificielle, au même titre que ma conscience, vont être combinés dans la dynamique de ma pensée qui est en action dans cet entre-deux. C’est pourquoi nous pouvons dire que notre cognition s’artificialise au sens où nous interagissons sur ce monde avec des outils technologiques qui font ainsi partie notre cognition dans une relation de réciprocité : nous transformons le monde en le manipulant avec des outils comme il nous transforme en nous ouvrant une nouvelle expérience du monde par cet acte de manipulation. Bref, l’artificialisation de notre cognition c’est le fait que la technologie – que sont ici les imaginations artificielles – nous offre une nouvelle expérience du monde et, de ce fait, fait évoluer notre cognition même comme nous venons de le voir avec le cas du cinéma ou encore plus simplement avec la calculatrice. En somme, nous remarquons que, au contraire d’un certain adage commun qui veut que la technologie nous déconnecterait du monde en nous enfermant dans un univers virtuel, c’est tout le contraire auquel elle opère en nous ouvrant à une infinité de possibilités dans notre rapport au monde. Mais aussi, nous sortons par là d’une conception essentialiste de notre cognition, car celle-ci évolue du fait qu’elle n’est pas restreinte à notre psyché mais est en cohabitation avec le monde extérieur : Notre esprit, notre corps, le monde extérieur, la technologie sont imbriqués les uns entre les autres dans mes actes de cognition. Et cela change notre rapport au monde en nous offrant un champ infini de possibles encore et toujours renouvelable et à réactualiser par le progrès technologique. En effet, libéré d’une tradition naturaliste, essentialiste, notre cognition peut évoluer s’artificialiser vis-à-vis de ce qui nous a été donné comme la nature : l’artificialisation de notre cognition devient notre nouvelle nature et, par là, il n’y a plus ni nature ni artifice.<br />***<br />&nbsp; &nbsp; Enfin, il nous reste un dernier point sur lequel s’attarder. En effet, nous avions dit avec Sartre que notre imagination était toujours créatrice car notre intention définit nos créations. Alors comme nous l’avons vu cette intention, n’est pas reproductible artificiellement, pour autant doit-on la qualifier de naturelle ? En effet, si elle n’appartient pas à l’artificiel en tant que aucune machine ne serait capable d’intention et d’intentionnalité du fait qu’il lui manque la spontanéité, nous pourrions nous dire que le caractère intentionnel de la conscience est ce naturel immuable. En vérité, l’intention et l’intentionnalité ne tiennent ni de l’artificiel ni du naturel : l’intentionnalité et l’intention tiennent de l’existentiel en tant qu’ils sont le propre de notre rapport au monde, un rapport où nous sommes un être-dans-le-monde mais aussi où nous manipulons ce monde en lui donnant un sens. C’est d’ailleurs ce rapport existentiel au monde qui nous permet de concevoir l’artificialisation de notre cognition au sein même de ce monde. En effet c’est ce rapport existentiel qui donne du sens à nos nouvelles créations opérés à l’aide des nouvelles technologies mais c’est aussi ce rapport existentiel au monde qui donne un sens à nos nouvelles expériences du monde. Nous l’avons vu : que serait Le Portrait de Bellamy sans notre conscience intentionnelle ? Rien d’autre qu’un objet parmi les autres. Que serait cette horde d’individus qui se déhanche sur de la musique électronique sans elle ? Rien d’autre que des corps bougeant sur des fréquences. Notre imagination créatrice nous a permis de créer l’artifice, et c’est notre intention qui a donné du sens à tout cela. Mais c’est finalement, l’artifice qui nous a ouvert de nouveaux rapports au monde que l’intention n’a de cesse de redéfinir. Bref, l’intention nous permet d’exploiter ce nouveau champ des possibles que nous offre la technologie. Mais, comment devons-nous l’exploiter ? Une telle question doit se poser, car il n’y a aucun doute que si ces progrès technologiques peuvent s’utiliser à des fins émancipatrices, elles peuvent aussi s’instrumentaliser à des fins politiques de domination comme l’illustre le thème de la surveillance des masses. Les progrès technologiques doivent donc aussi poser des questions éthiques et politiques au vu de leur capacité à faire évoluer notre propre cognition, car un gouvernement politique pourrait très bien aussi s’approprier ces outils technologiques à son profit en vue d’accroître sa domination sur les masses. De telles questions reste en suspens, car nous ne pourrions développer les enjeux politiques qu’implique ce que nous avons appelé « l’imagination artificielle » et « l’artificialisation de la cognition » en quelques pages, mais il est sûr que si celles-ci sont capables de changer notre rapport au monde, il est nécessaire de se pencher aussi sur les risques que cela implique.<br /><br />***<br /><br />&nbsp; &nbsp; Pour finir, notre rapport à l’imagination artificielle, nous l’avons vu tout au long de cette étude, implique de nous positionner entre l’artifice et la nature. Or, en artificialisant notre propre cognition, nous sommes positionnés dans une intrication entre le naturel et l’artifice car comme nous sommes à la fois créateurs de la nature en lui donnant un sens et en la manipulant, nous sommes aussi déterminés par celle-ci en tant que nous sommes ancrés en elle. Il en est de même pour l’artifice : nous avons crée l’imagination artificielle, mais, en même temps, nous sommes déterminés par elle en tant qu’elle modifie notre propre cognition et, de ce fait, nos potentialités créatrice. De là s’ouvre un nouveau champ de possibles, car penser l’imagination artificielle – ou l’intelligence artificielle –, c’est aussi se penser nous-même comme nous avons pu le faire tout au long de cette étude.]]></description>
<slash:comments>0</slash:comments><pubDate>Thu, 01 Oct 2020 01:01:24 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[L'imagination artificielle peut-elle avoir une imagination ? Partie 1 / Le blog de Finn Easter]]></title>
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<description><![CDATA[De l’imagination artificielle à l’artificialisation de notre cognition.<br /><br />&nbsp; &nbsp; L’intelligence artificielle peut-elle avoir une imagination ? D’emblée, nous nous devons de faire remarquer que le questionnement peut s’avérer plus surprenant qu’on ne le croit. En effet, là où nous avons pour habitude de parler d’ « intelligence artificielle », il nous est moins commun de penser le concept d’une imagination de l’intelligence artificielle. Pour cause, la tradition philosophique a longtemps opposé intelligence et imagination. L’intelligence telle que la noesis chez Platon nous permet d’atteindre les « Idées », ce qui en fait, pour lui, la faculté qui nous permet de connaître le Bien, le Beau, la Vérité. En revanche, pour l’imagination la philosophie fut moins élogieuse, de nombreux auteurs tel que, entre autres, Pascal dans Les Pensées, n’ont pas hésité à qualifier celle-ci comme « maîtresse d’erreur et de fausseté ». Autrement dit, l’imagination a souvent été associée, dans une tradition philosophique dominante, à une faculté susceptible de nous induire en erreur. Nous voyons bien là une certaine conception philosophique qui n’a eu de cesse voir l’imagination comme obstacle de l’intelligence.<br />&nbsp; &nbsp; Pourtant, aujourd’hui, nous avons tendance à constater les faiblesses de l’intelligence artificielle dans sa faculté imaginative. En effet, l’intelligence artificielle serait incapable d’avoir des facultés imaginatives à la manière dont l’homme en dispose comme, par exemple, dans le processus de création artistique. Bref, l’intelligence artificielle, par son caractère éminemment rationnel, est aujourd’hui confrontée à un manque qui, autrefois, était pensé comme un de nos défauts : l’imagination. Ainsi, il nous apparaît aujourd’hui important de penser l’imagination comme une faculté nécessaire à l’intelligence artificielle et, si certaines œuvres d’arts sont aujourd’hui attribuées à des intelligences artificielles comme c’est par exemple le cas pour les musiques du logiciel « AIVA », il n’empêche que l’attribution par la SACEM de ces œuvres d’art à une machine n’est pas sans critiques, car, entre autres, les capacités imaginatives et, par extension, créative des IA restent encore à débat aussi bien dans la communauté artistique, la communauté scientifique ou pour le grand public.<br /><br />***<br /><br />&nbsp; &nbsp; En somme, notre projet, en premier lieu, dans cette étude est donc de réfléchir sur les conditions de possibilité de l’imagination dans le cas de ce qu’on appelle une « intelligence artificielle ». En effet, l’imagination, au vu des critiques précédemment évoquées, nous apparaît comme une limite de l’intelligence artificielle dans son ambition d’atteindre les compétences humaines. En somme, nous pouvons plus facilement nous demander : une imagination artificielle1 est-elle possible ?<br />&nbsp; &nbsp; Nous pensons généralement ce qui est artificiel comme ce qui est fabriqué, fait de toutes pièces pour imiter la nature voire se substituer à elle. Ainsi, une imagination artificielle serait une imagination de nature non-humaine mais qui simulerait l’imagination humaine voire qui pourrait s’y substituer. Alors, nous comprenons que, dans notre démarche, il nous est nécessaire de prendre pour modèle comparatif à l’imagination artificielle le cas de l’imagination humaine car c’est cette dernière qui serait opposée comme naturelle à une imagination artificielle. C’est donc dans cette optique que nous devrons chercher le fonctionnement de l’imagination humaine et, par comparaison, chercher à voir si l’imagination artificielle peut fonctionner de la même manière ou du moins développer les mêmes capacités que l’imagination humaine.<br />&nbsp; &nbsp; Ainsi, nous vient la nécessité de comprendre avant tout, ce que l’on entend par imagination en tant que faculté humaine. Il est difficile de définir ce que pourrait être véritablement l’imagination car, celle-ci renvoie à de nombreuses conceptions possibles, mais, de manière générale, « l’imagination » est souvent définie comme la faculté qui permet de se représenter des images. Cette première définition se caractérise par sa très grande généralité, mais elle établit un lien immédiat avec l’image qui reste très restrictif, car plus que des images, nous pourrions très bien imaginer que l’imagination nous présente aussi des notions, des sons, des mouvements, etc. Nous parlons, par exemple, d’un intellectuel qui imagine une théorie, d’un danseur qui s’imagine le pas de danse qu’il doit reproduire. Aussi, cette définition de l’imagination comme permettant de se représenter des images, reste insuffisante car, elle ne nous informe pas sur la nature active ou passive de l’imagination : l’imagination tire-t-elle les choses de son propre fond ou nous présente-t-elle seulement ce qu’elle reçoit ? Ainsi, pour éviter ces écueils, nous pouvons, en premier lieu, établir une typologie de l’imagination qui nous sera utile par la suite : D’abord, l’imagination reproductrice en tant qu’elle présente des objets déjà perçus. Ensuite, l’imagination combinatoire en tant qu’elle permet de combiner des objets entre-eux pour produire un objet nouveau. Et pour finir, l’imagination créatrice capable de donner une forme à une matière indéterminée voire de créer quelque chose quasiment ex-nihilo. Alors, pour véritablement penser la possibilité d’une imagination artificielle qui aurait les mêmes capacités que l’imagination humaine qu’elle soit reproductrice, combinatoire, ou créatrice, il nous faudra penser les conditions que nécessitent chacune de ces types d’imaginations dites humaines afin d’être effective pour ensuite évaluer si ces conditions sont reproduisibles artificiellement et si elles sont techniquement réalisables. Cependant, nous vient alors un doute qu’il s’agira d’interroger : Est-ce que tout ce que fait l’imagination humaine est reproduisible artificiellement ? N’y a-t-il pas des limites techniques qui nous empêcheraient de reproduire des caractéristiques de l’imagination humaine ? En effet, est-il possible de faire en sorte que l’imagination artificielle puisse percevoir son environnement de la même manière que le fait l’humain ? Si ce n’est pas le cas, nous pouvons envisager que cette différence peut entraîner des difficultés dans sa tentative d’imiter l’imagination humaine du fait que l’information initiale ne serait pas la même que pour l’humain. Aussi, la spontanéité que caractérise l’imagination créatrice en tant que premier mouvement créateur donnant une forme à la matière, n’est-elle pas non reproductible techniquement, car elle nous demanderait de créer une spontanéité artificielle qui serait une contradiction en ses propres termes ?<br /><br />***<br /><br />&nbsp; &nbsp; De cela, nous constatons un nouveau problème : si le projet de l’imagination artificielle est d’avoir au moins les même capacités que l’imagination humaine pour pouvoir l’imiter voire s’y substituer, alors il faudrait que l’artifice soit au-moins égal au modèle dit naturel qu’est l’imagination humaine. Or, ne nous risquons-nous pas là de tomber dans un projet vain comme le montre les diverses déceptions que nous offrent les formes actuelles de l’imagination artificielle malgré l’enthousiasme de ses débuts ? En effet, nous sommes restés là jusqu’à présent sur le présupposé que l’imagination artificielle se devait d’avoir les même capacités que l’imagination humaine. C’est d’ailleurs ce présupposé qui pourrait faire de l’imagination artificielle qu’une pâle copie de ce qu’est l’imagination humaine difficilement reproduisible. Nous avons pensé jusqu’à présent l’imagination artificielle comme dépendante de l’imagination humaine du fait que l’imagination humaine est placée comme modèle à atteindre artificiellement. Pourtant, nous pourrions remettre en question ce présupposé : l’imagination artificielle doit-elle vraiment imiter l’imagination humaine ? En effet, nous pourrions penser la chose autrement. Et si ce que nous qualifions jusqu’à présent d’imagination artificielle jouait justement un rôle dans ce que nous qualifions d’imagination humaine ? En effet, nous pourrions renverser la logique établie jusqu’à présent. L’imagination artificielle pensée en tant qu’outil à disposition de notre faculté cognitive d’imagination humaine en devient, de ce fait, une partie intégrante de notre cognition qui se développerait en parallèle de ce que nous avons appelé l’imagination artificielle. Ainsi, nous passerions de l’idée d’une imagination artificielle à l’idée d’une artificialisation de la cognition qui en plus de s’émanciper de la conception imitative que devrait avoir l’imagination artificielle par rapport à l’imagination dite humaine, nous permet d’obvier à une conception essentialiste de notre propre cognition en la pensant dans l’évolution qu’elle peut prendre avec les innovations technologiques.<br />***<br /><br />&nbsp; &nbsp; En somme, dans un premier temps, il s’agira donc d’interroger, notamment à travers un simple état de la science, la partie imaginative que l’on peut retrouver dans ces machines qui cherchent à imiter l’imagination humaine. Puis, nous nous demanderons si cette imagination artificielle ne nous devance pas en certains points par rapport à notre propre imagination. Alors, il sera nécessaire de nous demander ce qui différencie l’imagination humaine de l’imagination artificielle vue jusqu’à présent ? De cette manière, nous pourrons poser toute la spécificité de l’imagination humaine et les difficultés voire l’impossibilité qu’il y a pour la reproduire. Ainsi, nous verrons que cette forme d’imagination artificielle en tant qu’elle demande tout de même une dépendance avec l’imagination humaine, ne peut nous apparaître que comme une imitation partielle de l’imagination humaine. C’est, enfin, dans un dernier moment que nous pourrons revenir sur notre présupposé initial qui pense l’imagination artificielle comme une simple copie de l’imagination humaine pour finalement se demander si l’imagination artificielle, que nous essayons de penser depuis le début, ne fait pas déjà partie de notre propre imagination en tant qu’elle lui est un outil faisant partie intégrante de celle-ci lui permettant de se développer.<br /><br />***<br /><br />I. État de la science : une imagination artificielle possible dans une perspective cognitiviste et connexionniste de l’esprit.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Pour commencer nous pourrions simplement nous attarder sur l’imagination reproductrice en tant qu’elle est une imagination qui nous permettrait de nous présenter des objets ou des concepts déjà perçus. Un tel type d’imagination pourrait se confondre avec la mémoire c’est pourquoi il est nécessaire de l’en distinguer. Ce qui distingue les deux serait que l’imagination ne serait pas capable de situer l’objet précisément dans le cadre spatio-temporel qu’elle restitue. D’une certaine manière, l’imagination serait une sorte de réminiscence trompeuse : la mémoire est capable de reconnaître un souvenir comme passé à tel moment alors que l’imagination reproductrice, elle, se contente de le présenter. Une telle conception de l’imagination nous permet de la concevoir comme une faculté facilement reproduisible artificiellement. En effet, c’est, par exemple, ce que peut faire un simple algorithme qui demanderait d’afficher une ligne de texte, une image ou n’importe quelle information déjà enregistrée dans sa base de donnée. Pour cela, nous constatons trois conditions afin que soit possible une imagination reproductrice artificielle : une capacité de réception de l’information, une capacité de rétention de l’information et, finalement, une capacité de re-présentation de cette information. Par exemple, un dé virtuel peut tout à fait faire cela. Nous lui donnons un intervalle de nombre dans sa base de donné, et il nous présentera un des nombres donnés dans l’intervalle initial. En somme, ici nous voyons là qu’une imagination artificielle qui imite l’imagination reproductrice humaine est possible en tant que nous considérons la cognition humaine comme un simple automate traitant des entrée (input) et produisant des sorties (output). Nous sommes donc là dans une conception cognitiviste de l’esprit humain. L’imagination reproductrice humaine ne serait que conditionnée par des « lois de fonctionnement de l’esprit » qu’il s’agirait de reformuler en langage informatique avec un algorithme intégré à la machine afin qu’elle puisse opérer les fonctions de l’imagination reproductrice humaine. Nous voyons bien là que ce qui est reproduit artificiellement ce sont les fonctions de l’imagination reproductrice humaine et uniquement ses fonctions. Ceci n’est pas sans fondement, si les fonctions de l’imagination reproductrice humaine sont justement ce qui lui permet d’être effective, il n’y a pas lieu de s’attarder sur le contenu que manipulent ces fonctions. C’est en ce sens que, avec le cognitivisme, nous pouvons nous intéresser qu’au fonctionnement de l’esprit sans se soucier de son aspect sémantique comme l’exprime un des slogans cognitivistes : « Occupez-vous de la syntaxe et la sémantique s’occupera d’elle-même »2. Autrement dit, dans l’esprit humain, les contenus représentationels seraient agissants non pas par leur sémantique mais par leur syntaxe. Cette syntaxe, elle, serait formalisable dans un langage informatique car proche des langages formels de la logique. En somme, pour l’imagination reproductrice comprise dans une perspective cognitiviste, il est tout à fait possible de concevoir une imagination reproductrice artificielle puisque l’humaine se réduirait à des fonctions, de ce fait, formulables dans un langage formel. Les fonctions de l’imagination reproductrice humaine, nous les avons déjà mis en exergue, ce sont celle-ci : fonction de recevoir une information, fonction de retenir une information, fonction re-présenter une information. Cependant, de ce modèle cognitiviste nous comprenons aussi quelque chose de l’imagination reproductrice humaine, car si elle repose sur des fonctions qui opèrent des actions, alors cela veut dire qu’une telle imagination, aussi élémentaire qu’elle soit, est active et non passive. En effet, dans l’idée de présenter l’objet préalablement perçu, il y a bien l’idée d’une action qui s’opère. L’imagination reproductrice est donc active au sens où elle effectue une action déterminée par une loi de l’esprit afin d’opérer à sa fonction de faire apparaître à nouveau un objet préalablement perçu.<br />&nbsp; &nbsp; Cependant, une telle imagination artificielle reste tout de même limitée, car il nous est difficile de penser qu’une playlist personnalisée selon nos goûts, un tableau ou même une musique puisse émerger de cela. En effet, dans le cas de l’imagination précédente, les objets présentés par l’imagination ne pouvaient pas être combinés pour créer de nouveaux objets, ils pouvaient simplement être présentés mais les données reçues étaient les mêmes que les données sorties comme avec le cas du dé virtuel. De cela, nous comprenons que l’imagination reproductrice est une condition sine qua non de l’imagination combinatoire du fait qu’elle puisse présenter des objets préalablement reçus, mais il n’empêche qu’elle a besoin de cette faculté de combinaison pour créer de nouveaux objets. En effet, aujourd’hui dès lors que l’on évoque l’imagination de l’intelligence artificielle, nous pensons plutôt à des machines qui composent de la musique comme avec « AIVA » l’exemple donné en introduction, Nvidia qui demande à son intelligence artificielle de créer des clichés réalistes d’humains fictifs à partir de photos de personnalités3, les playlists personnalisées que peuvent nous créer les différentes plateformes de streaming à partir de nos écoutes précédentes, ou encore des machines qui peignent des tableaux comme c’est le cas pour Le Portrait d’Edmond de Belamy signé par la formule mathématique qui l’a produit4 : « Min (G) max (D) Ex [log (D(x))] + Ez [log(1-D(G(z)))] ». Bref, dans tous les exemples énumérés, nous retrouvons un type d’imagination qui est à l’œuvre : l’imagination combinatoire en tant qu’elle permet de combiner des objets entre-eux pour produire quelque chose de nouveau. Une première condition de celle-ci, nous l’avons vu, c’est l’imagination reproductrice, car elle permet de présenter à nouveau des objets préalablement reçus. En effet, si l’on veut pouvoir combiner des objets déjà perçus, au préalable il faut pouvoir re-présenter ces objets. Puisque nous avons admis, pour l’instant, dans le paragraphe précédent, qu’une telle fonction était reproduisible artificiellement, nous pouvons affirmer que cette première condition est remplie. Maintenant, il s’agit de se demander si la faculté de combinaison est possible. Comme vu précédemment, étant donné que nous sommes capables de faire en sorte que les machines, grâce à un algorithme, effectuent certaines fonctions selon des lois formalisées dans un langage informatique, il est tout à fait envisageable de leur demander de combiner des objets. Il lui suffirait de lui demander, par exemple, dans le cas du dé virtuel, de prendre deux dés au lieu d’un qui, à la fin nous donnerait le résultat. Bref, pour la fonction de combinaison, nous avons besoin de la fonction d’addition et de synthèse pour formuler le résultat de cette addition : L’intervalle dans la base de donnée va de 1 à 6, un premier dé donne la valeur « 5 », le deuxième donne « 8 », alors apparaîtra la valeur « 13 » comme synthèse de cette addition alors qu’il n’était initialement pas dans la base de donnée initiale. En ce sens, l’imagination combinatoire artificielle est possible tout en restant dans le modèle cognitiviste.<br />&nbsp; &nbsp; Cependant, si nous ajoutons seulement la fonction de pouvoir combiner les données auxquelles ces machines ont accès, il nous faudra aussi déterminer les lois qui leur disent de quelle manière combiner ces objets, si nous ne voulons pas simplement avoir des combinaisons dues au hasard ou selon des règles préalablement établies par les fonctions de l’algorithme En effet, un simple enchaînement de notes au hasard, par exemple, sera peu mélodieux et s’il y a bien une imagination combinatoire qui est à l’œuvre, nous aurions du mal à dire que cette imagination combinatoire artificielle puisse remplacer la nôtre. C’est là que l’imagination créatrice entre en jeu car, elle nécessite une certaine sagesse dans l’organisation de la combinaison qui permettrait de donner une forme à ce qui nous apparaissait comme un matériel brut informé ou du moins mal formé. De ce fait, penchons-nous sur l’intelligence artificielle. Déjà, nous l’avons dit, l’imagination créatrice artificielle, si elle veut s’élever au niveau de la nôtre, ne doit pas seulement se contenter de cette faculté de combinaison, car elle nécessite une intelligence dans l’utilisation de cette faculté. Ainsi, nous arrivons au concept d’ « intelligence » que nous avions évité jusque-là car difficilement définissable. Or, force est de constater que nous allons devoir nous y atteler. En vérité, une réponse peut se trouver dans notre présupposé initial : l’imagination artificielle doit pouvoir être au plus proche de ce qu’est l’imagination humaine. En ce sens, nous qualifierons d’ « intelligence », pour les machines, la faculté de pouvoir agir et penser de la même manière que l’humain. De ce fait, le modèle à suivre est le modèle humain. Avec l’approche cognitiviste utilisée auparavant nous calquions le fonctionnement humain sur le fonctionnement d’une machine en tant que l’esprit traite des données entrante, les manipule par des fonctions régies par des lois et produit des données sortantes. Or, une telle approche s’avère finalement insuffisante car ne rendant pas compte de la complexité du fonctionnement de l’esprit humain dans sa dimension créatrice. En effet, quelles fonctions pourraient être responsables de l’intelligence dans sa dimension créatrice de l’humain ? N’y aurait-il pas là une contradiction à vouloir créer par des lois une imagination créatrice qui, justement, se veut ne pas être déterminé par des lois ? Et plus généralement, comment les machines pourraient penser comme des humains ? Une réponse pourrait se trouver dans le modèle connexionniste qui lui pense le fonctionnement cognitif comme un système de réseaux interconnectés « à l’image du cerveau, l’admirable, l’insurpassable modèle »5. Tentons-nous donc au présupposé matérialiste qui veut que le cerveau est le centre de la conscience et que, par des interactions entre les neurones que produiraient les connexions neuronales, il produirait ce que nous appelons l’esprit. D’ailleurs, ce que nous remarquons ici, c’est que ce qui manque à l’imagination artificielle, c’est une conscience en tant qu’elle permettrait à la machine de produire un objet selon une intention initiale. Un exemple possible pour simuler la conscience dans ces machines serait les réseaux antagonistes génératifs introduit par Ian Good fellow en 20146. Les réseaux antagonistes génératifs ( dit « GANs » pour generative adversarial networks en anglais ) sont des algorithmes qui permettent un apprentissage de la machine à partir de sa base de donnée sans avoir besoin d’un encadrement humain. Nous voyons donc là une certaine autonomie dans ce système artificiel qui permettrait à la machine de créer à la manière d’un humain mais sans lui et, de ce fait, nous pourrions espérer une imagination artificielle autonome qui pourrait remplacer l’imagination humaine. L’idée générale de ce système étant qu’un premier réseau va utiliser les informations dans sa base de donnée pour produire des combinaisons d’objets afin d’en créer de nouveaux mais, pour que les créations soient au plus proche des créations humaines en tant que les combinaisons ont été intelligemment organisées, un réseau adversaire, qui est discriminateur, essaie de détecter si la production du réseau générateur est une production humaine ou bien s’il est le résultat du réseau neuronal artificiel générateur. Cette interaction entre les deux réseaux neuronaux artificiels est produite en continu jusqu’à ce que le réseau discriminant soit battu par le réseau générateur en produisant une combinaison qui soit au plus proche des créations humaines. Autrement dit, c’est un apprentissage qui passe par la méthode de l’essai et de l’erreur. Le GANs a notamment été utilisé pour produire Le Portrait d’Edmond de Belamy mentionné plus haut qui fut la première œuvre d’art produite par un logiciel d’intelligence artificielle à être présentée dans une salle des ventes et qui fut, au final, adjugée à 45 fois sa valeur estimée soit 432 500 dollars. Le fait que ce tableau soit exposé dans une salle des vente et estimé par un spécialiste d’art montre d’ailleurs, au passage, qu’il fut reconnu comme objet artistique alors qu’il est initialement produit par une intelligence artificielle. Un tel résultat pourrait donc nous rendre optimistes quant à l’idée d’une imagination artificielle créatrice de même niveau que l’imagination humaine. Or, si c’est bien l’intelligence artificielle qui a produit ce tableau, pouvons-nous aller jusqu’à dire que c’est bien elle qui l’a créé en tant qu’elle en aurait eu l’intention ? Autrement dit, les GANs en tant que la machine procède à un apprentissage autonome, sont-ils une simulation probante de la conscience humaine qui semble se caractériser par son caractère intentionnel ? Nous laissons cette question en suspens pour l’instant.<br />&nbsp; &nbsp; Quoi qu’il en soit, de cela nous pouvons en tirer plusieurs choses : si l’on veut concevoir une imagination artificielle qui soit substituable à l’imagination humaine, il est nécessaire de prendre le modèle de la cognition humaine et non de penser la cognition humaine comme, d’emblée, analogue au fonctionnement des machines comme le fait le cognitivisme. Autrement dit, il s’agit de concevoir l’imagination artificielle comme analogue au fonctionnement de l’imagination humaine et non l’inverse. En effet, c’est en restant dans cette perspective cognitiviste que l’on ne rend pas compte de l’imagination créatrice humaine du fait que l’esprit humain serait déterminé par des lois de l’esprit immuable. Or, quelle est cette spécificité de la créativité humaine que les machines peinent à reproduire ? En effet, nous comprenons que l’imagination créatrice en plus de nécessiter comme condition préalable l’imagination combinatoire, nécessite quelque chose de plus que nous avons jusqu’à présent tantôt qualifié d’ « intelligence » tantôt de « conscience » pour s’élever à l’imagination créatrice humaine. Ce que nous pouvons dire pour l’instant c’est que l’imagination créatrice humaine ne peut pas se penser comme une fonction unique mais qu’elle semble demander une coordination de nos facultés. Or, qu’est-ce qui permet une telle coordination de nos facultés donnant lieu à l’imagination créatrice ? Nous verrons cela dans notre troisième partie. Cependant, avant ce passage critique, nous nous devons de mettre en lueur les points forts de l’imagination reproductrice et combinatoire artificielles que nous avons pensé jusqu’à présent par rapport à l’imagination humaine.<br />***<br /><br />II. Une imagination artificielle qui nous dépasse ?<br /><br />&nbsp; &nbsp; En effet, même si ces deux types d’imagination artificielles, nous le verrons dans notre prochaine partie plus critique, peinent à pleinement imiter l’imagination humaine, rendons leur justice en montrant leur avantages par rapport à l’imagination humaine telle que nous l’avons conçu jusqu’à présent. Descartes, dans la sixième méditation des Méditations métaphysiques, cherche à montrer les limites de l’imagination humaine en la distinguant de l’intellection à travers l’exemple d’un chiliogone : <br />&nbsp; &nbsp; « je remarque premièrement la différence qui est entre l’imagination et la pure intellection ou conception. Par exemple, lorsque j’imagine un triangle, je ne le conçois pas seulement comme une figure composée et comprise de trois lignes, mais outre cela je considère ces trois lignes comme présentes par la force et l’application intérieure de mon esprit ; et c’est proprement ce que j’appelle imaginer. Que si je veux penser à un chiliogone, je conçois bien à la vérité que c’est une figure composée de mille côtés, aussi facilement que je conçois qu’un triangle est une figure composée de trois côtés seulement ; mais je ne puis pas imaginer les mille côtés d’un chiliogone, comme je fais les trois d’un triangle, ni, pour ainsi dire, les regarder comme présents avec les yeux de mon esprit. […] il arrive qu’en concevant un chiliogone je me représente confusément quelque figure, toutefois il est très évident que cette figure n’est point un chiliogone, puisqu’elle ne diffère nullement de celle que je me représenterais, si je pensais à un myriogone, ou à quelque autre figure de beaucoup de côtés »<br />&nbsp; &nbsp; Bref, pour Descartes, concevoir un triangle, c’est se donner un concept qui n’a pas besoin de figure sensible, c’est qu’un simple acte d’intellection. Si nous nous l’imaginons, alors nous devrons nous faire une représentation sensible interne de ce triangle, et cela est tout à fait possible. En revanche, si nous pouvons concevoir un chiliogone, nous ne pouvons pas nous l’imaginer. Nous nous imaginons une sorte de représentation intuitive, mais nous ne pouvons pas confirmer que cette image a mille côtés. Tout d’abord nous ferons remarquer que Descartes, dans ce texte, pense l’imagination comme ne pouvant simplement que former des figures sensibles comme des images et non des concepts ou des notions alors que, pour notre part, nous avons émis la possibilité de penser l’imagination comme susceptible de nous présenter plus que des figures sensibles. Cependant, cela ne va rien changer à notre propos, car ce que nous voulons mettre en exergue marche aussi très bien si nous faisons comme Descartes en concevant l’imagination comme productrice seulement de figure sensible. Bref, la limite que pose Descartes sur l’imagination semble bien applicable à l’imagination humaine, il est vrai qu’il nous est difficile de nous représenter un chiliogone sous la forme d’image dans notre représentation interne, or, dans le cas d’une imagination artificielle, cela est tout à fait possible. En effet, des logiciels de géométrie dynamique qui permettent de manipuler et de construire des objets géométriques sont tout à fait capables de nous donner une modélisation d’un chiliogone. Nous comprenons donc que l’imagination combinatoire artificielle est tout à fait à même de se représenter l’entièreté de la combinaison qu’elle a produite sous la forme d’une image sensible sans la transformer en un concept. Ceci tient du fait que l’imagination artificielle n’est pas une perception affaiblie qui nous ferait nous représenter « confusément quelque figure » comme le dirait Descartes, mais elle reproduit à l’exact l’objet qu’elle doit reproduire. En fait, cela se comprend car, cela tient d’un problème de l’imagination reproductrice qui est, nous l’avons vu, une condition sine qua non de l’imagination combinatoire. En effet, comme l’explique Christophe Bouriau dans Qu’est-ce que l’imagination ?, une grande partie de la tradition philosophique distingue l’imagination reproductrice de la perception en tant qu’elle est une perception affaiblie qui voile l’objet dans ce qu’il pourrait révéler. Ce que l’on se représentera sera toujours quelque chose de flou, d’imprécis comparé à la netteté de l’objet initial7. Cependant, si ce problème tient, pour l’instant, pour l’imagination reproductrice humaine, ce n’est pas le cas de l’imagination reproductrice artificielle. En effet, celle-ci reproduit l’objet à l’identique car plus qu’une reproduction, il s’agit en vérité d’une copie exacte de l’objet. C’est explicable, car l’imagination reproductrice artificielle ne fonctionne, en vérité, pas exactement comme l’humaine contrairement à ce que nous avions pu dire au début. En effet, dans l’imagination artificielle toutes les données ont été initialement traduites en un langage informatique formel qui donnera, ensuite, par une retraduction de ces données, une forme sensible à celle-ci. Par exemple, lorsqu’on demande à un ordinateur d’afficher la couleur saumon en utilisant le codage RGB, le langage informatique sera exprimé de cette manière : « rouge = 100 %, vert = 80 %, bleu = 60 % ; ». Nous comprenons donc que l’imagination reproductrice artificielle fonctionne en qu’elle est ce qui permet d’appliquer les règles formelles pour donner un objet.<br />&nbsp; &nbsp; Cependant, peut-être pourrions-nous de cela, montrer que l’humain, lui aussi, dispose d’une faculté similaire que nous pourrions appeler aussi, imagination. En effet, ce fonctionnement est analogue au schème transcendantal qui relève de l’imagination chez Kant tel qu’elle est décrite dans la Critique de la Raison pure dans la section « des concepts pures de l’entendement » de l’analytique transcendantale. En effet, l’imagination est comprise comme une faculté médiatrice entre la sensibilité et l’entendement, car elle permet d’appliquer les concepts au divers sensible qui sont pourtant hétérogènes entre-eux. Un schème qu’est le produit de l’imagination n’est pas une image mais c’est ce qui va nous permettre de faire correspondre une multiplicité d’images à un concept : « C’est cette représentation générale qui procède de l’imagination pour procurer à un concept son image que j’appelle schème de ce concept ». Prenons l’exemple des schèmes mathématiques : tous les triangles sont particuliers, mais il nous faut un schème du triangle qui est une règle de construction du triangle. Le schème du triangle ce n’est donc pas une image du triangle mais une règle de la construction de celui-ci : trois droites qui se coupent. L’image, nous dit Kant, c’est un produit du pouvoir empirique de l’imagination mais le schème, c’est un produit de l’imagination pure qui précède l’expérience. En fait, toutes les productions ou reproductions des imaginations artificielles que nous avons décrites jusqu’à présent sont faites à la même manière&nbsp; dont procède l’imagination pure au sens kantien, car elles ne sont pas le fruit de l’expérience sensible mais d’un langage informatique qui conditionne, donne les règles de construction de l’image ou l’objet qu’elles présenteront comme nous avons pu le voir avec l’exemple de la couleur et du codage RGB. La différence de supériorité des imaginations entre artificielle et humaine que l’on a pointé avec Descartes ne tient pas tant sur l’imagination pure comprise comme celle qui précède l’expérience, mais sur notre intuition sensible interne qui cherche à nous représenter des images. En fait, cela pourrait venir du fait que parler d’intuition sensible pour l’imagination artificielle est peut aller trop vite en besogne De même, si l’imagination pure telle que l’a décrite Kant peut être assimilable dans son fonctionnement à l’imagination artificielle, il n’est pas dit que nous procédions aussi de la sorte. Jusqu’à présent nous avons fait comme si les données reçues par les automates étaient comparables à des sensations or cela ne va pas de soi. En effet, ce dont dispose l’imagination artificielle c’est cette imagination pure qui permet de construire des objets en donnant une forme aux données digitales dans sa base de donnée. Il y a donc une traduction des données par des règles formelles que sont les lignes de code des algorithmes. Or, cela traduit une information en un objet sensible, mais un objet sensible pour nous. Il n’est pas dit que cela soit un objet sensible pour l’imagination artificielle aussi. Établir une relation d’identité entre une information digitale et une information sensible était peut-être un présupposé qu’il faudra remettre en question : Les imaginations artificielles perçoivent-elles le monde comme nous ? Si jusqu’à présent nous avons mis l’accent sur les résultats de l’imagination artificielle pour les comparer aux résultats de notre imagination, peut-être devrions-nous plutôt revenir aux fondements de l’imagination même.]]></description>
<slash:comments>0</slash:comments><pubDate>Thu, 01 Oct 2020 00:59:44 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Chapitre II partie 4: Bastonnade et autres plaisirs animaliers. / Le blog de Finn Easter]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Chapitre-II-partie-4-Bastonnade-et-autres-plaisirs-animaliers_5476_1.html</link>
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<description><![CDATA[Au moment où j’ai bien cru que ses veines allaient s’éclater et m’asperger de son sang impur, je me mis à m’escafouiller comme une baleine devant lui. À partir de là, mon fou rire avait mis le feu aux poudres, il pouvait plus se retenir le nigaud. Il me mit une de ces mandales ! Ça se ressentait qu’il y avait de la haine là-dedans. J’ai pris le coup en pleine trogne, mais je l’ai plutôt bien encaissé. Enfin ! Je pouvais véritablement commencer à m’amuser et à rentrer dans le jeu. Je lui répondis alors d’une balayette bien calée. Hoplà dans les guibolles, il était à terre ! C’est pas que ça allait l’arrêter mais, au contraire, je voulais qu’il continue à se mettre en rogne et encore plus fort. J’avais beau sentir un peu la douleur, je riais encore aux éclats. Mon visage devait sûrement être recouvert de sang, de salive et de morve, mais je ne ressentais presque plus rien : juste une frénésie monstrueuse qui me poussait à continuer et dépasser ce que j’avais commencé. Quant à lui, sa rage ne cessait de s’éjecter de son corps pour tenter de me berziller puis bouffer ce qu’il resterait de mes miettes.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Il se releva tout de go et tenta de faire valser sa jambe jusque dans mes côtes, mais je saisis son panard de mes deux grosses paluches juste avant qu’elles ne m’atteignent puis le fit se renverser en arrière. Deux fois qu’il était à terre par ma faute, j’avais le dessus et il enrageait de plus en plus. Il était sûrement même plus conscient de ce qu’il faisait au vu de la hargne qui s’emparait de lui. Moi aussi, je perdais le contrôle de moi-même, mon rire avait depuis le début tourné au délire et je ne me maîtrisais plus. Ce que c’était bon ! Deux fous qui n’avaient pour seule ambition que de se détruire, quel spectacle ça devait être pour les autres. Pendant que je m’esclaffais de l’avoir encore une fois ridiculisé, il me coupa le souffle en prenant mon pied pour l’envoyer vers mon nez. Ce pied de nez qu’il me mit, je l’avais pas vu venir celui-là. J’étais à terre, tombé à la renverse, et incapable de bouger ou même respirer pendant quelques secondes. Il en profita pour se mettre à califourchon sur mon ventre et m’assener d’une bonne pelletée de coups dans la figure ce qui fit valdinguer quelques-unes de mes dents à quelques pas du combat. Quelle fureur il avait ! Je voyais trouble, mais je ressentais toute sa colère se déverser dans chacune des beignes qui s’écrasaient et se mélangaient à ma tronche.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Alors que ma résistance commençait à s’essouffler et ne plus savoir quoi faire, j’eus la brillante idée de rétracter mes genoux vers mon ventre pour lui briser les roubignoles. Coup bas, pour sûr mais efficace. Il s’arrêta net, j’étais aux premières loges pour voir sa tête se décomposer et n’être plus bonne qu’à caler les roues du corbillard. Il s’étala sur le côté en chien de fusil comme s’il cherchait protéger ses bourses de la vie, ses petits compagnons de fortune qui donnaient toute sa valeur à sa si fragile virilité. J’en ai profité alors pour me relever de suite malgré l’épuisement et ma tête en sang. Maintenant que je le surplombais, je lui mis des coups de patte dans les côtes en l’insultant de tous les noms pour que sa colère reprenne le dessus sur sa récente castration. C’était peut-être pas une bonne idée de lui avoir dézingué les burnes, il paraît que la rage vient de là pour la plupart des hommes. M’enfin, moi par exemple, pour sûr qu’elle ne venait pas de là ma rage, non elle grondait et grouillait en plein depuis mes tripes, la chaleur qui émanait de mon estomac me faisait gigoter et rire dans tous les sens. Peut-être que lui aussi c’était autre chose que les rouspignolles qui l’excitait à ce point. Plutôt qu’un homme, c’était un animal après tout, il devait bien avoir un instinct de survie qui se cachait en lui.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Les jurons que je lui giclais dans les zozores n’arrivaient pas à le remettre en état de marche ce luron. Il ne faisait que larmoyer quelques murmures de douleurs dans ses derniers souffles. Où était passé sa hargne ? Je le sentais vaciller dans son délire, il perdait de ses forces et par là aussi&nbsp; mon attention. Les coups que je lui portais dans les côtes devenaient mécaniques, je battais de la viande, je la frappais de mes grosses godasses ce qui la rendait de plus en plus tendre. Mais c’est pas de la tendresse que je voulais moi ! Si je l’asticotais c’était pour le faire gigoter, pas pour le calmer. De la vie qui déborde et s’enfuit de ses pores pour en asperger tout son environnement, voilà ce que je voulais. Que lui aussi fascine la populace, qu’on devienne à deux le spectacle délirant qui fait sortir les autres gredins de leur routine morbide. Mais rien de tout cela, il était décevant. Ou alors j’avais la mauvaise approche, l’insulter lui ne semblait pas vraiment l’émoustiller plus que ça. Pourtant, j’avais bien commencé. Rien que lorsqu’il m’avait fixé des yeux avec ses veines qui ressortaient tellement qu’elles donnaient de la profondeur à sa chair si lisse au départ, c’était magnifique à voir de si près. J’étais si déçu que je me mis en quête d’un nouveau moyen pour retrouver sa bonne vieille furibarde.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Je fis alors quelques pas de côté pour m’approcher de son clebs claqué et là, comme par instinct, je mis ma main dans son troufignon et m’amusais alors à le faire valser de droite à gauche comme une petite marionnette. Certains d’entre vous vont trouver que c’est un truc de crasseux délirant de faire ça, mais moi je m’amusais bien en tout cas. Le chien était pas bien lourd et gigotait&nbsp; dare-dare lorsque j’empoignais ses tripes de l’intérieur. Il avait d’un coup l’air bien plus vivant, je me surprenais même à pousser quelques aboiements pour faire comme s’il reprenait vie petit à petit. En l’agitant d’avant en arrière face à moi, il avait comme l’air de branler du chef pour acquiescer à ma sainte présence. « T’es un bon toutou ! Reconnais ma toute puissance, ma beauté sacrée, bientôt tout le monde fera de même », que je lui disais au cabot. L’odeur ne me dérangeait plus du tout, j’avais perdu toute ma sensibilité en rentrant dans mon délire frénétique. Et puis j’étais si fier d’avoir ma petite marionnette à moi, rien qu’à moi d’ailleurs. Un jour, tout le monde fera comme ce chien, ils seront tous là à s’agenouiller devant moi et vouer un culte à chaque parole que je professerai, à chacun de mes gestes, chacune de mes idées, de mon art, de ma vie.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Puis, pendant que j’étais en bonne odeur avec ces phantasmes qui auraient pu me faire éternuer le cyclope à tout moment, je me pris d’un coup une bourrasque de chair dans le dos qui me flanqua à terre. Le clebs s’extirpa de ma main et voltigea quelques mètres plus loin pendant que moi, je me retrouvais placardé au sol le pif le premier. C’était ce putain de cycliste qui était redevenu hargneux comme un garde-chiourme. Maintenant, je savais bien d’où venait sa vitalité. Il était de retour pour défendre son toutou pathétique, ce fou squelettique. Et rien que pour ça il ne pouvait pas me faire plus plaisir ! Je crois bien qu’à partir de ce moment, ma transe d’enthousiasme n’était plus très loin de son apogée puisque j’en ai que quelques bribes sous formes d’images.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Lui, qui me crache à la figure et me mord partout sur le corps jusqu’au sang en laissant traîner des filets de bave au passage, moi qui lui met des coups de boule en pleine face. Mais on était resté au sol, ça j’en suis sûr. On faisait des roulés-boulés dans tous les sens, on s’agrippait à tout et n’importe quoi pour l’arracher et se l’envoyer à la gueule. J’ai rarement bouffé autant de terre de ma vie, ce jour-là. On était devenu de véritables chiens qui s’amusent dans un parc sous les yeux des baladeurs ahuris par la scène qu’on leur offrait.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Je ne sais plus vraiment combien de temps le combat dura, étant donné le peu de conscience qu’il me restait à ce moment-là, mais ce dont je suis sûr c’est qu’on a été interrompu par la flicaille, cette sale race qui coupe court au spectacle pour des prétextes de bouseux moralistes. « ACAB ! ACAB ! Dictateur de la bonne conscience ! Sous race de flicaille ! Censeurs ! Et tic et tac, et tic et tac, nique la BAC ! » que je leur gueulais dessus pendant qu’ils nous séparaient et nous foutaient les menottes aux mains. Ça sûrement pas arrangé mon cas, mais je ne contrôlais plus rien et puis l’autre décérébré, lui aussi, il leur gueulait dessus aux hommes en bleu : « Pas touche à Canaroller, mon ptit chiot, dans mes bras ! Z’allez avoir des problèmes si vous m’emmenez, savez pas d’où je viens hein ! Ué, ué, et pas touche à mon tosma, la poulaille de seconde zone ! ».<br /><br />&nbsp; &nbsp; Putain c’est vrai, sacrée marchandise ! Le mec avait ses affaires remplies de stupéfiant, c’était pour le travail qu’il gueulait aux flics. Y avait bien deux kilos de speed, des médocs en tout genre, taz, shit et pleins d’autres psychoactif entassés dans les sacoches de son vélo. Même son vélo, il était étrange, c’était un de ces vélo-couché. Il pouvait pédaler allongé et il avait même une grande plaque, comme un tableau de bord, où était étalée, au-dessus de son siège, une carte laissant ainsi juste ce qu’il fallait de place pour y insérer un corps.]]></description>
<slash:comments>0</slash:comments><pubDate>Wed, 04 Mar 2020 16:37:43 +0100</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Chapitre II partie 3: Le cycliste au clebs crevé / Le blog de Finn Easter]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Chapitre-II-partie-3-Le-cycliste-au-clebs-creve_5365_1.html</link>
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<description><![CDATA[C’est lorsque que je trottais à côté d’un parc, un peu excité par toutes ces pensées, que je vis un gugusse à l’accoutrement légèrement farfelu mais qui, surtout, courrait dans tous les sens comme un survolté du cervelet. Il avait toute la combinaison d’un cycliste professionnel assortie à la couleur rouge de son bandana qu’il portait fièrement sur le front. Sauf que, par-dessus le tout, il était attifé d’un de ces manteaux qui vous vont des épaules aux talons. Quel décérébré celui-là ! Y avait pas un pet de nuage, le soleil brillait à son zénith et on était tous en train de fondre mais lui, il sautait et courrait dans tous les sens tel un cabot en rut. Je m’approchai alors pour voir ce gredin des villes de plus près et c’est là que je vis justement un petit clébard allongé à côté de lui qui semblait plutôt immobile. Son abruti de maître devait sûrement essayer de jouer avec lui mais le cabot bougeait pas d’un poil. C’était à se demander qui était le chien et qui était l’homme. Plus je m’approchais pour faire la rencontre de cet individu à la cervelle totalement bouffée par une fureur délirante, plus je sentais une odeur nauséabonde de corps en décomposition qui venait envahir mes narines. C’est après quelques pas de plus que j’ai compris l’impassibilité du clebs devant les pitreries de son maître. C’était un putain de macchabée son clébard ! Le mec était encore plus allumé que je ne le pensais, il se dandinait comme un fou devant un putain de cadavre de chien en décomposition !<br /><br />&nbsp; &nbsp; En temps normal, je me serais taillé en un rien de temps face à un fou de ce genre mais là avec les larves qui altéraient ma conduite, je n’ai pas pu résister à l’envie de lui beugler dessus pour le provoquer et sûrement le rendre encore plus fou qu’il ne l’était. Fallait que je voie jusqu’où pouvait aller ce genre d’esprit en compote.<br /><br />&nbsp; &nbsp; « Eh l’abruti ! C’est trop tard hein, il est déjà totalement clamsé ton chien. Jamais tu pourras le réanimer avec tes danses shamaniques à deux sous !» lui lançai-je alors sans peur de rien.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Aucune réponse. Il continuait sa performance de zigoto en tournant en rond autour de son animal totem totalement inerte. Il devait être pris d’une transe extatique pour ne pas faire attention aux gueuleries que je lui vociférais. Ça commençait à vraiment m’énerver d’être transparent pour lui. Pas un grognement, pas un regard, pas un haussement de sourcil, rien. Je commençais alors à lui dire tout ce qui me passait par la tête pour qu’il bronche au moins d’un bout de sa chair :<br />&nbsp; &nbsp; <br />&nbsp; &nbsp;&nbsp; « Maquereau de chiots ! Ramassis de débris ! Ectoplasme bigleux ! Escargot boiteux ! Charognard de seconde zone ! Kafir à tête de cheval ! Bachi-bouzouk fauché ! Bourriquet sans pied ! Parâtre de la canaille ! Staphylocoque doré ! Stérilet archaïque ! Marinière de poils ! Druide des égouts ! Marmite à foutre ! République bananière ! Mascarpone de chat de gouttière ! Redingote en laisse ! Trimalcion des pauvres ! Ochlocratie ecclésiastique ! Homard d’Eurasien ! Ogre de Barbarie délétère ! Eucharistie de scientiste ! Punaise de sacristie ! » […]<br /><br />&nbsp; &nbsp; Rien à faire, cela ne le faisait vraiment pas sourciller. Fallait que je change de stratégie, j’avais plus qu’à m’attaquer à son fétiche pour qu’il fasse enfin attention à moi. Je me suis approché alors sans gêne du personnage sans qu’il me jette un seul regard. J’eus aucune peine à dépasser le contour du cercle qu’il traçait autour de son cabot en putréfaction pendant qu’il continuait sa danse de sauvage. Il zieutait en l’air, il zieutait au sol mais moi il ne me voyait pas. J’étais comme une divinité invisible. Il dansait à présent autour de moi et de son clebs mais toujours aucune réaction de sa part si ce n’est son sempiternel gambillage de guibolles qui tournait en rond. Alors, d’un coup sec, je pris son clébard en décomposition dans mes paluches puis je lui ai bazardé à la tronche.<br /><br />&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;Il arrêta aussitôt sa danse. Il regarda la carcasse de son chien tomber à ses pieds puis replongea son regard fixement dans mes yeux globuleux que j’accompagnais d’un grand sourire. Il ne fit pas un bruit mais toutes ses veines commencèrent à ressortir de sa chair. Elles se bandaient comme pour s’extirper de son corps et esquissaient un labyrinthe à la couleur bleu électrique sur toute sa peau. Autour de toutes ces veines, sa peau avait pris une teinte des plus rouges. Ses narines se mirent, elles aussi, à se gonfler comme le font les buffles. Il respirait de plus en plus fort tout en continuant de me fixer dans le blanc des yeux. Moi, je gardais ma mine toute fière. Au fur et à mesure, qu’il changeait d’apparence, mon rictus s’agrandissait, je commençais à montrer mes dents tellement j’étais proche du fou rire. Je l’admirais et cela me faisait tellement rire ! On aurait dit une bête prête à charger. Y a pas deux secondes, il se dandinait dans tous les sens et ne me prêtait même pas attention. Et maintenant que je lui avais envoyé son cadavre de chiot à la gueule, il restait fixe avec un bouillonnement interne qui n’allait pas tarder d’exploser à ma face.<br /><br />&nbsp; &nbsp; Je vous jure, j’avais aucune peur devant un tel spectacle. J’étais à deux doigts d’éclater de rire devant ce molosse qui, au final, n’était qu’un long sac d’os. C’était même pas son apparence rachitique qui m’empêchait d’avoir la frousse puisque après tout, moi, j’étais plus petit que lui et tout aussi maigre. Non, non, ce qui m’avait mis dans un état aussi euphorique et sans craintes c’était de savoir que j’avais réussi à le mettre dans une rogne monstre qu’il n’avait peut-être jamais ressenti auparavant. Et puis j’étais devenu le centre de toute son attention. Par l’Art ! Ce que ça pouvait m’enivrer de rire tout ça ! Ce que j’aime ce genre de spectacles où des zozios en face de moi sortent d’eux même. Quand ils sortent de leur état normal, de leur routine quotidienne, y a rien de plus beau. C’est dans ce genre de moments qu’on prend plaisir à les zieuter bien comme il faut.]]></description>
<slash:comments>1</slash:comments><pubDate>Wed, 22 Jan 2020 18:42:51 +0100</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Chapitre II partie 2: Les morveux d'esprit et la Brandy / Le blog de Finn Easter]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Chapitre-II-partie-2-Les-morveux-d-esprit-et-la-Brandy_5327_1.html</link>
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<description><![CDATA[Sur le trajet, je me remémorais tous les morveux d’esprits qu’on avait pu connaître mais aucun ne méritait sa présence à la Brandy. Tenez sur ce banc-là ! Avant y avait quelques abrutis avec qui on traînait quand on voulait s’amuser. À vrai dire, ils n’étaient pas très marrants. Ce qu’ils savaient bien faire c’était partager leur came. Pour ça, par contre, pour sûr qu’ils étaient bons. Pour Brandy, l’alcool coulait à flots et moi je prenais tout ce qui passait pour me le fourrer partout où ça rentrait : dans le pif, dans le gosier, dans les veines, sous la langue, dans le troufignon, dans l’urètre et même une fois derrière les paupières. Ils nous prenaient pour des fous. Ils se disaient qu’on allait cracher notre âme un jour ou l’autre mais c’est bien eux qui ont baisé la camarde les premiers. Y a un an qu’ils s’étaient envolés avec les feuilles de l’automne. Pas bien grave, c’étaient que des minables bons qu’à donner de la came à n’importe quel être animé qui leur aurait donné un peu d’attention, ils avaient aucun proche. Ils étaient morts dans l’indifférence et n’avaient laissé aucune trace dans ce monde. C’est sûrement le plus grand châtiment qui puisse être ça, l’insignifiance. Alors avec Brandy on avait gravé une phrase en leur mémoire sur le banc « Les jeunes c’est comme les chiens errants, ils ont besoin de se faire piquer ». On était pas peu fier ! Ça résumait bien leur vie et puis au moins, grâce à nous il restait quelque chose d&#039;eux dans le quartier parce que nous on les aurait bientôt oubliés ces crasseux distributeurs de dope gratuite.<br /><br />&nbsp; &nbsp; M’enfin, c’est souvent à ça que se résume la vie : on avance — ou on se fait traîner, ça dépend des gens — et on espère trouver quelqu’un qui stimulera suffisamment notre bouillie neuronale pour s’arrêter quelques instants avant de repartir en avant. En général, on a beau rencontrer sans arrêt d’autres individus qui pataugent dans ce monde tout comme nous, ça nous empêche pas d’être majoritairement déçu. C’est pour ça qu’on cherche même pas à se parler quand on se croise dans la rue. On est souvent blasé dès le premier regard. En quelques secondes, on croit avoir eu le temps de connaître quelqu’un parfaitement parce qu’on pratique inconsciemment le lissage des gugusses. On refuse de voir leurs rides, leurs fissures, leurs callosités, les gouttières qui leur traverse le corps ou toute autres sortes de sinuosités qui pourraient rendre la personne plus intéressante. On fige notre regard et on refuse d’y voir une beauté cachée par-delà le donné. Mais, vous inquiétez pas, moi-même je l’ai souvent fait : les trois morveux d’esprits qui traînaient sur le banc avec Brandy et moi par exemple. J’ai jamais pensé d’eux qu’ils pouvaient être quelque chose d’autre qu’un public devant lequel fanfaronner et qui nous cachetonnaient à coups de drogues en tout genre. Ça se trouve, ils étaient plus que ça mais avec Brandy on l’a jamais su et on le saura jamais vu qu’ils ont clamsé. Et puis clairement ça nous arrangeait bien de les voir comme ça : plats, lisses et indignes d’intérêt. À quoi bon changer si aucun souci en découlait ?<br /><br />&nbsp; &nbsp; Par contre, je vous le redis, aujourd’hui c’était différent, cette habitude au lissage du quotidien avait totalement disparu. Au contraire, fini les vomissements intempestifs de jugements sur toute chose, fini la routine de la déglutition à tout-va. Je m’émerveillais de tout, mais je voulais aussi toujours atteindre un au-delà, faire en sorte que mes phantasmes deviennent vrais. Ça me triturait tellement l’esprit cet au-delà pulsionnel et fantasmagorique qu’il fallait que j’agisse. Et pour ça, à mort le « Au commencement était le verbe » et gloire au « Au commencement était l’action ». J’avais décidé de tout mettre en suspens et de simplement jouir des événements. Finalement, c’était certainement pour ça que je m’étais détaché de ma crainte envers Butor le Buteur, il était sûrement plus qu’une simple brute écervelée mais plutôt une bête à provoquer afin de faire surgir sa rage fougueuse. Enfin je pouvais le contempler comme il le mérite ce balourd baveux. Sacrée larves ! Décidément maintenant j’en suis sûr, c’était bien elles qui me provoquaient cet effet d’enthousiasme à tout-va. Elles me détachaient vraiment des tracas que je pouvais avoir en temps normal, j’avais plus peur de rien. C’était apaisant pour sûr, mais il fallait toujours que j’aille plus loin comme dans un délire frénétique et sans conséquences possibles. Enfin, je pouvais jouir sans scrupules, mourir sans souffrir, tout détruire et en rire pour tout garder dans mes souvenirs.]]></description>
<slash:comments>0</slash:comments><pubDate>Tue, 07 Jan 2020 14:01:39 +0100</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Chapitre II partie 1: Butor le buteur / Le blog de Finn Easter]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Chapitre-II-partie-1-Butor-le-buteur_4992_1.html</link>
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<description><![CDATA[Une fois dehors, je sentais que les larves commençaient à se mettre à l&#039;aise dans leur nouvel élément. Elles tripatouillaient allant jusqu&#039;à étripailler mes entrailles dans le creux de mon corps. C&#039;était pas vraiment douloureux à vrai dire, j&#039;avais plus l&#039;impression de muter que de claquer à petit feu. Les parasites ne voulaient faire qu&#039;un avec moi et je les laissais me larver lascivement. Rien de bien méchant, c&#039;était bien moi qui les avais gobées ! Au fur et à mesure, je sentais que quelque chose changeait en moi mais pas que physiquement. J&#039;étais pas encore sûr de savoir quoi, peut-être même que je pourrais jamais vraiment le dire d&#039;ailleurs mais le monde semblait moins lourd, plus léger. Le poids de l&#039;angoisse laissait place au rire, la légèreté de la vie avait remplacé la gravité de mon existence. Mes craintes se dissipaient, pour sûr !<br /><br />&nbsp; &nbsp; &nbsp;Les effets des larves avaient commencé à se manifester quand je vis mon voisin : Butor le buteur. C&#039;était un vieux balourd, la quarantaine je crois bien. Il était pas franchement grand ni très charpenté mais il m&#039;avait longtemps fichu une de ces frousse. Il avait les cheveux noirs, très probablement gominés et plaqués en arrière par la sueur qui s&#039;échappait de tous ses pores, et une grosse moustache sur la trogne. Un mètre cube qu&#039;il faisait sûrement : un mètre de long, un mètre de large et un mètre d&#039;épaisseur. Un étrange mélange de graisse et de muscle. Il gueulait sans cesse d&#039;une grosse voix bien rouillée par les guinzes qu&#039;il pompait et les bouteilles de gnôle qu&#039;il engloutissait à longueur de journée quand il ne battait pas sa femme. Quoique même quand il la tapait, il se débrouillait pour tirer des narées et faire des pauses biture lorsqu&#039;il il sentait qu&#039;il lui fallait un petit remontant pour reprendre des forces. Ça fait sept ans que je suis dans le quartier et une dizaine de femmes y sont passées ! Il devait les collectionner mais son présentoir à trophée se trouvait sûrement enterré sous son jardin. Personne ne disait jamais rien... Et moi le premier. En général, quand je le voyais, j&#039;avais les boyaux qui tricotaient des napperons, une de ces frousse à avoir le cœur qui se décroche. Au départ, je m&#039;étais un peu révolté mais qu&#039;est-ce qu&#039;on peut bien faire à une brute quand on a que douze berges ? Je saccageais son jardin de temps en temps pendant la nuit. Vous savez, histoire que la culpabilité le fasse transpirer des yeux au réveil mais dès l&#039;aube, il se contentait de tout nettoyer et frapper sa femme encore plus fort pour oublier. Et puis j&#039;ai vite arrêté avant qu&#039;il ne me soupçonne de quoi que ce soit le molosse ! Alors, je l&#039;ai évité pendant un temps, je m&#039;arrangeais pour rentrer quand il était absent et ne jamais apparaître devant lui. Mais ça marchait pas trop. Il passait trop de temps dans son jardin et je pouvais pas me permettre de rester enfermer dans ma turne toute la journée comme la vioque. Au final, je crois qu&#039;il m&#039;avait jamais vraiment soupçonné, il était bien trop demeuré pour croire qu&#039;un jeunot de douze ans pouvait oser lui être hostile. Ça lui empêchait pas de m&#039;aboyer dessus quand il me voyait mais ça, il le faisait avec tous les passants comme un chien de garde qui n&#039;avait rien d&#039;autre à faire.<br /><br />&nbsp; &nbsp; &nbsp;Puis, un jour je m&#039;y suis fait, je m&#039;étais résigné à ne plus vraiment faire attention à lui. Je jouais à l&#039;aveugle, il existait plus vraiment pour moi, il était entré dans ma routine. Les coups portés à sa femme tapaient le tempo morne qui rythmait ma vie. Je ne pouvais plus rien faire de toute façon, j&#039;avais suffisamment lutté. Il faisait partie du décor rien de plus. Encore que, j&#039;aurai pu sublimer ses horreurs pendant tout ce temps, y voir une beauté quelconque. Mais pour cet homme j&#039;en avais pas la force, pas le pouvoir. Je devais sûrement être encore trop faible pour ça.<br /><br />&nbsp; &nbsp; &nbsp;Mais maintenant que les larves étaient en moi, ça allait. Grâce à elles, tout avait de quoi se transformer en splendeur. Le monde me semblait plus charmant. Du moins je pouvais le rendre plus séduisant, plus attrayant, plus beau. La puissance du poète s&#039;était revigorée en moi et elle me laissait dominer le monde par mon regard. J&#039;aurai même pu lui passer le bonjour au Butor et m&#039;inviter chez lui. Enfin, le temps que je me fasse cette réflexion ,j&#039;avais déjà dépassé sa bâtisse depuis longtemps, j&#039;y penserai une autre fois sûrement.<br /><br />&nbsp; &nbsp; &nbsp; De toute façon j&#039;avais pas le temps, fallait que je me rende chez Brandy. C&#039;est toujours elle que je viens voir en premier quand j&#039;ai quelque chose à dire ou à montrer. Cette fois, elle sera pas déçue ! Elle l&#039;a jamais vraiment été de toute façon, c&#039;est pas pour ça qu&#039;elle me voyait mais c&#039;était plus fort que moi, je voulais toujours l&#039;impressionner la Brandy. On se connaissait depuis qu&#039;on était marmot et elle m&#039;avait toujours soutenu dans mes folies. Ça la faisait rire et puis, elle aussi, elle est déglinguée dans sa vie. Ça faisait longtemps qu&#039;elle avait rejoint le rang des esprits délurés comme moi. On était les troublions du monde et on avait de quoi se hausser au-dessus de la disgracieuse et informe masse qu&#039;est l&#039;humanité par notre légèreté. Mais ces bouts de viandes n&#039;auraient sûrement pas mérité des rois et reines aussi gracieux que nous.]]></description>
<slash:comments>0</slash:comments><pubDate>Tue, 13 Aug 2019 15:57:31 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ Finn Easter ]]></dc:creator></item>
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