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<title>Le blog de TrotinetteElectrique / Psychoactif</title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/TrotinetteElectrique_170344_1/</link>
<description>Psychoactif L'espace solidaire entre consommateurs de substances psychoactives...</description>
<language>fr</language>
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<title><![CDATA[Je suis passé au crack, tout va mal, ma vie se dissout. / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Je-suis-passe-au-crack-tout-va-mal-ma-vie-se-dissout_7615_1.html</link>
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<description><![CDATA[J&#039;avais déjà fumé de la free base une dizaine de fois, sur quelques années, mais j&#039;avais trouvé ça décevant.<br /><br />Récemment, j&#039;ai rencontré une fille qui est devenue une bonne amie. Le crack, c&#039;était son truc. Elle est comédienne, elle travaille, et le soir elle fume entre 20 et 30 euros de crack, qu&#039;elle se fait livrer déjà basé.<br /> <br /><em>Elle gère</em>. Un truc de fou. Ça ne bouffe pas sa vie. Et si elle n&#039;en a pas pendant une semaine, ça ne la dérange pas. Ça fait sept ans qu&#039;elle fume.<br /><br />Évidemment, j&#039;y ai cru. J&#039;ai cru que c&#039;était possible pour moi aussi. Mais tout est question de tempérament. Le mien est <em>ultra addictif</em>. Je suis toxicomane depuis mes douze ans, j&#039;en ai vingt-sept. Je n&#039;ai fait que substituer des drogues à d&#039;autres, il y a eu des périodes. <br /><br />Après quatre ans d&#039;addiction à la 3MMC et au GHB, que j&#039;ai réussi à éliminer, j&#039;ai commencé à fumer. Ça ne fait qu&#039;un mois que je fume, tous les jours et toute la journée. Contrairement à mon amie, je ne gère pas du tout. Je dépense des sommes astronomiques (aujourd&#039;hui 200 euros pour la journée), j&#039;ai des dettes de partout parce que j&#039;emprunte de l&#039;argent à des amis, des amis qui ne veulent plus me voir. Je mens, je vole, je suis une merde. Mais ce truc m&#039;a accroché comme aucune drogue ne l&#039;avait fait avant (et je suis passé par toutes les drogues sauf certains RC). <br /><br />C&#039;est minable. Je me suis isolé. Je reste dans mon appartement et je suis complètement déprimé. Je ne fais plus rien d&#039;autre que fumer. Un kiff toutes les 5 / 10 minutes. <br /><br /><em>Ce que j&#039;ai fini par comprendre, c&#039;est que c&#039;est une drogue idiote. Une drogue qui se referme sur elle même. C&#039;est à dire que fumer n&#039;appelle qu&#039;à fumer plus. TOUTES les autres drogues me PERMETTAIENT des choses. L&#039;alcool détend et rend sociable, le cannabis m&#039;a inspiré beaucoup de chansons, les psychédéliques comme le LSD ou les champis ouvrent à des questionnements existentiels, la 3MMC et le GHB m&#039;ont permis d&#039;écrire quatre livres, dont un a été publié, etc, etc, etc... Le crack ne permet rien, je me répète : c&#039;est une drogue qui se referme sur elle même.</em><br /><br />Je retourne en cure dans deux semaines (la sixième en trois ans).<br /><br />Une grosse pensée pour tous ceux qui souffrent de leurs addictions.]]></description>
<slash:comments>2</slash:comments><pubDate>Mon, 18 Sep 2023 20:27:52 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Kétamine et massage / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Ketamine-et-massage_7564_1.html</link>
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<description><![CDATA[Nous nous étions donné rendez-vous à l’entrée du bois de Vincennes, dans le sud-est de Paris. Moi, j’étais crevé par toute cette drogue que je consomme quotidiennement. Elle est arrivée rayonnante, longs cheveux roux caressant ses épaules fines et surplombant son corps anorexique. Elle m’a souri et j’étais déjà très perturbé. Ça faisait si longtemps qu’une fille, à fortiori aussi belle qu&#039;Irina, ne m’avait pas souri. Irina, c’est ce canon de beauté russe que j’avais connu au lycée et que je n’avais plus revu depuis dix ans. J’avais vu passer quelques photos d’elle nue sur Facebook pendant cette décennie, elle était devenue mannequin pour différents artistes, exhibant sa maigreur et son visage anguleux à mâchoire carrée. J’ai toujours aimé les rousses, c’était bien mon genre de meuf. <br /><br />Irina m’a raconté son parcours depuis le lycée, j’étais sans voix. Je l’avais connue accro au subutex et vivant dans un centre psychiatrique à dix-sept ans. Elle était depuis devenue une femme émancipée. Elle avait beaucoup voyagé, c’était son truc. Toujours en transition, toujours en errement, jamais territorialisée. Elle avait voyagé et vécu partout, en Inde d’abord pendant longtemps, puis au Laos, en Thaïlande et au Cambodge, Et puis elle a traversé le monde pour s’installer en Uruguay, puis au Mexique et enfin aux États-Unis, dans l’État de Californie dans lequel elle avait trouvé un poste dans la culture de beuh légale. Elle a acheté deux camions, pour s’aménager un deux-pièces. J’étais fasciné. <br /><br />Fasciné. <br /><br />Quel était-il mon palmarès à moi ? Avoir zoné dans les soirées les plus clandestines de la capitale, quelques escapades pour me battre avec la police dans divers endroits de France, une semaine de prison à Athènes…<br /><br />Nous nous étions donné rendez-vous à l’entrée du bois de Vincennes, dans le sud-est de Paris. Pour gagner sa vie et pouvoir voyager, Irina multipliait les petits boulots. Elle était modèle nue, masseuse et vendeuse de kétamine. Nous étions allongés dans l’herbe à peine humide d’une fin d’après midi de printemps. Elle nous fait deux grosses traces de ké. C’était doux. Elle était d’une beauté extravagante. Elle m’a dit de me mettre sur le ventre et d’enlever mon t-shirt, ce que j’ai fait immédiatement. Et là.. J’ai compris ce que voulait dire un massage. On m’en avait déjà fait, mais jamais comme ça. Elle avait été formée en Inde. Elle suivait le long de ma colonne vertébrale sans jamais la toucher, insistant là où il y avait des noeuds ou des torsions. J&#039;étais tout entortillé. Pétris. Ratatiné. La tête dans les épaules et les épaules dans le ventre. Elle m&#039;a libéré. J&#039;ai failli devenir mystique et j&#039;ai compris ce que certains entendent comme &quot;énergies qui nous traversent&quot;. J’étais en transe. <br /><br />La kétamine et ses mains me rendaient fous. <br /><br />Je ne la reverrai plus pendant longtemps, la voilà repartie au Cambodge.<br /><br />Merci Irina.]]></description>
<slash:comments>0</slash:comments><pubDate>Thu, 31 Aug 2023 00:47:04 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Noctambuisme Kétaminée / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Noctambuisme-Ketaminee_7510_1.html</link>
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<description><![CDATA[<em>C’est un homme.</em><br /><br /><em>I</em><em>l sort de chez lui.<br /><br />Il est trop tard, ou trop tôt, c’est selon.<br /><br />Il fait noir.<br /><br />Il marche dans la nuit noire.<br /><br />Il avance comme guidé par un appel que seul lui peut entendre.<br /><br />Il a pris un peu de kétamine, il est dans un état second.<br /><br />Il marche.<br /><br />Il tourne aux angles des rues comme si elles étaient toutes perpendiculaires.<br /><br />Il se perd.<br /><br />Il est quelque part dans le 93.<br /><br />Il marche. <br /><br />Il rencontre un groupe de noctambules,&nbsp; comme lui. <br /><br />Il leur demande une cigarette, et un briquet. <br /><br />Il fume.<br /><br />Il parle un peu avec eux, et eux s’étonnent de sa présence.<br /><br />C’est un groupe de jeunes hommes.<br /><br />Lui porte une chemise blanche. Et un jean bleu. <br /><br />Il a l’air d’un flic. <br /><br />Il a l’air d’un ahuri, d’un sorti-de-chez-lui pour on ne sait quelle raison. <br /><br />Il dit qu’il cherche un toit où monter. <br /><br />On lui répond que personne ne lui donnera de code d’immeuble.<br /><br />Il reprend sa route. <br />Il escalade une petite haie, puis une barrière. <br /><br />Il arrive aux pieds d’une de ces hautes tours de la cité.<br /><br />Il n’a pas le code. <br /><br />Il contemple le ciel au loin là haut mais rien ne le soulève de Terre. <br /><br />Nul ascenseur. Nul Escalator. <br /><br />Il voudrait se rapprocher des étoiles. <br /><br />Même si c’est infime comme différence, il voudrait se rapprocher d’elles. <br /><br />Les sentir dans le creux de son intimité. <br /><br />Il se mettrait nu. <br /><br />Et il danserait.<br /><br />Mais il n’a pas le code de la tour. <br /><br />Il prend le chemin d’un peu plus loin. <br /><br />Un peu plus loin sur le chemin, contrôle de police. <br /><br />Il n’a ni arme ni drogue sur lui, on s’étonne de sa présence dans ce quartier sulfureux. <br /><br />On le laisse partir. <br /><br />Il marche. <br /><br />C’est la nuit. <br /><br />Il est trop tard, ou trop tôt, c’est selon. <br /></em>]]></description>
<slash:comments>1</slash:comments><pubDate>Mon, 07 Aug 2023 11:30:45 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
<item>
<title><![CDATA[Introduction à l'idée saturée de Jade. / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Introduction-a-l-idee-saturee-de-Jade_7411_1.html</link>
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<description><![CDATA[INTRODUCTION À L&#039;IDÉE DE JADE<br /><br /><br />Extrait d&#039;un prochain livre, &quot;Jade Aérogare&quot;, qui cherche encore un éditeur. Le quotidien de Jade, 30 ans, écrivaine, toxico, mégalo, parano. Mon alter ego féminin. Je lui ai écris un texte de 45 pages de PDF que je peux vous envoyer si vous vous signalez par MP. Mon dernier livre, &quot;Vomir&quot;, part très bien en librairies. Il en reste un peu partout dans les pays francophones ou sur le site de ma maison d&#039;édition : le Sabot. Ou même sur Amazon et Fnac en ligne. Ou carrément gratuitement sur ce blog quelques posts avant. <br /><br />Jade, je l&#039;ai rencontrée comme ça. C&#039;était un atelier d&#039;écriture dans les Cévennes où l&#039;on devait écrire sur &quot;quelqu&#039;un d&#039;extraordinaire&quot;, avec un travail particulier sur les images et les métaphores, saturées. <br /><br />La voici.<br /><br /><br />Chaque jour, Jade écoute le monde.<br /><br />Jade écoute le monde chaque jour comme on baise pour la première fois. Avec une fougue exacerbée, une fougue meurtrière. Tireuse en rafale, bang-bang dans le crâne, terroriste de l’existence. Si il y avait un nom à la guerre, ce serait Jade. Elle mènera le djihad de la création aussi longtemps que ses poumons avaleront de l’air.<br /><br />Depuis toute petite, Jade sait. Elle sait comme on sait qu’on aime pour la première fois. Elle sait qu’elle ira au bout. Au bout du tunnel de sa vadrouille, de ses galères de ses brans-le- bat-de-combat. Elle arpente sa route sa folie sans espoir d’en trouver d’autres. Elle ne peut faire qu’avec elle-même. Comme : on n’a qu’un qu’un seul visage qui a sept milles façons de sourire.<br /><br />Jade aiguise ses armes comme un samouraï qui a tout à prouver. Qui va combattre pour la première fois. Quotidiennement il s’agit de renaître comme un phoenix qui avale toute nourriture qui se présente. Tout transformer en matières premières sinon les choses sont sans saveurs. Inodores intouchables. Elle dort peu. Réveille beaucoup.<br /><br />Depuis toujours, Jade est là. Aussi présente aux situations que l’eau à l’océan. Elle fait corps avec l’impromptu, organisme avec les éco-systèmes, les détails et les microbes. Elle se donne, se concerne. Se passionne pour des conneries. Le moindre chuchotement la fait tressaillir. Tout l’inquiète. Tout l’encourage. Tout l’excède.<br /><br />Jade a de l’amplitude comme un premier texte, qu’on publie pour la première fois. Elle incube les sensations pour écrire et témoigner. Elle écrit comme un sabre qui fend l’air, de façon chirurgicale et sans concession. Elle en fait un peu trop, ça se voit, et c’est tout son navire qui prend l’eau. Elle se noie dans les « tu t’exhibes, tu te mets en danger, tu envahis les autres avec ta misérable intimité ! ». « Décroche. »<br /><br />Jade est artiste, malgré elle et comme une humiliation. Une humiliation adolescente, qui marque et traumatise pour toujours. C’est en dessous de ce qu’elle avait espéré, mais elle n’a pu que s’y résoudre. Elle avait voulu le bordel, la politique et les autres. La communauté. Et puis, une overdose et un ratatinement plus tard, elle n’avait pu que l’accepter. Statut privilégié mais inoffensif, elle est artiste comme un grain de sable sur une plage, un rien du tout dans le cosmos.<br /><br />Jade s’auto-centre. On dirait un trou noir. Elle avale la lumière à la façon de la nuit. Elle est sombre et menaçante, quand son petit royaume est insulté. Elle a bâtit ses phrases au prix d’une lente contorsion physique, une sorte de grimace somatique. Elle prend trop de médicaments mais c’est indispensable comme un besoin vital. Manger boire dormir baiser écrire se soigner. Elle en a besoin comme une mère de son téléphone, quand sa fille sort trop tard avec des gens qui la contaminent.<br /><br />Jade est une jeune bisexuelle dans un monde qui ne prévoie pas ses aventures. De plus en plus, elle le voit, elle délaisse les hommes. Le terrain des sentiments est plus facile avec les femmes. La révélation de son désir pour ses semblables lui a fait l’effet d’une déflagration, d’une libération. Elle compose avec ça dans un monde fait par les hommes pour les hommes, qui la pourchassent partout. Elle est une proie agressive, qui ne se laisse pas faire par ses assaillants. Elle a appris à se défendre à l’école des autodidactes.<br /><br />Jade est narcissique et peut faire l’effet d’un miroir sur pattes. Elle voudrait qu’on comprenne qu’elle cherche en elle-même les autres, ce qu’il y a de commun dans les enjeux qui sont les siens. Elle est névrosée. Un bon sujet de psychanalyse. Elle voudrait être unique aux yeux de son psychiatre, qu’il la considère comme un cas à part. Elle se singularise volontiers tout en subissant son isolement, pareille à un marin qui aime la mer mais regrette de laisser seul son amour si souvent.<br /><br />Telle une funambule qui marche entre elle-même et les autres, Jade s’intéresse aussi à son prochain, à son distinct, à son étranger. Elle s’intéresse aux récits et aux histoires de ses séparés. Aux séparés en tant que récits, en tant qu’histoires, et si elle le peut, en tant que tels, comme le « poids de l’existence » dont parle Déborah Lévy. Elle a la curiosité des auteurs, de ceux qui osent s’aventurer dans le périple des mots. Les mots sont une bouée de sauvetage dans une mer qui bouillonne.<br /><br />Jade bouillonne. Chauffe. Brûle. Comme : il fait 40 degrés Celsius et le ciel suce des pénis inter-stellaires ! Inter-actifs. Inter-passifs. Jade s’affiche. Sa gueule en poster dans la chambre d’un ado en manque de sensations fortes. Sa gueule ostentatoire dans les miroirs des dépressifs. Sa gueule sur les panneaux au bord de la route, fléchée dans toutes les directions. Sa gueule sa gueule sa gueule.<br /><br />Ta gueule Jade, lui répète son démon.<br /><br />Jade est partout nulle part affairée à devenir autre chose, à devenir enfin quelque chose. Elle traîne sa carcasse à la vitesse des aides sociales, prend ce qu’il y a à prendre là où quelque chose est à prendre. À apprendre. À entendre. À ressentir. Elle fouette ceux qu’il faut fouetter. Foudroie là où il faut foudroyer. Elle n’attend plus le prince charmant...<br /><br />Jade a 30 ans soi-disant. Mais elle en a toujours eu 16. 16, comme 1664 blanche arôme citron d’un coup hépatite aigue direction chambre 214 de l’hôpital André Grégoire à Montreuil. On la branche à des machines. Des grosses machines. Elle a peur. L’hôpital lui fait peur. Elle a toujours eu peur. Eu peur du trop plein. Du trop plein de médicaments, du trop plein de funambulisme, du trop plein d’elle-même. Elle sature. Saturation inconstante. Pouls qui accélère, descelération du corps. Corps en salle d’attente qui veulent prendre des nouvelles, mais elle indisponible jusqu’à nouvelles nouvelles.<br /><br />Jade a des accidents, de la même façon qu’elle accidente le monde. Boom Boom sur l’autoroute, un vrai concert de musique automobile. Elle a appris à conduire sur les routes de la frénésie. Frénétique manque de confiance, elle n’attend plus le prince charmant...<br /><br />Jade a avoué ses fautes comme un chrétien qui se sent coupable. Pas le dimanche matin mais le samedi soir au temple des excès à l’heure du ça suffit elle le sait mais elle est déterminée à saboter sa vie. À saboter sa vie. À saboter sa vie. Ça vit la dedans elle le sait, mais elle est déterminée à saboter sa vie.<br /><br />Jade est la fille d’un toxicomane, qu’elle aime et déteste en même temps. Elle le tient pour responsable de tout ce qu’elle est de tout ce qu’elle sent. Un jour il faut bien identifier un responsable. Ça ne peut pas être elle. Elle est totalement irresponsable. Irresponsable comme : Jade a 30 ans mais elle en a toujours eu 16.<br /><br />Jade tremble son existence telle une toupie en roue libre. Elle arbore tout les aspects d’une véritable humaine, mais si vous la connaissiez, vous sauriez qu’elle est animale. Animal irresponsable, comptable de ses échecs. Elle tient les comptes et les chèques, quand il s’agit du business. Elle a dealé un peu, vendu des armes en Afrique comme Rimbaud, a voulu vivre aussi vite et aussi brillamment que Lautréamont.<br /><br />Jade met en poèmes sa vie quand le peut quand elle y parvient. Quand les astres s’alignent et qu’opère cette magie secrète et indicible. Elle coucherait avec le Diable pour quelques notes de piano. Do ré mi fa sol la si do dans un solfège infernal. Une grammaire intenable, un égo trip invraisemblable ! Elle a tellement envie d’écrire qu’elle en devient intenable. Intenable insortable. Qui sortirait avec quelqu’un qui est là pour le trahir dans ses textes ?<br /><br />Jade est avec les textes comme un sage avec un revolver. Elle ne pas quoi en faire. Ce n’est jamais son truc jamais l’heure jamais l’endroit. Parfois si au contraire, les textes viennent comme les guêpes à Valleraugue, c’est à dire sans se faire prier. Ils envahissent la tente verte et toutes les couleurs changent. Passent de violets disproportionnés à des oranges déraisonnables. L’orage est toujours en sursis dans les pages de Jade.<br /><br />Jade pleure au pied des arbres en particulier auprès des saules qui ont commencé sans elle à chialer. Elle chiale avec talent, tourne à ses fins son malheur. Toutes ses faiblesse sont des forces. Comme : il est nécessaire de s’agrandir. De tout amplifier. De faire de chaque chose immodérée l’occasion d’un surf sur une vague. Sur le tsunami terrible qui l’attend après minuit, quand les citoyens se couchent et que débute sa petite apocalypse.<br /><br />Jade fait des ellipses comme certains changent de chemise. Il est 16h15 à Valleraugue. L’heure de recracher Jade comme elle s’est avalée. Empoisonnée elle-même dans un fichier de trois pages beaucoup trop long beaucoup trop bavard.<br /><br />Jade est bavarde comme un philosophe de comptoir.<br /><br />Jade est au comptoir des mots, du supplice et des vices.<br /><br />Jade ne savait pas qu’il faudrait dire tout ça.<br /><br />Mais il a fallu le dire. Comme : toutes les montées amènent à des descentes.<br /><br />Jade veut encore fumer, encore écrire encore toussoter.<br /><br />Mais il est l’heure d’en finir avec les bavardages.<br /><br />Tout ce que je voulais dire c’est : Jade est encore vivante.<br /><br />Je vous le dis faites attention à vos fesses : Jade est encore vivante.]]></description>
<slash:comments>0</slash:comments><pubDate>Mon, 29 May 2023 14:04:37 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
<item>
<title><![CDATA["Jade Aérogare" Partie 2 / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Jade-Aerogare-Partie-2_7393_1.html</link>
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<description><![CDATA[10<br /><br /><br />Jade est une galère.<br /><br />C’est pesé-emballé. Adjugé-vendu. La maison ne fait pas crédit. Jade est une galère. <br /><br />Elle devait prendre un train à 12h30 gare Montparnasse. Ça s’est fait dans l’Aérogare. Aéro-fracassée. Aéro-limite. Aéro-garde-à vous à 11h15 émergée à 11h15. Forcément elle a organisé un after chez elle. Forcément il fallait qu’elle rate son train ou ne passe pas loin de le rater. C’était Palplatine aux platines le Calif de l’Aftersitan. Son poto celui-qui-mixe-un-peu-plus-dans-la-capitale un peu plus In que Manu de la Tech-House de chacal de guerrier de l’Aftersitan. Ce pays où la carte d’identité vaut pour un aller simple. Un aller simple vers rater sa journée celle d’après et s’en vouloir. Ce pays où les spécialités locales sont des cailloux et des poudres. La 3MMC qui s’est finalement bien implantée dans les milieux hétéros. Ce pays où on laisse toujours quelque chose de nous-mêmes quelque chose de réel qui s’éteint. Et quelque chose d’autre qui naît quelque chose de bien vivant. Les complicités que l’on crée en Afteristan sont pleines de promesses étroites. De volontés sincères de paroles douces qui rassurent. « T’es une soldate de l’after tu gères d’inviter tout le monde merci pour ta générosité ». Et la générosité qui n’en finit pas Jade offre du G et de la 3 à tout le monde. Elle vend un peu aussi. Elle sera en galère plus tard mais pour l’instant il faut que tout le monde se sente bien. Que tout le monde soit à l’aise. Après la soirée dans un bar-club du 4ème arrondissement Jade a invité tout le monde chez elle. Vingt personnes pour vingt mètres carrés Focal Alpha 65 pour les oreilles et Palplatine aux commandes. Des discussions sur ses textes des discussions sur les drogues des discussions sur l’amour. Mais tout ça est superflu faux artificiel. Les rapports ne tiennent que par la guedro sans ça tout le monde dormirait. Personne n’en n’aurait rien à foutre des Focal Alpha 65 des textes de Jade de l’amour. Tout le monde au lit à 22h une douche une histoire et au dodo ! Ça suffit les conneries les enfants ! Vous faites chier tout le monde avec vos décibels ! 7h du matin Techno au troisième étage c’est la voisine qui recommence ! Cette putain de tox. On va aller la menacer d’appeler les flics l’arrêter dans sa folie. Arrête-toi Chihiro-Mononoké c’est pas le monde des divinités des sorcières des monstres magiques. C’est le putain de réel on est dimanche matin. Les citoyens se lèvent ou font la grasse-mat-bien-méritée respecte et ferme-la ! <br /><br />G-Hole dans le bordel vers 10h30. Jade s’est endormie dans le canapé. En kimono à moitié à poil tentations exhibitionnistes. Elle aimait bien une brune mais la brune semblait ailleurs. Dans son entrisme un peu je-me-la-joue je-fais-partie-de-l’orga tu respectes tu prends tes distances. La brune tapait de la 3 avec ses copines tout l’after pas moyen d’envisager quelque chose. Donc Jade s’était endormie corps-qui-crie-au-secours. Au milieu des Autres qui continuaient leurs monologues collectifs. Réveil à 11h15 premier réflexe : elle prendrait un train plus tard on verrait plus tard le réel ce serait plus tard. Et puis sursaut de survie il faut sauter dans ce train. S’extraire de l’Afteristan rejoindre son éditeur à Tours. « Dégueuler » va sortir elle veut être là pour les impressions. C’est plus sérieux plus important que toutes ces conneries. Il n’y a rien à espérer d’une situation sans perspective. Sans perspective autre que continuer à sniffer continuer à ingérer continuer le bla-bla. Réflexe de survie : elle prend son sac le remplie de dix-huit grammes de 3 de 120 ml de G ses médicaments enfin une partie de ses médicaments un pull un jogging son tabac son Macbook en amas sans forme. Elle laisse ses clefs à Palplatine elle lui fait confiance. Il s’occupera avec les autres de nettoyer l’appart. C’est aussi une partie du boulot dont Jade se passe bien. Tellement facile d’organiser une fête sans avoir à ranger ! Elle décide de courir choper son train elle a une heure et un long parcours. Elle claque la porte avec fracas après avoir embrassé-checké tout le monde. Elle s’enfuit. La porte de sortie putain ! Elle a réussi à prendre la porte de sortie ! Exploit assez rare pour être souligné. D’habitude elle est toujours la dernière. La dernière guerrière de l’Afteristan. Pour le coup elle s’en sort pas trop mal. Un G-hole un petit K.O cosmique et la revoilà à l’aventure sur la route de l’Aérogare. Aéro-fracassée Aéro-patate Aéro-motivée Aéro-réveillée Aéro-aéro. Elle flotte au dessus de la gare Montparnasse elle atterrit dans son train sans encombre. Elle branche son ordi. Connectée direct à l’Aftersitan depuis le désordre depuis le chaos elle écrit ce dixième chapitre à chaud.<br /><br />Elle pianote : <br /><br /><em>Encore en vie d’un point de vue biologique.<br />Encore en vie d’un point de vue artistique.<br />Encore.<br />Les conneries sont légions mais elles finissent en beauté.<br />J’aime la beauté.<br /><br /></em><em></em><br /><br /><br />11<br /><br /><br />Jade est de retour à Tours. <br /><br />Jade espère être attendue que Anselm ne soit pas déçu de son retour. Elle l’aime beaucoup a besoin de sa considération de la force qu’il lui donne en lisant ses pages. De sa confiance. Elle arrive à Tours à 14h. Elle doit attendre 18h pour prendre le train qui l’emmènera à Maillé la gare de campagne où est la maison de Baba. 4h à zoner à Tours. Son Loxapac ! Putain son Loxapac ! Son neuroleptique ! Elle n’en n’a pas ne pourra pas dormir ne pourra pas redescendre de toute cette 3 qu’elle se met dans la gueule. Elle a bien de la Quetiapine au pire mais ça ne fonctionne pas pareil ce n’est pas un endormisseur. Elle a perdu sa carte vitale elle n’a pas d’ordonnance on est dimanche à Tours les pharmacies sont fermées elle doit se procurer des médicaments classés Z ou elle ne sait quelle lettre qui indique la dangerosité et les potentiels usages détournés. Convaincre qu’elle n’est pas une tox. Que c’est pour des problèmes psychiatriques. Elle marche jusqu’au CHU qui lui dit ne pas délivrer de médocs. Il faut aller en périphérie de la ville à une heure à pieds du CHU. Elle commence la route et par chance repose la question à deux locaux qui connaissent une pharmacie plus proche. Les gens sont gentils et accueillants ça la change de ses derniers déplacements. Il faut dire qu’elle est bien sapée plus féminine que d’habitude. Malgré les trente petites minutes de sommeil sur le canapé elle présente plutôt bien. Elle a même du maquillage chose rare chose absurde. Les gens sont gentils les gens accueillants. Elle considère brièvement que se déguiser en meuf meuf présente des avantages et que l’hétéro-normativité ambiante lui permet d’aborder des hommes trop contents d’être abordés par une meuf meuf. Elle va rue des Halles numéro 103. La pharmacienne est compatissante et compréhensive mais il faut une ordonnance. Rien à faire sans. Jade appelle son psy en catastrophe pour une ordo par mail. Il est toujours présent toujours sur le qui-vive. Il lui envoie. Pendant l’attente elle commande un coca en centre-ville. Continue le G et la 3 tranquillement. Elle est sereine dans sa défonce. Pas fatiguée du tout. Elle écrit comme si sa vie en dépendait elle relate sa vie qui en dépend et son corps dépendant. Dépendant à la 3 dépendant au G dépendant à la clope dépendant à la dépendance. Elle lit un article sur l’enfant de deux ans qui ne sait pas tolérer la frustration et qui fait des caprices. Elle se dit que c’est ça qu’elle n’a jamais dépassé ce stade. Elle est intolérante au moindre inconvénient au moindre déséquilibre contrebalance les effets secondaires d’une drogue avec une autre pour toujours se sentir bien. Elle tient sur un fil très mince et déséquilibré mais elle tient quand même. Si elle pouvait pleurer elle le ferait surement mais faute de mieux elle se came. Elle récupère son ordonnance… Retourne à la pharmacie avec l’espoir il faut que ça marche sinon insomnies à dormir debout l’enfer infernal… Ça passe. La pharmacienne est compatissante et compréhensive ne la regarde pas comme une shlag. Définitivement Jade se promet comme elle s’est déjà promis qu’elle apprendra à jouer la féminité quand les circonstances l’exigent. Elle se tient droite quand elle récupère son Loxapac. Jade est une grande dame toute normale petite bourgeoise invisible. Elle se sent libre. <br /><br />À la gare elle va taper la discute avec un jeune qui joue du piano sur ces pianos que la SNCF met pour rendre sensibles les flux. Il dit venir tous les jours jouer gratuitement pour les voyageurs habite le quartier et n’a que seize ans. Il la touche dans une certaine forme de naïveté sincère. Il a pris au mot l’inscription sur le piano « Instrument convivial : À VOUS DE JOUER ! » C’est une démarche artistique réelle. Un vrai rapport à la pratique comme une offrande qui ne demande rien. Aucun retour aucune considération. Un bel invisible. Une note juste inaudible. Une pause dans le brouhaha du silence. Jade le respecte. <br /><br /><br />Jade sort son ordi et d’une main elle pianote : <br /><br /><br /><em>Il y a de beaux étrangers qui respirent les contrastes.<br />Médocs bordel besoin vital.<br />Exploration urbaine neuroleptiques et piano.<br />Do ré mi fa sol la si do dans un solfège intolérable.<br />Merci.</em><br /><br /><br />12<br /><br /><br />Jade se souvient de la veille de ce que pouvait lui apporter un air plus féminin.<br /><br />Jade aime les expériences elle aime s’essayer à de nouvelles Jades.<br /><br />Elle décide de reprendre ses observations. Elle se lève avec le sentiment qu’être une femme peut plus qu’elle ne l’avait soupçonné. Elle a envie de s’essayer à une nouvelle garde-robe. Elle pose son jogging Adidas rose fluo sur le lit enlève son débardeur noir. <br /><br />Sexy. <br /><br />Jade se sent sexy aujourd’hui. Rare précieux insoupçonnable au quotidien. Elle n’a plus particulièrement le sentiment d’être trop grande trop maigre trop shlag trop brune trop cernée trop avachie trop courbée trop à l’ouest trop inadaptée trop ratatiné ratatinée ratatinée trop camée. Elle se came quand même. Gros parachute de 3 au réveil et 1.3 pour commencer. Pour commencer la désinhibition dont elle a besoin. Elle fouille dans le placard de Baba. Baba aime se travestir il a plus de fringues que Jade. Jade trouve un string bleu plutôt saillant plutôt coupe-chatte. L’enfile. Jade trouve un body noir serré au corps serré à ses seins maigres serré à son cul aplati. L’enfile. Jade trouve un mini-short en jean plutôt pas mal plutôt parfait. L’enfile. Elle se regarde dans le miroir ne se reconnaît pas. Vraie minette girly comme jamais. Elle se sent pousser des ailes. Ça ne suffit pas ça ne suffit pas. Il faut du maquillage elle ne sait pas se maquiller. Toujours quelqu’une toujours une copine pour lui mettre un coup d’eye-liner. Elle descend dans la cuisine 3MMC qui monte. Un café une clope et Medyna qui prend son petit-dej. <br /><br />« Salut Medyna tu pourrais me rendre belle ? Genre belle ? Genre la plus belle ? »<br /><br />Medyna pas de problème monte dans la chambre je m’occupe de tout. Un coup de noir un coup de bleu les yeux de Jade sont comme la rivière pleins de courant qui emporte les corps. La Vienne fait pâle figure. Jade remercie elle sort de la chambre. Une photo ! Il faut une photo ! S’exhiber un peu sur les réseaux. Jade n’a pas l’habitude elle a récemment créé un compte Insta. Elle prend un selfie devant le miroir comme une ado de seize ans. Elle se courbe elle se cambre on aperçoit son cul dans l’angle. Son visage dans le reflet léger sourire en coin Mona Lisa libidinale. La main sur son ventre les doigts qui glissent vers son entre-jambes. Elle saisit l’instant. Juste après mouille d’elle-même mégalo totale. Si elle avait un sexe d’homme elle banderait. Si elle avait un sexe d’homme elle le prendrait dans sa main le mettrait entre ses jambes le frotterait contre son cul en mini-short. Si elle avait un sexe d’homme si seulement elle avait un sexe d’homme. Un gros de préférence avec un gland imposant large et d’envergure menaçante. Jade est heureuse de trouver son clito quand elle met sa main dans le string de Baba. Elle se touche devant son propre reflet. Il lui faudrait Manu et son sexe minuscule. Elle a envie de baiser. <br /><br />Jade poste la photo sur ses réseaux. <br /><br />Rapidement les réactions arrivent même d’inconnus même de très loin. « Salut toi » « Qu’est-ce qui t’arrive ? » « Bah alors Jade t’es dans le game » « Mignonne petite biche dans la forêt interdite. » <br /><br />Jade ne se sent plus pisser l’ego gonfle comme un ballon de proto. D’ailleurs elle ne pisse plus la 3M nique les voies urinaires. Les chevilles sont démesurées la mégalo déraisonnable. 10 20 30 40 50 likes. Jade se sent puissante consistante visible. Elle veut qu’on la regarde qu’on la touche qu’on la désire. Elle a toujours aimé s’exhiber. Elle est Madonna Lady Gaga au minimum. Et même mieux que ça. Elle est Jade la brune 1m85 de sexe-à-pile de Paris Est. Paris Est Paris Est c’est le zoo Paris Est c’est ! Paris Est Paris Est c’est le zoo Paris Est c’est ! Tours n’a qu’à bien se tenir les jambes sont hautes et dénudées. Du love plein de love Jade voudrait prendre de la MDMA. La 3 et G l’animent mais l’âme vive la MD. Pleine montée décharge de sérotonine la dopamine qui s’excite. Jade est stimulée les stimulants la rendent pleine. Pleine d’envies diverses elle se sent libre dans la salle de bain. Il est temps de sortir il est temps de redescendre. Jade sait que quand le narcissisme l’emporte trop la parano n’est jamais loin. Demain elle regrettera ses actes elle enlèvera la photo. Sauf si elle ne redescend pas sauf si elle ne redescend jamais. Perchée à tout jamais sur son nuage de dynamite. Dès le réveil reprendre la bonne dose rester high rester toxique. Toxicité optimale pour corps maigre inadapté. Jade se promet qu’un jour elle niquera habillée comme ça. String body mini-short pour Manu ou pour Sofia. Elle recommencera bientôt recommencera encore mieux. Elle est sexy définitive comme une promesse du Mektûb. À jamais instagrammable à jamais meuf meuf la plus belle des meufs. <br /><br />Jade se déshabille Jade se retrouve nue. <br /><br />Elle n’aime pas son corps elle n’aime pas son dos courbé. Elle commence à redescendre commence à se détester. Putain quelle conne putain quelle tarée. <br /><br />Il faut arrêter le GHB elle l’a promis à Sofia. Elle la retrouve dans une semaine à Marseille. Il faudra être redescendue les pieds sur Terre les pieds sur mer. <br /><br />Jade nagera la Méditerranée pour se laver de son excès d’elle-même. <br /><br />D’une main elle pianote : <br /><br /><br /><em>Ce soir c’est carnaval.<br />Les collants léopard les leggings dorés.<br />Les bodys en velours les robes trop courtes.<br />Déguisement sorti de l’armoire passage au monde magique.<br />Et c’est moi-même que je découvre derrière le déguisement.<br />Hyper-féminité sortie du placard.<br />Hyper-féminité ce soir demain toujours je suis hyper.  <br /></em><br /><br /><br />13<br /><br /><br />Il est 4h30 du matin. <br /><br />Jade écoute son cerveau vibrer comme d’habitude. Il n’y a plus que ces envahissements de vibrations ces sons polaires désaxés. Le GHB résonne dans son crâne le GHB l’empêche de dormir. Elle a pris ses neuroleptiques pris son Valium pour l’angoisse. Elle attend que la journée redescende. Anselm Baba et Medyna sont dans le jardin ils rient ensembles et boivent du vin blanc. Si ils savaient le GHB… Si ils savaient dans quelle merde Jade s’est foutue… Si ils savaient les vibrations les sons polaires désaxés… Elle leur a dit qu’elle allait arrêter. Ils attendent de voir. Ils sont patients avec Jade comme un métronome avec le battement d’un batteur. Boum-Boum-Tic-Tac. L’heure tourne l’heure approche. L’heure de devoir commencer le sevrage de commencer à délirer. Elle délire déjà. Le GHB attaque son cerveau comme un château envahit de tous les côtés. Anselm Baba et Medyna sont hostiles ils sont menaces ils sont milices armées. Ils veulent la voir au sol ils veulent la voir agoniser. Jade débloque. Débloque. Il faut en finir elle le sait. Il faut en finir elle le sait. Il faut en finir elle le sait. <br /><br />D’un coup éclair de lucidité. Jade ne peux plus vivre comme ça. Si elle vit comme ça elle va mourir. Et non non pas encore. Pas encore l’heure de mourir.<br /><br />Jade chope le pot qui contient encore pas mal de ce liquide incolore inodore et se précipite dans les toilettes. Bye bye ciao le GHB ! Tirage de chasse ensoleillé ! <br /><br />Elle l’a fait !<br /><br />Ça bourdonne toujours dans son crâne mais demain ça ne bourdonnera plus ! C’est fini !Over ! Elle ne veut pas en racheter elle ne doit pas en racheter. Ce truc la bousille vitesse grand V black-outs en série et qu’est-ce que j’ai fait de mon corps dispersé ? Tous les soirs errer dans la cuisine renverser couverts et tables et chaises. Amnésies. Transpirer comme Niagara sous plus de 40 degrés Celsius. Elle l’a fait !<br /><br />Elle l’a fait ! Elle l’a fait ! Elle l’a fait ! <br /><br />Elle court dans le jardin. « J’ai jeté mon GHB ! » Les autres rayonnent la félicitent. Les prochains jours seront durs les prochains jours seront anxiogènes. Le GHB deshinibe le GHB rassure. Il va falloir des anxiolytiques. Un max de Valium Jade a des stocks d’autant plus du bleu original assez rare au milieu des contre-façons pharmaceutiques. Plus mieux.<br /><br />Il faut qu’elle dorme une grosse nuit pour faire transition. 50mg de Loxapac 300mg de Quétiapine 20mg de Valium. Un mal pour un bien. Demain elle sera autre chose ce sera une résurrection. Il lui reste de la 3MMC pour tenir le coup c’est son produit indispensable. Mais être accro à trois drogues en même temps c’est tripler la vitesse de l’horloge de la fin de vie. Elle est passée pas loin ces derniers jours. Au bord du malaise au bord de l’effondrement au bord du bord. <br /><br />Ça ira mieux maintenant. <br /><br />Ça ira. <br /><br />D’une main elle pianote : <br /><br /><br /><em>Il est 4h30 du matin, insomnie comme d’habitude. <br />Le rythme se torsade avec les drogues. <br />Comme la ville. <br />La métropole n’a pas d’heure. <br />Elle vit sans cesse ses perturbations multiples, court-circuite les tentatives de synchronisation. <br />Je suis une gosse de la citadelle. <br />Mes périodes n’ont pas d’horloge. <br />J’apprends de chaque minute quelle est sa valeur. <br /></em><br /><br /><br />14<br /><br /><br />Retour à Paris pour 48h. <br /><br />Surtout ne pas acheter de G. Surtout ne pas acheter de G. Surtout ne pas acheter de G. Ça l’obsède ça l’angoisse. 1.4 et toute lourdeur s’envolerait… Mais elle reste dans son corps elle veut aller à Marseille. Rejoindre Sofia et être clean écrire au bord de la mer sur un café près du port. Elle fantasme les bateaux dont on ne connait jamais les destinations. Elle a voulu naviguer mais la mer l’a rejeté comme une méduse morte. Échouée sur les ports elle écrit en regardant l’horizon. Ça c’est ce qu’elle désire. Elle ne sait pas où elle fout les pieds. <br /><br />Les 10 grammes de 3CMC sont arrivés par la poste depuis les Pays-Bas. Elle en consomme comme une affamée sans vraiment comprendre ce que ça lui fait. Légère détente petit dynamisme. Donc 3CMC et puis 3MMC et puis VALIUM à mort pour calmer le manque de G et aussi maintenant l’alcool. Ce putain d’alcool. L’alcool est une nounou qui s’occupe de Jade quand sa famille est absente. Elle est comme une enfant elle tête le flash de Poliakov. Tout pour que l’angoisse s’atténue tout pour trouver l’équilibre… Le Valium et l’alcool se multiplient entre eux. Glissade du canapé. Elle a un peu de fric sur son compte en banque. Elle envoie un message au premier dealer de son répertoire : « salu t dispo pr 1g de ké ? ». L’autre en 15 secondes « Oui adresse code ». Ce n’est pas un arnaqueur il est fiable rapide et sa ké te retourne complètement. Vingt minutes plus tard Jade se retrouve avec le pochetar rempli de ce dissociatif qu’elle regarde avec appétit. Une soirée toute seule ok… Mais pas sans un petit divertissement. Une petite montagne russe. Il faut faire passer le manque de G penser à autre chose. Elle se prépare une énorme poutre. <br /><br />Sniiiiiiiiiiiiif. C’est net et précis. Chirurgical. Professionnel. <br /><br />Elle a un train le lendemain à 6h elle doit se réveiller à 4h. <br /><br />La voilà qui décolle. En Aéro-orbite quelque part autour de l’exoplanète Kepler-438 b. Au téléphone avec Sofia qui a peur que Jade rate son train : … Tu es où dans l’appartement ?… Où ?… Où suis-je ?… Où va-t-on ?… Tu as préparé toutes tes affaires ? Toutes… Toutes… Mais qu’est-ce que c’est le tout ?…<br /><br />La kétamine l’amène dans des mondes aux dimensions multiples qu’il est quasiment impossible de retranscrire à l’écrit. Il lui semble que c’est la drogue la plus difficile à exprimer avec des mots. L’univers devient tellement multi-profondeurs multi-formes multi-perspectives multi-puissances multi-extensions… L’expérience est introspective et questionne des fondamentaux métaphysiques. C’est également visuel. À un certain stade à une certaine dose elle arrive à des hallucinations qui sont pour elle les plus belles qu’il lui ait été donné de voir avec la chimie. Les cheveux de Salma qui ondulent sur les murs de la salle de bains autour de la baignoire s’étendant dans des longueurs saturées et magnifiques. Avec Léa en Slovénie dans une autre baignoire dans un hôtel le monde qui se déplace et inonde son champ de vision avec le sentiment d’être à une limite de l’espace-temps de passer par des trous de verre. Beaucoup plus beau que ce que le LSD permet par exemple. Beaucoup plus mystique beaucoup plus authentique.<br /><br />Jade adore la kétamine. <br /><br />C’est occasionnel. Récréatif. Devenir accro à ça doit rendre complètement fou. <br /><br />Vers minuit Jade rappelle Sofia. « À l’aide je ne comprends plus rien ». Sofia : « Avale tes médicaments mets ton réveil à 4h et va au lit. » Merci encore une fois. Jade obéis comme on écoute une grande soeur. Elle va se coucher…<br /><br />Driiiiiiiiiiiiiing presque immédiatement. Il faut se lever laver l’appart faire le sac sortir les fringues de la machine réunir la drogue les médicaments se grouiller se grouiller se grouiller. Jade encore un peu foncédée s’active. En catastrophe comme d’habitude. <br /><br />De retour dans l’Aérogare. <br /><br />Elle monte dans le train direction Marseille direction nouvelles amies et promesses imprécises.<br /><br />Installée dans le train elle pianote :<br /><br /><br /><em>L’été est chaud sa maman.<br />Mes yeux sont des canicules.<br />Il y a les vieux qui meurent et puis aussi les toxicos.<br />Mauvais mélange.<br />Mauvaise gestion de niveaux.<br />Le caniveau est proche.<br />Le caniveau dans le meilleur des cas le caniveau.</em><br /><br /><br /><br />15<br /><br /><br />Premier jour Jade a craqué. Elle a raté elle a enfreint la seule règle. Crise.<br /><br />Tout d’abord la journée qui se passe bien malgré le manque. Le manque de G qui se fait sentir angoisses multiples. Jade écrit toute la journée sur la terrasse qui marque le début du petit jardin de l’appartement au rez-de-chaussée. Toute la journée le travail absolument merveilleux. Lire écrire lire écrire lire écrire. Elle s’est lancée dans un nouveau projet un nouveau livre en correspondance avec une autre toxicomane. Flora 43 ans 13 cures de désintox sept mois de clean. Une survivante une guerrière. Elles s’écrivent et s’échangent des messages toute la journée. Une nouvelle aventure. Jade achète aussi le nouveau Virginie Despentes qui est sorti le jour même : Cher connard. Elle a hâte de s’y plonger mais trois autres manuscrits d’amis à elle à lire. Elle est heureuse au milieu des mots les siens ceux de ses amis ceux de Flora ceux de Despentes. Le manque de G qui se fait sentir angoisses multiples. Elle essaye de ne pas y penser de se focaliser sur le travail. Il faut compenser. Elle essaye tout les anxiolytiques l’alcool la 3CMC mais rien ne parvient à la rassurer. Elle décide qu’elle n’a pas le choix. <br /><br />Jade sait comment faire. <br /><br />Elle ouvre un compte sur Grindr application de rencontre gay. Sur son nom de profil marque « Cherche G Marseille ». On ne tarde pas à la contacter. Un mec plutôt beau gosse arrive Jade craque complètement elle achète 100 ml de G. Le mec est mignon il ne lui en veut pas de s’être fait passer pour un homme. Il repart.<br /><br />1.4 pour le soulagement. Ouuuf… Elle respire. Très réveillée ouverte à l’aventure motivée pour le travail. Elle se remet activement à écrire. Mais Sofia ne va pas accepter Sofia a prévenu pas de GHB chez elle. Jade fera discrètement elle fera comme elle pourra. Il est 19h c’est l’heure de retrouver Sofia et ses deux potes Moz et Zazie - que de Z. Elle va sur la place de la Plaine grande place historique de Marseille. Elle ne se rend pas compte que son pot de G est mal fermé il coule dans sa poche et une flaque se dessine sur son jean. Sofia grille immédiatement. <br /><br />« T’es sérieuse ? Putain t’es sérieuse ? J’avais mis une seule règle ! Je ne veux pas passer la soirée avec toi putain ! »<br /><br />Et Sofia Moz et Zazie qui s’en vont manger une pizza. Jade toute seule dans cette ville inconnue défoncée bien sûr pleine de drogues dans les poches. Risques multiples. Elle panique. Putain quelle salope Sofia ! Laisser une toxico foncedée à Marseille le soir. Super l’amitié super la solidarité ! <br /><br />Heureusement Palplatine est à Marseille. Jade l’appelle. Ils se rejoignent au vieux port. Macdo du vieux port menu maxi best of Jade n’a pas mangé depuis longtemps. Ils partent se balader sans idée autre que trouver un bar… L’orage éclate. Mais genre éclate. Explose. Une pluie diluvienne des éclairs qui frappent Marseille en plein été et Jade et Palplatine qui courent comme des tarés vers le métro vers chez un pote de Palplatine. Ils sont trempés. Putain Sofia quelle salope. Jade est énervée plus la galère s’amplifie plus la colère monte. Ils arrivent dans un appartement une chambre miteuse pas faite pour se poser. Au moins au sec. 23h Sofia finit par appeler.<br /><br />-&nbsp; &nbsp;T’es où ?<br />En galère trempée défoncée. J’ai pas mes médicaments je peux pas dormir je suis obligée de passer chez toi.<br />Viens.<br /><br />Jade rentre chez Sofia pour le règlement de comptes. <br /><br />Tu te casses ! Tu prends tes affaires et tu te casses ! J’ai pas à assumer ta toxicomanie tout le temps c’est lourd c’est pesant je suis en vacances j’ai le droit de décider où sont mes limites ! Le GHB c’est littéralement la goutte d’eau qui fait déborder le vase !<br />Je fais ce que je peux putain ! Putain je m’en souviendrai tu me jettes comme ça je vais devoir payer un aller-retour Paris-Marseille parce que ta sensibilité ne supporte pas de me voir un peu défoncée ! Je suis toxico tu saisis ? Accro ! Dépendante ! Malade ! Tu as mis une règle bah c’était la plus dure à respecter. Mais très bien gère ta sensibilité protège toi moi je me casse si tu veux pas me voir je me casse.<br />Si tu jettes ton G tu peux rester.<br />Je ne peux pas. Tu sais bien que je ne peux pas.<br /><br />Jade met la main dans sa poche… Le pot de GHB s’est complètement renversé il était mal fermé. Merde… Il lui en reste un peu dans un autre pot dans son sac ! Vite le trouver vite prendre une dose. Elle ne respecte pas l’heure d’écart entre deux prises. Elle en prend pour provoquer Sofia parce qu’elle est en colère. La seringue dans la bouche. Elle avale. Elle prend l’exemplaire de « Dégueuler » qu’elle avait offert et dédicacé à Sofia et déchire la page de la dédicace lui jette à la figure. « Ça c’est mon livre je le récupère ». Elle commence à perdre le contrôle… Le G la déstabilise… Elle ne tient plus debout… Elle essaye de se faire à manger elle a faim mais tout est compliqué… Elle s’endort debout… Bascule… Elle s’endort dans son assiette… Sofia : « Tu veux qu’on aille aux urgences ? » Jade « Mnonnon tinquiètejegère » Sofia profite de l’absence mentale de Jade pour jeter ce qu’il reste de G dans l’évier. Plus rien. Jade n’a plus le choix. Elles reparleront demain. Jade s’écroule sur le canapé corps-qui-dit-ça-suffit. Sofia la couvre d’une couverture. Jade est partie dans les bras de Morphée elle est partie dans les bras d’une évidence. <br /><br />Des deux mains elle rêve : <br /><br /><em>Venir caresser des mots venir caresser des chats.<br />Un livre qui se publie une aventure nouvelle.<br />Heures propices au bonheur.<br />Tout gâcher ne pas parvenir à profiter.<br />Je décide que je n’ai pas le choix.</em><br /><br /><br /><br /><br />. . .<br /><br /><br /><br />1000<br /><br /><br />Jade se réveille.<br /><br />Jade se réveille apaisée. Elle a un sentiment qui lui était déjà venu qui ressurgit tout d’un coup.<br /><br />Elle se réveille avec les idées claires comme la Méditerranée. Elle en prend le chemin. Descend les roches casse-gueule qui piquent les pieds. En équilibriste spécialiste du déséquilibre elle atteint le rivage. Elle trempe ses orteils puis ses pieds puis ses jambes puis saute !<br /><br />L’eau est fraîche le temps est bon. Les falaises au loin sont des promesses. Des promesses…<br /><br />Jade.<br /><br />Jade est malade.<br /><br />Jade n’en peut plus.<br /><br />Jade ne tient plus debout.<br /><br />Jade en a ras-le-cul de l’Aéro-vie.<br /><br />Jade vit comme ça depuis quinze années.<br /><br />Ça suffit.<br /><br />C’est bon elle a fait le tour.<br /><br />Jade connaît toutes les drogues leurs langages et leurs mystères.<br /><br />Jade est allée au bout de sa quête.<br /><br />Jade voulait savoir ce que ça faisait.<br /><br />Jade avait rêvé d’une vie intense d’une vie romantique.<br /><br />Jade se rend compte qu’une fois toutes les frontières franchies il n’y a plus que de la merde à remuer.<br /><br />Jade a reçu un mail de Virginie Despentes :<br /><br />« <em>J’ai aimé ton texte, Dégueuler. Tu devrais en écrire d’autres. La drogue est exigeante et l’écriture l’est aussi. Il va falloir que tu choisisses entre les deux. Tu te doutes que je vais te conseiller la littérature c’est plus surprenant à moyen terme - c’est un conseil de meuf de cinquante ans mais je pense que c’est un bon conseil. Je t’embrasse. Merde pour ton livre.</em> »&nbsp; <br /><br />Ça l’a retourné.<br /><br />C’est aussi simple que ça. <br /><br />Il faut choisir l’écriture.<br /><br />Jade va se soigner elle va rester à la mer. <br /><br />Jade va choisir la vie. <br /><br />Jade sera grand-mère vieille et ridée.&nbsp; <br /><br />Jade doit affronter la dépression qui l’attend.<br /><br />Elle le fera. <br /><br />Pour la première fois de sa vie, elle retrouve la virgule. <br /><br />Une respiration. <br /><br />Pour la première fois de sa vie, après trois cures de désintox qui n’ont pas marché, elle se sent prête.<br /><br />Prête à renaître.<br /><br />Prête à renoncer à la fête, à l’excès permanent.<br /><br />Prête à se regarder dans le miroir et à s’aimer. <br /><br />Prête à jongler avec les tourments humains qui sont le lot de chacun.<br /><br />Elle ne veut plus fuir. <br /><br />Jade est prête à la douleur. <br /><br />Ce sera douloureux elle le sait. <br /><br />Le sevrage, le réel, la dépression, dans sa gueule !<br /><br />Jade suremontera. <br /><br />Jade est alpiniste existentielle. Elle a atteint certains sommets d’extase, elle atteindra les sommets de la normalité. <br /><br />Les jours où on vit et les nuits où on dort. <br /><br />Les personnes avec qui on couche et celles avec qui on ne couche pas. <br /><br />Jade tombera amoureuse. <br /><br />Jade se connectera à ses émotions. <br /><br />Jade cessera d’être seule. <br /><br />Il faut vaincre.<br /><br />Tenir debout.<br /><br />Ne pas regretter ni se vanter. <br /><br />Savoir par quoi on est passé et vers où on se dirige. <br /><br />De la même façon que ça c’était imposé pour consommer, ça s’impose pour ne plus consommer : elle décide qu’elle n’a pas le choix.<br /><br /><br /><br />D’une main ferme elle écrit : <br /><br /><br /><em><strong>Les substances-équilibres sont instables.  Désordonnées.  Je marche sur une ligne de crête à obsolescence programmée.  Une crête qui n’a même pas la poésie punk.  La montagne ne rêve plus d’une décadence sexy.  Rien n’est sexy dans la déroute.  Je me suis menti.  Un mensonge sempiternel et inéluctable. Maintenant il faut tenir debout.</strong></em><br /><br />Jade referme son cahier. <br />Jade titre : « Jade Aérogare ».<br /><br /><br />Jade ne savait pas qu’il faudrait dire tout ça. <br />Mais il a fallu le dire.]]></description>
<slash:comments>3</slash:comments><pubDate>Sun, 14 May 2023 15:17:07 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA["Jade Aérogare" Partie 1 / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
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<description><![CDATA[Un de mes prochains livre : Jade Aérogare.<br /><br />Le quotidien de Jade, 30 ans, écrivaine, toxico, mégalo, parano. Mon alter égo féminin. <br /><br />Fini d&#039;écrire en aout 2022. <br /><br /><br /><span style="color: #db2e45">Coordonnées effacées</span><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /></p><p style="text-align: center">JADE AÉROGARE</p><p><br /><br /><br /><br />À tous.tes les tordu.es qui prendraient du plaisir à lire un truc aussi glauque. <br />Aux masochistes des trans-mots.<br />Aux psycho-prouts.<br />Aux neuro-zarbis aux architectes de la divergence.<br />Aux Aéro-décalés.<br />Aux Aéro-Aéro-Aéro.<br />À ceux qui aiment les gares et les transitions.<br />À toutes les Jade de trop.<br />Aux Jade indésirables indésirées.<br />À celles qui plombent l’ambiance alourdissent l’atmosphère.<br />Aux mal à l’aise qui mettent mal à l’aise.<br />Aux irrespirables.<br />Aux indigestes.<br />Et surtout mâchez-bien.<br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />-1 La putain d’carte d’identité<br /><br /><br /><em>Prénom : Jade<br /><br />Nom : XFXHXinetteBiatch<br /><br />Sexe : F si tu préfères<br /><br />Genre : … ?<br /><br />Age : 30 ans mais qui s’en branle ?<br /><br />Nationalité : favorable aux territoires comme géographies d’attache. La nation est un garo sur son biceps elle refuse de planter l’aiguille.<br /><br />Date de naissance : 16.10.1992 - jour où un Palestinien est mort en Israël dans sa cellule après une grève de la faim. Peut-être y-a-t-il eu transmutation d’âme. Jade est juive pro-pal, qui a un problème ?<br /><br />Adresse : 17 rue de tu t’la fermes y’en a qui gueulent ici !<br /><br />Choixpeau magique : Segment shlag de Serdaigle mission mettre les bons élèves à la 8.6.<br /><br />Orientation sexuelle : il manque deux S à la question. Au moins deux.<br /><br />Diagnostic du psychiatre : dépression latente et chronique qui se manifeste par une toxicomanie nomade qui tente de conjurer cette dépression.<br /><br />Nourriture exclusive : fast-food junk-food porn-food. Elle préfèrerait être vegan les vegans sont tellement éthiques.<br /><br />Éthique : sa gueule sa gueule sa gueule. Mais aussi l’autre, la séparation, les trajectoires qui éclaboussent. Se jeter dans le torrent de la ville ou dans les larmes de la rivière. Éthique solitaire éthique solidaire. Éthique singulière éthique barbare.<br /><br />Taille : trop grande. Trop, de toutes façons. Grande maigre Jade XFXHXinetteBiatch se remarque au dessus des corps. Elle fait peur aux hommes.<br /><br />Poids : plume dans l’encrier. Phrases crochet du droit phrases uppercut phrases K.O. au premier round.<br /><br />Signes distinctifs : Aucun. Elle essaye de se fondre dans la masse, autant que faire se peut avec les cernes avec les dents jaunes avec le teint cireux. Aucun tatouage, nourriture pour la police.<br /><br />Signature : allons tous nous faire niquer, nous narvalos cosmiques !<br /></em><br />Jade est trop grande trop maigre trop shlag trop brune trop cernée trop avachie trop courbée trop à l’ouest trop inadaptée trop ratatinée ratatinée ratatinée trop camée. <br />Jade écrit.<br />Jade griffonne le début d’un nouveau livre :<br /><br /><em>La porte s’ouvre et je me prends le monde en pleine gueule.<br /><br />Comme : mes fesses s’ouvrent et je prends Sofiane en plein fondement.<br /><br />L’escort a chaud dans mon petit appartement.<br /><br />Comme : le monde est brûlant dans mon crâne. <br /><br />Tout chauffe. Tout boue. Tout excède.<br /><br />Il fait 40 degrés Celsius et le ciel suce des pénis interstellaires.<br /><br />Inter-actifs. Inter-passifs.<br /><br />Tout s’encule. <br /><br />Comme : J’en fais un peu trop.<br /><br />Je m’affiche.<br />Ma gueule en poster dans la chambre d’un ado en manque de sensations fortes. <br />Ma gueule ostentatoire dans les miroirs des dépressifs.<br />Ma gueule sur les panneaux au bord de la route, fléchée dans toutes les directions. <br />Ma gueule ma gueule ma gueule.<br />La porte s’ouvre et je me prends le monde en pleine gueule.<br />Comme : la porte s’ouvre et je me prends le monde en pleine gueule.<br /><br /></em><br /><br /><br />0<br /><br />Se tromper de graduation sur la seringue d’une fraction de millilitre.<br /><br />Se tromper d’heure sur la montre d’une fraction de minute.<br /><br />Se tromper de degré sur la météo d’un seul putain de degré.<br /><br />Jade sur le camping a peur des chiffres. Elle a aussi peur des regards des suspicions qui pèsent sur elle. Elle sent monter la parano. Elle l’identifie la reconnait entre mille sentiments surgie du passé comme un zombie d’une tombe. Le plus dur est fait. Le plus dur avec la paranoïa c’est de l’identifier. Alors on n’est plus totalement à côté du réel même si le processus psychique continue. Il faut dormir Jade le sait. Il faut prendre le neuroleptique prendre la direction de la tente. Elle a peur de dormir peur qu’on l’attaque dans son sommeil. Les Autres sont menaces les Autres sont milices armées. Ils veulent la voir au sol ils veulent la voir agoniser. La police l’écoute sur son téléphone. La famille qui tient le camping ne veut que son argent et la méprise. Partout des regards se posent sur elle. Les paroles des Autres sont chargées de sous-entendus. Dans les ombres des phrases se dissimulent des accusations. Non, non, c’est la parano qui pense ça. C’est le G ! Le putain de G ! La dernière fois, c’était pendant le sevrage de G ! Jade sur le camping a peur des chiffres. <br /><br />Jade fait monter la pression. <br /><br />1.2&nbsp; 1.4&nbsp; 1.5. <br /><br />Elle atteint sa limite elle atteint le palier du Hole. Bientôt elle partira dans les vapes. Le sommeil le départ pour le K.O. cosmique. <br /><br />Il fait chaud il fait super chaud. <br /><br />38 39 40 degrés Celsius - le ciel suce TMTC - !<br /><br />La paranoïa est une des faces cachées de la mégalomanie. Tout tourne en orbite autour de Jade elle est un centre de gravité. Le monde est un miroir le monde entier pense à elle. Le soleil brille pour son cul aplati la lune se lève pour son cul inadapté. Les étoiles sont concentrées sur sa libido. Sa libido est à plat elle le revendique. Pas une once de désir dans son cerveau dépressif. Qui a un problème ? Qui veut d’une fille qui bande de toutes façons ? Elle peut bien crever toute seule elle n’est pas au goût du jour. Trop grande pour les mecs trop shlag pour leurs représentations. Elle n’a pas porté une jupe depuis le collège. Adidas en bas débardeur en haut : restes de son passage dans la Camaraderie. Elle se la joue dans le camping pour conjurer la parano. Au coin des toilettes elle s’allume une clope. Elle défie les regards accusateurs. Qui a un problème ? Elle est en fragilité en grande fragilité. Elle se maintient sur la corde fine tendue au dessus du vide psychotique. <br /><br />Le G redescend avec la montre comme un sursis probatoire.<br /><br />Jade va pouvoir aller se coucher mais avant elle a besoin qu’on la rassure elle a besoin de son entourage. Elle dégaine son téléphone.<br /><br />« Allo papa j’suis parano. <br />Écrivaine mégalo. <br />Ça va pas du tout. <br />Ça va pas du tout. <br />Ça va pas du tout. »<br /><br />C’est fou ce qu’elle demande. Qui demanderait une attention pareille ? Elle envahit les Autres avec ses problèmes elle se châtie de les envahir. Elle se déteste pour ça. En monologue des heures durant dans ses textes dans ses appels. Son rapport aux Autres est hautement toxique. Les Autres n’arrivent pas à apparaître dans les pages de Jade. Il faudrait faire preuve d’un peu plus d’imagination. Disserter sur soi-même ça va un temps il faudrait le dépasser. Elle ne dépasse rien elle se complaît toujours plus. Toujours plus toujours plus. Toujours se donner des raisons se donner des excuses. Maintenir le déni.<br /><br />Le G est redescendu avec la montre comme un sursis probatoire. <br /><br />La parano est redescendue avec l’écriture comme un exutoire salutaire.<br /><br />Jade peut aller se coucher mais avant elle a besoin d’une autre limite elle a besoin de se faire encore une frayeur. Celle quotidienne d’avoir peur de se glisser dans la tente. Que la journée s’arrête que la vie s’arrête. Elle ne pense plus explicitement qu’on pourrait l’attaquer dans son sommeil. Mais son sommeil est menace son sommeil est milice armée. Il est noué de pièges complexes de cauchemars de ruptures. La grande rupture.<br /><br />Demain il faudra renaître pour devenir autre chose. Se décentrer parler d’un lieu parler d’une chose. <br /><br />D’autre chose que Jade.<br /><br />D’une main elle pianote :<br /><br />« <em>Le premier jour du début du commencement des prémisses de l’amont de l’éclosion du <br />bé.à-ba de l’amorce de la naissance du berceau de l’essai de la porte d’entrée ?<br />Fracassage de la porte d’entrée ! <br />Je viens cambrioler ma vie.</em><em></em> »<br /><br /><br />1<br /><br /><br />C’est l’histoire d’un texte qui commence au téléphone.<br /><br />« Allo allo ici la galère ici Jade ici le trop plein de choses. »<br /><br />Jade zone dans le camping comme un mec de cité sacoche en travers du buste pleine de drogues jogging vissé aux jambes Adidas rose fluo dans vos regards et gare au loup. Elle est bourrée et pas seulement. Elle a tout mélangé. Elle mélange tout. Les complicités les hostilités le travail les loisirs. Le GHB la 3MMC. Les puissances des choses et ce qu’on peut en dire. Elle mélange tout. Quantité 1.4 sur l’équation interne les mathématiques de l’équilibre. <br /><br />Substances-déséquilibres.<br /><br />Jade zone dans le camping comme un clochard sur la rive gauche. Jade a chaud Jade toussote. Elle a fumé ses dernières clopes. Vapeurs de clopinettes dans le nuage où l’âme s’abîme. Bim-bim-bim-bim ! Elle écrit un égo trip au bar du camping. Il lui reste un billet elle commande une pizza. Il faut manger elle le sait. Se forcer à manger. Miam-miam dans la barricade. Jade travaille son style. Les rapports au monde s’expriment dans le style. Elle rythme elle image elle ponctue. Ponctuation saturée ponctuation trop rare. Disparition de la virgule. Elle alterne les points et la suspension… Jade pense aux points virgules. Aux putains de points virgules. Trop difficiles à maîtriser trop soutenus pour elle. Elle Jade 30 ans les yeux embués trop d’émotions trop de saturation. Elle a aimé ce stage d’écriture. Son rapport à l’écriture s’est transformé. Avant elle ne savait pas lire. Elle a appris à lire. Appris à lire à 30 ans. Il faut bien un début à tout. Elle a appris à ponctuer elle a compris la force des exclamations ! Elle s’exclame à tout bout de champ qu’elle est en manque qu’elle est en rade ! Elle n’a plus assez de ci plus assez de ça. Il manque toujours quelque chose elle n’est jamais rassasiée. Plus de phrases plus de GHB plus de jours sans fins. Elle a soif. Elle a soif. Elle a soif. Elle a appris le ternaire comme 3 dans les sinus. Elle sniffe sa relation au déni dans les toilettes du camping. Elle campe sur ses positions : elle ira jusqu’au bout. Le déni la caractérise comme un sur-lignage de caractère. De police de caractère. C’est Times maintenant sur son MacBook Pro. C’est son seul objet de valeur son seul trésor au milieu du manque. Elle l’aime elle le caresse. Ses doigts se baladent sur le clavier comme ils aiment se balader sur une fille. Sur elle-même le soir dans l’intimité de l’exhibition. Apple ces bâtards ont bien fait les choses. Elle ne quitte plus l’écran des yeux ça l’obsède ça la fascine. Elle a aimé ce stage d’écriture et les visages qui l’ont composé. Anne. Mercedes. Marie-Françoise. Des femmes en puissance des femmes qui se développent. Développent leur style. Petites mamies magnifiques Jade s’en veut elle les a choqué elle était l’altérité dans ce groupe. Elle a parlé de psychiatrie d’hôpital de Jade. Elle a trop parlé de Jade comme d’habitude. Elle est bloquée à la première personne elle est bloquée à moi ma vie mon style je t’enmerde. Jade zone dans le camping mégalo-parano.<br /><br /><br />Jade s’excentre elle prend un peu de recul et d’une main elle pianote : <br /><br /><em>« À moitié à poil sur une méridienne… »<br /><br /> L’ÎLE EST ENTOURÉE D’UN OCÉAN DE PLASTIQUE<br /><br />LE PLASTIQUE DEVIENT LA MATIÈRE DES VISAGES<br /><br />LES VISAGES NE DISENT PLUS RIEN<br /><br />LE RIEN QUI TE NIQUE TA MÈRE<br /><br />PUTAIN<br /><br />NIQUE TA MÈRE<br /><br />NIQUE TON PÈRE LE GIGOLO<br /><br />ON EST PAYÉS POUR S’EXHIBER<br /><br />L’ARGENT A L’ODEUR DE MON CUL<br /><br />MON CUL EN ORBITE AUTOUR DU SOLEIL <br /></em><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br /><br />2<br /><br /><br />Les Cévennes lui sont restées inaccessibles même quand Jade marchait le matin à l’aurore crypto-solaire et encore ténébreuse dans le brouillard des rêves dans le brouillage des rêves. Elle ne sait pas voir les choses elle ne sait pas en parler. Les objets les arbres les lieux les Autres cette putain de nature cosmique. C’est en dehors d’elle. Comme : le monde est lointain pour les métropolitains dans le bitume. Pas de maison pas d’abri. Livrés au gré de la ville à ses tumultes à ses torsastions de rythme. On pourrait lui rétorquer : « Et les montagnes ? Il y a tellement de planète ! Pourquoi la folie des mégalomanie de vouloir aller si investir ? On n’a pas mieux à faire fonds marins ? Et les massifs de choses qu’on ignore sur notre grandeurs ? Quelle est cette loin ? Et les milliards qu’il faudrait avec toute la misère du monde ? »&nbsp; On pourrait lui rétorquer : « Les petits mondes sont partout. Ceux que je fréquente en s’enfuir... Devenir hors-pieds dans le commun. Tous les milieux puent la mort particulier peut-être. Il faut idéologie tout en gardant les » Il y a toutes ces choses qu’on pourrait lui rétorquer. <br /><br />Jade zone dans le camping comme une shlag de la vie. Elle n’a plus de thunes plus d’internet sur son téléphone pas de lumière pour la nuit elle dort à même le sol. Le soir elle a besoin de présence elle ne supporte pas la solitude. Elle passe ton temps au téléphone comme une désespérée de l’affection. Elle a besoin qu’on la considère. <br /><br />« Allo allo ici la galère ici Jade ici le trop plein de choses. »<br /><br />Elle est bourrée et pas seulement. La soirée s’accélère. Une bière de trop un coup de fil de trop elle perd le fil. Elle trouve la rivière. Putain la rivière était à dix mètres de sa tente elle ne l’avait pas vu depuis une semaine. Symptomatique de son manque d’attention. Il fait nuit elle s’y aventure sa copine au bout du fil. Au bord d’un Nile de basse fréquence elle s’accidente vers l’eau. Elle ne voit pas elle ne voit rien. Tout est sombre tout est compliqué. Elle titube dans l’ivresse elle titube. Une descente rapide une marche brutale dans la terre et les cailloux la fait trébucher. Elle s’effondre dans la roche. BAM ! Elle se fait mal au genou ça saigne surement sa copine au bout du fil. <br /><br />« Allo allo ici douleur ici Jade ici c’est quoi cette merde il manquait plus que ça. »<br /><br />Elle a cassé son téléphone brisé l’écran qui affiche des couleurs bizarres. Foutue elle est foutue. Elle réalise la merde il manquait plus que ça. Putain elle ne pourra pas se réveiller. Elle a rendez-vous le lendemain à six heures avec Anne qui l’emmènera à vingt minutes du village où il n’y a rien dans un autre village à peine plus peuplé. De là elle aura un bus qui l’emmènera à Nîmes en une heure et demie. Puis un train pour Paname. Elle est dans le trou du cul des Cévennes dans la cuvette d’une vallée. Claustrophobie. Il n’y a que des arbres partout elle ne voit rien il n’y a aucun point de vue. C’est comme la ville en vert un peu moins bruyant un peu moins frénétique mais tout aussi dense tout aussi touffu. Elle voudrait déserter. Sans téléphone aucune chance de se réveiller. Aucune chance de rien. Elle décide de ne pas dormir. D’affronter la longueur de la nuit jusqu’à Anne jusqu’à la voiture. Elle arpente le camping à la recherche de réconfort. « C’est comme ça. » lui a dit Léo son ancien amoureux. « Tu as voulu l’aventure, c’est très bien ce qui t’arrive, tu sors de ta zone de confort. » J’t’enmerde putain tu captes rien. Elle n’a plus de thunes plus d’internet sur son téléphone pas de lumière pour la nuit elle dort à même le sol. Elle s’approche du bar du camping essaye de se rapprocher de la famille qui le gère. La famille est froide avec Jade depuis le premier jour. Jade fait tâche. Le jeune lui dit : « Attends une seconde bouge pas d’ici. » puis disparait dans l’arrière salle. Vingt piges à tout casser n’importe quel videur de boite lui demanderait sa carte d’identité. « Non jeune homme ce sera pas possible. » Il en a surement l’habitude. Il revient. « Oui, ok, ce sera possible. Branche ton ordi sur la terrasse tu peux y passer la nuit. » Remerciements. Elle se branche. Ouvre son logiciel de traitement de texte… Écrit :<br /><br />« C’est l’histoire d’un texte qui commence au téléphone. »<br /><br />Puis bloquée. Trop défoncée trop maladroite. Elle tente des mots mais ils ne disent rien. Elle efface. Recommence et efface. Sniff encore. Glou-glou-glou. Il fait nuit noir à présent et d’un coup elle entend la foudre. Le ciel se déchire comme : il manquait plus que ça. Elle court à son emplacement pour réunir en titubant ses affaires. Sac à dos tapis de sol duvet et sac de bouffe… Putain le sac de bouffe a été pillé par les bêtes. Charcuterie croquée en vrac sur le sol humide. La pluie domine l’ambiance sonore la pluie traverse les vêtements de Jade. Heureusement ! Heureusement qu’elle avait replié sa tente en avance ayant prévu de passer la nuit à la belle étoile ! Elle n’aurait jamais pu la remonter sous l’orage. Heureusement qu’elle n’a pas avalé le neuroleptique qui l’aurait endormie elle se serait réveillée sous la flotte ! Jade ramasse toutes ses affaires dans une contorsion alambiquée. Ça marche. Elle marche. Encore. Pour l’instant. Ça fonctionne. L’organisme fonctionne. Un pas après l’autre elle se traine dans le camping jusqu’à la terrasse du bar qui sera son abri provisoire. Elle pose son cul. Elle transpire allume une clope avec les poumons bien ouverts et respire un peu. Il est 1h du mat plus que 5h30 à tenir. Anne viendra la libérer Jade a confiance en elle. Que faire pendant 5h ? On ne peut pas écrire tout le temps. L’espace d’un instant elle rêve d’une histoire romanesque : écrire un livre en une nuit dans la galère la plus totale. Ça ferait une belle histoire. Le problème c’est que…<br /><br />« C’est l’histoire d’un texte qui commence au téléphone. <br /><br />Allo allo ici la galère ici Jade ici le trop plein de choses. »<br /><br />Elle a deux phrases. Elle les trouve bonnes elle les trouve à propos. Mais ce ne sont que deux petites phrases. Comment exprimer l’ampleur de la solitude qu’elle ressent à ce moment là ? Elle n’a plus vraiment l’habitude. Quand elle était plus jeune elle en a vécu mille des histoires comme ça. Elle les affrontait avec bravoure. Aujourd’hui ratatinée elle ratatine elle ratatine. Un peu de confort ne lui ferait pas de mal. <br /><br />Jade change ses plans. <br /><br />Écrire trop compliqué. Un bon vieux porno ne lui ferait pas de mal. À peine y a-t-elle pensé qu’elle sent déjà qu’elle mouille d’une façon surprenante tant sa libido se disperse ces temps-ci. Le porno il y a eu des périodes où elle trouvait ça violent normatif et hyper centré sur le plaisir des mecs. Et puis avec le temps elle a découvert des catégories cachées sur les sites mainstreams. Elle a appris à aimer les fantasmes japonais de langues et de salives, les scènes lesbiennes BDSM et même les bukkakes hétéros. Cette nuit Jade est d’humeur BDSM. Elle commence à se toucher. Au milieu de la terrasse du bar dont les lumières sont éteintes. C’est une intimité ouverte qui ne la gêne pas qui ne la gêne plus.&nbsp; Elle respire une grande quantité de poppers et le désir se déchaîne. Elle frotte son clitoris à deux doigts espace un peu ses lèvres… Elle lance une vidéo où deux dominas maltraitent une fille allongée par terre. L’une blonde l’autre brune. Elles s’embrassent. Se disputent à propos de la propriété de l’esclave. Se mettent d’accord pour la partager. La soumise est accroupie dans une cage. Elle est belle elle a des lèvres sensuelles. La blonde ouvre la cage… Première claque dans sa tête. Elle l’insulte en anglais Jade ne comprend pas tout mais les intonations suffisent à l’exciter. « Suck my fucking toes ! » La soumise prend le pied de la brune dans la bouche elle l’ouvre grand ambiance gorge profonde. Elle avale. Puis lèche la voute plantaire doucement sensuellement… La petite se retrouve à quatre pattes… Elle se prend un God ceinture dans l’anus… Jade accélère ses mouvements… Elle voudrait être une chienne aux pieds de ces maîtresses… Jade sur le camping a la main dans son pantalon… Le G et la 3 s’épousent…<br /><br />« Allo allo ici plaisir exorbitant ici Jade ici on est au max au milieu du minimum. » <br /><br />D’une main elle pianote :<br /><br /><br />« <em>J’aurai soixante ans comme j’en ai eu seize,<br />La sieste n’endormira pas mes instincts amoureux.<br />La puberté dure toute la trajectoire.<br />La vie c’est des poils qui dépassent et coagulent.<br />Dreadlocks du devenir.</em> »<br /><br /><br /><br />3<br /><br /><br />« Mademoiselle ?! Mademoiselle ?! Vous êtes là ? Vous êtes avec nous ? »<br /><br />Jade ouvre les yeux se relève en sursaut. Paname par la vitre. Elle est à Paname. Trois pompiers sont autour d’elle. <br /><br />« Vous êtes réveillée ? Vous avez consommé de la drogue ? »<br /><br />Pompiers veut rapidement dire flics. Elle a dix grammes de dope dans sa sacoche. Tout sauf le comico ce serait horrible ce serait le pire. Réflexe de survie.<br /><br />Non pas du tout ! <br />Ça fait cinq minutes qu’on essaye de vous réveiller le train est vide. Est-ce que vous avez bu de l’alcool ? <br />Oui oui voilà ! J’ai bu trop d’alcool et je n’ai pas dormi cette nuit. Il faut que j’y aille ! »<br /><br />Les pompiers lui font signer une décharge qui stipule qu’elle refuse d’être prise en charge. Jade sort du train désorientée. Black out total. Comment est-elle arrivée là ? C’est bien ici qu’elle voulait venir mais elle ne se souvient pas du trajet. Elle se souvient d’une rousse trop maigre aux pieds d’une blonde et d’une brune. Pas de bus pas de car sur le trajet. Seulement des bribes d’échanges à bout de souffle avec des visages inconnus. Le nord est au sud et l’est à l’ouest. Tout penche un peu vers l’ouest. La vue se trouble les passants semblent doubles. Jade a besoin de pisser mais c’est payant dans la gare. Et puis merde elle n’en n’est plus là elle va pas le jouer à l’éthique. C’est une défaite politique elle met un euro dans la main du monsieur des toilettes. Elle n’arrive pas à pisser… C’est la 3MMC elle connaît par coeur. L’urine sort par gouttelettes l’urine sort sans ce soulagement total qu’on est en droit d’attendre d’un pipi. C’est laborieux. Elle souffle. Ok ok elle est à Paname. Des flics dans la gare des flics partout. Jade sacoche en travers du buste pleine de drogues jogging vissé aux jambes Adidas rose fluo dans vos regards et gare au loup. Qui est la proie qui est la cible ? Il faut vite qu’elle rentre chez elle tout planquer se reposer. Oui elle a besoin de repos. Dans le train ce n’était pas du sommeil plutôt quelque chose de l’ordre du comas du G-Hole quelque chose du corps-qui-ne-suit-plus. Il faudrait manger ça l’écœure. Boire de l’eau ! Putain ! Boire de l’eau ! Elle sort sa bouteille chaude et l’engloutit à moitié. Ok ok elle est à Paname. Elle regarde ses affaires… Tout semble être là. Elle fouille ses poches… Merde son téléphone ! Elle a oublié son téléphone dans le train ! <br /><br />Flash d’un coup du labyrinthe de sa mémoire : elle est aux toilettes dans le train et étale trop de poudre sur le téléphone. Obligée de couper sa trace en deux. Elle en sniffe une et repose son téléphone avec l’autre ligne au dessus de sa place en wagon sur le porte bagage. Les pompiers ! Les pompiers qui l’ont réveillé ! Ils n’ont même pas cramé !<br /><br />Jade court à toute allure en arrière. Elle a cassé son tel mais doit récupérer sa carte sim. Elle monte dans le wagon, récupère la trace sur le téléphone, la souffle dans le couloir et met son bigot dans la poche. <br /><br />Elle démarre. <br /><br />Titube. <br /><br />Le métro en pleine gueule le métro qui désoriente. Des couloirs des embranchements auxquels il faut être attentif. Elle se perd. Traîne un lourd sac à dos, un deuxième plus petit et une grande tente 2 secondes Quechua. Son pantalon tombe. Elle essaye de le redresser mais elle est trop maigre. Elle a tellement maigri. Le dernier cran de sa ceinture lui laisse les fesses à l’air ambiance 2010 Sexion d’assaut dans les oreilles. 2022 il est temps d’apprendre à tenir son fute au dessus de son cul inadapté. Elle titube dans les couloirs… Parvient à porte des lilas dans un équilibre précaire. Elle ouvre la porte de l’appartement. Humm… nid douillet nid d’amour. Réconfort au bout du compte. Elle fait chauffer l’eau pour les pâtes, qu’elle mangera au sel et à l’huile. Se sert 1.3 de G pour terminer en beauté. C’est la fin de son flacon il va falloir en racheter. Ou ne pas en racheter si elle arrive à entendre raison. Elle est déraisonnable elle a besoin de sa raison. De celle qui lui dit où est le réel ou est le délire. <br /><br />Jade appelle Sofia sa Sofia de toujours. Rendez-vous dans quelques heures pour débriefer-planifier. <br /><br />Jade mange une fourchette de pates. <br /><br />Jade s’écroule à nouveau assise sur le canapé du salon. Un comas plus qu’un sommeil mais c’est le corps qui décide on ne peut pas faire contre lui. En tout cas pas totalement. <br /><br />Le corps a toujours le dernier mot.&nbsp; <br /><br />D’une main fébrile elle pianote :<br /><br /><br />&quot;<em>Que reste-t-il du corps ?<br />Abimé par les substances-déséquilibrantes.<br />Les membres sont bousillés.<br />Les organes endommagés.<br />Il reste les vapeurs d’une morphologie qui fut ardente.<br />Ressucitons le corps ! </em>»<br /><br /><br />4<br /><br /><br />Sofia arrive chez Jade avec ce regard qui la caractérise : à moitié inquiet à moitié méfiant. Est-ce que Jade va l’attaquer est-ce que Jade va s’attaquer elle-même ? <br /><br />Elles sont meilleures amies depuis le collège ou plutôt l’absence de collège. Déscolarisées fumaient des joints sniffaient du détergent trainaient dans des parkings dans des caves des histoires à vous faire tressaillir d’humiliations adolescentes de violences de règlements de comptes à base de ceintures quelques flingues qui traînent. <br /><br />Alliées.<br /><br />Elles ont eu une histoire d’amour qui a mis du temps à arriver une histoire où finalement Jade a fait sa XFXHXinetteBiatch en la trompant avec d’autres corps. Sofia a eu mal Sofia en garde quelques séquelles. Il n’y avait pas de contrat d’amour libre. Quelques années plus tard et des explications qui n’en finissent jamais, elles se sont rapprochées. Sofia a pardonné Sofia est au top avec Jade. Sofia garde toujours dans un coin de sa tête que ça pourrait repartir entre elles mais ne s’autorise pas vraiment à y croire. Jade virevolte Jade fait des partouzes Jade s’Aérogare. S’égare. Toujours dans l’excès ça envahit Sofia qui s’inquiète en permanence. En même temps elle n’est pas une infirmière. Sofia sait poser les distances quand le lien ou l’angoisse se font trop envahissants. Aujourd’hui elles se manquent elles sont heureuses de se retrouver. <br /><br />« Faut que tu arrêtes le GHB tu déconnes tu prends trop de risques. Balance ce que t’as. »<br /><br />Injonction trop dure geste impossible. Jeter de la drogue pour Jade c’est comme se séparer d’une jambe. Une amputation. <br /><br />« Je finis ce que j’ai et je te promets que j’en rachète pas. Je vais m’en tenir à la 3. »<br /><br />Jade avale, en plus des 50 milligrammes de Loxapac quotidiens qu’elle prend pour dormir - un puissant neuroleptique - 600 milligrammes de Quetiapine - un super puissant neuroleptique - qui vont la faire dormir longtemps très longtemps elle le sait. Elle n’a pas dormi depuis si longtemps. Seulement des comas des G-Holes des K.O. cosmiques.<br /><br />Elle s’allonge enfin dans un lit. <br /><br />Deux jours dans le brouillard… Flashs du labyrinthe de sa mémoire reconstructions rétrospectives… Elle essaye de se lever… Tombe par terre… Les draps sont un océan de douceur… Sofia veille à côté… Sofia essaye aussi de dormir… Jade la gêne elle n’arrête pas de se lever… Allers-retours dans la cuisine… Pourquoi est-elle ici ?… Pourquoi là ?… Elle fume une clope… Essaye d’ouvrir les yeux prend une trace de 3… La Quetiapine la tabasse… Elle dort deux jours dans les vapes… Parenthèses d’essais d’ouvrir les yeux de se le lever mais la Quetiapine la tabasse…<br /><br />Jade émerge.<br /><br />« Putain merci Sofia merci d’avoir été là. J’en aurais racheté sinon. Putain c’est trop bien la vie sans GHB j’avais oublié ! »<br /><br />Jade est joyeuse Jade se sent libérée. Elle ne se méfie pas de son excès d’enthousiasme. Elle retrouve l’effet de la 3MMC, qui avait disparu sous l’effet du G. Petit nuage de dynamite. Stimulée et relaxée, il faut qu’elle écrive. Jade doit écrire c’est une urgence c’est vital. Elle ouvre son Macbook pro et d’une main elle pianote :<br /><br /><br />« <em>L’aube.<br />La quintessence</em>. »<br /><br /><br /><br /><br />5<br /><br /><br />Jade ne fait plus partie d’une bande.<br /><br />Il y a en a eu quelques unes toutes plus foireuses les unes que les autres. Ou alors Jade les a&nbsp; fait foiré. Des déserteurs des égoïstes des histoires de cul qui ont tout compliqué. Solitaire solidaire. Elle s’accroupie auprès d’un homme que tout le monde regarde mourir ou que personne ne regarde et lui retourne sa couverture de survie pour le protéger de la chaleur. Jade ne fait plus partie d’une bande.<br /><br />Elle fait partie d’une meute.<br /><br />Ahoouuu ! Jade sacoche en travers du buste pleine de drogues jogging vissé aux jambes Adidas rose fluo dans vos regards et gare au loup ! Les loups se reconnaissent ceux qui ont faim ceux qui ont soif. Ne pensent qu’à dévorer ce qu’il reste du gros tas de merde translucide qui gis encore sur nos continents. No futur c’est clair et puis No past non plus. Plus d’histoires plus de racines. Comme tous ses amis Jade est désherbée. Comme une plante qu’on veut bien droite et dont on coupe les poils alentour. La société hétéro-normative est un sécateur. Elle fait partie d’une meute dont elle reconnait les visages. Dont elle connaît les usages. Les visages tuméfiés les sourires forcés. Les dents jaunies par le tabac les ongles trop longs les oreilles crades. Tiens ça fait longtemps qu’elle ne s’est pas lavé les oreilles. Ni les dents d’ailleurs. Elle fait partie de la meute des psycho-prouts des dépressifs anonymes qui saturent cette ville névrosée. Rosée au petit matin complètement cramée fin de journée peau trop blanche sous cheveux noirs. Elle fait partie de la meute des difformes des déformés des mutilés des non-merci-pas-aujourd’hui ou au contraire bien-volontiers de la meute des mains qui tremblent. Elle en est fière elle le semble. Elle veut écrire pour nous. Faire exister un ensemble. Mais elle reste prisonnière d’elle-même dans son studio-chambre. <br /><br />Jade sort.<br /><br />Jade a besoin d’un mauvais sort. <br /><br />Elle marche droit dans Paname sans direction particulière. Fait une halte à porte de la Villette pour goûter la galette du quartier ce fameux truc qui rendrait accro à la première taff. Comme à chaque fois avec le crack elle est super déçue. Le modou lui sort le petit paquet d’aluminium caché entre ses dents et l’intérieur de sa joue en cas de contrôle de keufs en cas de devoir tout avaler - les modous les vendeurs de crack ont l’espérance de vie la plus basse de France - et lui donne un doseur. Jade ne sait pas doser elle laisse faire. Ils sont installés dans le creux d’un chantier en plein air où des ouvriers charbonnent en pleine journée. Il lui met le doseur dans les mains casse le cailloux en deux pose une moitié sur la pipe. Jade fume. Comme elle s’y attendait très petite stimulation dopaminergique comme la coke avec le goût en moins. Décidément ni la coke ni le crack ne sont faits pour elle. Elle y aura mis du sien pourtant ! À baser sa C toute seule dans son appartement à l’ammoniaque c’était déjà mieux. Parce qu’ici à porte de Vilette tout est hostile. Les autres crackers qui commencent à la dévisager en tant que jeune femme encore envisageable - c’est que les visages disparaissent derrière le non-retour. Les autres crackers qui veulent son caillou parce qu’elle n’a pas de mec avec elle. Et surtout surtout les flics qui débarquent comme ils débarquent tout le temps et soudain voiture banalisée six rangers aussitôt prêts à tirer LBD-40 dans les mains de chaque côté du peloton gazeuse familiale au centre. Un flic pose même sa main sur son gun au cas où. Dispersion immédiate : modous et crackers savent où sont les planques. On fait signe à Jade de rejoindre un groupe. « Viens mimi on te f’ra pas d’mal. » Elle hésite une seconde puis panique en voyant les flics arriver. Tout sauf le comico le comico ce serait horrible ce serait le pire. <br /><br />Elle s’aventure dans le 19ème un hall d’immeuble squatté. Une autre fille est là elle se fait appeler Carmen. Elle est jeune noire et belle un décolleté plongeant. C’est surement pour la prostitution se dit Jade la néophyte. Carmen n’en n’a rien à foutre elle aime jouer de sa féminité et du regard sexualisant qu’on pose sur elle. Oui je suis une salope mon loulou viens donner tes thunes à Carmen. Et elle joue comme ça avec le désir des hommes leur tire des sommes monumentales. Elle dit à Jade pouvoir se faire 1000e par jour. Jade ravale sa salive. À 1000e par jour elle serait tranquille avec la 3. Plus toujours à gratter vingt euros par ci vingt euros par là en attendant son RSA. Ce putain de RSA qu’elle investit immédiatement en 3MMC et puis elle mange des pâtes au sel. Ou ne mange pas certains jours. « Par quel site tu passes ? » Demande Jade. « LadyXena, c’est vraiment le top, si tu mets des photos un peu sexy tu vas recevoir des centaines de sms par jours - prends un deuxième téléphone - les mecs ont grave la dalle. Mais il y a quelques trucs à mettre en place. Déjà tu ne réponds qu’aux messages de ceux qui t’inspirent le plus confiance qui sont les plus attentionnés et n’envoient pas genre juste : tu suces ? Ensuite quand t’as commencé à parler avec un type que tu le sens bien tu lui demandes des photos de lui. Il ne faut pas qu’il te rebute quoi ! Il faut se mettre d’accord sur les pratiques en amont se fixer des limites que le gars se mette pas à te pisser dessus sans prévenir si tu n’es pas consentante. Et puis tu demandes toujours l’argent en début de séance avant tout acte sexuel. Si il blablate ou tergiverse bye bye ciao t’as mille clients en attente. »<br /><br />Jade a mille idées Jade a envie de s’exhiber. D’une main elle pianote :<br /><br /><br />« <em>Oser être une femme qui écrit.<br />Sans écrire sur la femme qui écrit.<br />Qu’on ne me parle pas de femme mais de ce que j’écris.<br />Comme un homme comme une chienne comme une Aliène j’écris.<br />Lisez bien.<br />J’écris. </em>»<br /><br /><br /><br /><br />6<br /><br /><br />Jade est seule dans la maison de Baba près de Tours. Baba est le meilleur ami de son éditeur Anselm. Anselm bosse dans une imprimerie à côté de Tours où il travaille sur le premier livre de Jade qu’elle a écrit deux ans auparavant : « Dégueuler ». Il l’a invité pour assister au processus d’impression et la laisse seule la journée. Jade se dit qu’elle écrit qu’elle crée en fait surtout se drogue elle multiplie les vers et les verres déguste chaque minute de vie que lui accorde son destin. Une mouche lui entre dans l’oreille. Elle se débat la fait sortir. Oust ! Saloperie. Jade est seule dans la cuisine le soir les Anglais sont allés se coucher Anselm se lève tôt demain. Elle a proposé de la 3 aux Anglais ne voulait pas être seule dans son délire mais raté ils sont cleans elle sniffera seule cette semaine.<br /><br />Alerte ! Panique à bord ! La 3MMC c’est presque fini pénurie en Europe ! La Hollande et l’Espagne l’ont rendue illégale il est devenu très dur de s’en procurer. Avant c’était facile ça coutait que dalle 15e le gramme si tu en prenais beaucoup livrés chez toi ou dans un point relai près de chez toi. C’était à l’époque où seuls les gays connaissaient. C’est devenu un sujet de santé publique quand les hétéros ont commencé à tomber dedans. Pas touche aux hétéros les dealos ! Maintenant les sites envoient des cristaux non-identifiés. U.F.O. pour cosmonautes intrépides. Les dealers qui disent vendre de la 3MMC sont des baratineurs Jade le sait. Il n’y a que de la merde qui tourne en France. Elle a un dernier plan qui fonctionne à Paris il a des stocks jusqu’en 2023. Elle avait fait ses courses avant de partir à Tours mais les réserves s’amenuisent. Elle doit trouver une solution. La 3MMC fait partie de la famille des cathinones groupe de drogues dérivées de la plante khat d’Afrique de l’est. Le clear web l’internet normal par opposition au darknet propose toute une série de sites marchands qui vendent ces molécules en ligne parce qu’encore légales dans certains pays d’Europe. Elles ont toutes des noms barbares et des descriptions alléchantes. Jade cherche un substitut. Elle cherche son prochain poison. Dans l’idéal quelque chose qui lui permette de fonctionner et d’écrire de ne pas tomber dans la dépression sans la rendre folle ni la tuer trop vite. Tour d’horizon de ce qui se présente à elle :<br /><br />3CMC : « Il provoque une intense stimulation surtout axée dopamine/sérotonine, peu de présence de noradrénaline. On a donc des effets stimulants assez forts, sans trop d&#039;anxiété, avec un effet sérotoninergique très fort qui pourrait ressembler à celui de la MDMA mais en moins puissant. »<br /><br />4MEC : « La 4-MEC est utilisée pour ses effets stimulants, entactogènes (elle favorise le contact) et empathogènes (elle augmente l&#039;empathie). Elle procure un sentiment d&#039;euphorie : sensation d&#039;énergie, atténuation de la sensation de fatigue, besoin incontrôlable de parler, sensation d&#039;être plus proche des autres. »<br /><br />2MMC : « Donne une sensation chaleureuse, heureuse et détendue. Malgré cela, vous êtes toujours raisonnablement vif et vous savez ce que vous faites. »<br /><br />4MMC : « Les effets recherchés sont l&#039;euphorie, l&#039;amélioration des sens (plus grande sensibilité aux sons par exemple), la sensation d&#039;énergie (stimulation) et la sociabilité (favorise les contacts). »<br /><br />3MMA : témoignage d’un utilisateur : « Aux fans de speed, stimulants, amphetamines, le 3-MMA est carrément cool. Je découvre une molécule puissante, qui forcément produit des effets types amphetamine (speed, meth) mais aussi une pointe de phénidate (methylphenidate). Donc récréatif et fonctionnel efficace, je compare à la méthamphétamine en plus soft, avec une action sérotoninergique pas négligeable. La dopamine est massivement poussée. »<br /><br />Jade bave Jade fait du lèche vitrine. Elle voudrait tout tester tout est à essayer dans ces galeries de pierres précieuses. Promesses de douceurs de voyages et d’ailleurs. Elle ne peut pas fonctionner sans rien enfin c’est ce dont elle réussi à se persuader. Il lui faut quelque chose une béquille un soutien une substance-équilibre. Sinon c’est l’inertie la dépression la page blanche. L’horreur. Elle sent que ça ne va plus que le corps est faible et l’esprit dispersé. Elle ne peut écrire que de courts poèmes. Rien ne s’installe dans la durée le monde est nouveau chaque jour. Chaque matin les mains qui tremblent les doigts qui ne visent pas les bonnes touches sur le clavier. Chaque soir l’angoisse d’aller se coucher de la descente de la fin du monde. Elle déteste dodo. Et elle sent que ça ne va pas aller en s’arrangeant. Plus les années passent plus elle a envie de se défoncer. Trop longtemps elle s’est fait avoir par la coke drogue de merde drogue narcissique à stimulation minimale drogue à ras de terre pour individus psycho-compatibilisants. Maintenant que s’ouvre à elle le monde des NDS - nouvelles drogues de synthèse - elle a un appétit dévorant. Elle veut s’essayer à d’autres dissociatifs que la kétamine. Le PCP le 3-MeO PCP le 2FDCK. Elle veut s’essayer à d’autres psychédéliques que les champignons et le LSD. Le 2-CB le 1-P-ETH-LAD. Les phénéthylamines les lysergamides les tryptamines benzofuranes arylcyclohexylamines diaryléthylamines pipérazines amphétamines cathinones pyrrolidines et pyrrolidinophénones… Et toutes les autres catégories. Chacune de celles-ci comportant des dizaines de molécules. Jade est une aventurière de la chimie de la composition inorganique des corps et de l’organisme que les substances composent. La 5-MeO-DMT ! La putain de 5-MeO-DMT ! L’expérience divine absolue le voyage vers les mondes célestes le petit caillou intergalactique ! Elle veut tout essayer. Et elle sent que ça ne va pas aller en s’arrangeant. Plus les années passent plus elle a envie de se défoncer. Jade bave Jade fait du lèche-vitrine.<br /><br />Jade commande dix grammes de 3CMC à livrer chez Baba.<br /><br />D’une main elle pianote :<br /><br /><br />« <em>Toujours plus haut que Elon Musk,<br />Alpiniste de l’âme Titan neuro-cosmique !<br />Fonctionner butiner graviter se hisser traverser avaler zigzaguer.<br />Vive 2022 vive la légalité !<br />J’ai hâte de devenir qui je suis déjà je le sais. </em>»<br /><br /><br />7<br /><br /><br />Jade a écrit un premier livre.<br /><br />Jade l’a appelé « <em>Dégueuler </em><em></em>». Après une overdose à l’héroïne il y a deux ans elle avait&nbsp; temporairement perdu l’usage de ses deux reins. Elle avait été dialysée branchée à des grosses machines. Passage en réanimation. Réanimation progressive des organes. Elle avait pris des notes sur l’hôpital sur son désir pour les infirmières. Quelques conneries pseudo-poétiques sur les drogues et surtout sur elle-même mégalo à la troisième personne. <br /><br /><br />« <em>Jade a 30 ans soi-disant. Mais elle en a toujours eu 16. 16, comme 1664 blanche arôme citron d’un coup hépatite aigue direction chambre 214 de l’hôpital André Grégoire à Montreuil. On la branche à des machines. Des grosses machines. Elle a peur. L’hôpital lui fait peur. Elle a toujours eu peur. Eu peur du trop plein. Du trop plein de médicaments, du trop plein de funambulisme, du trop plein d’elle-même. Elle sature. Saturation inconstante. Pouls qui accélère, descelération du coeur. Corps en salle d’attente qui veulent prendre des nouvelles, mais elle indisponible jusqu’à nouvelles nouvelles. <br />Jade a des accidents, de la même façon qu’elle accidente le monde. Boom-Boom sur l’autoroute, un vrai concert de musique automobile. Elle a appris à conduire sur les routes de la frénésie. Frénétique manque de confiance, elle n’attend plus le prince charmant... <br />Jade a avoué ses fautes comme un chrétien qui se sent coupable. Pas le dimanche matin mais le samedi soir au temple des excès à l’heure du ça suffit elle le sait mais elle est déterminée à saboter sa vie. À saboter sa vie. À saboter sa vie. Ça vit la dedans elle le sait, mais elle est déterminée à saboter sa vie. <br />Jade tremble son existence telle une toupie en roue libre. Elle arbore tout les aspects d’une véritable humaine, mais si vous la connaissiez, vous sauriez qu’elle est animale. Animal irresponsable, comptable de ses échecs. Elle tient les comptes et les chèques, quand il s’agit du business. Elle a dealé un peu, vendu des armes en Afrique comme Rimbaud, a voulu vivre aussi vite et aussi brillamment que Lautréamont. <br />Jade met en poèmes sa vie quand elle le peut quand elle y parvient. Quand les astres s’alignent et qu’opère cette magie secrète et indicible. Elle coucherait avec le Diable pour quelques notes de piano. Do ré mi fa sol la si do dans un solfège infernal. Une grammaire insoutenable, un égo trip invraisemblable ! Elle a tellement envie d’écrire qu’elle en devient intenable. Intenable insortable. Qui sortirait avec quelqu’un qui est là pour le trahir dans ses textes ? <br />Jade est avec les textes comme un sage avec un revolver. Elle ne pas quoi en faire. Ce n’est jamais son truc jamais l’heure jamais l’endroit. Parfois si au contraire, les textes viennent comme les guêpes à Valleraugue, c’est à dire sans se faire prier. Ils envahissent la tente verte et toutes les couleurs changent. Passent de violets disproportionnés à des oranges déraisonnables. L’orage est toujours en sursis dans les pages de Jade. <br />Jade pleure au pied des arbres en particulier auprès des saules qui ont commencé sans elle à chialer. Elle chiale avec talent, tourne à ses fins son malheur. Toutes ses faiblesse sont des forces. Comme : il est nécessaire de s’agrandir. De tout amplifier. De faire de chaque chose immodérée l’occasion d’un surf sur une vague. Sur le tsunami terrible qui l’attend après minuit, quand les citoyens se couchent et que débute sa petite apocalypse. <br />Jade est narcissique et peut faire l’effet d’un miroir sur pattes. Elle voudrait qu’on comprenne qu’elle cherche en elle-même les autres, ce qu’il y a de commun dans les enjeux qui sont les siens. Elle est névrosée. Un bon sujet de psychanalyse. Elle voudrait être unique aux yeux de son psychiatre, qu’il la considère comme un cas à part. Elle se singularise volontiers tout en subissant son isolement, pareille à un marin qui aime la mer mais regrette de laisser seul son amour si souvent. <br />Telle une funambule qui marche entre elle-même et les autres, Jade s’intéresse aussi à son prochain, à son distinct, à son étranger. Elle s’intéresse aux récits et aux histoires de ses séparés. Aux séparés en tant que récits, en tant qu’histoires, et si elle le peut, en tant que tels, comme le « poids de l’existence » dont parle Déborah Lévy. Elle a la curiosité des auteurs, de ceux qui osent s’aventurer dans le périple des mots. Les mots sont une bouée de sauvetage dans une mer qui bouillonne. <br />Jade fait des ellipses comme certains changent de chemise. Il est 16h15 à Valleraugue. L’heure de recracher Jade comme elle s’est avalée. Empoisonnée elle-même dans un fichier&nbsp; beaucoup trop long beaucoup trop bavard. <br />Jade est bavarde comme un philosophe de comptoir. Jade est au comptoir des mots, du supplice et des vices. Jade ne savait pas qu’il faudrait dire tout ça. Mais il a fallu le dire. Comme : toutes les montées amènent à des descentes. <br />Jade veut encore fumer, encore écrire encore toussoter. Mais il est l’heure d’en finir avec les bavardages. Tout ce que je voulais dire c’est : Jade est encore vivante. Je vous le dis faites attention à vos fesses : Jade est encore vivante. » <br /></em><br /><br /><br /><br /><br />8<br /><br />Nombriliquement nombrilique, bienvenue au Nombrilistan ! <br />Jade se méprise en se relisant. Quelle complaisance quel romantisme quelle naïveté. Elle est fière de sa plume de l’énergie qui s’en dégage mais le sens la bouscule elle ne sait plus où se mettre. Putain c’est fini elle a signé un contrat c’est foutu pour son cul aplati ! Maintenant « Dégueuler » est à l’imprimerie et qui voudra savoir saura que Jade pète plus haut que son trou de balle. Trou de balle scato-porno-exhibo-mégalo-pharmaceutique. Elle entretien cette figure ridicule de l’artiste excessive qui fait « de chaque chose immodérée l’occasion d’un surf sur une vague… » Au moins elle n’est pas un mec c’est déjà ça. Elle n’est ni Gainsbourg ni Kurt Cobain. Elle ne se vit pas non plus comme Amy Winehouse. Elle a dépassé les 27 ans elle ne fait pas partie du club.<br />C’est un petit texte qui avait rencontré par hasard les éditions « Abords » - auparavant revue littéraire sous-titrée « revue littéraire à l’abordage » désormais également maison d’édition. Dans une soirée Jade avait fait la rencontre d’Esther. Elles avaient parlé écriture. Esther écrivait beaucoup depuis longtemps. Jade trouvait Esther mignonne et elle avait voulu la séduire. Elle lui avait envoyé par mail « Dégueuler » sans s’attendre à rien de particulier sinon qu’Esther soit charmée par son texte. Esther l’avait rappelé une semaine plus tard : « Je bosse pour une maison d’édition je kifferais publier ton texte je vais en parler au comité de lecture. » Ça s’était fait comme ça.<br />Et puis voilà deux ans plus tard alors que l’été n’en fini plus le premier livre de Jade va enfin sortir début septembre. « Dégueuler » est en train d’être imprimé à deux milles exemplaires. C’est vraiment bien pour un premier livre a-t-on dit à Jade. <br /><br />L’été est chaud l’été déborde. Il brûle tous les jours c’est une tempête permanente. Les drogues remuent la raison Jade est perturbée par tant de chaleur. Elle divague. Elle attend que son livre sorte de l’usine sorte de l’imprimerie. Le tenir dans ses mains qu’il soit en chair et en os. Et en sang. Commencer le travail d’envoi aux journalistes le long parcours de promotion qui s’annonce. Si l’été s’éternise et sa consommation ne réduit pas elle ne voit pas comment elle en sera capable. Tituber dans la maison seule le soir c’est une chose. Tituber dans une librairie en devant faire une présentation du bouquin en est une autre. Il va falloir qu’elle se calme il va falloir qu’elle se résonne. Prioriser « Dégueuler » avant toute chose. Dans la maison de Baba elle est fracassée en permanence. Isolée des autres dans sa tête. Difficultés à communiquer. Comment dire le chaos comment dire la cacophonie qui l’habitent ? La consommation isole et solitaire elle travaille. Écrit tous les jours ce nouveau journal. Envisage une seconde publication mais qui lirait un truc pareil ? C’est sans trait d’esprit sans sous-entendu sans clin d’oeil. Seule. Comment communiquer avec un lecteur ? Elle a l’impression que seule la saisie à vif des évènements suffirait à produire l’émotion nécessaire. Elle écrit en plein pendant l’orage en plein pendant l’orgasme. Ce sont des photographies de sa vie qui s’alignent en chapitres. Est-ce que ça donnera un livre ? Elle en doute. Elle essayera quand même demandera des avis extérieurs. Au moins elle a Anselm il lui dira si elle délire ou pas. <br /><br /><br />D’une main elle pianote :<br /><br /><br /><br /><em>Confusion paranoïa mégalomanie intensités abrutissement.<br />Toujours trouver les mots qui vibrent.<br />Mais qui pourra vibrer qui n’a pas connu la danse du funambule ?<br />Circassienne endurante au cirque enduré.<br />Si il y a une porte de sortie ce sont mes phrases mes pages.</em><br /><br /><br /><br />9<br /><br />Jade se fait lécher la chatte par Manu pendant qu’elle prend des notes. <br /><em><br />« Y’a pas Dieu dans mon clito,<br />Pas de totems fétiches vaginaux.<br />Les matins menstruels les matins monstrueux,<br /> Je me touche quand même la chatte embuée. »</em><br /><br />Manu est alcoolique il boit trop il se branle trop. Jade est à côté de lui cogite qu’elle aime quand même les zizis malgré tout. Malgré son glissement vers les femmes avec qui tout est plus simple. Elle se souvient qu’elle aime aussi les hommes qu’elle aime Manu qui se branle en la regardant comme un fou. Il a les yeux exorbités. Son sexe est minuscule il se perd au creux de sa main. Jade le prend dans la sienne. Elle aime ce contact chaud et lubrifié. Elle branle Manu. Manu exulte. Elle accélère. Il hurle. Il est sur le point de jouir et Jade a un instinct cruel : au moment paroxystique de ses petits cris ridicules elle lâche son sexe seul dressé en l’air. Elle lui saisit les mains pour l’empêcher de s’en emparer. Manu crache son sperme tout seul sans contact.<br />Il remercie.<br />Manu aime la Tribe old school. 160 bpm de kicks qui rebondissent frénétiquement. « La meilleure chose qui lui soit arrivée ». « Une puissance qui sort du sol qui vient te chercher dans les entrailles. » Beaucoup de mots pour boom-boom-boom-boom. Jade bouge son cul en pointe le squelette de son postérieur. Manu miaule comme un chat prit au piège le piège baigne dans son sperme. Boom-boom-boom-boom c’est sans arrêt c’est sans pause. Musique sans début sans fin musique sans veille sans lendemain. Manu mixe en free party en teuf en tawa. Ce soir il va ambiancer une foule une fête qu’il organise avec ses potes. Un mur de son des lumières stroboscopiques un acide et c’est parti. « Alleeeeeez » crie la horde de morts-vivants au DJ. Manu enchaîne les disques transitions impeccables. Montées drops plateaux. Boom-boom-boom-boom. On n’arrête pas un peuple qui danse on n’arrête pas un peuple frénétique. Jour nuit jour nuit jour nuit. Les animaux fuient la terre est retournée. Manu règne la tribu suit. La Tribe est reine dans cette tempête. Embarquée sur cette mer électronique Jade se déchaîne. La transe l’hypnose l’exaltation. Un taz une goutte de G une trace blanche non-identifiée. Elle enchaîne dose sur dose et son dos est fatigué. Ses jambes commencent à trembler. Fatigue de l’organisme. Elle monte dans une voiture qui la ramène à la gare au bout du RER. Dans le wagon elle stresse descente de multiples choses. Quelques visuels qui continuent douze heures après l’acide. Elle a fait l’erreur de tirer sur un joint. Les regards des Autres sont chargés de menaces. La parano revient. Plus jamais elle n’ira en free party plus jamais autant de drogues plus jamais la Tribe plus jamais Manu… Elle finit par s’endormir…<br />Jade écrasée sur la banquette les chaussures pleines de boue et debout les dormeurs il faut boom-boom-boom-boom dans la vie Tribe old-school dans vos oreilles fatiguées.<br /><br />D’une main endormie elle pianote : <br /><br /><br />« <em>Je ne suis pas dupe des j’ai-déjà.<br />Déjà-fait-déjà-ressenti-déjà-parcouru.<br />On n’a jamais fini d’arpenter les courbures de l’espace.<br />Les hommes d’expérience sont des enfants pleurnichards.<br />Les artistes maudits des gosses de riches.<br />On n’a jamais déjà-vécu.<br />Tout est toujours devant</em>. »]]></description>
<slash:comments>1</slash:comments><pubDate>Sun, 14 May 2023 15:15:55 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Je trouverai un moyen. / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Je-trouverai-un-moyen_7376_1.html</link>
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<description><![CDATA[Depuis trois ans, j’alterne les séjours à l’hôpital et les retours à la consommation active. Quand je reprends, c’est un grand moment. Mon moment. Parachute de 3mmc, libération de sérotonine. 1.5 de GHB, détente immédiate. Parfait équilibre entre la stimulation et la désinhibition. Je saoule mes ami.es avec la drogue. Ce soir, une fille avec qui j’avais un rendez-vous en boîte s’est barrée à 2h du mat, je parlais trop de produits avec tout le monde, c’était étouffant pour elle, oppressant. Je perds des gens. Ils s’éloignent de moi. Restez je vous en prie restez, je souffre beaucoup de votre éloignement. J’ai fait deux mois et demi de psychiatrie pour rien, ma toxicomanie a vite repris le dessus. Je prends de la drogue, j’écris dessus, je témoigne de mon amoindrissement, je témoigne de ma mort. Mais je n’ai pas l’intention de mourir, je vous le promets. J’ai l’intention de survivre. Je ne sais pas encore comment, mais je trouverai un moyen. Je trouverai un moyen. Je trouverai un moyen. Je trouverai un moyen.]]></description>
<slash:comments>1</slash:comments><pubDate>Fri, 05 May 2023 19:42:45 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Vomir / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Vomir_7359_1.html</link>
<guid isPermaLink="false">7359@https://www.psychoactif.org/forum</guid>
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<description><![CDATA[Mon texte &quot;Vomir&quot; a été édité par la maison d&#039;édition &quot;Le Sabot&quot; et distribué en librairies. Il est disponible à la commande sur Amazon<br /><br />Je tenais à le partager gratuitement pour les usager.es de drogues. Le voici. <br /><br /><br /><br />&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<strong>VOMIR.</strong><br /><br /><em>Entre le vendredi 3 juillet à 22h et le dimanche 5 juillet aux alentours de 4h du matin, dans une rave party bas de gamme où le tempo n’a pas dépassé 115 bpm, j’ai volontairement administré à mon organisme le traitement suivant, dans cet ordre et ces quantités : 1 gramme de cocaïne, 1 ecstasy, 1/2 gramme de kétamine, 1 deuxième ecstasy, quelques traces encore de kétamine, 1 deuxième gramme de cocaïne, 1/2 gramme d’héroïne. Le tout accompagné par l’ingestion quasi constante d’alcools divers, d’un flacon de popers et des mystérieux produits de coupe traditionnels.</em><br /><br /><br />&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <strong>- Jour 1 -</strong><br /><br /><br />J’ai erré et vomi quatre jours et quatre nuits avant de trouver la force d’aller m’effondrer aux urgences. Fanny a dit que j’étais pas loin de l’arrêt cardiaque, elle m’a mis sous perfusion pour me réhydrater, j’étais tout sec. Rien gardé depuis la « fête ». Fanny a enfoncé une sonde à l’intérieur de mon sexe pour relier ma vessie à un tuyau en plastique. Elle a dit « Respirez, c’est pas grave si je vous stimule et que vous bandez, on a l’habitude ». J’en étais pas vraiment là dans mes considérations. Entre autres choses, les résidus de ma masculinité généraient un sentiment de complète profanation. Terreur phallique de base. Je suis tombé amoureux direct de Fanny, quelle douceur au milieu du chaos ! Quel professionnalisme. J’ai envie de croire qu’il s’est passé un truc réciproque à ce moment là. Une intensité certaine dans les regards en tout cas. Quel boulot. Quand tout ça sera fini, je l’inviterai à boire un cocktail sans alcool. C’est pas si mal comme début de relation. Ça nous évitera les pudeurs habituelles.<br /><br />Les premières heures sont confuses. « Ça fait combien de temps que vous avez pas uriné ? » Merde je sais plus. J’étais pas concentré la dessus, aucune idée. J’avais plutôt tenté de déféquer sans succès les jours précédents, mais tout sortait par en haut donc je me disais normal. Je sens qu’ils paniquent autour de moi « il a 950 de créatinine ». Je suis paumé total et je panique. J’entend passer « greffe de foie », « ça te va qu’on échange de pause ? A 11h30 y’a mon mec qui passe. » Et aussi « wesh ils sont graves les patients aujourd’hui ».<br /><br />Elle vient me parler pour mettre un peu d’ordre. « Bonjour je suis Fanny. Vos reins ne fonctionnent plus, votre foie est gravement endommagé. On va vous emmener en réanimation. » Le mot résonne dans ma tête. Depuis des mois de Covid-19 on en entend parler de la réanimation, ça sonne comme une menace mise à exécution. Mon père est là, ma mère arrive en panique depuis la Normandie - ça fait déjà plusieurs heures que je suis étalé dans la Vip Room des urgences - elle a des yeux que je ne lui connais pas, exorbités. Je réunis toute l’énergie dont je dispose pour sourire. « Coucou maman, t’inquiète - c’est la formule consacrée -, dis toi que là tout de suite je vais mieux que toi ».<br /><br /> La réanimation est un service de luxe. Une chambre par personne, télé gratis. Tout est complètement stérilisé, plus propre que monsieur propre. J’y arrive au terme d’un rallye dans les couloirs de l’hôpital, accompagné par Fanny et brancardier-schumacher qui me laissent entre de bonnes mains. Immédiatement, cinq jeunes femmes entre vingt-cinq et trente ans m’entourent et me parlent, m’examinent, me tripotent, me rassurent, me font des blagues. Embrumé par le délsir je crois monter plus haut que l’étage de la réa, je crois que c’est le ciel et que voici ma récompense. Je suis un kamikaze de la techno, j’ai mené le djihad du caisson et voilà la paix !<br /><br />« On va vous poser un cathéter pour faciliter les prises de sang, on commence par une petite anesthésie locale. Ça vous dit de mettre un peu de musique sur votre téléphone pour vous décontracter ? » Je met Roudoudou - Peace and Tranquility to Earth. Chef d’oeuvre de simplicité. Il paraît que le type a vécu dans la galère pendant dix ans avant de toucher les droits de sa chanson, qui lui avait été piquée pour des génériques de télé et de radio. Je pense furtivement à l’album génial que je sortirai un jour et je me dis qu’en plus d’une paire d’enceintes je garderai un peu de fric sur mon prêt étudiant pour me payer un avocat, au cas où.<br /><br />Pour l’instant il faut survivre. On m’aide à rationaliser. « Vous êtes complètement déshydraté. Votre fonction rénale est à plat. On attend de voir si vous pissez dans les heures qui viennent, sinon on sera obligé de vous dialyser. Les drogues que vous avez ingérées ont aussi endommagé le foie, vous faites une hépatite aigüe. On va faire entrer vos parents. Vous êtes majeur vous avez le choix, est-ce qu’on peut parler ouvertement avec eux de ce qui s’est passé ? » Je leur dis que oui bien sûr on n’en n’est plus là, sauf pour l’héro le dites pas à ma mère ! Surprenante pudeur dans le détail. Peut être qu’il faut conserver un garde fou, un palier, ne pas avouer que c’est le fond.<br /><br />On se touche, on se rassure mutuellement, chacun de nous trois essayant de garder la tête plus froide que les autres. Rapidement on est fixés, le médecin entre. Une femme d’une cinquantaine d’années, que je dirais Iranienne, au regard profond, sérieux et fiable. Je lui voue immédiatement un respect démesuré, et m’accroche à chacune des ondes acoustiques qui émanent de sa bouche. Le verdict tombe sans délibération, sans qu’on m’ait déclaré mes droits ni proposé un avocat - la médecine n’est pas un régime démocratique, j’y reviendrai. Chef d’inculpation : nécrose tubulaire aigüe. Peine : trois à six semaines. Les reins ne fonctionnent plus du tout mais ils devraient repartir d’eux mêmes, c’est ce qu’il se passe dans la plupart des cas.<br /><br />Il faudra s’habituer à ces « presque toujours », ces horizons funestes que laissent constamment planer les médecins, pesant chaque mot, la mort rodant toujours dans les ombres de leurs déclarations. « Le foie on attend de voir, on fait un bilan demain matin ». Plus tard j’apprendrai qu’à ce stade les médecins avaient parlé de greffe à mes parents, sans l’évoquer devant moi.<br /><br /> C’est une interne qui entre à son tour pour me dialyser. Elle semble avoir mon âge, elle m’impressionne et me plaît immédiatement. Des traits fins, des yeux verts magnifiques au dessus du masque chirurgicale. Des gestes précis, rapides et sûrs d’eux dans cette combinaison high tech et encombrante, de mise dans le bloc stérile. « Bonjour je suis XXX, l’interne de garde ce soir. je vais vous poser un cathéter fémoral. »<br /><br />C’est déstabilisant ce formalisme avec lequel elle s’adresse à moi. Je me dis que dans des circonstances différentes on aurait pu se sourire, se démasquer. On aurait pu se rencontrer autour d’un verre dans un bar à Ménilmontant, elle ayant un peu dévié de sa rive gauche - elle a la bourgeoisie dans les yeux - et moi m’étant fait traîner à contre coeur depuis notre île par Nadjim qui est en week end le mardi soir et a décrété qu’on devait s’aligner sur lui. On se serait tutoyé, elle aurait dit j’finis médecine, j’aurais dis j’finis mon gramme.<br /><br />Elle dit quand même « Qu’est ce que vous faites dans la vie ? ». C’est une question qui reviendra souvent, quasiment à chaque contact avec un nouveau soignant, et me mettra à chaque fois dans la même merde. L’erreur est de l’entendre littéralement, alors que ce qu’elle formule en réalité c’est « quelle place occupez vous dans la production sociale ? »<br /><br />J’ai envie de lui dire la commune ! Que je persiste dans mon être. Que je vis avec des métaphysiciens qui conjurent le chaos, des guerriers sans visages qui creusent des tunnels et des brèches autour du monde, préparent l’apocalypse en essayant de la précipiter. Que je suis musicien stratège, zonard de formation. Que je-on gratte les bourses des facs pour préparer des grands banquets auxquels tout le monde est invité. Que je-on visite les porosités des mondes visibles et invisibles, des mondes plus ou moins légaux.<br /><br />Je dis « J’essaye de m’organiser. » Tu parles ! Le type est déjà complètement dés- organisé d’un foie et deux reins. Je crois lire dans son regard une certaine circonspection. « Encore un branleur paumé qui rêve sa vie en merco. Il a même l’air de se trouver intéressant » semble-t-elle penser. La réalité se situe certainement quelque part entre ces deux points de vue.<br /><br />Je me permets de lui demander son âge. Elle a 26 ans, moi 24. Pour finir médecine si tôt, elle a dû tracer sa vie sans regarder derrière. Elle a dû comprendre très vite les enjeux, ce qu’on attendait d’elle et le cahier des charges qu’il fallait qu’elle remplisse. Je la regarde et je me pose mille questions sur ses questions. Comment a-t-elle décidé sans détour qu’elle passerait sa vie à faire des trous dans des corps ? A s’occuper de la viscosité des organes des autres, dans le sang et la peur, à sinuer dans les couloirs froids et inhospitaliers de l’hôpital ? Elle a dû sacrifier beaucoup pour ça. C’est pas comme si c’était l’usine à seize ans, elle a dû faire une sorte de choix. Abnégation chrétienne super - héroïnisée ? Un amour adolescent pour le docteur House ? Peut être pas, sans doute qu’elle a de bien meilleures raisons, ou alors qu’il ne faut pas chercher plus loin que la pure reproduction sociale, que la question n’existe pas sur l’autoroute du déterminisme.<br /><br />Écographie de l’aine pour trouver l’artère fémorale. La sonde glisse sur une sorte de lubrifiant gluant, à quelques centimètres à droite de ma vessie, cette dernière toujours câblée à une poche où je commence à apercevoir quelques gouttes d’un liquide orange sombre. Sur l’écran, je vois danser des masses abstraites en nuances grises. C’est fou comme rien n’a l’air solide là dedans ! Il n’y a que bulles en mouvement dont j’entends presque la musique poisseuse. Tu parles d’un corps, cet agencement complètement étranger et déstructuré dont je ne sais rien... Aïe sa mère ! L’aiguille a percé l’artère, dans le creux de l’aine, elle remue à l’intérieur pour chercher à bien s’y ancrer. « Ne regardez pas ». Je regarde : le sang pisse d’un jet puissant sur l’interne et je le sens couler dans mon entrejambe, jusqu’à se loger à intérieur de mon cul. Une flaque abondante et glacée. « C’est bon, c’est bon on y est ».<br /><br />L’aine est maintenant pénétrée par un large tuyau en plastique, que la doc relie à la méga-machine à dialyse. Cette dernière aspire mon sang en continu, le fait passer dans un rein artificiel de couleur bleu qui le nettoie et me le renvoie dans un deuxième tuyau parallèle, m’irriguant à nouveau. C’est mon nouveau meilleur copain pour un petit bout de temps, ce vampire en forme de juke-box.<br />La première nuit est vertigineuse. La porte se referme après qu’on m’ait déposé un plateau contenant diverses bouillies. Je fais un point sur la situation. Je me rends compte que je suis totalement immobilisé. J’essaye de me redresser légèrement sur le lit, j’ai toutes les peines à y arriver. Depuis que je me suis étalé au matin sur le brancard des urgences je n’ai pas réellement essayé de bouger. Je me suis laissé porter déplacer soulever manipuler anesthésier retourner perforer profaner j’ai dit oui et non et fait la liste des ingrédients de mon cocktail magique c’est à peu près tout. Je prend conscience que je suis paralysé du bas du corps et du buste. Je peux seulement bouger les bras et la tête. Eeeet la têêête, eeet la tête !<br /><br />Je suis ultra-connecté, un homme moderne ! Sur l’avant bras gauche, le cathéter avec réserve de sang pour faciliter les analyses. A creux de mon bras droit, l’aiguille qui me lie à la perfusion d’eau et de sucre qui continue de me réhydrater, au dessus presque à l’épaule le brassard de prise de tension qui s’active automatiquement tous les quarts d’heure, lui aussi relié à une méga-machine. Plus bas donc, le cathéter fémorale qui aspire mon sang depuis l’aine jusqu’à la dyalise, et cette saleté de sonde urinaire qui loge toujours dans ma bite, qui commence à me brûler terriblement quand je pisse trois gouttes de ce liquide incertain. Et sur mon gros orteil droit, tout au bout du lit, l’espèce de pince à linge électrique dont j’ignore la fonction exacte.<br /><br />J’ai le dos écrasé qui me brûle partout, impossible à bouger. J’habite une planète où la gravité est multipliée par dix. Partout autour des robots poussent des cris inquiétants, des bip bip et des tuuut qui me font sursauter. Un vrai concert de musique concrète, électro minimaliste trans-humanisée, featuring un Vjay qui envoie mes fréquences cardiaques en visuel. Scénographie léchée. Je suis humain augmenté, c’est mon devenir-cyborg ! Je suis docteur Octopus avec ses bras métalliques escaladant les building de Manhattan le cul dans le nez à Time Square. Puissance diminuée mais techno-remorquée, j’ai enfin une machine-organe. Dieu merci le progrès n’en est pas encore à nous soigner en bluetooth. Je suis complètement exalté. Enfin la libération ! Qu’est ce qui aurait pu m’arrêter sinon ça ? La mise en scène essaye de me faire croire que je suis malade, que c’est un moment d’une gravité absolue, mais je commence à comprendre que c’est tout l’inverse : la début de la possibilité d’une rémission. Là, avec trois organes vitaux sur six en congé, à 50% de vitalité observable, je fais l’expérience de la plénitude. C’est le Blast ! La première nuit de ma nouvelle vie, qui sera diurne et salvatrice. La maladie c’était avant, c’était la décennie que je viens de passer défoncé. A moi les levés de soleil ! J’ai hâte de me rencontrer. De commencer à devenir. C’est la fin d’un voyage et le début d’un autre : j’ai couru à toute allure vers mes propres frontières en ignorant mes territoires. Traverser des mondes sans jamais me sentir chez moi, voyager sans rien ressentir, it’s over. Je ne veux plus rien anesthésier, la douleur est salutaire. Je ne veux plus mentir. Je vais me raser la tête, devenir gros. Énorme ! Nager dans la mer pour tout nettoyer, affronter tout car je ne sais rien. J’arrive au début du désert et je m’apprête à le traverser. Je me sens en paix. C’est le début de l’effet cathartique.<br /><br />Un évènement plus prosaïque me fait redescendre sur terre : une infirmière entre pour me faire un lavement. N’ayant pas déféqué depuis cinq jours, ils ont décidé que je devais forcer la barricade. Elles s’y prennent à deux pour me tourner sur le côté gauche et m’enfoncer dans les fesses cette sorte d’énorme seringue qui injecte une vague de produit pour me liquéfier de l’intérieur. Elles placent une bassine en métal en dessous pour en récolter l’écume et me reposent par dessus. « Serrez les fesses pendant cinq minutes ». J’exécute. C’est radical : une dizaine de minutes plus tard, j’ai l’impression que c’est mon corps tout entier qui devient rivière. J’inonde. Ça empeste et je suis plus que gêné de devoir appeler l’infirmière pour qu’elle me libère de mon trône aquatique. Elle me torche le cul et je me dis que je ne sais pas de sa position ou de la mienne laquelle est la moins désirable. Sa main à l’intérieur de moi abolit mes dernières prétentions, je comprends que pour un moment il va falloir laisser de côté toute ambition à la dignité.<br /><br />La première nuit je ne ferme pas l’oeil une minute, le corps douleur et l’esprit zigzag. <br /><br />Le premier rayon de soleil est délicieux.<br /><br /> <br />&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; <strong>- JOURS 2 à 21 -</strong><br /><br /><br /></p><p style="text-align: right"><em>La drogue est un mensonge magnifique. <br />Dans l’adversité, l’issue la plus proche et la moins salutaire. <br />Le meilleur du pire de l’empire du divertissement. <br />La marchandise parfaite. <br />Walt Disney World dans les marges. <br />C’est la domination qui nous masse. <br />Le capitalisme qui nous masturbe. <br />Et moi qui jouit tranquillement.</em></p><p><em></em><br /><br />Lo avait ses fesses dans l’avion avant même que j’ai eu le temps de comprendre ce que c’était, des reins - parce qu’en dehors de vieux souvenirs de mon grand père se plaignant des siens, j’en n’avais jamais vraiment entendu parler. Elle a atterri à Roissy et puis elle est montée à l’arrière d’une moto-taxi pour tracer jusqu’à la porte de Montreuil, direction l’hôpital de la Croix Saint Simon. Quand elle est entrée les larmes sont sorties d’un coup, j’ai rien pu empêché. Lo, c’est la personne avec qui je ne peux que m’abandonner. Avec qui tout devient simple. Avant on était ce qu’on appelle un couple, reproduisant des formes qui ne lui sont pas propres, avec tout ce que ça implique de normativité, de névroses et d’exclusivité-trahison. Surtout, un rapport hétéro-patriarcal dans lequel trop souvent elle prenait la place du soin, et moi du risque. Une mauvaise balance dans l’écoute et l’attention dans laquelle j’ai été négligent, et l’ai fait souffrir. Honte aujourd’hui. C’était la sortie du lycée et ça a duré trois ans. A travers ça je crois qu’on a quand même réussi à devenir des alliés, et aujourd’hui pour ma part, en m’étant désaliéné, j’ai ré-appris à l’aimer. Chacun de nous deux vit ses amours, ses sexualités diverses, mais l’évidence reste que la priorité c’est nous. Chacun pour l’autre. On ne couche plus ensemble, au sens scolaire, mais nos corps font des noeuds dans la plus grande des proximités. On se pénètre autrement. Il n’est pas question ici de « relation non-exclusive polyamoureuse », ou je ne sais quelle autre rigidité de gauchistes, ces universitaires du désir qui veulent tout stratifier. Au sujet de qui nous sommes, Lo et moi, je préfère ne rien dire, ne rien instituer. La forme du lien, puisqu’elle est vivante, est en mutation permanente.<br /><br />Alors que sa mère est gravement malade et qu’elle doit s’occuper d’elle depuis deux ans, elle a sauté dans l’avion sans hésiter, pour passer d’un chevet à un autre. Elle s’assoit à côté de moi et tout s’apaise. Je jure que c’est la dernière fois que cette scène se joue.<br /><br /></p><p style="text-align: right"><em>On vous ment. Dieu est issu d’un laboratoire. Je l’ai rencontré. Il s’appelle C20H25N30, ou diéthyllysergamide. Il s’appelle diacétylmorphine, et 3,4 méthylènedioxy-N- méthylamphétamine. Il est connu sous plusieurs noms, mais règne sur un monde unique. Ses apôtres sont des chimistes et vivent dans des tours HLM, ils prônent une foi sans spiritualité. Quid des rencontres mystiques ? Nada, Queutchi ! L’Opium, c’est la religion du Bloom.</em></p><p><br /> -<br />On me transfère. Les résultats hépatiques sont encourageants : mon foie récupère. Direction la chambre 513 dans le service de néphrologie de l’hôpital André Grégoire, à la frontière entre Montreuil et la Boissière. Dans l’ambulance j’ai le droit au sermon de l’infirmière. « Vous avez eu de la chance ». Ouais.<br />-<br />Ambiance plus relâchée, plus sobre. Fenêtre bloquée, rideau cassé, lumières qui clignotent ambiance stroboscope. Je constate comme j’ai déjà pu le constater qu’il existe une gamme de couleurs caractéristique des lieux officiels du soin, de l’éducation et du bien être, qui produit le sentiment exactement inverse de celui qu’elle est censée provoquer. Les hôpitaux, les crèches, les maternelles et les centres d’addictologie ont en commun d’être recouverts de ces verts pastels, de ces oranges mornes choisis par des esprits maléfiques en burn-out qui ne savent plus comment déguiser l’ennui.<br /><br /><em>Green-washing de la dépression chronique de l’époque révélant la sensibilité défaillante d’un système de soin nécrophobe.</em><br />-<br />Le pire à ce stade c’est le dos, ils refusent toujours de me donner des anti-douleurs, ces derniers étant traités par le foie et les reins, trop faibles pour encaisser un doliprane. La blague ! Après toutes ces années de surcharges chimiques hardcore, l’homéopathie pourrait me tuer.<br />-<br /><em>Il y a la drogue en pente douce. L’anesthésie quotidienne. L’alcool, les benzodiazépines et les cigarettes qui adoucissent juste ce qu’il faut l’obscurité pour pouvoir s’endormir. Et puis il y a les pentes plus dures : les marathons. Les week-ends sans fin que les stimulants transforment en semaines où les jours sont des nuits les nuits des années où les poudres sont blanches les cailloux transparents qui s’enchaînent sans qu’on ne les distingue plus et encore et encore et boom boom la techno on ne danse plus c’est l’after de l’after chez des inconnus ils sont débiles je les supporte pas mais ils ont de la coke et encore deux ou trois phrases à articuler et puis quelques syllabes et puis plus rien du tout plus d’endurance fatigué au bout du corps je rampe je vomis je m’écroule et puis plus jamais ça j’le jure cette fois j’ai compris tu parles mon cul.<br /><br />Un de ceux là qui m’a amené ici.</em><br />-<br /><br /> Dans le brouillard, les premiers jours, j’appuie sans arrêt sur la télécommande qui appelle les soignants. Étant paralysé, je n’ai aucune autonomie et j’ai besoin d’aide pour me redresser, pour manger, pour monter la couverture sur moi qui est juste à mes pieds parce que j’ai froid, pour partir en quête impossible de cacas introuvables, et j’ai mal, j’ai mal et je les harcèle pour qu’ils me donnent de l’accupan, seul antidouleur auquel j’ai droit qui ne fonctionne qu’à moitié. Bref un vrai relou. J’ai été amené en ambulance direct dans la chambre et n’en sors jamais. Je divague à l’intérieur de moi même et au début j’ai à peine conscience d’être dans un service qui contient plusieurs dizaines de chambres et que je ne suis pas seul. Je met du temps à comprendre qu’il existe toute une économie de l’attention dans laquelle il faut la jouer fine. Laisser les infirmières s’occuper tout le monde, ne pas trop les saouler, autant pour elles que pour moi, puisque plus j’appelle moins elles viennent.<br /><br />Surtout, il faut capter que tout fonctionne ici selon un protocole rigoureux. Les médecins, les infirmières et les aides soignants n’ont pas les mêmes blouses, il faut les identifier selon la couleur de leurs habits : blanc pour les médecins, jaune canari pour les infirmières, vert pour les aides soignants. Chacun passe chaque jour à une heure précise pour effectuer ses taches propres et on ne peut pas poser n’importe quelle question à n’importe qui, à n’importe quel moment, sous peine de subir une rafale de mépris. Inutile demander un médicament à une infirmière, qui n’a rien le droit de prescrire, ou de signaler à un médecin qu’on ne m’a pas donné de couverts avec le plateau repas. C’est une aide soignante qui me donne le déclic quand je lui demande à quel moment je pourrai marcher : « Je vous amène un canari ! ».<br />-<br /></p><p style="text-align: right"><em>Je ne suis pas victime, je paye mes dettes. Toute cette non-aventure a été contractualisée. La drogue est une agence de voyage qui ne fonctionne qu’à crédit. La banque centrale des plans de relance à très court terme. Le plus insipide des guides touristiques, plus faux cul que ceux qui baratinent la bourgeoisie internationale dans l’ouest de paname.</em></p><p><br />-<br />Une nuit, je tombe sur une infirmière qui a dû mal lire mon dossier, elle est OK pour me filer un tramadol 50, dérivé morphinique contre-indiqué pour mon hépatite mais je saute sur l’occasion, peut être que si mon dos est soulagé je vais enfin pouvoir dormir, ça fait trois jours. Mauvais calcul. Le manque de sommeil, l’état de choc et la drogue font mauvais ménage. J’appelle Lo dans la nuit en panique, je sais pas trop ce que je lui raconte. J’ai des sales hallucinations, et pas du genre qui fascinent. Des formes psychédéliques se dessinent toutes seules dans mon esprit, des millions de détails d’une géométrie macabre qui tirent en rafales sur mes neurones, même les yeux fermés. Tout est liquide, tout coule. La chambre tourne sur elle même et chute dans un abîme intérieur. J’ai la gerbe. J’ai peur... et finis par m’endormir, enfin.<br /><br /> -<br />Apparemment, ils ont échangé mon nom et mon prénom aux admissions. Tout le monde m’appelle « Monsieur Simon ». C’est parfait, je me garde bien de toute rectification.<br />-<br />Un « pote » par sms : « Yo Simon j’ai appris ce qui t’arrive, j’espère que ça va aller. Sinon, j’ai besoin d’un plan GHB ou GBL pour un plan escort ce soir, t’aurais pas un contact ? ». Ça permet de faire un peu le tri, cette histoire.<br /><br />D’autres, beaucoup d’autres, desquels je n’attendais pas spécialement d’attention, manifestent leur amitié. Je reçois quantité de messages auxquels j’ai du mal à répondre, et sens une énergie énorme qui se met en place autour de moi. Ça me fait du bien et m’effraie un peu. Je commence à apprécier la solitude.<br />Des amis sont remontés du plateau de Millevaches pour me voir. « Monsieur Simon, de la visite pour vous ». Trop mignons tous les quatre qui entrent dans ma chambre en marchant sur des oeufs. On parle beaucoup, ça fait longtemps que j’avais pas autant parlé. J’ai du mal à suivre, je me perds un peu. Eux : le squatt, le potager, le bébé de C et T qui vient de naître, le mouvement contre les violences policières. Moi : la quête permanente des intensités et ses écueils, qu’on ne prête pas assez attention à la magie de notre organisme quand il fonctionne, qu’on devrait s’émerveiller de tous les pipis. Suite à ça je les vois tous, l’un après l’autre, aller pisser solennellement, le regard grave. Trop mignons. Avant de partir, H conclut : « Faudra le dire à Deleuze, le corps sans organe, ça marche pas ! ».<br />-<br />C’est la deuxième fois que je suis malade dans ma vie. Il y a quinze ans, j’avais fait de l’hyper-pression intracrânienne, une maladie cérébrale. Après sept ponctions lombaires et après m’avoir shooté à la cortisone pendant six mois à cause d’une erreur de diagnostique - ils pensaient que j’avais chopé la maladie de Lyme - ils ont finalement découvert qu’il fallait juste me faire pisser beaucoup pour évacuer mon liquide céfalo- rachidien. J’avais donc été mis sous diurétiques. Deux fois que je suis malade, deux fois qu’il faut juste que je pisse, alors que j’ai la réputation auprès de mes potes de pas pouvoir faire République - Gare du Nord sans faire une pause, à cause des canettes d’Heineken.<br />-<br />La sonde urinaire est devenue mon ennemie numéro un. J’ai développé un oedème sur le sexe, sorte de troisième testicule qui a poussé juste en dessous du gland, poche d’eau monstrueuse que je regarde le moins possible mais qui continue d’enfler. J’ai la bite à Elephant man. La tige de plastique à l’intérieur de la verge que je sens en permanence n’est pas le pire. Le pire c’est quand malgré moi je bande, la nuit souvent, et ça me réveille, cet espèce de boomerang difforme qui se dresse dans le désir et la douleur simultanément. Le pire c’est quand mes reins se décident à produire quelques gouttes d’urine, qui doivent passer par ce conduit pour aller s’échouer dans la poche en plastique que je garde à côté de moi, attendant plein d’espoir qu’elle se remplisse. A ce moment je hurle, littéralement. Je crois que j’ai jamais eu de douleur quantitativement similaire. Tout mon « arbre uro-génital » prend feu. Je crois que ma queue va s’arracher, exploser, qu’un bébé dragon va en sortir, mais rien d’aussi spectaculaire ne se produit. Seulement trois gouttes de pisse rouge sang. Moment terrible et merveilleux à la fois, puisque c’est le marqueur principal de la reprise de ma fonction rénale. Je sers les dents et exulte intérieurement. Pisse, Forest, pisse !<br />-<br />Mon voisin de la chambre d’à côté est obèse ET sourd ET claustrophobe. Qualités qui auraient pu me le rendre sympathique si elles n’étaient pas accompagnées d’un goût prononcé pour les émissions de télé les plus débiles. Résultat, toute la journée dès 7h du matin, il est étalé devant l’aquarium dont il règle le son au maximum en laissant sa porte ouverte en grand.<br /><br />Pour l’instant je suis seul en chambre mais le lit vide à côté de moi est menaçant. Un des cousins de l’autre pourrait débarquer.<br />-<br /></p><p style="text-align: right"><em>A l’aridité de l’existence métropolitaine répond la recherche frénétique de l’intensité. Dans sa forme la moins créative : l’extase. Une fête, une émeute ont conjuré le néant. On cherche à entretenir un feu à partir d’étincelles trop rares, jusqu’à la pire des parodies. Tout comme la publicité qui ne vend que l’intensification de l’existence, la drogue parle le<br />langage du vide. Elle le chante.<br /><br />Comment sauver l’intensité ? Comment reconstruire des ivresses authentiques, qui vaillent la peine qu’on se batte pour les défendre ?</em></p><p><br />-<br />L’hôpital est un dispositif qui génère son propre communisme. Entre patients on se regarde, on se reconnait. Sauf ceux qui ne voient plus, dont l’esprit divague. Pour des raisons différentes nous partageons une situation commune qui efface temporairement toutes nos autres appartenances. Nul compte en banque ne permet d’éviter les petites humiliations quotidiennes. On chie dans les bassines, on avale ce qu’on nous prescrit, on méprise les médecins qui nous parlent comme à des enfants passifs, on peste contre leur protocole. Prend garde monsieur, nos corps sont avachis mais nos âmes se redressent !<br />-<br />Si parfois j’ai la haine contre les infirmières, si elles me laissent dans la douleur plusieurs heures ou me parlent comme à un débile, je comprend surtout qu’elles font un métier impossible. Et qu’il y en a, des débiles, chez les patients. Je les vois arriver à 6h30 le matin pour celles du jour, et repartir à 19h. Trois ou quatre jours par semaine. 18h30 - 7h pour celles de la nuit. A deux par roulement pour s’occuper de tout le service. En plus de leurs tâches normales de prises des constantes, d’interventions médicales diverses et de livraison des repas, c’est chacun d’entre nous qui a tout le temps besoin de quelque chose, qui a mal aux cheveux ou juste envie de se plaindre. Et elles, toutes des femmes sans exception, racisées pour la plupart, assignées à ce rôle de soin, souvent pour des hommes qui n’ont aucune considération. Je les entends crier contre elles, exiger de l’attention. A partir du moment où je reprend un peu de forces, un peu mes esprits, j’essaye au maximum de me faire petit.<br /><br />Une infirmière que j’aime bien, la soixantaine et quasi obèse, que j’entends un matin à travers la porte parler à sa collègue qui lui demande comment ça va ce matin. « Oooh, ben comme un matin où j’ai dormi trois heures, hein ! Mon mari qu’a cru qu’il était un cochon toute la nuit t’sais - rrrrrrrrrrr, elle imite le grouinement d’un porc - j’avais envie de l’assommer ! »<br />Mais assommez, madame ! Assommez !<br /><br />Je n’en hais qu’une seule. Une nuit que j’ai besoin d’aller aux toilettes, je sonne. Elle arrive déjà vénère, je la sens pas. Je demande de l’aide pour me lever et cheminer jusqu’à la porte qui est à deux mètres. Elle va simplement chercher le déambulateur dans l’angle de la chambre et le pose devant moi en croisant les bras. Au prix d’une contorsion lente et douloureuse je parviens à me mettre debout et à agripper le déambulateur. Elle ouvre la porte des toilettes et se casse sans un mot, me laissant dans un équilibre plus qu’incertain avec ma poche à pisse dans les bras, paniqué. Saloperie. Je titube centimètre par centimètre jusqu’au chiotte - trois bonnes minutes -, hurle un bon coup quand sortent les trois gouttes rituelles, tire la chasse et parvient à revenir dans mon lit, avec le sentiment d’être Ulysse enfin rentré à Ithaque. Et là malheur, j’ai oublié d’éteindre la lumière des toilettes qui m’éblouit et m’empêchera sans doute de dormir toute la nuit. Avec appréhension, je rappelle donc l’infirmière. Elle pète littéralement un plomb : « Monsieur vous nous manquez de respect là ! Y’a pas que vous ici ! Vous allez apprendre à nous respecter maintenant parce que moi j’ai pas que ça à faire, merde ! » Avec dans le ton une malveillance absolue. Je sens dans son regard qu’elle me méprise au plus haut point, que je ne suis à ses yeux qu’une petite chose fragile et répugnante. C’est ça, je la dégoûte ! Elle m’a agressé. Je reviendrai lui faire du mal.<br />-<br />&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<strong>Petite rétrospective</strong><br /><br />Premier souvenir de drogue : j’ai 7 ans. On me donne un somnifère parce que je fais des insomnies. Mais je refuse de dormir et rapidement, un effet euphorisant arrive, foudroyant pour le gamin que j’étais. J’adore, je suis mort de rire et complètement sous le charme. Le lendemain c’est Noël et je gâche le dîner de famille en faisant ce que je considère rétrospectivement comme ma première crise de manque. J’ai le singe, comme disent les Italiens. Je hurle, je pleure, j’en veux encore. Mais mon père, toxicomane sous méthadone depuis plusieurs années, analyse vite le problème. Hors de question, au lit ! Misère.<br /><br />Première ivresse, 12 ans : au Pays Basque , une bande de « grands » de 18 ans qui font des paris entre eux pour savoir au bout de combien de gins tonics je serais torché. Ils me servent verre sur verre et en moins de 10 minutes, je dois en boire sept ou huit. Ils partent en soirée et me laissent derrière. C’est une révélation : j’ai trouvé ma voie, ce que je veux faire dans la vie. Je suis ivre mort.<br /><br />Premières cigarettes, 12 ans : avec une fille de 15 ou 16 ans qui se la raconte un peu et m’impressionne. Elle me parle de ses soirées, de sexe. Des pétards. Elle m’achète mon premier paquet : des Fortuna rouge, 4,80 balles à l’époque ! Je me mets très vite à un paquet jour.<br /><br />Premier pétard, 13 ans : avec une fille, Emma, dont je suis fou amoureux - une Italienne avec qui quelques semaines plus tard on « fuguerait » une semaine chez elle à Vintimille, rejoindre son père lui aussi toxicomane. On est dans un parc et je lui fais croire que je suis un habitué. Quand la première taf me brule, j’étouffe mon étouffement et fait le connaisseur : « Ouais, pas mal ».<br /><br />13/14/15 ans : Déscolarisés, on fait ça avec plusieurs amis successifs - Zakaria, Nacim, Camille - sur plusieurs périodes : on fait la manche le matin - non pas que je sois miséreux mais à ce moment là en rupture avec ma mère et tout ce qui ressemble à une institution - on achète du shit et des clopes, un kebab chacun. On sniffe des trucs obscurs et pas chers : du déo, du détergent, et le must, de l’eau écarlate. Pour 2,50 euros la bouteille, tu shoot une famille pendant trois jours. On remplit des paquets de clopes en moins de trente minutes en taxant autour de Ménilmontant et on mélange de l’alcool fort de basse qualité avec des sodas sous-marque.<br /><br />Première coke, 15 ans : on s’est cotisés pour un gramme à 70e. On sait pas doser, on est quatre donc on coupe en quatre, et hop plus plus rien. Sensation d’être électrifié tout en nageant dans la douceur. Heureusement que l’effet s’arrête au bout de 30min et qu’on avait tout tapé : on était en route pour aller se faire tatouer.<br /><br />16/17 ans : « We jammin’ we jammin’ we jammin’ we jammin’ ». Toujours déscolarisé.<br /><br />Premier exta, 17 ans : Trois jours de fête sans dormir sur les plages de Crête. J’ai rencontré Roonie, un Anglais dont le père s’est tiré avec une fille et a laissé son fils sans un rond mais avec un sac plein de MD en lui disant démerde toi, ça part bien ce truc dans le coin. Du coup on devient potes, et du coup il arrose. Là c’est le basculement : en rentrant en France s’ensuivent la première kéta, la première héro, le premier acide et les premiers champignons. Et tous ceux qui suivront.<br /><br />17/18/19/20/21/22/23/24 ans : Toutes les merveilles précédemment citées et dans tous les sens. Paradoxalement, c’est aussi le moment de ma réintégration sociale. Je découvre le lycée, obtiens un bac, travaille un an comme animateur socio-culturel puis m’inscrit à l’université. <em>Au début, la drogue m’a tellement aidé.</em><br />-<br />Je suis dialysé trois fois par semaine. On m’emmène chaque fois dans une vaste salle équipée de dizaines de vampires machiniques. Tous ceux qui sont là sont en insuffisance rénale chronique, sont des dialysés à vie ou en attente de greffe sur des années. Miroir peu rassurant : c’est ce que je risque. De devoir venir dans cette salle toute ma vie, trois fois par semaine pendant quatre heures me faire sucer le sang. Une fois branché, on ne bouge plus. On parvient à lire pendant la première heure puis on s’écroule, épuisé. Toujours cette sensation que la gravité augmente. Après ça, toute la journée, on est ce qu’ils appellent « fatigué ». Mais ça n’a rien à voir avec de la fatigue. On a le poids d’une montagne sur le corps. Parfois je ne peux plus rien articuler. Bon. Il paraît qu’à long terme on récupère mieux son énergie, et c’est vrai que j’en vois certains bondir hors du lit une fois débranchés, et repartir courir leur vie. On m’explique aussi que certains sont dialysés chez eux, que différents dispositifs existent. Qu’on peut vivre. Mais quelle vie ! Un jour sur deux foutu, impossible de s’éloigner, sauf à rigoureusement préparer son admission ailleurs. Fini l’impro. Restrictions alimentaires, liquides, médicamenteuses, obligation d’un contrôle total et de chaque instant de tout ce qui nous affecte. Fatigue permanente. Je les vois, pour la plupart, maigres, rachitiques, le regard angoissé et le dos plié, rabougris. Beaucoup d’amour sur eux. Beaucoup d’amour.<br /><br /> On m’explique que si je sors de l’hôpital et que je dois rester dialysé, ils enverront, trois fois par semaine, une ambulance pour venir me chercher chez moi et me ramener après. Je me dis que c’est fou ce que peuvent une carte d’identité française et une carte vitale, quand on sait le nombre de personnes obligées de s’exiler à cause d’une insuffisance rénale, en quête d’une dialyse gratuite sous peine de mort imminente.<br />-<br />Je commence à reprendre des forces. À marcher même. Hier, quelle aventure, je suis allé au bout du couloir. La kiné a dit que bientôt je pourrai descendre les escaliers. <em>Can’t wait</em>.<br />-<br />La musique me manque. Le sexe pas du tout. D’une manière générale, la musique m’a toujours apporté plus de satisfaction que le sexe.<br />-<br />J’alterne des moments de grande déprime et de grande excitation. L’effet cathartique continue de faire son boulot et le sevrage aussi. Au bout de deux semaines sans alcool, c’est la révolution dans mon esprit. Je n’ai jamais eu les idées aussi claires. Je lis, écris, fais des plans sur la comète, organise mes plans de bataille, prépare la guerre qui s’annonce. Parce que je sais qu’ici c’est facile, de ne rien consommer, et que ma sobriété n’est due qu’à un concours de circonstances. Que tout se jouera après. Néanmoins j’éprouve beaucoup de satisfaction, et un grand calme.<br />-<br />La drogue est tristement devenue indissociable du sexe, et inversement. J’ai commencé à adopter le chemsex, cette pratique qui consiste à prendre des drogues et avoir des rapports sexuels en même temps pour augmenter exponentiellement le plaisir des deux. Cette dernière année, combien de soirées qui ne pouvaient pas se terminer avant que j’ai trouvé une partenaire pour rentrer et partager ces longues heures d’extase ? A défaut, quand ça ne marchait pas, ces longues heures de masturbation et de drogue en solitaire, et ces réveils plein de dégoût et de haine de soi. Glauquissime. Le sexe est tellement bon sous stimulants qu’il est devenu pas évident d’être stimulé sans. Cette dernière année, mes quelques coïts sobres étaient sans saveur. Ça fera partie de ma rééducation.<br />-<br />Il faut tuer le temps. Je suis tombé sur la série Vikings. C’est incroyable de sexisme rétrograde et de virilisme commun. Pas un personnage féminin qui ne soit là pour densifier un personnage masculin : l’admirer le soigner le conseiller l’épouser le faire jouir l’attendre le consoler. A l’exception de certaines guerrières arborant tous les attributs de la virilité, certainement censées représenter des personnages de femmes fortes et émancipées mais ne dévoilant finalement que les fantasmes masculins de leurs scénaristes.<br /><br />On regarde pour le héro, Ragnar Lothbrock, la série ne tient que par là. Le type a conquis l’Angleterre et la France juste avec ses yeux bleus et son triceps. Mais j’avoue, je craque un peu. Je regarde pour le voir, parce qu’il est magnifique. Juste ce qu’il faut de mystère pour m’obliger à cliquer sur « épisode suivant », parce que je veux le connaître, qu’il arrête de me torturer avec son sourire en coin. Je veux qu’il me regarde à son tour. Ai-je du désir pour lui ou est-il une transposition narcissique de moi même ? Quelle est la nature de cette jouissance masturbatoire que j’ai à le contempler ?<br />-<br />Quelle douceur ce matin, illuminé par les promesses de l’aube, l’esprit plus clair qu’à d’innombrables autres réveils.<br /><br />J’entends Montreuil murmurer que la vie sera longue, que le futur est de retour.<br /><br />Je découvre un fait étrange : le temps semble être une entité continue. C’est à dire qu’entre les jours il existe un chemin, un passage. Un sentier certes sinueux et terrifiant mais qui m’amène au prochain aurore, indemne.<br />Moi qui avait toujours cru que le monde mourrait chaque fois, pour renaître chaque jour encore plus fragile, sans doute jusqu’à disparaître totalement dans quelque flaque inodore.<br /><br />Je découvre ce matin la nuit. Comme elle est longue ! Comme elle est belle et juste ! Alors que mon corps se désintoxique, vomissant toutes ces nuits qui n’en n’étaient pas, obscurités gesticulantes sous les pluies acides.<br /><br />Je suis apaisé.<br /><br />Je me rappelle ce que j’avais oublié : RIEN N’EST FINI, TOUT COMMENCE !<br /><br /> -<br />Je croyais que j’étais devenu débile, que mon cerveau était foutu. Détruites les cellules, disparues les connections neuronales ! Mais elles reviennent massivement et mon esprit devient une machine à produire des formes et du sens. Je ne peux plus dormir l’usine s’emballe je n’arrive plus à la saboter. Mauvais toto ! Je pensais que je ne penserais plus mais c’est juste que je ne pensais plus à penser ! Je suis comme Bruce tout puissant qui ayant trahi le devoir de Dieu en négligeant les prières des fidèles se voit envahi par elles et ne sait plus les ordonner. Il les transforme en post-it, j’essaye de les transformer en phrases. C’est toutes les années d’amnésie à écarter les problèmes qui reviennent se venger, organisées comme jaja en bataillons déterminés. Elles ne me laisseront plus l’occasion de fuir. C’est la guerre ! C’est un flux sans fin. Un sacré bordel. Mon abstinence sexuelle forcée qui en rajoute une couche. Mes nuits sont tourmentées par des délices pervers, c’est mon inconscient qui ne sait plus où foutre le foutre et qui appelle de ses voeux l’orgasme que je lui refuse. Vivre c’est bander, après l’amour on dort. Vertige : envie insoutenable de sauter dans le vide qui cohabite conjointement avec la terreur de le faire. Je suis menace, prêt à tout. Je suis volcanique.<br />T’es complètement hystérique ouais ! Allez, un Xanax et au lit.<br />-<br />Depuis que mon foie a montré des signes de rémission, cette crypto cure de désintox est devenue une potentielle orgie de drogues. Les médecins ne sont pas addictologues et j’ai le droit à absolument tout ce que je veux. Il suffit que je dise que j’ai mal quelque part pour qu’on me donne du Tramadol, que je suis angoissé pour qu’on me donne du Xanax, que je n’arrive pas à dormir pour qu’on me donne du Valium. C’est fou, accès permanent et illimité aux psychotropes légaux, le tout remboursé par la sécu et sans avoir besoin de fouiller les ruelles sombres. Il faut que je commence à m’auto-réguler et combatte le singe en moi qui en veut toujours plus.<br /><br />Je garde certaines habitudes. De la même manière qu’il fallait toujours qu’il y ait à disposition une bouteille de vin pleine quelque part, même sans y toucher, pour rassurer mon singe, je prends des demi doses et cache un peu partout des demi Valiums, au cas où je tomberais sur une infirmière mal lunée qui déciderait que j’en demande trop. Je suis un écureuil qui planque des noisettes dans son arbre, en prévision des coups durs.<br />-<br /><em></p><p style="text-align: right">Les problèmes de drogue sont des problèmes inintéressants. <br />Ils se placent en écran entre soi et l’intérêt qu’on pourrait porter au monde. <br />Un petit voile misérable qui donne à l’existence un aspect fantasmagorique. <br />Une vie vautrée dans le plasma.</p><p></em><br /><br /> -<br />Ils décident de changer mon catétaire dialyse pour que je puisse gagner en mobilité, vraiment me mettre à marcher. On me renvoie en service de réanimation pour l’intervention. Encore une fois je tombe sur une interne et c’est sa première. Il s’agit de percer l’artère jugulaire, dans le cou, pour y mettre un nouveau tuyau, et de m’enlever celui à l’aine. Le couteau sous la gorge. Quand je lui demande si elle maîtrise, elle balance sa main d’un côté et de l’autre en se pinçant les lèvres, genre « plus ou moins ». Ce qui devait durer 10 minutes dure 1h30. Elle perce au mauvais endroit, puis n’arrive pas à percer l’artère. J’ai le visage recouvert d’un tissu stérilisé lui même recouvert de sang, je ne vois rien. Finalement, son supérieur prend la main et fait ce qui doit être fait.<br /><br />Je suis paralysé du cou pour deux ou trois jours. J’attend une heure encore que le brancardier arrive pour me remonter.<br />-<br />C’est la dialectique autonomie - dépendance qui opère dans le corps comme dans la lutte.<br />-<br />J’ai beaucoup d’absences. Tout à l’heure après avoir mangé je suis allé dans la salle de bain pour me laver les mains. J’ai bien mis deux minutes à me rendre compte que je me lavais les dents.<br />-<br />On ne nous implique pas du tout dans le processus de guérison. On pourrait rester allongé sans rien dire à espérer guérir. Le dispositif hospitalier est complètement infantilisant. On nous donne des cachets sans prendre la peine de nous dire de quoi il s’agit. Il arrive même que quelqu’un entre et vous pique sans vous expliquer pourquoi. Je saoule les médecins avec mille questions que je consigne dans mon cahier pour ne pas les oublier, les pensées étant tellement fuyantes ces temps ci. Je veux tout comprendre, j’essaye d’avoir le plus possible de maîtrise sur la situation et les médecins n’aiment pas ça.<br />-<br /><br />L’addictologue de l’hôpital passe. Elle me regarde gravement derrière ses grandes lunettes carrées et son masque. Une voix qui se veut douce et rassurante qui me parle comme à une brebis égarée. « Comment ça va ? » « Ça va oh ! »<br />Elle m’invite à poser des questions. C’est bien la seule alors pourquoi pas mais je la préviens : si je commence à poser des questions je peux devenir chiant. Est ce qu’elle a des réponses déjà ?<br />- Posez toutes les questions que vous voulez<br />- Qu’est ce qui caractérise spécifiquement une drogue ? C’est quoi l’addiction ? Le cerveau est une machine psycho-stimulée par tous les détails du monde. Il sécrète des endorphines au contact de n’importe quel plaisir. L’amour, le sucre, l’aventure, une tasse de café au réveil, le chant des oiseaux sur le lac du Chammet, le regard de Loretta qui comprend tout. Toutes ces substances meuvent en moi des neurotransmetteurs. Décharge d’adrénaline, libération de sérotonine. Je crois qu’il est impossible de trouver une « ontologie » des drogues du point de vue de la psycho- activité. On pourrait dire que la drogue est essentiellement un agencement juridique, sémantique et répressif situé dans une structure sociale déterminée. Il y a des gens qui retrouvent Cyril Hanouna tous les soirs comme on ouvre une bière. Si on prend l’exemple d’une rupture amoureuse, le sentiment de manque n’est il pas complètement caractéristique d’une drogue ? On pourrait dire que l’addiction c’est l’ensemble des habitudes, des affections dont quelqu’un a besoin pour tenir debout - mis à part les nécessités vitales, manger boire dormir. En quoi suis-je plus un drogué qu’un autre ?<br />- Vous voyez bien dans quel état vous vous retrouvez. Les drogues sont les produits qui affectent de façon nocive et directe votre vie psychique et votre organisme.<br /><br />Super.<br />-<br />Je développe des réflexes de défense contre les infirmières qui me parlent comme des maîtresses d’école. Un jour, parce qu’en deux semaines d’alitement j’ai complètement fondu et qu’il faut que je me muscle, je suis en position de gainage au milieu de la chambre. L’avant du corps posé sur les avants bras et l’arrière sur le bout des orteils. Au moment où je lâche et mes genoux touchent le sol, une infirmière entre. « Monsieur Simon, mais qu’est-ce que vous faites ?! », « La prière, madame, la prière ! »<br />-<br />Mon oedème au sexe est devenu surdimensionné et invivable. Elles n’ont jamais vu ça dans le service, une horreur pareille, et ne savent pas quoi faire. Il faudrait faire remonter la peau au-dessus du gland mais elle est coincée en dessous du monstre et mes propres tentatives échouent, trop douloureuses. Elles font venir deux urologues qui « par chance » sont dans le coin. Ils disent pas de problème. Comme c’est très inhabituel pour le service, les médecins décident que c’est d’intérêt publique que les infirmières viennent voir comment ils procèdent. Et voilà que deux néphrologues et deux infirmières arrivent pour profiter du spectacle. Six médecins les yeux rivés sur ma bite et moi focus sur le soleil qui se couche loin sur Montreuil, je tente de faire en trois minutes ce qui est le travail d’une vie - faire le vide, atteindre l’éveil, trouver le Bouddah. Les deux urologues commencent une sorte de massage pour faire remonter l’oedème et sortir l’eau. Je mords mon poing, mon bras, tout ce qui est à porté de mâchoire. « Vous voulez qu’on fasse une pause ? » Non bordel allez y qu’on en finisse. Au bout de dix minutes la bataille est gagnée. Je souffle, trempé de sueur. « On va devoir vous circoncire Monsieur Simon ». Ma mère va être contente, elle va pouvoir appeler le rabbin et revendiquer ce qu’elle a toujours été convaincue d’être : une mère juive.<br />-<br />Je parle avec ma mère de mes lectures. J’évoque, avec prudence, combien Preciado me fait du bien et ouvre des possibles qui entrent en résonance avec mon sexe mutilé, dévirilisé. Sa perspective queer de désidentification, de désertion de l’identité me permet d’envisager des formes de démasculinisation, de construction d’une subjectivité autre, composée, multiple, joyeuse. Des mots qui permettent, et qui dores et déjà ont bousculé mon genre. J’ai plutôt eu l’habitude d’être confronté par des féministes à une permanente assignation. Je suis un homme cis, et c’est gravé dans le marbre sociologique. L’opération « d’allié » consiste alors à identifier en soi les comportements oppressifs, et à les annihiler. Il s’agit d’une soustraction dans l’être. Hors j’ai l’impression que pour affronter en moi la tentation du privilège, j’ai besoin de construire une perspective désirable, une nouvelle subjectivité qui subvertit l’oppresseur, le destitue. En même temps, il est trop facile de se fondre dans une abstraction, il faut savoir d’où on parle et où le patriarcat nous situe. Identifier les matérialités du rapport de force, social et intérieur. Ce n’est pas parce que le genre est une construction aliénante sans véritablement de fondement biologique qu’il suffit de décréter sa propre non- appartenance, ce serait nier l’évidence. Ce serait invisibiliser une nouvelle fois le discours de celles et ceux qui sont assignés femmes, et l’oppression spécifique qu’ils et elles subissent. Comment construire des lignes de fuite ? La masculinité, si elle occupe la place privilégiée dans le système sexe-genre, est tout autant assignation, normativité et mutilation du point de vu du corps singulier, et de la subjectivité en devenir. Comment construire un lieu où le libre jeu des formes-de-genre puisse s’exprimer, sans étouffer les différences ? L’identité peut elle être à la fois solide et soluble ?<br /><br />J’ai pensé à voix haute et j’en ai trop dit. Ma mère, prenant comme toujours le parti de mes études : « Mais, Simon... Tu vas pas devenir une femme ?! Non. Tu vas devenir : ingénieur du son. »<br />-<br />Il va falloir un certain temps pour que mes yeux ressortent de leurs orbites. Ce sont des troglodytes, ils ont creusé des galeries dans mon visage et semblent se méfier de tout regard.<br /><br /> -<br />Je marche seul dans l’hôpital la nuit. Après 20h tout est désert, même plus personne à l’accueil. On dirait que c’est abandonné depuis un siècle. Étrange sentiment de liberté post-apo à traîner mes pattes à la vitesse d’une tortue dans un silence de mort, un silence pandémique. Je ne vais pas jusqu’à dire qu’il n’y a « pas un chat » parce que justement, seule âme qui vive, beauté absolue, merveille noire et blanche d’une symétrie type yin et yang, je me suis fais un ami félin. Ensemble nous avons fait un pacte et créé une société secrète : <em>la camaraderie des rôdeurs nocturnes aux pelages ambigus</em>.<br />-<br />Je suis englué dans mon père. Peut être comme tous les fils. Mon rapport aux drogues est hanté par le sien. C’est d’une clarté absolue. Hanté par l’admiration que j’ai voué à son travail, à ses dessins, à son humour et à sa solitude.<br />Le topo : comme souvent dans les couples hétéros modernes, après la séparation de mes parents quand j’avais sept ans, ma mère a pris en charge le réel. C’est à dire le temps plein le toit la bouffe l’école l’argent, ce genre d’inévitabilités. Et j’allais chez mon père le week-end, de temps en temps, profiter du temps libre et jouer avec lui. C’était plus permissif, moins anxiogène. Il habitait un atelier dans le quartier de belleville, tout en bois et en taches de peintures, rempli de petites choses partout, de photos de dessins d’objets de merveilles de livres et de couleurs. Une odeur sans équivalent de tabac froid et de transpiration qui reste encore aujourd’hui pour moi la plus agréable qui soit. Une odeur de liberté dans les sinus de l’enfant que j’étais. Artiste solitaire et totalement engagé dans son oeuvre, dessinateur brillant, lecteur assidu de Debord et des situationnistes, il vit son insurrection seul, au stylo et au RSA. Refus du travail salarié, refus du monde. Un peu de tout puis surtout héroïne puis surtout méthadone. Voilà mon héros, mon modèle, mon talisman. Adolescent, la brulure en moi qui nourrit ma colère et mon inadaptabilité. Je sais alors que la vie qu’on essaye de me faire vivre est un mensonge. Que la vie réelle, comme aiment dire les situs, est autrement plus intense. Elle est faite de beautés et d’extravagances, de mots d’esprit, de long discours sur les mensonges spectaculaires-marchands, d’odeur de tabac froid, et inévitablement, de drogues. Voilà je crois comment se noue la certitude inconsciente que la drogue fait partie du salut.<br /><br />J’ai mis du temps à comprendre le revers de la médaille. Son manque de fiabilité, sa fuite. Sa méchanceté, ses problèmes d’égo. Et sa faiblesse, dont la drogue est à la fois cause et conséquence. J’ai mis du temps à comprendre le travail exemplaire de ma mère, protectrice dans l’ombre quand j’étais face au chaos. Néanmoins, je suis fier d’être son fils de façon irréductible. Tout chez lui m’habite. Son regard, sa malice, ses faiblesses. Je ne connais rien d’aussi beau que ses dessins.<br />A la fois pour ne rien oublier de ce qui se passe et me souvenir du danger, et pour arborer fièrement cette filiation, je viens de lui demander de me dessiner une machine-organe, pour me la faire tatouer. Pourtant je n’ai pas de tatouages et suis assez méfiant à leur égard. Il n’y a qu’une forme-de-lui que je voudrais inscrire dans ma chaire, finalement, pour rendre visible ce qui est déjà là.<br /><br /> -<br />Décilitre par décilitre, chaque jour la jauge urinaire augmente. Ça va aller. Mes reins récupèrent. On commence à me parler d’arrêter la dialyse. Je vais sortir. Une date est fixée. Je ne suis pas guéri mais je peux être convalescent chez moi, il n’y a plus de risque immédiat et je coûte cher à l’État. Dommage, je commençais presque à apprécier. Ne rien faire, être seul comme je ne l’avais pas été depuis longtemps, sentir mon corps se recomposer, composer, lire, tenir ce journal de confinement...<br />-<br /><em>Bien sûr que la drogue n’est pas que néant, mensonge et bras soporifique du capital. Bien sûr que je la vomis, que j’ai besoin de la vomir.<br />Bien sûr qu’elle est merveilles et voyages. Surtout, qu’elle déplace. Elle bouge le cul des trop sûrs d’eux, remet en perspective. Elle désidentifie. Déstructure certitudes, appartenances et orientations sexuelles, propulse vers des possibles insoupçonnés. Elle fait nager dans ciels profonds ou voler dans des océans infinis. Elle permet la rencontre, réuni des bandes, accompagne l’amour. Donne la force d’affronter l’inafrontable, troque la faiblesse contre le courage ou détend l’hyper-activité. Tout ça est vrai et tout l’inverse aussi. Elle est source d’aventures ambivalentes. Ses forces sont aussi ses faiblesses. Certaines drogues nous affectent durablement, et il faut qu’elles soient accompagnées de travail, de rituels et d’attention. C’est une affaire sérieuse. Certaines ouvrent à des mondes complexes dans lesquels il faut savoir manoeuvrer, trouver son chemin dans le labyrinthe pour atteindre l’absolu en son centre. Chaque substance a son langage, ses possibles et ses écueils. Ce qui est destructeur, c’est une manière de s’y rapporter. C’est ce que les occidentaux en font, comme marchandises, comme milieux et finalement, comme drogues. Parce que rien n’est drogue en soi. Il y a des substances et des usages, des affects qu’on crée avec elles. La substance n’est qu’un élément d’un rhizome plus vaste, et ce n’est pas elle qui porte le coup fatal.<br /></em><br /> <br />&nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp; &nbsp;<strong> - Jours d’après, peut-être -</strong><br /><br /><em>Te es Brumien - né au pays de Brume, où tous les êtres et toutes les choses sont sans contours. L’ennemi intérieur, le terroriste, est insaisissable. Vous êtes en guerre avec la vapeur. Dans cette lutte, tous les êtres et toutes les choses essayent sans relâche de prendre forme. De devenir. Mais l’inconsistance des sols embourbe toute tentative d’enracinement. Vous instituez dans les sables mouvants. Au milieu de la fumée, il y a les fumistes - ceux qui se donnent une forme-de-forme. Ils brillent quelques secondes d’un éclat terne puis rechutent dans l’hébétude dont ils étaient issus. Icarre.<br /><br />Ils chantent soleil ardent mais brûlent flamme faiblarde. Où est chaleur constante ? Densité continue qui pèse le poids du pour-toujours ? Aime ! S’il te plaît. Applaudis toi mais pas trop fort. Écoute. Cris de rage impuissants des êtres intensifs, ils veulent trop vite le monde mais le monde se refuse à eux, alors prophétisent sa fin. À peine humides se croient tsunami. L’apocalypse ne se surfe pas. Concentre toi sur le sang qui circule dans tes artères, irrigue ton coeur. C’est lui ta vague. Pour inonder ta vie et submerger ton ennemi, concentre toi sur l’hémoglobine. Celui de la mère qui abreuve, celui de l’ami qui coule dans la bataille. Prends soin. Le communisme est tout proche. Primitif.<br /><br />Marche sur ligne de crête. Ne laisse pas ton corps se répandre, mais cherche à gagner en amplitude. La crise de la présence n’est pas une crise de l’affirmation. Prends le temps. Ressens chaque centimètre, chaque seconde - grandes enjambées n’amènent nulle part. Rampe. Complote avec les insectes, lie toi aux détails. Construis machine de guerre micro-bactériologique. Nulle besoin de pénétrer, traverse ! Et sois traversé. Sois mille en restant un. Investis des territoires sans les envahir, la cartographie est un travail intime.<br /><br />Chie du caca en forme de voilier, deviens anus-sculpteur. Toute la merde dans ton ventre est carrière de pierres précieuses. Creuse les galeries qu’il faut pour trouver saphirs et rubis, sans t’exploiter. N’exige de toi aucun rendement, aucune performance. Ne laisse pas ton regard sur le regard de l’autre te tyranniser. Tu n’as aucune valeur et pourtant toutes ces richesses. Communise les sans te trahir, sans te perdre dans le flux terrible de la communauté. Appartiens toi.</em>]]></description>
<slash:comments>8</slash:comments><pubDate>Mon, 24 Apr 2023 11:47:59 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[Le "pourquoi" du "comment" de l'addiction / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/Le-pourquoi-du-comment-de-l-addiction_7203_1.html</link>
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<description><![CDATA[<em>Contexte : je réponds à un ami avec qui nous entretenons un dialogue &quot;littéraire&quot;.</em> <br /><br />J’ai un peu de mal avec la tournure de ta phrase. Si je comprends bien en somme, tu me demandes : qu’est-ce qui est en jeu dans ma consommation massive de drogues diverses que je mélange comme un chimiste fou ?<br /><br />Il y a plusieurs hypothèses, formulées par moi ou par toutes sortes de gens plus ou moins compétents plus ou moins habiles sur les question d’addictologie. Peut-être suis-je plutôt qu’un chimiste : un alchimiste. <em>À la recherche d’un remède universel qui soignerait tous mes maux, à la recherche de la pierre philosophale.</em> Parce que se droguer c’est se soigner. C’est un rapport paradoxal d’auto-médication autodestructrice. La substance vient se poser sur des plaies. C’est parce que je ne supporte plus ma réalité qu’il m’ait devenu insupportable d’y survivre sans produit. C’est un fait universel chez les toxicomanes, nous somme tous des traumatisés. Ça, je l’ai appris lors de la dernière cure de désintox que j’ai fait - la quatrième en deux ans - dans l’hiver froid de la Picardie. Là, on était vingt-cinq et en plus des groupes de parole matin et après-midi on écrivait chacun notre autobiographie qu’il fallait lire devant tout le monde - on appelait ça les récits de vie. Et donc, de récit en récit, un fait s’impose : tous parlent dans leur enfance de viols, d’humiliations, de maladies graves, de familles dysfonctionnelles, de parents qui consomment aussi de la drogue… La liste est longue. Et tous, donc, nous venons guérir nos cicatrices, les symptômes psychiques et physiques qui découlent des traumatismes. <em>Je suis mon propre médecin dans un monde où la médecine est bien incompétente face à ma maladie.</em> De là peut-être le fait que certains puissent consommer occasionnellement sans conséquences trop graves pour leurs vies et que d’autres et moi tombons dans la dépendance. Ça dépend de là où la substance s’infiltre dans l’esprit. Si elle vient tout soigner dans ta vie, tu es bien parti pour être dépendant.<br /><br />Deuxième hypothèse, approuvée par les urgences psychiatriques de Saint-Anne - où je me suis retrouvé la semaine dernière après une overdose de GHB - et par mes deux meilleures amies, l’hypothèse de la dépendance comme suicide à petit feu. J’aurais inconsciemment envie d’en finir et je m’y prendrais très bien pour atteindre très vite cet objectif - d’overdose en overdose, j’ai frôlé la mort un certain nombre de fois. Je ne crois pas que je sois suicidaire. J’aime la vie. Je crois juste être peu soucieux de la mienne et que j’oublie le danger, entretenant un déni titanesque qui me colle au cul comme le chewing-gum sur la chaussure. Je ne sais pas prendre soin de moi, c’est un rapport au monde qui m’est totalement étranger. Aucun respect pour la survie, aucun plan de carrière, aucune projection à long terme. Je ne sais pas me dire « Ça suffit, tu as assez traîné dans cet after où il y a toutes sortes de drogues et où tu baises sans capotes avec des étrangers, rentre chez toi mange quelque chose pose toi devant un film et profite du bon repos, du sommeil réparateur. » <em>Je ne me répare pas</em>. Voilà, je pourrais gloser à l’infini sur ce sujet du « pourquoi ». Et il y a d’autres hypothèses, que je t’exposerai peut-être plus loin. Mais la question la plus urgente est le « comment ». Comment ne pas mourir d’ici ma prochaine cure dans un mois et demi. Comment maintenir des amitiés qui n’en peuvent plus de moi et de ma consommation - j’ai si peur de me retrouver seul. Comment assurer la tournée de mon livre en février sans tomber dans les pommes dans une librairie en publique. Comment arrêter de prendre des risques judiciaires démesurés quand je me ballade avec de grosses quantités dans les rues de la capitale policière.<br /><br /><em>Comment stopper l’hémorragie ?</em>]]></description>
<slash:comments>5</slash:comments><pubDate>Sun, 15 Jan 2023 12:31:20 +0100</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
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<title><![CDATA[La journée éternelle d'un toxicomane / Le blog de TrotinetteElectrique]]></title>
<link>https://www.psychoactif.org/blogs/La-journee-eternelle-d-un-toxicomane_7028_1.html</link>
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<description><![CDATA[La journée éternelle d’un toxicomane<br /><br />Mon cerveau ne fonctionne plus… Je ne sais plus où trouver le réel… Tout se mélange… Je ne sais pas quelle drogue je dois prendre pour être mieux, quelle drogue je dois prendre pour contre-balancer les effets d’une autre. Hier a duré deux jours. Ça avait commencé à la 3MMC avec F. chez moi avant-hier. C’était encore rationnel. Puis D. et ses amis sont arrivés… J’ai acheté 60ml de GBL. Ça a commencé à partir en couilles. J’ai fait un premier G-Hole dans la nuit, j’ai dû dormir une heure ou deux. Au matin on est sortis boire un coup au bar. J’étais déjà complètement ailleurs. 3MMC + GBL depuis deux mois non-stop. État d’excitation qui est au delà du raisonnable. Alternativement phases d’endormissement d’assoupissement total… Phases d’excitation. Un coup de téléphone avec Johann Zarca hier matin au téléphone, un écrivain célèbre, il m’a conseillé d’arrêter les prods tout de suite plutôt que de remettre ça à après la parution de mon livre. Parce que c’est ce que je veux faire : assurer la sortie de mon livre le 2 septembre être là quand les gens commenceront à réagir. Je veux vivre ça. « Vomir » est un texte autobiographique sur une overdose que j’ai fait il y a deux ans durant laquelle j’avais perdu mes reins et mon foie, qui étaient par la suite parvenus à se rétablir. Donc, coup de file avec Zarca. Il me dit que c’est pas rien un premier livre à 26 ans. Que j’ai le temps d’en écrire d’autres si je survis. Que ce serait bien. Après ça, je rentre voir ma mère que je n’avais pas vu de tout l’été. Elle est horrifiée par mon apparence. J’ai tellement maigri je suis squelettique. Je ne mange plus. J’ai la peau luisante avec des boutons. Les yeux exorbités. Ça y est, j’ai passé un cap, ma gueule affiche clairement celle d’un toxico. Je suis cramé. Ma mère me parle de me faire hospitaliser d’urgence, médicaliser d’une façon ou d’une autre. Peut-être aux urgences psychiatriques de Saint-Anne. <br /><br /><em>Je viens d’avoir mon pote E. au téléphone. Il a été interné aux urgences psychiatriques en Italie puis expatrié en France : trop de slam trop d’injections trop de 3MMC héroïne crack cocaïne trop de tout. Tout le monde part en couilles. Autour de moi c’est un désastre. J’ai appelé S. après, il n’avait pas dormi depuis des jours… Il est rentré de Tunisie vendredi dernier, il enchaîne les plans chemsex avec des mecs 3MMC + GBL + Alpha. D’ailleurs on vient de me donner de l’Alpha. Je n’ai pas de pipe pour la fumer et je dois le faire parce que j’ai pris un engagement auprès d’un dealer. Putain ma vie ne tourne vraiment qu’autour de la drogue.</em> <br /><br />Après avoir vu ma mère je rejoins une rencontre de la veille qui a acheté quelques grammes de coke. Je tape avec lui. Je paye ma 3MMC. Mais il est complètement paranoïaque il prend de la coke tous les jours du matin au soir et il ferme les stores des volets de son appartement pour que personne ne nous voit. Il m’engueule quand je dis son prénom avec la porte d’entrée ouverte. Il pense que tout son immeuble en a après lui et sait qu’il consomme de la drogue. Il me fait bader, je finis par me tirer en fin d’après-midi, après avoir failli me prostituer sur Scruff, une application de rencontres gay. J’avais proposé 300 euros pour une heure à un mec, ça a failli marcher mais il s’est rétracté. Putain, j’aurais tellement besoin de 300 balles pour me racheter de la 3MMC parce qu’il ne m’en reste que six grammes et après j’suis dans la merde. Donc je me barre de chez le parano, je rejoins ma mère, je lui explique directement que j’ai un gros problème avec le GHB. Que je ne cesse pas d’arrêter et de reprendre. Ma vie devient un enfer. Le GHB me déstabilise complètement je fais des black-outs des insomnies amnésiques. J’arrête quelques jours… Et je reprends. Donc après avoir diné avec ma mère sous 3MMC + GHB tout en lui dissimulant, je reçois une commande gratuite offerte par un dealer avec qui je relationne. 1g de kétamine + 1g de 3MMC + 1g d’Alpha. Quand ma mère se couche je commence à taper la kétamine. Elle est super bonne je n’ai pas dormi depuis deux jours je décolle complètement. Je suis dans ce monde multi-dimensionnel que j’aime tant. Ça dure toute la nuit. Je me fais le gramme tout seul. Vers 4h du matin le mec de ma mère sort de la chambre il me trouve dans un état lamentable pas capable d’articuler une phrase. Complètement ailleurs. Complètement fracassé. Je ne me souviens pas de notre conversation. GHB + Kétamine c’est un mélange explosif, un vrai bug matrixo-gognitif. Je fini vers 6h du matin par me shooter aux neuroleptiques 50 mg de Loxapac pour pouvoir dormir sinon impossible et il ne faut pas que je fasse deux nuits blanches de suite. <br /><br />Je me réveille à 14h avec vraiment le sentiment que tout part en couilles. Et tout le monde. E. S. Y. Tous mes amis de défonce vont trop loin, atteignent leurs limites. Tout le monde devient fou, et les folies se combinant donnent un cocktail détonnant. On en a fait des partouzes cette année ! Un paquet ! Avec un paquet de drogues ! Ça fait un an qu’on tourne comme ça…<br /><br />Ça ne peut plus durer. J’ai écrit tout ça pour remettre les choses à leur place dans le temps. Je ne sais pas si c’est clair ou suffisamment linéaire pour qu’on comprenne. En gros c’est la merde il faut que je retourne pour une 4ème fois en cure de désintox mais je n’y crois même plus. Qu’est-ce que ça va changer une 4ème ? Bref peut-être les urgences psychiatriques demain si ça ne va pas mieux au niveau du réel de la sensation de réalité. Là tout de suite je tourne à la 3MMC + GHB + Valium. <br /><br />Je ne sais pas de quoi j’ai besoin…]]></description>
<slash:comments>9</slash:comments><pubDate>Fri, 26 Aug 2022 18:41:28 +0200</pubDate>
<dc:creator><![CDATA[ TrotinetteElectrique ]]></dc:creator></item>
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