Cocaïne au quotidien à 23 ans : comment sortir du déni et arrêter concrètement ?

#1 
misterlabutane homme
Nouveau membre France
Aujourd'hui à 01:50
Bonjour à tous,
Je viens ici parce que j’ai besoin de conseils et surtout de témoignages de personnes qui sont peut-être passées par une situation similaire à la mienne.
J’ai 23 ans et je consomme de la cocaïne depuis environ quatre ans. Au départ, c’était vraiment occasionnel, peut-être deux ou trois fois par mois, parfois moins. À cette époque, je pensais avoir le contrôle et je me disais que je pourrais arrêter quand je voudrais.
Je pense aussi qu’il faut expliquer comment j’en suis arrivé là. J’ai toujours eu une certaine mauvaise réputation, mais avec le recul, je me rends compte à quel point j’ai été influencé par les personnes que je fréquentais. Je ne veux pas dire que je n’ai aucune responsabilité aujourd’hui, mais je pense sincèrement que mes mauvaises fréquentations ont énormément participé à m’amener dans cette situation.
À la base, ce n’était pas vraiment mon monde. J’ai fréquenté des personnes qui étaient dans des milieux liés à la prison, à la délinquance et à la consommation. On m’a notamment poussé à fumer. Je ne dirais pas forcément qu’on m’a physiquement forcé, mais on me mettait énormément de pression, on me traitait et on se moquait de moi lorsque je refusais. Je n’ai pas osé dire non et, petit à petit, je me suis retrouvé entraîné là-dedans.
Pendant longtemps, je pensais que ces personnes étaient mes amis. Avec le recul, je comprends que ce n’était pas forcément le cas. J’ai notamment eu affaire à des dealers avec lesquels j’ai accumulé des dettes parfois énormes. Certains me vendaient très cher et, malgré ça, je continuais à leur faire confiance parce que je pensais avoir affaire à des personnes qui m’appréciaient réellement.
Il y a même eu des situations où je me suis rendu compte, beaucoup plus tard, que certaines relations étaient surtout basées sur l’argent. Une fois, une personne m’avait offert un billet et j’étais vraiment content, en pensant que c’était simplement un geste d’amitié. Ensuite, elle m’a demandé de lui prêter de l’argent parce qu’elle n’avait plus rien. Je ne pouvais pas lui en prêter et au final j’ai dépensé l’argent que j’avais. Ce genre de situation m’a fait comprendre avec le temps que certaines personnes que je considérais comme des amis ne l’étaient probablement pas réellement.
J’ai pourtant déjà réussi à arrêter. J’ai notamment eu une période d’environ six mois sans consommer. À ce moment-là, je pensais vraiment avoir repris le contrôle. Mais malheureusement, j’ai repris contact avec certaines personnes et je suis retourné dans certains environnements, et j’ai fini par rechuter.
Aujourd’hui, je dois reconnaître que ça dépasse vraiment ce que j’aurais imaginé. Je peux en consommer quasiment tous les jours.
Je ne travaille plus depuis plusieurs années et je demande régulièrement de l’argent à ma famille pour financer ma consommation, parfois chaque semaine, notamment à mes parents et à ma grand-mère. Forcément, ça a créé énormément de tensions familiales. Je sais que ce n’est pas une situation normale et que je suis en train de mettre ma famille dans une situation compliquée également.
Le plus difficile, c’est que je suis conscient du problème tout en étant encore dans une forme de déni. Une partie de moi veut réellement arrêter. Mais une autre me dit constamment : « Ça va passer », « tu arrêteras plus tard », « ce n’est pas si grave ». Et finalement, je repousse toujours.
Ce qui est bizarre, c’est que lorsque je n’en ai pas, je peux parfois passer une journée normalement. Je n’ai pas forcément une envie physique énorme ou l’impression que je vais devenir fou si je n’en prends pas. Mais j’ai l’impression que c’est devenu une habitude, un automatisme. J’en prends pour rester dans ma bulle, pour retrouver une certaine sensation, et parfois je ne réfléchis même plus vraiment à pourquoi je le fais.
Je pense que c’est justement ça qui me piège : comme j’arrive encore à avoir des journées où ça va relativement bien, je me dis que ce n’est peut-être pas si grave. Mais quand je regarde objectivement ma situation, je vois bien que ce n’est plus du tout comme au début.
Je suis déjà allé voir une addictologue. Je ne sais pas vraiment si elle peut m’aider dans mon cas. Je suis également assez réticent concernant les médicaments. Je n’ai pas envie de me retrouver avec une tonne de traitements ou de remplacer une addiction par une autre. Je ne suis pas forcément contre toute aide médicale, mais j’aimerais surtout comprendre s’il est possible de travailler sur les habitudes, les comportements, les fréquentations et les raisons qui me poussent à consommer sans forcément passer automatiquement par des médicaments.
Les conséquences commencent aussi à devenir très concrètes. Je ne travaille plus depuis des années, je dépends financièrement de ma famille, ma consommation crée des tensions avec mes proches et je vois aussi ma santé se dégrader.
Mes dents notamment commencent vraiment à me faire peur. J’ai toujours accordé énormément d’importance à mon sourire et auparavant j’avais une bonne hygiène dentaire. Je m’étais toujours dit que le jour où la cocaïne commencerait à détruire mes dents, ce serait le moment où j’arrêterais. Et maintenant que c’est justement en train d’arriver, je continue quand même.
C’est probablement l’une des choses qui me fait le plus prendre conscience de la gravité de la situation. J’ai seulement 23 ans et j’ai l’impression d’avoir déjà laissé passer plusieurs années de ma vie là-dedans.
Et pourtant, malgré tout ça, j’ai encore cette petite voix qui me dit que « ça va passer ».
Je sais que j’ai aujourd’hui ma part de responsabilité et que personne ne peut arrêter à ma place. Mais je pense aussi que j’ai mis énormément de temps à comprendre l’influence que certaines personnes et certains environnements avaient eue sur moi. Je pensais que c’étaient mes amis, alors qu’au final certaines personnes m’ont surtout entraîné dans la consommation et ont parfois profité de moi financièrement.
Je ne cherche donc pas simplement quelqu’un qui me dise « arrête ». Je sais que je dois arrêter. Ce que je ne sais pas, c’est comment faire concrètement.
Comment avez-vous réussi à sortir du déni ? Comment avez-vous cassé les habitudes et les automatismes lorsque l’envie n’est même pas forcément énorme ? Comment avez-vous fait pour couper avec les fréquentations qui vous ramenaient vers la consommation ? Est-ce qu’il faut réellement couper complètement avec certaines personnes, même lorsqu’on les considérait comme des amis depuis longtemps ?
Est-ce qu’une addictologue peut réellement aider sans forcément passer par des médicaments ? Comment avez-vous géré l’argent lorsque vous aviez pris l’habitude d’en demander à votre entourage pour consommer ? Et surtout, comment avez-vous réussi à reconstruire une vie normale après plusieurs années de consommation ?
Je suis ouvert aux conseils, même s’ils sont difficiles à entendre. Je préfère qu’on me dise franchement les choses plutôt que de continuer à me raconter que « ça va passer ».
Merci à ceux qui prendront le temps de me lire et de partager leur expérience.

Hors ligne

 

#2 
avatar
cependant
Modo bougeotte
Aujourd'hui à 16:04

misterlabutane a écrit

comprendre s’il est possible de travailler sur les habitudes, les comportements, les fréquentations et les raisons qui me poussent à consommer

Salut,

Ce n'est que toi qui peut répondre à ces questions...
Ici sur PA on  considère que les consos ont des fonctions et des bénéfices. Souvent la stigmatisation et la diabolisation des produits nous empêchent de les voir, mais c'est compliqué d'entamer un travail sur soi, trouver une conso qui nous convienne si on ne commence pas par mettre à plat aussi les bénéfices qu'on en tire.
Car si on fait l'impasse sur cela on peut facilement tomber dans la dépréciation de soi même, se sentir comme une merde incapable de quoi que ce soit (y compris arrêter).

Mais on est là pour partager et grandir ensemble !

Après certes, ça peut être des questions aussi qui se travaillent avec des psychologues (pas toxicophobes de préférence, qui ne se concentrent pas sur le produit comme unique source de problèmes), sans besoin de médicaments.

D'ailleurs pour la C, en vrai, l'arsenal pharmacologie est assez limité. Contrairement aux opiacés, il n'y a pas de traitements de substitution.
Certaines personnes ont témoigné que leur conso de C était lié à des troubles de l'attention, ce pourquoi dans certains cas, des personnes peuvent avoir des traitement de Ritaline qui peuvent aider à maitriser la conso de C. Mais ce n'est pas automatique, loin de là.

D'autres médecins essayent l'ACN, médicaments qui fluidifie le mucus à la base car il aurait un effet sur le craving, mais là aussi ça reste de niche et à voir.

Sinon, beaucoup de personnes utilisent plutôt de benzo pour la redescente. Perso, je me sers plutôt des downeurs (benzo ou opi) pour gérer mes sessions stims et arriver à les arrêter sans repousser indéfiniment les nuits blanches, la fatigue et manque d'hydratation qui, je trouve, sont les éléments qui ont le plus gros impact sur l'hygiène de vie.

Perso, j'ai eu une phase crack/C au quotidien qui en vrai ne me convenait pas vraiment. Je me retrouvais complètement épuisée et tendue, dans un cercle vicieux > fatigue > conso > fatigue > conso etc et qui était en lien aussi avec l'environnement autour dans lequel le produit était assez central. Je ne sais pas bien expliquer, à un moment j'en ai vraiment eu marre, j'ai été écœurée. Car en vrai je voulais plutôt des opis mais j'en trouvais pas à ce moment là...
Bref, je ne sais pas dire exactement ce que j'ai fait pour changer les choses, mais je me souviens d'être sortie du kiné en ayant réalisé que ce soir là je ne voulais plus être retendue par le produit. Et j'ai pris aussi des distances d'un environnement un peu toxique (pas en lien avec les conso, mais où ça tournait bien), en ayant l'opportunité de me réaliser sur d'autres fronts kiffants (y compris en retrouvant ce que je cherchais vraiment : des opis).
Je n'ai jamais voulu arrêter en pensant que tout irait mieux sans, j'ai juste voulu faire une petite pause car j'étais épuisée et puis petit à petit j'ai retrouvé la conso occasionnelle (et plutôt festive ou très fonctionnelle avec su microdosage) qui me convient avec les stims.
Je sais que ce n'est pas évident et cela n'aurait pas pu avoir lieux sans lesréflexions de PA qui m'ont permis d'avoir confiance en moi, de me sentir légitime et de trouver les moyens de sortir de la précarité (qui souvent est un problème à part entière que souvent on amalgame avec les conso...).

Autant dire que je n'ai pas de recettes miracle, mais je pense que le premier pas c'est déjà essayé de comprendre ce dont on a besoin. À partir de là, voir ce qu'on peut faire, y compris avec les prods.

Bouleverser la mauvaise image de soi je pense aussi que ce soit un pas important pour chercher les moyens d'avancer comme on le souhaite.

Bon courage


fugu kuwanu hito niwa iwaji

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