Cannabinoïdes synthétiques

Les cannabinoïdes synthétiques sont des molécules de synthèse qui agissent d'une façon proche de celle des cannabinoïdes végétaux, naturellement présents dans le cannabis (comme le THC)[1].

Ce sont principalement des agonistes des récepteurs cannabinoïdes. Certains ont été développés à des fins thérapeutiques, d’autres ont été synthétisés dans le but de créer des alternatives légales au cannabis.


Historique

 
Un sachet de "Spice Diamond"

Le premier « cannabis synthétique » se présentait sous forme d'un mélange de divers végétaux qui avaient été imprégnés de cannabinoïdes synthétiques. Il est apparu vers le milieu de années 2000 sous le nom de Spice[2] (Spice Gold, Spice Silver...). D'autres marques sont ensuite apparues (K2, Yucatan Fire, etc…). Ces produits n’ont véritablement gagné en popularité qu’à partir de la seconde moitié des années 2000.

Fin 2008, des analyses détectent dans ces mélanges la présence de cannabinoïdes de synthèse, notamment du CP-47,497-C8 et du JWH-018. Suite à des mesures visant à interdire ces composés dans plusieurs pays, les fabricants utiliseront alors de nouvelles molécules. En 2009 seront ainsi identifiés d’autres cannabinoïdes synthétiques comme le JWH-073, le JWH-019, le JWH-250, le JWH-398 ou encore le HU-210[3]. D’autres nouveaux composés seront régulièrement identifiés par la suite.


Composition

Initialement, les fabricants vendaient du « cannabis synthétique », c'est-à-dire des mélanges d’herbes imprégnés de cannabinoïdes de synthèse. Cette forme est principalement destinée à être fumée.


Parmi les herbes utilisées comme support, on peut citer les espèces suivantes : Canavalia maritima, Nymphaea caerulea, Scutellaria nana, Pedicularis densiflora, Leonotis leonurus, Zornia latifolia, Nelumbo nucifera ou Leonurus sibiricus[2][3].


Les autres constituants identifiés sont principalement des cannabinoïdes synthétiques (JWH-018, CP-47,497-C8, HU-210, etc…). Le chapitre suivant en fournit une liste un peu plus détaillée (bien que non exhaustive).


D'autre types de substances ont aussi été identifiées dans certains échantillons[3][4] :

  • des dérivés d’acides gras ayant des effets proches des cannabinoïdes : oléamide, palmitamide, stéaramide
  • des IMAO : harmine, harmaline
  • un opioïde : le O-desmethyltramadol
  • d’autres molécules dont certaines proviennent des plantes utilisées comme support et d’autres qui auraient été rajoutées


Aujourd’hui, les CS ne se trouvent plus uniquement au sein de mélanges d’herbes à fumer mais peuvent être obtenus sous forme de poudre isolée auprès de certains fournisseurs de RC.


Chimie

Les cannabinoïdes de synthèse ont des structures variées. On peut distinguer [1][5][6][7] :

 
THC et quelques exemples de CS
  • Les naphthoylindoles :

JWH-007, JWH-015, JWH-018, JWH-019, JWH-073, JWH-081, JWH-098, JWH-116, JWH-122, JWH-149, JWH-182, JWH-193, JWH-198, JWH-200, JWH-210, JWH-398, JWH-424, AM-1220, AM-1221, AM-1235, AM-2201, AM-2232, MAM-2201

  • Les benzoylindoles :

AM-630, AM-679, AM-694, AM-1241, AM-2233, RCS-4

  • Les phénylacétylindoles :

JWH-167, JWH-203, JWH-250, JWH-251, JWH-320, RCS-8

  • Les cyclohexylphénols :

CP-47,497, cannabicyclohexanol (ou CP-47,497-C8), CP-55,490, HU-308

  • Les naphthylméthylindoles :

JWH-175, JWH-184

  • Les naphthoylpyrroles :

JWH-030, JWH-147, JWH-307

  • Les naphthylméthylindènes :

JWH-176

  • Les adamantoylindoles :

AB-001, AM-1248

  • Les cyclopropanoylindoles :

UR-144, 5F-UR-144 (ou XLR-11), A-834,735, A-796,260

  • Les autres cannabinoïdes synthétiques :

HU-210, HU-211, WIN-55,212-2


Pharmacologie

Les cannabinoïdes (naturels ou synthétiques) agissent sur des récepteurs appelés récepteurs cannabinoïdes. Il en existe 2 types[8] :

  • les récepteurs CB1 sont principalement localisés dans le système nerveux central. Leur stimulation induirait des effets euphorisants et anticonvulsivants.
  • les récepteur CB2 sont principalement localisés au niveau du système immunitaire (notamment la rate). Leur stimulation aurait des effets anti-inflammatoires et immunosuppresseurs.

La logique voudrait que les cannabinoïdes synthétiques vendus comme alternatives légales au cannabis (donc pour produire des effets psychotropes) soient préférentiellement agonistes des récepteurs CB1. Néanmoins, la course aux nouveaux produits conduit les distributeurs à mettre sur le marché des molécules pour lesquelles très peu d’informations sont disponibles. Ainsi, par exemple, les composés JWH-015, JWH-133 et UR-144 sont des agonistes CB2, donc potentiellement susceptibles d’avoir des effets immunodépresseurs.


Mode de consommation

Les cannabis synthétiques (Spice, K2, etc…) se présentent sous la forme de mélanges de plantes. Ils sont destinés, comme le cannabis, à être fumés.


Les cannabinoïdes synthétiques peuvent aussi être obtenus sous forme purifiée. Ils peuvent alors être fumés (soit directement, dans un joint, soit en les dissolvant dans une solution qui sera pulvérisée sur un support végétal qui lui-même sera fumé) ou vaporisés. La voie orale est possible. Selon certains usagers, la voie nasale n’aurait pas d’intérêt, probablement en raison du caractère lipophile des CS. Pour la même raison, il semble difficile d’imaginer les injecter.


Aspects légaux

En France, depuis le 27 février 2009, sont classés comme stupéfiants[9] :

  • le JWH-018
  • le CP 47,497 et ses analogues en C6 (CP 47,497-C6), C8 (CP 47,497-C8) et C9 (CP 47,497-C9)
  • le HU-210

Dosages

Les dosages diffèrent d’un composé à l’autre, il convient donc de se renseigner sur les dosages en amont de la consommation.


Risques associés

Peu d’études sont disponibles sur les CS, leur toxicité est donc mal connue.

Il semblerait que les CS exposent les usagers à des effets indésirables comparables à ceux du cannabis. Néanmoins, la forte affinité de certains composés (supérieure à celle du THC) pour les récepteurs CB1 laisse supposer que la gravité d’une intoxication aigue pourrait être supérieure[10].

D’autre part, comme précisé dans la section Pharmacologie, les CS n’ont pas tous la même sélectivité vis-à-vis des récepteurs CB1 et CB2. Par conséquent, les profils d’activité ne sont pas nécessairement les mêmes, et le parallèle avec le cannabis trouve ici sa limite.


Chez des consommateurs de CS, ont été rapportés :

  • des troubles psychiatriques de type attaques de paniques[10] ou épisodes psychotiques[11] ,
  • des convulsions[12] ,
  • des troubles cardiovasculaires[13] ,
  • des cas d’insuffisances rénales aiguës auraient également été associés à une consommation de CS parmi lesquels le XLR-11 (ou 5F-UR-144) [14]


Plusieurs décès ont également été rapportés suite à l’usage de CS : un consécutif à une crise cardiaque, l’autre par suicide lors d’une attaque de panique[3].


Réduction des Risques

  • Se renseigner sur les produits, les effets, les doses et les voies d’administration avant toute prise
  • Éviter de consommer en cas de mauvaise tolérance au cannabis
  • Privilégier les produits sur lesquels on a le plus de recul
  • Ne pas consommer seul
  • Commencer à faible dose
  • Doser le produit avec une méthode précise, éviter tout dosage « à l’œil »
  • Ne pas prendre le volant après avoir consommé


Références


Liens