Je me permets d'écrire un petit billet sur ce blog inanimé. Je ne sais pas à quand remonte le dernier billet, plusieurs années certainement. Je vais réanimer la bête pour un bref sursaut éphémère.
Ces dernières années, j'ai énormément ralenti les fréquences de "session pompes", à savoir "injection binge". Une rencontre, il y a deux ans, a largement aidé à me motiver à ralentir la fréquence de ces moments. J'ai en effet rencontré une fille qui m'a aidé à réaliser moultes choses sur moi-même. Pour la première fois de ma vie je crois, j'ai enfin compris ce que signifiait réellement se donner de l'amour et être bienveillant envers soi-même. J'ai enfin réalisé que je ne méritais pas seulement de sombrer dans les abysses de la dépression et de la maladie mentale, mais que moi aussi j'avais droit à un peu de répit et au bonheur, tout simplement. Ca a été une révélation salvatrice. Tout cela, je le savais au fond, mais je ne l'avais pas "intégré" dans mes schémas de pensée, en moi-même.
Alors, naturellement, je me suis détourné de la pompe, avec des sessions occasionnelles mais bien moins intenses et destructrices. D'une certaine façon, je suis enfin arrivé à cette "consommation contrôlée" dont j'avais tant rêvé pendant si longtemps. J'embellis un peu le tableau, car je consommais tout de même énormément (amphétamines tous les jours, session shoot environ une fois par mois pendant quelques soirs), mais je ne "subissais" plus mes consos, ce n'était plus seulement une source de problèmes divers, mais je retrouvais les raisons pour lesquelles j'avais commencé à consommer : à savoir prendre du bon temps et m'amuser.
Il y a eu quelques accidents, à savoir ce qui ressemble à une OD suite à un mélange malheureux de
temesta methadone speed cocaïne ritaline. J'en profite pour ouvrir une parenthèse : je ne recommande en aucun cas ce genre de mélange, vraiment, j'étais un peu hors de moi et ai ignoré les recommandations habituelles, et cela m'a valu une
descente infâme de plusieurs jours, une fatigue incommensurable, une belle frayeur pour mes proches. Bref, faites attention à vos consos et soyez prudents sur les dosages.
Cet incident mis à part, mes consommations ne me bousillaient pas ma vie, j'honorais mes engagements, ai commencé à suivre une psychothérapie de manière régulière et rigoureuse, et suis allé à des groupes d'auto support. Tout cela a permis de me maintenir dans un bien-être certes relatif mais pour une fois bien réel. Pour la première fois de ma vie, je me suis senti bien, respecté, serein, en un mot "heureux". Et pour la première fois, ce bonheur ne dépendait pas uniquement de mes consos. Je ne pense pas que le bonheur procuré par les consos est factice, je dirais plutôt qu'il est fragile, instable, et bien souvent de courte durée.
Alors quoi ? Alors c'est bon de se sentir soulagé du poids que je traîne depuis quasiment toujours, en tout cas aussi loin que je me souvienne. Mon entourage a grandement aidé à cela, mais je suis aussi content du chemin que j'ai parcouru, et je sais que ce bien-être est aussi de mon fait. J'ai arrêté de me haïr pour des raisons obscures, de me mettre des bâtons dans les roues en permanence, et je me suis enfin autorisé à ressentir des choses qui me font du bien, sans me blâmer pour cela. J'ai découvert une autre facette de moi-même, plus apaisée, plus mesurée, et plus généreuse. Envers moi-même et envers les autres.
Cet étalage de bons sentiments est peut-être un peu mièvre ou redondant, mais parfois c'est aussi important de se vautrer dans les sucreries et la guimauve. J'en ai bavé, outrageusement, j'ai bien souvent pensé que j'étais une cause perdue, que je n'allais pas faire long feu. Je ne considère pas tout cela comme acquis, car tout peut basculer, mais je profite pour le moment de la douceur et la légèreté.
Je sais qu'on nous répète souvent qu'il faut garder espoir même dans les pires moments, et je sais combien cela peut paraître vain et niais quand on patauge dans le miasme quotidiennement. Je sais bien tout cela, mais ça vaut la peine de continuer, ne serait-ce que pour tenter le coup. Il y a toujours quelque chose à tirer de toute cette merde, et je vous souhaite à tous des moments d'apaisement si vous êtes en difficulté, et si vous êtes déjà satisfaits, je vous souhaite que cela puisse continuer, sincèrement.
Je dis tout ça en écoutant "suicideboys", j'adore. Force à tout le monde, prenez soin de vous.