Chapitre II partie 4: Bastonnade et autres plaisirs animaliers. / Les Blogs de PsychoACTIF
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Chapitre II partie 4: Bastonnade et autres plaisirs animaliers. 



Au moment où j’ai bien cru que ses veines allaient s’éclater et m’asperger de son sang impur, je me mis à m’escafouiller comme une baleine devant lui. À partir de là, mon fou rire avait mis le feu aux poudres, il pouvait plus se retenir le nigaud. Il me mit une de ces mandales ! Ça se ressentait qu’il y avait de la haine là-dedans. J’ai pris le coup en pleine trogne, mais je l’ai plutôt bien encaissé. Enfin ! Je pouvais véritablement commencer à m’amuser et à rentrer dans le jeu. Je lui répondis alors d’une balayette bien calée. Hoplà dans les guibolles, il était à terre ! C’est pas que ça allait l’arrêter mais, au contraire, je voulais qu’il continue à se mettre en rogne et encore plus fort. J’avais beau sentir un peu la douleur, je riais encore aux éclats. Mon visage devait sûrement être recouvert de sang, de salive et de morve, mais je ne ressentais presque plus rien : juste une frénésie monstrueuse qui me poussait à continuer et dépasser ce que j’avais commencé. Quant à lui, sa rage ne cessait de s’éjecter de son corps pour tenter de me berziller puis bouffer ce qu’il resterait de mes miettes.

    Il se releva tout de go et tenta de faire valser sa jambe jusque dans mes côtes, mais je saisis son panard de mes deux grosses paluches juste avant qu’elles ne m’atteignent puis le fit se renverser en arrière. Deux fois qu’il était à terre par ma faute, j’avais le dessus et il enrageait de plus en plus. Il était sûrement même plus conscient de ce qu’il faisait au vu de la hargne qui s’emparait de lui. Moi aussi, je perdais le contrôle de moi-même, mon rire avait depuis le début tourné au délire et je ne me maîtrisais plus. Ce que c’était bon ! Deux fous qui n’avaient pour seule ambition que de se détruire, quel spectacle ça devait être pour les autres. Pendant que je m’esclaffais de l’avoir encore une fois ridiculisé, il me coupa le souffle en prenant mon pied pour l’envoyer vers mon nez. Ce pied de nez qu’il me mit, je l’avais pas vu venir celui-là. J’étais à terre, tombé à la renverse, et incapable de bouger ou même respirer pendant quelques secondes. Il en profita pour se mettre à califourchon sur mon ventre et m’assener d’une bonne pelletée de coups dans la figure ce qui fit valdinguer quelques-unes de mes dents à quelques pas du combat. Quelle fureur il avait ! Je voyais trouble, mais je ressentais toute sa colère se déverser dans chacune des beignes qui s’écrasaient et se mélangaient à ma tronche.

    Alors que ma résistance commençait à s’essouffler et ne plus savoir quoi faire, j’eus la brillante idée de rétracter mes genoux vers mon ventre pour lui briser les roubignoles. Coup bas, pour sûr mais efficace. Il s’arrêta net, j’étais aux premières loges pour voir sa tête se décomposer et n’être plus bonne qu’à caler les roues du corbillard. Il s’étala sur le côté en chien de fusil comme s’il cherchait protéger ses bourses de la vie, ses petits compagnons de fortune qui donnaient toute sa valeur à sa si fragile virilité. J’en ai profité alors pour me relever de suite malgré l’épuisement et ma tête en sang. Maintenant que je le surplombais, je lui mis des coups de patte dans les côtes en l’insultant de tous les noms pour que sa colère reprenne le dessus sur sa récente castration. C’était peut-être pas une bonne idée de lui avoir dézingué les burnes, il paraît que la rage vient de là pour la plupart des hommes. M’enfin, moi par exemple, pour sûr qu’elle ne venait pas de là ma rage, non elle grondait et grouillait en plein depuis mes tripes, la chaleur qui émanait de mon estomac me faisait gigoter et rire dans tous les sens. Peut-être que lui aussi c’était autre chose que les rouspignolles qui l’excitait à ce point. Plutôt qu’un homme, c’était un animal après tout, il devait bien avoir un instinct de survie qui se cachait en lui.

    Les jurons que je lui giclais dans les zozores n’arrivaient pas à le remettre en état de marche ce luron. Il ne faisait que larmoyer quelques murmures de douleurs dans ses derniers souffles. Où était passé sa hargne ? Je le sentais vaciller dans son délire, il perdait de ses forces et par là aussi  mon attention. Les coups que je lui portais dans les côtes devenaient mécaniques, je battais de la viande, je la frappais de mes grosses godasses ce qui la rendait de plus en plus tendre. Mais c’est pas de la tendresse que je voulais moi ! Si je l’asticotais c’était pour le faire gigoter, pas pour le calmer. De la vie qui déborde et s’enfuit de ses pores pour en asperger tout son environnement, voilà ce que je voulais. Que lui aussi fascine la populace, qu’on devienne à deux le spectacle délirant qui fait sortir les autres gredins de leur routine morbide. Mais rien de tout cela, il était décevant. Ou alors j’avais la mauvaise approche, l’insulter lui ne semblait pas vraiment l’émoustiller plus que ça. Pourtant, j’avais bien commencé. Rien que lorsqu’il m’avait fixé des yeux avec ses veines qui ressortaient tellement qu’elles donnaient de la profondeur à sa chair si lisse au départ, c’était magnifique à voir de si près. J’étais si déçu que je me mis en quête d’un nouveau moyen pour retrouver sa bonne vieille furibarde.

    Je fis alors quelques pas de côté pour m’approcher de son clebs claqué et là, comme par instinct, je mis ma main dans son troufignon et m’amusais alors à le faire valser de droite à gauche comme une petite marionnette. Certains d’entre vous vont trouver que c’est un truc de crasseux délirant de faire ça, mais moi je m’amusais bien en tout cas. Le chien était pas bien lourd et gigotait  dare-dare lorsque j’empoignais ses tripes de l’intérieur. Il avait d’un coup l’air bien plus vivant, je me surprenais même à pousser quelques aboiements pour faire comme s’il reprenait vie petit à petit. En l’agitant d’avant en arrière face à moi, il avait comme l’air de branler du chef pour acquiescer à ma sainte présence. « T’es un bon toutou ! Reconnais ma toute puissance, ma beauté sacrée, bientôt tout le monde fera de même », que je lui disais au cabot. L’odeur ne me dérangeait plus du tout, j’avais perdu toute ma sensibilité en rentrant dans mon délire frénétique. Et puis j’étais si fier d’avoir ma petite marionnette à moi, rien qu’à moi d’ailleurs. Un jour, tout le monde fera comme ce chien, ils seront tous là à s’agenouiller devant moi et vouer un culte à chaque parole que je professerai, à chacun de mes gestes, chacune de mes idées, de mon art, de ma vie.

    Puis, pendant que j’étais en bonne odeur avec ces phantasmes qui auraient pu me faire éternuer le cyclope à tout moment, je me pris d’un coup une bourrasque de chair dans le dos qui me flanqua à terre. Le clebs s’extirpa de ma main et voltigea quelques mètres plus loin pendant que moi, je me retrouvais placardé au sol le pif le premier. C’était ce putain de cycliste qui était redevenu hargneux comme un garde-chiourme. Maintenant, je savais bien d’où venait sa vitalité. Il était de retour pour défendre son toutou pathétique, ce fou squelettique. Et rien que pour ça il ne pouvait pas me faire plus plaisir ! Je crois bien qu’à partir de ce moment, ma transe d’enthousiasme n’était plus très loin de son apogée puisque j’en ai que quelques bribes sous formes d’images.

    Lui, qui me crache à la figure et me mord partout sur le corps jusqu’au sang en laissant traîner des filets de bave au passage, moi qui lui met des coups de boule en pleine face. Mais on était resté au sol, ça j’en suis sûr. On faisait des roulés-boulés dans tous les sens, on s’agrippait à tout et n’importe quoi pour l’arracher et se l’envoyer à la gueule. J’ai rarement bouffé autant de terre de ma vie, ce jour-là. On était devenu de véritables chiens qui s’amusent dans un parc sous les yeux des baladeurs ahuris par la scène qu’on leur offrait.

    Je ne sais plus vraiment combien de temps le combat dura, étant donné le peu de conscience qu’il me restait à ce moment-là, mais ce dont je suis sûr c’est qu’on a été interrompu par la flicaille, cette sale race qui coupe court au spectacle pour des prétextes de bouseux moralistes. « ACAB ! ACAB ! Dictateur de la bonne conscience ! Sous race de flicaille ! Censeurs ! Et tic et tac, et tic et tac, nique la BAC ! » que je leur gueulais dessus pendant qu’ils nous séparaient et nous foutaient les menottes aux mains. Ça sûrement pas arrangé mon cas, mais je ne contrôlais plus rien et puis l’autre décérébré, lui aussi, il leur gueulait dessus aux hommes en bleu : « Pas touche à Canaroller, mon ptit chiot, dans mes bras ! Z’allez avoir des problèmes si vous m’emmenez, savez pas d’où je viens hein ! Ué, ué, et pas touche à mon tosma, la poulaille de seconde zone ! ».

    Putain c’est vrai, sacrée marchandise ! Le mec avait ses affaires remplies de stupéfiant, c’était pour le travail qu’il gueulait aux flics. Y avait bien deux kilos de speed, des médocs en tout genre, taz, shit et pleins d’autres psychoactif entassés dans les sacoches de son vélo. Même son vélo, il était étrange, c’était un de ces vélo-couché. Il pouvait pédaler allongé et il avait même une grande plaque, comme un tableau de bord, où était étalée, au-dessus de son siège, une carte laissant ainsi juste ce qu’il fallait de place pour y insérer un corps.

Catégorie : Poèmes - 04 mars 2020 à  16:37



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