Chronique d'un décrochage / Les Blogs de PsychoACTIF

Chronique d'un décrochage 



Les moyens usurpateurs de nous divertir ne manqueront jamais.
Saurons-nous un jour exister sans fuir ?
Sans EXIT, le circuit imploserait.
Efface ton devenir, hier n'a pas existé, le temps est une chimie, il diffère selon tes sensations.
Danse dans la brume sombre de maintenant. Ok, une révélation ne se conquiert pas. Elle est déjà là, tous azimuts, partout présente.

Alors nous sortons de notre squat... faire le tour des voies sans issues ou interdites, marcher quelques heures dans une nuit chaude, blindée de promesses, de lumières/informations diffuses, de bourrasques poussiéreuses surchargées de tension, d'un banc publique dans un quartier d'affaires à une rue de bâtiments désaffectés, cafés-couvertures d'activité clandestine, on sait où notre cœur s'élève et palpite... nous marchons avec en-core ces pensées tenaces qui assènent sans relâche que cette fois/peut-être/c'est-clair on-est-allé-trop-loin, que ce que l'on cherche à atteindre est une nuit sans lendemain, le sang en ébullition, cette douleur qui vraiment ne part jamais, on renait chaque fois chaque heure, on s'efforce de penser autrement, on repousse/réprouve la haine de nous savoir si méfiant envers ce qui nous est imposé, ordonné, dicté, des idées schématiques dites "établies" ou paraphrasées, reconnues changeantes mais intouchables, jusqu'au mouvement perpétuel des panneaux pubs, des microcosmes de regards sondeurs parfois inquisiteurs, à l'envie opportune de séduire, aux rivalités très claires, concurrence dépassée de style/de façon d'être; maintenant il incombe de montrer qu'on tient le coup mieux que les autres, qu'on tient le choc comme personne, qu'on garde le sourire malgré les coups.
On se sait une proie facile vu qu'on a pris l'habitude d'être seul, on admet finalement ne rien piger à la nature humaine, ah... merde, est-ce qu'on navigue dans la clairvoyance ou cette clairvoyance n'est que le reflet d'un état de conscience altéré, abimé, récalcitrant, trop indocile ? Pourquoi tout en marchant on ne cesse de scruter en nous-même ce redoutable désir d'aller là où personne ne va, de refuser méchamment machinalement d'aller là où tout le monde va ? Où sont nos complices ? Après ce cercle de réflexion, quand commencera le Grand-Réel ?
Le feu passe au vert. On imagine l'état des lieux, de cette agglomération étouffante dans 100 ans puis dans 1000 ans, on tente de rentrer dans la peau de telle ou telle personne, on se rassure sincèrement à l'idée de ne rien envier à quiconque, putain ouai on l'aime cette incarnation !
Mais l'enfer est matière et matière à penser, impossible de transgresser la gravité ni de pénétrer le Vide, on s'imagine planer au-delà des immeubles, on se voit glisser dans une vitesse de sons colorés, imagés, phénomène abstrait infini, on devient cette brume sombre musicale, on se fait transparent, on croise des regards qui oppressent et parfois des corps qui excitent, la libido monte en flèche, le plaisir féminin ne cessera jamais de nous fasciner, de nous aimanter jusqu'au terme de ce trip dément que créé notre époque puis... on revient vite sur Terre dès que notre étrangeté au monde reprend la partie d'échec.
Alors on trouve de nouvelles formulations aux obsessions qui nous bouleversent, nous rendent tarés mais nous animent et nous laissent intègres bien que fractionnés. Or nos sens se barricadent à défaut de se faire la malle, on repense à elles, toujours elles, rien qu'elles : ce pouvoir qu'elles ont de rendre 10 ans d'errance insignifiant, de montagnes Russes, face à 3 mois en leur présence qui deviennent alors le sommet de toutes expériences confondues... on les désire encore, on veut les effleurer, les frôler, les capter. On trouve un coin à l'ombre on se pose entre deux bagnoles et pour calmer cette pénible impression qu'on arrivera jamais à ressentir autre chose qu'un foutu regret, on se fait un 6ème taquet, on injecte la C et on relance le programme.
On ressent la montée, ce flash que rien ne peut décrire, nos pupilles sont si vitreuses et ouvertes qu'on les confond à des trou-noirs, on réalise que seulement 4 minutes se sont écoulées depuis la sortie du squat. On jette en soi-même un regard inquiet sur cette nouvelle mise en abime; on extrait de son puits-imaginaire les pensées, les symboles, quelques raisonnements plus ou moins cool, les plus porteurs en tout cas et on continu de chercher un moyen de ne plus jamais rien déconstruire... mais dans cette dimension, ce côté-ci du monde, on sait déjà à quoi s'en tenir: ça fait un bye qu'on l'a détecter/trouver/déterrer ce moyen. C'est justement la base du dépassement d'un ensemble de systèmes, d'un Système révolu et passé outre, dynamique du champ libre : je suis ma propre vitrine pleine de conneries illusoires, un conditionnement qui n’existe que pour être brisé. Ce moyen est insurrectionnel..."utilise tes visions pour percer la matière qui t’enchaine". Je ne souhaite pas devenir une brique de plus dans les constructions imposées de la médiapôle, je ferais bloc avec mes potes mais jamais mes potes et moi ne composeront une uniformité. Se soulever devient l’essence du vital qui trouve son équilibre, réaliser cette essence équivaut au désir de contact ; une communion dans la vérité d’une réalité éprouvée : l’histoire de ma génération reste à écrire, elle peut faner/tomber dans l’oubli ou alors... poursuivre l’avant-garde d’une sortie décisive des conceptions du vieux monde, fécondées par des rois et leurs cours, des dogmes religieux, des sciences sociales, un langage codifié, des industriels et leurs lobbys avec des tentatives progressistes de les réévaluer.
Ouai. On regarde à droite à gauche, vite fait en haut et un peu partout, les rayons échauffent nos rétines, on avance en se massant une tempe battante à cause de la chaleur, une goutte de sueur caresse et dévale le coin de notre bon-œil, on murmure en soi-même en traversant une voie de tram que notre devoir est de faire valoir notre droit de continuer l’œuvre établie par ces tentatives de dépassement.
On sourit, on s’apaise, on sait que le chemin sera long.
On se donne l’inspiration nécessaire pour légitimer notre enquête. On se plantera peut-être… mais vivre la planète, vivre la Terre, c’est tenter, persister à essayer de transcender notre simple présence. On se dit alors que nous ne sommes pas humains, nous sommes "ses moyens". On a besoin de drogues et de rêves de plénitude pour atténuer le savoir dont l’Éveil demeurera à jamais insondable, on arrive presque à concevoir ce qu'engendrerait en nous ce phénomène d'extinction finale. On perçoit trop, on ressent trop l'impatience qui ronge notre stabilité, alors on abdique par la mélancolie de ce souhait profond/ultime à la réalité inaccessible. On compose avec l'air du mouvement qui mène à nous conscientiser, sans rien espérer d'autre qu'une expérimentation illimitée de formes de vie nouvelles, audacieuses, interrompant le cours du désastre opéré par une pieuvre nihiliste et ses fossiles, ses dinosaures criminels en croisade.

"Chronique d'un décrochage" lol


Catégorie : En passant - 14 août 2018 à  00:59



Commentaires
#1 Posté par : Bootspoppers 14 août 2018 à  05:42

A lire la suite.... Pas mal du tout...


Posté par : Bootspoppers | 14 août 2018 à  05:42

 
#2 Posté par : Drim 14 août 2018 à  06:56

Émouvante essence.
Vibrant témoignage des tréfonds de l'âme.
Ça m'inspire une joyeuse mélancolie.
Je m'y reconnais.
A lire la suite en effet :-)


Posté par : Drim | 14 août 2018 à  06:56

 
#3 Posté par : janis 16 août 2018 à  00:01

J aime beaucoup

Janis


Posté par : janis | 16 août 2018 à  00:01

 
#4 Posté par : Nils1984 16 août 2018 à  20:24

Boots / Drim / janis

Le fait de savoir que l'on a partagé les mêmes expériences et (donc) que ce p'tit texte novice vs a touché et parlé, ça m'a boosté / encouragé à max...

Merci camarades ^^


Posté par : Nils1984 | 16 août 2018 à  20:24

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