Drogues, médicaments, toxicomanie, pouvoir politique.

Catégorie : Opinion
Aujourd'hui à 06:53

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La drogue, telle qu’elle existe aujourd’hui, est avant tout un phénomène marchand. La série nord-américaine « Painkiller » qui trace l’histoire de l’oxycodone, commercialisée par Purdue Pharma, société qui produit également le fameux et terrible fentanyl, montre de façon assez juste comment l’addiction est générée volontairement par des entrepreneurs véreux qui ont compris que vendre un produit dont on ne peut plus se passer est excessivement lucratif. Il en est de même pour toutes les organisations qui commercialisent des drogues, qu’elles soient légales ou illégales, sous formes de mafia, de cartel ou de labo pharmaceutique. Rien ne sépare une Purdue Pharma d'un Pablo Escobar, si ce n'est qu'Escobar venait de la misère de Medellin et ne cherchait pas à faire du greenwashing avec la coke, là où les patrons de Purdue Pharma sont des ultra-riches héritiers d'ultra-riches qui se font passer pour des gentlemen. L’oxycodone est un opioïde synthétique - dérivé d’opium - prescrit pour ses vertus anti-douleurs, comme la morphine, le tramadol, le fentanyl, la codéine, le skenan, pour ne citer que les plus célèbres. Ses fabricants sont partis d’une équation très simple, basée sur une conviction philosophique plus que discutable : l’être humain fonctionne en s’éloignant en permanence de la douleur, pour se rapprocher du plaisir. Ils ont voulu créer une molécule qui remplirait cette fonction. Leur coup de maître a été l’enrobage marketing de l’oxycodone, la publicité d’un médicament miracle non-addictif. Ou, simplement, d’un médicament.

Il n’y a aucune différence fondamentale entre drogue et médicament. En espagnol, il n’existe qu’un seul mot pour désigner les deux : droga. Les pharmacies sont des drogerias. Toute prise de substance psychoactive est une recherche de soin. Une volonté d’améliorer sa condition psychique, physique ou existentielle. Le cannabis peut-être consommé pour planer, pour se divertir, ou bien chez certains, pour apaiser ce qui les oppresse, pour se décontracter dans des situations stressantes, pour pouvoir s’endormir, comme produit de substitution, etc. La cocaïne, le speed et la métaamphétamine soignent des failles narcissiques, la libido, et l’ennui. L’ecstasy et la MDMA sont des connecteurs sociaux qui contiennent l’hémorragie de l’individualisme occidental. L’héroïne n’a pas une fonction différente de l’oxycodone ou du tramadol. L’alcool, drogue mère d’une France qui boit au sein de l’éthanol en considérant ça « franchouillard » et « truc de bon vivant » comme l’obscénité de Gérard Depardieu tout en étant profondément toxicophobe envers toute autre forme de dépendance, apaise l’angoisse, la tension, la timidité, l’inhibition, et une soif qui n’est pas celle de l’hydratation mais celle de l’intensité. La soif de l’intensité, insatiable pour ceux qui ne voient en ce monde que platitudes et artifices. Et que dire des benzodiazépines, anxiolytiques, décontractants musculaires et autres médecines contre l’épilepsie comme la prégabaline ? Drogues ou médicaments ? Et l’ayahuasca, le peyotl, la psylocibine, la feuille de coca, le tabac ? Et par extension, la DMT, la mescaline, le changa ? Poisons ou remèdes ? Et bien en fait, les deux. Ce n’est pas tant la composition chimique qui caractérise une drogue mais plutôt les intentions qui sont celles du consommateur. On peut se soigner comme se tuer, avec évidemment une multitude de situations intermédiaires entre ces deux extrémités, avec toute substance. La substance n’est pas ontologiquement mauvaise, ce qui l’est, c’est la relation qu’on crée avec elle. Et cette relation toxique est le résultat intentionnel de ses fabricants, vendeurs et distributeurs. Il n’y aucune question morale qui vaille mais bien politique.

Les chimistes clandestins comme ceux labellisés sont des médecins de l’âme, qui empoisonnent volontairement leurs patients en transformant le remède en maladie. La toxicomanie est une dialectique en crise qui se formule dans les dualités soin-maladie, extase-souffrance, autonomie-dépendance, victime-bourreau, individu-société, jouissance-mutilation, vie-mort, exister-disparaître… La toxicomanie est une maladie qui résulte des stratégies commerciales des ultra-riches. Elle est la pathologie nourricière d’une pathologie jumelle : l’addiction à l’argent, l’addiction à la consommation, l’addiction au luxe, l’addiction au pouvoir, l'addiction à l'entre-soi communautariste de la bourgeoisie. La toxicomanie est intrinsèquement politique.

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Intéressant ! Merci. Opus

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