
…… Chapitre 3 :
Une décennie perdue dans la rue
Les mois ont fini par se transformer en années. Sans que je m’en rende vraiment compte, la rue était devenue mon quotidien, une routine infernale dont je ne voyais plus la sortie.
Mes journées étaient consacrées à une seule chose : trouver de quoi tenir jusqu’au lendemain (héroïne
cocaïne) Trouver un peu d’argent, quelque chose à manger, un endroit où dormir. Mes nuits, elles, étaient consacrées à la prostitution, non plus par choix, mais pour alimenter une dépendance qui avait fini par prendre toute la place.
Bruxelles, Liège, Ostende… Je traversais les villes comme une ombre. Je marchais sans véritable destination, sans projet, sans avenir. Mon seul objectif était devenu de survivre une journée de plus.
Je fréquentais des squats insalubres où les murs semblaient eux-mêmes porter la souffrance de ceux qui y vivaient. L’odeur de l’humidité, de la moisissure, de la sueur et des produits se mélangeait dans l’air. Des personnes brisées y entraient et en ressortaient rarement transformées.
Dans ces lieux, le temps n’existait plus vraiment.
Les seuls moments où mon corps trouvait un peu de repos étaient souvent ceux où je finissais à l’hôpital, après une overdose ou un malaise. Les médecins et les infirmiers me soignaient, mais je voyais dans leurs regards quelque chose que je connaissais déjà : un mélange de compassion et d’impuissance.
Ils me remettaient debout.
Mais personne ne pouvait marcher à ma place.
Je garde un souvenir particulier de l’hôpital Saint-Pierre à Bruxelles. Là-bas, une infirmière prénommée Marie avait réussi à voir au-delà de la toxicomane que tout le monde voyait.
Elle me parlait avec douceur. Elle ne me jugeait pas. Elle essayait de réveiller en moi une partie que j’avais moi-même abandonnée.
— « Tu peux encore t’en sortir », me répétait-elle.
Pendant quelques instants, j’avais envie de la croire.
Mais chaque sortie d’hôpital était la même histoire. Dès que je retrouvais la rue, quelque chose de plus fort que moi me ramenait vers elle. La drogue était devenue mon refuge, mais aussi ma prison.
Durant cette période, j’ai entendu parler du programme UROD (Ultra-Rapid Opioid Detoxification), une méthode de désintoxication rapide qui promettait de sortir du manque en peu de temps. J’ai eu la chance de pouvoir bénéficier de l’UROD (en Belgique,la reine Paola était venue à l’hôpital me féliciter)
Certains pensaient que cela pouvait être une solution.
Moi, j’étais terrifiée.
La peur de vivre sans drogue était devenue plus forte que la peur de continuer à me détruire. Parce qu’au fond, la drogue n’était plus seulement un produit : elle était devenue une présence constante, une béquille, une manière de supporter une existence que je n’arrivais plus à affronter seule.
Ces dix années ont laissé des traces que rien ne pourrait effacer.
Mon corps, autrefois solide, était devenu fragile. Il portait les marques des nuits sans sommeil, du manque, des excès et de la survie.
Mon âme, elle aussi, était épuisée.
Mais quelque part, dans un endroit très profond de moi, une petite étincelle résistait encore.
Une partie de moi, minuscule mais bien vivante, refusait d’abandonner complètement……
to be continued….

Tali