Il suffit d'un soignant... / Les Blogs de PsychoACTIF

Il suffit d'un soignant... 



Ce texte est juste une façon pour moi de mettre par écrit ce qui ne va pas. Je n'incite personne à faire ce que j'ai fait.

A bout. C'est l'état dans lequel je me trouve depuis plusieurs jours. Vivre avec des problèmes de santé chroniques et les traitements qui vont avec est en soi ereintant, ajoutée à cela, la consommation de stupéfiants ne facilite pas les choses. Ils réconfortent mais ne règlent pas le fond.

Alors quand le contexte de vie est plus compliqué que d'habitude, cela devient vite un mélange explosif.

Si je repense à ma vie, ma santé ou mes consommations, je devrais pourtant être heureux de pouvoir dire: je suis toujours vivant.  J'essaie de voir le monde positivement parce que je ne vois pas l'intérêt de me flageller. Cependant, lorsque les soucis médicaux empirent et prennent le dessus, cette vision du monde ne tient plus; je fatigue. Je veux tout arrêter.

Les deux tiers de ma vie ont été remplis de péripéties médicales et de consommations. Ces dernières ayant des conséquences l'une sur l'autre. C'est chaotique..

Positiver, oui. Toujours. Mais comment le rester après plusieurs ambulances, deux passages au soins intensifs et plus de 20 jours d'hospitalisation en quelques semaines. Même avec un bon moral, c'est dur. Les envies de consommer pour oublier reviennent.

L'équipe médicale s'occupe bien de moi. Je crois. Il a cependant suffi d'un soignant pas très doué et ses attaques pour faire déborder le vase. Ce genre d'attaques ne me touche pas plus que ça normalement mais l'accumulation de mon diagnostic, des années de soins et sa réaction peu professionnelle ont eu raison de moi. Il ne s'est pas attaqué à mes consommations mais à quelque chose de plus Intime. Il a visé juste.

J'ai donc quitté l'hôpital contre avis médical. Je sais que j'aurais dû rester, je suis loin d'être remis. J'ai frôlé la mort et suis dans un état grave mais je me vois mal y retourner. Je suis ironiquement conscient qu'à un certain moment, je devrais l'envisager si je veux vivre.

De retour à la maison, je pleure. Ca m'arrive rarement. J'ai honte. Il a suffi d'une personne. Les pensées tournent et tournent à m'en faire perdre mon équilibre mental.

Je veux dormir, ne pas y repenser et ne pas penser à ma santé qui n'augure rien de bon.

Je fais ce que je n'avais pas fait depuis longtemps. Je me laisse aller à la consommation malsaine. 20 mg de lorazepam (uns boîte de 20 cp). J'écrase 200 mg d'oxycodone LP aussitôt avalés en poudre avec  de l'eau.  Melange depresseur dangereux, je le sais. Je veux juste dormir. Bigpharma exauce mon vœux, je me réveille 12 heures plus tard.

A peine éveillé, le sentiment d'humiliation vécu à cause de ce soignant refait surface. J'ai l'impression d'être un idiot, un bon à rien ou un boulet médical. Pourquoi me lever ?

En repensant à ma bêtise de la veille, je me dis que je lui donne un peu raison, bien qu'il n'ait pas directement attaqué mes consommations mais plutôt ma personne. Je n'aurais pas dû prendre un tel risque.

Je panique à l'idée d'avoir détruit mon long travail de sevrage progressif à l'Oxycodone. Je suis parti de 560 mg/24h et ai réussi à baisser à 160 mg/24h cet été. Si ma bêtise d'hier détruit tout ce travail, je ne sais pas si je pourrais tout recommencer.

Cela aurait dû me servir de leçon mais le soir suivant, malade physiquement à cause dun souci de santé chronique, le moral au plus bas, je me retrouve à nouveau avec une boîte de lorazepam dont je fais fondre les 20 comprimés en bouche. Je me réveille difficilement le lendemain avec l'impression de ne pas me souvenir de tout. Je trouve une bouteille d'alcool vide. Je n'avais pas bu depuis des années. Je n'avais, avant ce soir-là, jamais bu d'alcool pour me saouler, uniquement lors de certaines occasions. Ses remarques ont eu raison de moi.

Je suis pourtant le premier à défendre les professionnels de la santé. Je leur en suis infiniment reconnaissant car vu ma santé, je serais mort depuis longtemps. Dans mon cas, il a suffit d'un soignant pour détruire des années de travail sur moi-même. Il a suffit d'une personne pour que je cherche la sortie de secours la plus proche et arrête de me soigner. Je vais le payer, c'est sûr.

En attendant, je continue à baisser mon Oxycodone. Tant pis pour le reste. Ça me fera moins de comprimés et d'injections à prendre.

Catégorie : Carnet de bord - 26 août 2022 à  18:07



Commentaires
#1 Posté par : BlobDefoncé 26 août 2022 à  20:53

Qu'elle est la leçon ? Quels sont les enseignements ? Si ça se repasse demain, comment réagiras-tu ? 2 boîtes de benzos ? Le double en oxy ? Ou un flingue sur le deep et une balle dans ta gueule ? Ou dans celle de ce type ?

Bon courage pour la suite. Et une rechute sur 6 mois de descente de dosage réussi, je n'y vois pas une défaite.


 
#2 Posté par : Yoran 27 août 2022 à  01:37
Salut !

Franchement n'ai pas honte de pleurer !
Moi j'aime ça, je trouves que cela procure un plaisir au fond et un sentiment de soulagement quelques fois.

J'ai aussi vécu des rechutes après une diminution progressive et faut pas le voir comme un échec mais comme si ça faisait partie du processus quelque part.

Moi-même je redoute ce moment où je tomberais sur des soignants non compréhensif avec un certain point de vue mais je me dit que le plupart restent ouvert et compréhensif à notre égard.

Je ne veux pas enfoncer le clou mais quelles attaques t'as t-il fait ? (pas obligé de rep)

Take care super

 
#3 Posté par : CaptainCrox' 27 août 2022 à  12:30

BlobDefoncé a écrit

Qu'elle est la leçon ? Quels sont les enseignements ? Si ça se repasse demain, comment réagiras-tu ? 2 boîtes de benzos ? Le double en oxy ? Ou un flingue sur le deep et une balle dans ta gueule ? Ou dans celle de ce type ?

Bon courage pour la suite. Et une rechute sur 6 mois de descente de dosage réussi, je n'y vois pas une défaite.

Je ne suis pas quelqu'un de violent envers les autres. Je peux avoir un comportement auto-destructeur mais ça s'arrête là.

Non je n'irai pas acheter un flingue. Il faut comprendre que ses attaques portaient sur ma gestion de mes maladies chroniques. Elles sont en décompensation et pour ce soignant, je suis fautif.

Je suis conscient qu'il y avait d'autres solutions mais quand le physique va mal, que tu es psychologiquement attaqué, bah perso, je perds mon intelligence, je ne suis plus sûr de moi.

Ce que j'ai fait, je l'ai fait pour taire mon cerveau qui revivait les scènes.

Bizarrement, il n'a pas attaqué mon usage d'opioide. J'aurais préféré.

Leçon? Je n'irai plus dans ce service.

Pas de rechute niveau sevrage au final. Je suis resté à 2x80 mg d'oxycodone.

Je vis vraiment mal cette hospitalisation. Je me sens comme une merde.


 
#4 Posté par : prescripteur 27 août 2022 à  16:16
J

e suis conscient qu'il y avait d'autres solutions mais quand le physique va mal, que tu es psychologiquement attaqué, bah perso, je perds mon intelligence, je ne suis plus sûr de moi.

Bonjour, ce que tu dis est typique de ce que le psychologue Shafir décrit comme les effets de la rareté (d'argent, de temps, de champ des possibles etc..). (cf ref ci dessous). C'est ainsi qu'il a trouvé que les paysans indiens cultivant la canne à sucre et payés une fois par an gagnent 10 poins de QI après le paiement.
Chez toi c'est probablement le manque de temps et de disponibilité d'esprit qui résulte de tes problèmes de santé et qui entraine un cercle vicieux. Plus on en a moins c'est facile de les gerer.  La solution est de laisser les soignants (à une exception près) gerer pour baisser ta charge mentale. Et de te consacrer à ce que les soignants ne peuvent pas faire à ta place.  Amicalement

https://behavioralscientist.org/scarcit … an-shafir/



Cet article a été initialement publié sur The Psych Report avant de faire partie du Behavioral Scientist en 2017.

Scarcity cet extrait exclusif de : Why Have Too Little Means So Much , l'économiste de Harvard Sendhil Mullainathan et le psychologue de Princeton Eldar Shafir explorent le concept de rareté : son omniprésence, ses défis et sa doublure argentée.

Temps et argent

Sendhil grommelait à Eldar.  Il avait plus de choses à faire que de temps pour les faire. Les délais étaient passés de "en retard" à "un retard alarmant". Des rendez-vous avaient été reprogrammés timidement. Sa boîte de réception se remplissait de messages qui nécessitaient son attention. Il pouvait imaginer le visage blessé de sa mère de ne pas recevoir même un appel occasionnel. Sa carte grise était périmée. Et les choses empiraient. Cette conférence à un vol de correspondance semblait être une bonne idée il y a six mois. Pas tellement maintenant. Prendre du retard était devenu un cercle vicieux. Ré-immatriculer la voiture était maintenant une chose de plus à faire. Un projet avait pris une mauvaise direction à cause d'une réponse tardive par e-mail ; le remettre sur les rails signifiait encore plus de travail. La pile de vie en souffrance grandissait dangereusement sur le point de s'effondrer.

L'ironie de passer du temps à déplorer le manque de temps n'a pas échappé aux Eldar. Cela n'a été qu'en partie perdu pour Sendhil qui, sans se décourager, a décrit son plan de sortie. Il endiguerait d'abord la marée. Les anciennes obligations devraient être remplies, mais les nouvelles pourraient être évitées. Il disait non à chaque nouvelle demande. Il préviendrait de nouveaux retards sur d'anciens projets en travaillant méticuleusement pour les terminer. Finalement, cette austérité serait payante. La pile de tâches se réduirait à un niveau gérable. Ce n'est qu'alors qu'il penserait même à de nouveaux projets. Et bien sûr, il serait plus prudent à l'avenir. "Oui" serait rare et prononcé seulement après un examen minutieux. Ce ne serait pas facile, mais c'était nécessaire.

    Avoir fait le plan me faisait du bien. Bien sûr qu'il l'a fait. Comme Voltaire l'a noté il y a longtemps, « L'illusion est le premier de tous les plaisirs ».

Une semaine plus tard, un autre appel de Sendhil : deux collègues préparaient un livre sur la vie des Américains à faible revenu. "Ceci est une grande opportunité. Nous devrions écrire un chapitre », a-t-il déclaré. Sa voix, se souvient Eldar, manquait même d'une trace d'ironie.

Comme on pouvait s'y attendre, le chapitre était "trop beau pour être laissé passer", et nous avons accepté de le faire. Tout aussi prévisible, c'était une erreur, écrite à la hâte et en retard. De manière imprévisible, ce fut une erreur valable, créant une connexion inattendue qui a finalement conduit à ce livre. Voici un extrait de nos notes d'information pour ce chapitre :

Shawn, un directeur de bureau à Cleveland, avait du mal à joindre les deux bouts. Il était en retard sur un tas de factures. Ses cartes de crédit étaient épuisées. Son chèque de paie s'est épuisé rapidement. Comme il l'a dit, "il y a toujours plus de mois que d'argent". L'autre jour, il a accidentellement refusé un chèque après avoir surestimé l'argent sur son compte ; il avait oublié un achat de 22 $. Chaque appel téléphonique le crispait : un autre créancier appelant pour le « rappeler » ? Le manque d'argent affectait également sa vie personnelle. Parfois, au dîner, il mettait moins que sa juste part parce qu'il manquait. Ses amis ont compris, mais ça ne faisait pas de bien. Et il n'y avait pas de fin en vue. Il avait acheté un lecteur Blu-ray à crédit, sans paiement pendant les six premiers mois. C'était il y a cinq mois. Comment paierait-il cette facture supplémentaire le mois prochain ? Déjà, de plus en plus d'argent est allé au remboursement des anciennes dettes. Le chèque sans provision comportait des frais de découvert élevés. Les factures en retard signifiaient des frais de retard. Ses finances étaient un gâchis. Il était au plus profond du bassin de la dette et restait à peine à flot.

Shawn, comme beaucoup de personnes dans sa situation, a obtenu des conseils financiers de nombreuses sources, toutes assez similaires : ne vous enfoncez pas plus profondément. Arrêtez d'emprunter. Réduisez vos dépenses au minimum. Certaines dépenses peuvent être difficiles à réduire, mais vous devrez apprendre comment. Remboursez vos anciennes dettes le plus rapidement possible. Finalement, sans nouvelles dettes, vos paiements deviendront gérables. Après cela, restez vigilant pour ne pas retomber. Dépensez et empruntez à bon escient. Évitez les luxes inabordables. Si vous devez emprunter, soyez clair sur ce qu'il faut pour le rembourser. Ce conseil a mieux fonctionné en théorie qu'en pratique pour Shawn. Résister à la tentation est difficile. Résister à toutes les tentations était encore plus difficile. Une veste en cuir qu'il avait convoitée a été mise en vente à un prix avantageux. Lésiner sur le cadeau d'anniversaire de sa fille semblait moins sensé à mesure que la journée se rapprochait. Il y avait trop de façons de dépenser plus que ce qu'il avait prévu. Shawn est finalement retombé dans le pool de dettes.

Il ne nous a pas fallu longtemps pour remarquer la ressemblance entre le comportement de Sendhil et celui de Shawn. Les échéances manquées ressemblent beaucoup à des factures en souffrance. Les réunions à réservation double (vous n'avez pas de temps à consacrer) ressemblent beaucoup à des chèques sans provision (dépenser de l'argent que vous n'avez pas). Plus vous êtes occupé, plus vous avez besoin de dire non. Plus vous êtes endetté, plus le besoin de ne pas acheter est grand. Les plans d'évasion semblent raisonnables mais s'avèrent difficiles à mettre en œuvre. Ils nécessitent une vigilance constante - sur ce qu'il faut acheter ou sur ce qu'il faut accepter de faire. Lorsque la vigilance faiblit - la moindre tentation en temps ou en argent - vous vous enfoncez plus profondément. Shawn s'est retrouvé coincé avec une dette accumulée. Sendhil s'est retrouvé coincé sous des engagements croissants.

Cette ressemblance est frappante car les circonstances sont si différentes. Nous considérons normalement la gestion du temps et la gestion de l'argent comme des problèmes distincts. Les conséquences d'un échec sont différentes : une mauvaise gestion du temps entraîne de la gêne ou une mauvaise performance au travail ; une mauvaise gestion de l'argent entraîne des frais ou une expulsion. Les contextes culturels sont différents : prendre du retard et manquer une échéance signifie une chose pour un professionnel occupé ; prendre du retard et manquer le paiement d'une dette signifie autre chose pour un travailleur urbain à bas salaire. Les environs diffèrent. Les niveaux d'études diffèrent. Même les aspirations peuvent différer. Pourtant, malgré ces différences, le comportement final était remarquablement similaire. Sendhil et Shawn avaient une chose en commun : chacun d'eux ressentait les effets de la pénurie.

Par rareté, nous entendons avoir moins que ce dont vous pensez avoir besoin. Sendhil se sentit harcelé ; il sentait qu'il avait trop peu de temps pour faire tout ce qu'il devait faire. Shawn se sentait à court d'argent, avec trop peu d'argent pour toutes les factures qu'il devait payer. Ce lien commun pourrait-il expliquer leur comportement ? Se pourrait-il que la rareté elle-même ait conduit Sendhil et Shawn à se comporter de manière si similaire ?

Bande passante mentale

Imaginez que vous naviguez sur le Web sur votre ordinateur portable. Sur un ordinateur raisonnablement rapide, vous passez facilement d'une page à l'autre. Mais imaginez maintenant que de nombreux autres programmes s'ouvrent en arrière-plan. Vous avez de la musique en cours de lecture, des téléchargements de fichiers et un tas de fenêtres de navigateur ouvertes. Soudain, vous explorez, et non surfez, le Web. Ces programmes d'arrière-plan consomment des cycles de processeur. Votre navigateur boite parce qu'il a moins de puissance de calcul pour fonctionner.

    La rareté fait quelque chose de similaire à notre processeur mental. En chargeant constamment l'esprit avec d'autres processus, cela laisse moins « d'esprit » pour la tâche à accomplir. La rareté réduit directement la bande passante - pas la capacité inhérente d'une personne, mais la quantité de cette capacité actuellement disponible pour utilisation.

Cela peut vous sembler étrange que la « capacité » d'une personne puisse être si facilement affectée, mais c'est précisément le point : nous sommes habitués à penser que la capacité cognitive est fixe, alors qu'en fait elle peut changer avec les circonstances. Pour voir l'effet de la rareté sur l'intelligence fluide, un aspect de la bande passante mentale, nous avons mené des études avec notre étudiant diplômé, Jiaying Zhao, où nous avons présenté aux gens d'un centre commercial du New Jersey des scénarios hypothétiques simples, comme celui-ci :

Imaginez que votre voiture ait des problèmes, ce qui nécessite un service de 300 $. Votre assurance auto couvrira la moitié des frais. Vous devez décider d'aller de l'avant et de faire réparer la voiture, ou de tenter votre chance et d'espérer qu'elle durera un peu plus longtemps. Comment feriez-vous pour prendre une telle décision ? Financièrement, serait-ce une décision facile ou difficile à prendre pour vous ?

Nous avons ensuite suivi cette question avec une série de problèmes de matrices de Raven, qui sont utilisés pour mesurer l'intelligence fluide et sont courants dans les tests de QI. En utilisant le revenu du ménage autodéclaré, nous avons divisé les sujets, par répartition médiane, en riches et pauvres. Dans cette configuration, nous n'avons trouvé aucune différence statistiquement significative entre les riches et les pauvres fréquentant les centres commerciaux. Bien sûr, il peut y avoir une certaine différence, mais elle n'était pas assez grande pour que nous la détections dans cet échantillon. Les riches et les pauvres semblaient tout aussi intelligents. Pour les autres amateurs de centres commerciaux, nous avons mené la même étude mais avec une légère torsion. On leur a donné cette question à la place :

Imaginez que votre voiture ait des problèmes, ce qui nécessite un service coûteux de 3 000 $. Votre assurance auto couvrira la moitié des frais. Vous devez décider d'aller de l'avant et de faire réparer la voiture, ou de tenter votre chance et d'espérer qu'elle durera un peu plus longtemps. Comment feriez-vous pour prendre une telle décision ? Financièrement, serait-ce une décision facile ou difficile à prendre pour vous ?

Tout ce que nous avons fait ici, c'est remplacer les 300 $ par 3 000 $. Fait remarquable, ce changement a affecté les deux groupes différemment. Trouver la moitié de 300 $ ou 3 000 $ était facile pour ceux qui étaient aisés. Ils pourraient simplement payer avec leurs économies ou les mettre sur une carte de crédit. Pour les moins nantis, trouver 150 $ pour un besoin important n'était pas trop difficile non plus. Pas de quoi les faire trop réfléchir à la rareté et à leurs propres finances. Ce n'est pas le cas pour les dépenses de voiture de 3 000 $ : trouver 1 500 $ allait être difficile pour les personnes à faible revenu. Une étude de 2011 a révélé que près de la moitié de tous les Américains ont déclaré qu'ils seraient incapables de trouver 2 000 $ en trente jours, même s'ils en avaient vraiment besoin.

Bien sûr, la question que nous avons posée aux répondants du centre commercial était hypothétique. Mais c'était réaliste et cela les a probablement amenés à réfléchir à leurs propres problèmes d'argent. Ils n'ont peut-être pas de voiture cassée, mais la pénurie d'argent signifierait qu'ils avaient des problèmes monétaires en tête. Une fois que nous avons chatouillé cette partie du cerveau, la réflexion trop réelle et non hypothétique sur la rareté se répandait. Trouver 1 500 $ serait difficile. Mes cartes de crédit sont épuisées. Déjà le paiement minimum dû est si grand. Comment vais-je effectuer le paiement minimum ce mois-ci ? Puis-je me permettre de rater un autre paiement ? Dois-je plutôt contracter un prêt sur salaire cette fois-ci ? Un petit chatouillement pourrait faire du bruit dans le cerveau. Et ce racket a affecté les performances. Les sujets aisés, sans raquette, s'en sont aussi bien sortis ici que s'ils avaient vu le scénario facile. Les sujets les plus pauvres, en revanche, ont fait nettement moins bien. Un petit chatouillement de rareté et tout d'un coup ils semblaient nettement moins intelligents. Préoccupés par la rareté, ils avaient des scores d'intelligence fluide plus faibles.

Nous avons mené ces études à de nombreuses reprises, toujours avec les mêmes résultats. Pour comprendre l'ampleur de ces effets, voici un benchmark issu d'une étude sur le sommeil. Dans cette étude, un groupe de sujets a été mis au lit à une heure normale. Un autre groupe a été forcé de rester éveillé toute la nuit. Faire une nuit blanche comme celle-ci est terriblement débilitant. Imaginez-vous après une nuit sans sommeil. Le lendemain matin, le groupe endormi a été réveillé et les deux groupes ont subi un test de Raven. Sans surprise, les personnes privées de sommeil ont fait bien pire. En comparaison, quelle était notre influence au centre commercial ? C'était encore plus grand. Imaginez-vous après une nuit sans sommeil. À quel point vous sentez-vous intelligent ? À quel point seriez-vous vif le lendemain matin ?

    Notre étude a révélé que le simple fait de soulever des préoccupations financières pour les pauvres érode encore plus les performances cognitives que d'être gravement privé de sommeil.

Il existe une autre façon de comprendre la taille de nos résultats. Parce que le test de Raven est utilisé pour mesurer l'intelligence fluide, il a un analogue direct avec le QI. Nos effets correspondent à entre treize et quatorze points de QI. Selon les classifications descriptives les plus couramment utilisées du QI, treize points peuvent vous faire passer de la catégorie d'intelligence "moyenne" à une catégorie d'intelligence "supérieure". Ou, si vous vous déplacez dans l'autre sens, perdre treize points peut vous faire passer de "moyen" à une catégorie étiquetée "limite déficiente". Rappelez-vous : ces différences ne sont pas entre les pauvres et les riches. Nous comparons plutôt la performance d'une même personne dans différentes circonstances. La même personne a moins de points de QI lorsqu'elle est préoccupée par la pénurie que lorsqu'elle ne l'est pas. C'est la clé de notre histoire. Les pauvres ont réagi comme les riches quand la voiture coûtait peu à réparer, quand la rareté n'avait pas été mise en évidence. De toute évidence, il ne s'agit pas de capacité cognitive inhérente. Tout comme le processeur qui est ralenti par trop d'applications, les pauvres ici apparaissent pires car une partie de leur bande passante est utilisée ailleurs.

La doublure argentée

Les pauvres restent pauvres, les solitaires restent seuls, les occupés restent occupés et les régimes échouent. La rareté crée un état d'esprit qui perpétue la rareté. Si tout cela semble sombre, considérez le point de vue alternatif : les pauvres sont pauvres parce qu'ils manquent de compétences. Les solitaires sont seuls parce qu'ils ne sont pas aimables ; les personnes à la diète manquent de volonté; et les gens occupés sont occupés parce qu'ils n'ont pas la capacité d'organiser leur vie. Dans cette vision alternative, la rareté est la conséquence de problèmes personnels profonds, très difficiles à changer. La mentalité de rareté, en revanche, est un résultat contextuel, plus ouvert aux remèdes. Plutôt qu'un trait personnel, c'est le résultat de conditions environnementales provoquées par la rareté elle-même, conditions qui peuvent souvent être gérées. Plus nous comprenons la dynamique de la façon dont la rareté agit sur l'esprit humain, plus nous pouvons trouver des moyens d'éviter ou du moins d'atténuer le piège de la rareté.

Adapté de Rareté : pourquoi avoir trop peu signifie tellement . Copyright © 2013 par Sendhil Mullainathan et Eldar Shafir. Réimprimé en accord avec Times Books, une empreinte de Henry Holt and Company LLC.

Eldar Shafir est membre Psych Report du conseil consultatif du


 
#5 Posté par : CaptainCrox' 27 août 2022 à  21:48
Laisser les professionnels de santé gérer, ce n'est pas évident. Lors de maladies chroniques, il y a une part que le patient doit gérer. L'alternative serait des soins à domicile, ce que je ne peux accepter.

Cet été, je me suis tellement concentré sur la rotation d'opioide et le sevrage que j'en ai mis de côté mes soucis de santé plus grave.

Se rajoute à cela mon comportement d'autruche

Me connaissant, ce sont des phases. Je finis toujours par prendre le dessus. J'avoue cependant que ce soignant m'a démoli plus que je n'aimerais l'admettre.

Mon médecin m'a téléphoné en fin de journée. Il était de garde aux urgences. Il est sérieusement inquiet, j'ai arrêté mes traitements, les derniers labos sont inquiétants. Il veut passer à domicile à la fin de sa garde dans... 12 minutes. Il ne me laisse pas le choix.

 
#6 Posté par : AnonLect 27 août 2022 à  22:56

CaptainCrox' a écrit

Laisser les professionnels de santé gérer, ce n'est pas évident. Lors de maladies chroniques, il y a une part que le patient doit gérer. L'alternative serait des soins à domicile, ce que je ne peux accepter.

Cet été, je me suis tellement concentré sur la rotation d'opioide et le sevrage que j'en ai mis de côté mes soucis de santé plus grave.

Se rajoute à cela mon comportement d'autruche

Me connaissant, ce sont des phases. Je finis toujours par prendre le dessus. J'avoue cependant que ce soignant m'a démoli plus que je n'aimerais l'admettre.

Mon médecin m'a téléphoné en fin de journée. Il était de garde aux urgences. Il est sérieusement inquiet, j'ai arrêté mes traitements, les derniers labos sont inquiétants. Il veut passer à domicile à la fin de sa garde dans... 12 minutes. Il ne me laisse pas le choix.

Salut,

Je ne suis pas forcément un pro des situations de ce type mais simplement... Pourquoi ne pas laisser ce médecin, qui a l'air sincèrement au top, venir et parler simplement avec lui ? smile

Puis, on va dire que c'est "facile à dire", mais pourquoi ne pas stopper toute prise en compte dans ton esprit de ce qu'a pu dire un connard quelconque qui ne sais juste pas de quoi il parle ?

A mon sens, il ne faut surtout pas accorder la MOINDRE importance à ce que peut bien dire où penser un type qui parle sans savoir de quoi il parle.

Tant que tu sais ce qu'il en est rellement, et que tu sais ce qu'il dit comme étant faux, pourquoi y accorder quelconque intérêt ?

Et même si factuellement, sur le moment, c'est vrai, le type ne connait pas les éléments contextuels et situationnels qui ont pu faire que ... Toi tu les connais, et tu sais ce qu'il en est réellement.

À partir de la c'est pareil, il parle d'un truc dont il n'a aucune idée ; dès lors, il n'y a pas à considérer d'aucune manière ce qu'il dit ou insinu.

Par exemple, quelqu'un qui me sors "que je suis un drogués bon à rien", "que je fais rien de ma vie", "que je suis un branleur", " que je suis égoïste" ou ce genre de truc, ça me fait juste exploser de rire tant je sais que ce qu'il dit est le fruit de son délire et de son ignorance !

Et surtout dans ton cas tu dis bien que c'est UN soignant au milieu d'une bonne équipe. Donc tu sais que la majorité de ces personnes ne pensent pas comme ce pauvre type, ce qui devrait contrebalancer ton sentiment premier, non ?

Voir aller voir le médecin qui s'occupe de toi, lui dire ce qu'il s'est passé, et que t'acceptes pas ça. Il devrait ne plus le faire s'occuper de toi, non ?

Enfin, surtout, il faut pas "donner raison" à ces types, car eux, ça change rien à leur vie, mais c'est toi qui en pâti sad .
Il faut pas qu'un connard quelconque puisse avoir ce pouvoir de te mettre dans un tel état, et mettre tes soins en périls sad.

Allez, courage, t'as un médecin super, et je suis sûr que son avis et ses analyses sont autrement plus pertinents que ceux d'un gros con qui parle sans savoir et qui ne te connait pas wink

Bon, je sais que c'est pas aussi simple quand on est dans la situation, et la tienne n'a pas l'air simple... mais parfois, ça fait du bien qu'on nous le rappelle : quoique dise ce gros con, cela ne doit pas avoir d'impact sur la prise en charge de ta maladie, ne lui laisse pas ce pouvoir !

Courage, et fais les bons choix smiley-gen013

drogue-peace


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