La ligne blanche social.

Catégorie : En passant
Hier à 20:13

#différence #injustice #lois #statut social. #stigmatisation
La ligne blanche sociale.

Ce ne sont pas les substances qui dérangent le pouvoir.
Ce sont les individus qui échappent au contrôle.

Dans un monde où chaque milieu professionnel et chaque sphère d’influence a ses secrets, l’addiction demeure un tabou universellement partagé. Des caves humides aux salons dorés, des poches trouées aux vestons sur mesure, les comportements humains, eux, connaissent les classes sociales et les privilèges particuliers.
Ce qui change, ce n’est pas la réalité : ce sont les regards.

Les affaires médiatiques impliquant des personnalités publiques ont montré que la vulnérabilité, aux yeux de certains, choisit un statut social : le prestige, le niveau de revenu, le nom de famille, etc. Certains tombent en silence, d’autres vacillent en public — voilà peut-être l’inégalité la plus facile à observer, tant elle saute aux yeux.
On ne juge pas les actes, on juge ceux qui les commettent en fonction de leur condition sociale.

Assurément, toutes les sphères ne sont pas incriminées de la même manière. Certains milieux semblent bénéficier d’une forme de tolérance implicite, tandis que les personnes issues de milieux modestes subissent une exposition plus brutale et un jugement plus sévère. La société pardonne naturellement les figures bénéficiant d’un statut particulier, celles qui occupent des positions de pouvoir ou d’influence, alors qu’elle expose plus brutalement les individus issus de milieux modestes.

Cette différence nourrit un profond sentiment d’injustice chez ceux qui se sentent stigmatisés pour des comportements pourtant largement répandus, y compris chez les nantis ou autres privilégiés.
Ce n’est pas l’acte qui marginalise : c’est le regard de ceux qui prétendent ne pas le comprendre.

C’est dans ce contexte qu’une question dérangeante émerge : pourquoi les pratiques qui stimulent l’introspection, qui modifient la perception ou qui poussent à questionner les automatismes sociaux sont-elles systématiquement celles que l’on encadre le plus strictement ?
L’histoire montre que ce qui éveille dérange, et que ce qui dérange finit souvent interdit.

Sans prétendre dévoiler une intention explicite des dirigeants, il est difficile d’ignorer que les sociétés fonctionnent plus aisément lorsque la majorité demeure docile, prévisible et, de surcroît, absorbée par un travail qui, avouons-le, n’a pour la plupart plus grand-chose à voir avec un véritable métier, ainsi que par la gestion d’un administratif qui, en France, occupe une place considérable, tant en temps qu’en énergie mentale.
La maxime «heureux sont les simples d’esprit» ne doit rien au hasard : elle reflète une vérité sociale ancienne, selon laquelle ceux qui questionnent trop dérangent l’ordre établi.

Autour de ces comportements gravite également un écosystème complexe : petits acteurs, littéralement et pas nécessairement comédiens, intermédiaires, réseaux, mais aussi des figures plus influentes qui tirent profit de la demande, directement ou indirectement.
La responsabilité est diffuse, et les plus vulnérables ne sont jamais les seuls maillons de la chaîne.

En tant que petite identité, j’en conclus que :
Au fond, ce n’est jamais l’acte qui choisit ses fidèles : ce sont les regards, surtout ceux des dirigeants, qui décident qui doit être montré, qui doit être caché, qui doit être puni, qui doit être excusé.
Les puissants trébuchent hors champ, les modestes tombent sous les projecteurs.
Voilà peut-être la seule «ligne blanche» vraiment partagée.

Partant de là, parlons cocaïne et autres modificateurs de conscience. En tant que personne considérée par ceux qui vous imposent d’exister sous une identité, et pendant que certains s’indignent bruyamment du «fléau populaire», d’autres ne s’arrangeraient-ils pas discrètement avec leurs propres contradictions, persuadés que la morale est une porte qui ne s’ouvre que dans un sens pour faire de vous des moutons? Je rappelle qu’un mouton qui ne se fait pas tondre finit par mourir sous le poids de sa propre toison!

Alors oui, on dira encore que «nul n’est au-dessus des lois».
C’est vrai : certains sont simplement à côté, bien à l’abri, hors cadre, hors conséquences.

Quant aux autres, ceux qu’on pointe du doigt, ceux qu’on montre du menton, ceux qu’on juge du regard… qu’ils se rassurent : ils ne sont pas seuls. Ils n’ont jamais été seuls. Ils n’ont simplement pas eu la chance d’être entourés des bonnes ombres.

Dans ce théâtre-là, les actes sont les mêmes.
Seuls les rideaux changent.

Commentaires
#1
GuiDuBled
Nouveau Psycho France
Hier à 22:51
Bonsoir,

Excellent ce discours.

C'est plus facile de nous monter les un contre les autres que d'agir vraiment.
Les classes moyennes contre les moins aisé. De laisser croire que les arnaque à la caf sont monnaie courante (1% je crois). Alors que l'évasion fiscal est bcp plus rependu.
De mettre en avant la valeur travail. Permettant à celui qui suis la ligne blanche d'être misogyne raciste stigmatisant. Oui mais lui il travaille dur donc il a le droit.

Le moins aisé devrait être un super héros social né méritant aucune compassion en cas d'erreur alors que yeux dans les yeux certain nous assure n'avoir rien détourné. 

Je fais de la magie. Moi je ne voie que ça. Regarde la pendant que je camoufle ce que je doit cacher. Ont est tous dans le même bateaux. Absolument pas. Ta catégorie sociaux professionnelles définit ton radeau.
Les drogues ou droguer comme ils disent ne participent pas à cette mascarade. Ils vivent souvent en marge. Mon dieu si les moutons se mettent à réfléchir comment vais je les manipuler.

Remplir le cerveau d'inquiétude permet de maintenir le système. La ligne blanche que tu décrit est juste. Se rendre compte que peu importe ta catégorie tu fais partie des manipuler.

J'ai travaillé longtemps avec des public précaire. La seul idée du système. La pauvreté monétaire. Alors que c'est la conséquence. Elle est tjr accompagnée de pauvreté sociale, intellectuelle, sexuel, educationnel. Ce sont les vrais levier de l'épanouissement. La pauvreté monétaire sert de barème universel. C'est une mascarade.

Et ça dure depuis très longtemps


Je te rejoins sur un truc important : le regard social n’est clairement pas le même pour tout le monde.
On ne tombe pas tous de la même hauteur. Certains ont du réseau, du statut, des avocats, du silence autour d’eux. D’autres prennent tout en pleine lumière. Ça crée forcément un sentiment d’injustice.
Mais je fais attention à ne pas tout ramener à une immense manipulation. Oui, il y a des inégalités. Oui, certaines consommations sont tolérées chez les puissants et stigmatisées chez les plus modestes. C’est évident.
En revanche, je pense que si on explique tout par le système, on finit par se retirer aussi une part de responsabilité. L’addiction, mais surtout la souffrance intérieure, elle, ne regarde ni le salaire ni la catégorie sociale. Les mécanismes sont les mêmes.

Ce qui change, c’est la manière dont la société expose ou protège. Les puissants tombent discrètement ou recouvrent, les faibles tombent simplement devant tout le monde et sont pointées du doigt.
Je trouve que la réduction des risques est intéressante justement parce qu’elle sort de cette logique morale. Elle ne cherche pas à défendre un camp contre un autre. Elle essaie juste de limiter la casse, peu importe qui tu es.
Et parfois la “ligne blanche” dont tu parles, elle est aussi en nous. On peut dénoncer les injustices du regard social tout en étant un peu aveugle à nos propres angles morts.
Merci pour le texte en tout cas. Il fait réfléchir. Très bon discours.

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