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La quatrième nuit. 



Je n'ai plus rien à fumer depuis samedi. Je m'y suis préparé mentalement depuis quelques semaines. Je me suis résignée à ce que mes commandes n'arrivent plus et déjà qu'en temps de non-confinement, je ne sais jamais ou aller là ou je ne risque vraiment pas de trouver quoi que ce soit à fumer.

Ma plus grande crainte : le lit, le soir, me retrouver seule avec mes angoisses dans le noir.

J'avais bien préparé le truc mentalement : je sépare tout ce qu'il me reste à fumer pour tenir jusqu’à jeudi soir, vendredi et samedi, je reste éveillée jusqu’à tomber de fatigue et me lève tout de même à 9 h 00 comme pour aller au travail. Avec un peu de chance dimanche, je serais assez fatiguée pour m'endormir et retrouver un cycle de nuit stable sans avoir besoin de cannabis.
Au pire, si je tourne trop, je prends un ou deux xanax.

Lundi soir, un ami prend des nouvelles, " Alors ça va ? Tu t'en sors, tu arrives à dormir ? Ton plan à marché ? " .

J'esquive la question. J'ai honte. Quand est-ce que j'ai dérapé ?
J'ai bu combien de verre de vodka ce week-end ? J'ai vidé combien de plaquettes de codoliprane depuis vendredi ?
Ce n'est pas ma faute, j'ai mes règles, ça me fait mal... Si je rajoute quelques comprimés en plus ça sera chouette. Si je vire le paracétamol, c'est mieux aussi ça me fera moins de mal de tête.

En fait, j'avais pris autant de codéine, du moins jamais seule sans rien fumer à côté. C'est la première fois que je ressens concrètement son effet.
Les soirs sont chauds et doux et les nuits sont bonnes, je me lève le matin en pleine forme.

Promis demain, j'arrête, je me dit et laisse mon ami retourner se coucher sans rien lui dire avant d'aller boire mon verre de codé.

Raté pour le lendemain aussi, une dernière fois ça ne fait pas de mal. Bon, c'est pas grave, promis ce soir, j'arrête.

Catégorie : Carnet de bord - 08 avril 2020 à  09:44

Reputation de ce commentaire
 
J'aime le style et c'est parlant !! Cep



Commentaires
#1 Posté par : ziggy 08 avril 2020 à  10:08
La question éternelle qu’on essaie de déconstruire mais qui bloque toujours : concrètement, alors que tu exprimes une fragilité psychologique palpable et que tu expérimentes une béquille soulageante, efficace et qui semble améliorer grandement ton expérience subjective de vie = tu souhaites l éliminer absolument? En plus tu as compris l ‘essentiel - à savoir que la toxicité de ces combos paracodé n’’est pas l’opiacé mais l hepatotoxicité du para - Pourquoi tant de culpabilité ? Pourquoi se cacher Pour boire son verre « en scred » comme si tu bravais un interdit fondemental ?

 
#2 Posté par : Pomme 08 avril 2020 à  10:31
Parce que j'ai peur d'y devenir dépendante et qu'on lis partout que la codéine est difficile à arrêter donc j'avoue que j'ai peur de remplacer mes joints par ça hmm

Et même si j'ai un peu de stock d'avance pour en profiter de manière récréative de temps en temps je n'aurais jamais assez d’ordonnance pour en faire ma soupape du soir quotidiennement car j'en prend 6 à 8 et on m'en prescrit " 3 par jour si besoins ".

 
#3 Posté par : Drim 08 avril 2020 à  13:05
Salut, t'es en sevrage forcé de cannabis et tu as tendance a te rabattre sur la codéine et l'alcool ?

Les soirs sont chauds et doux et les nuits sont bonnes, je me lève le matin en pleine forme.

quand on recherche cette chaleur avec un opi c'est pas la meilleur des béquilles à long terme. Mais si t'as un peu conso ce week end en parralèlel de ton arrêt c'est pas grave en vrai, le tout c'est que ça devienne pas une habitude.

Ma plus grande crainte : le lit, le soir, me retrouver seule avec mes angoisses dans le noir.

Ton angoisse c'est d'être angoissé, je connais ça me fait pareil quand j'arrête le canna. C'est l'angoisse d'être angoissé le soir qui m'angoisse et m’empêche de dormir.

Le plus compliqué en terme dans l'arrêt c'est de remplacer quelque chose par rien. Quand t'as une envie de conso, conso quelque chose c'est le plus simple a gérer. Là il faut trouver des subterfuges.
Les envies sont difficilement comblables par rien.
Au final le plus dur c'est pas les quelques premiers jours c'est surtout le travail mental pour remplacer des moments de consos par d'autres moments.

En gros les gens veulent souvent arrêter en se disant j'arrête, et quand j'ai envie je lutte. Mais tout le monde sait bien que le plus facile pour un sevrage c'est quand on y pense pas, par exemple quand on part en vacances.


 
#4 Posté par : ziggy 08 avril 2020 à  16:47
Ok je comprends et c’est normal en tant que sujet naïf aux opiaces (non dépendant) de se méfier du pouvoir d’accroche ... c’est l’occasion de rappeler que sacro-sainte peur de la dépendance qui règne sur les opiacés a très largement participé à l’hyperdiabolisation et qui est à l’origine de centaines de milliers de mauvaises décisions comme le très classique recroquevillement sur l’alccol pour éviter un TSO par exemple. .... Si j’ai fêté la quarantaine récemment, c’est aussi un âge où des additions se paient et ça fait juste le troisième pote que je perds ˆ dans un contexte de dépendance alcool +++ pour éviter de continuer l’héroïne et ses substituts .... pour le cannabis par contre, no problème à part peut être pour le confort de gestion de l’angoisse, je préfère de très loin un soin opiacés. Raconte nous la suite, à+

 
#5 Posté par : Pomme 09 avril 2020 à  12:50
Fin de l'histoire :
J'ai pris 1,25 gr de xanax pour finir par m'endormir cette nuit, la soirée était un peu dur, longue et surtout ennuyante et le réveil très difficil.
Mais miracle ce matin, une de mes commande est arrivée !

Me voilà sauvée pour quelques jours.

Néanmoins ça m'aura fait apprécier les effets de la codéine seule et je pense que j'en reprendrais quelques soirs histoire de changer et surtout ne plus la mélanger avec des joints comme avant.

J'espère que mes prochains posts sur le blog seront plus positif, à la base, je voulais partager mes trips report de Salvia, car ils sont juste méga fun ^^

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