La violence symbolique chez les usagers de drogues / Les Blogs de PsychoACTIF

La violence symbolique chez les usagers de drogues 



Voici un texte qui va etre publié dans le nouveau fanzine de Psychoactif, à paraitre le 12 juin pour les journées de la Fédération Addiction.

La violence symbolique

La violence symbolique théorisée par le sociologue Bourdieu, explicite les processus de domination et de soumission. Pour l'usage de drogues, la violence symbolique est le processus de soumission par lequel les usagers de drogues perçoivent la non consommation de drogues comme légitime et naturel. La violence symbolique les conduit à avoir d'eux même une représentation négative. 
Autrement dit c'est ce processus qui fait que les usagers de drogues reprennent à leur compte la stigmatisation qui les touche et trouvent cela normal.

D'où vient-elle ? La loi de 70 participe activement à ce processus en ce qu'elle institue la non consommation de drogue comme légitime.  Mais ce n'est pas la seule cause. Elle peut aussi être renforcée par l'hygiènisme sanitaire, qui vend le dogme de la non consommation de toute drogue comme « bon pour la santé ».  Elle peut aussi  renforcé  par le langage porteur de représentations :  par exemple quand on nomme quelqu'un comme toxico, c'est à dire maniaque des toxiques, ou alors quand on parle de rechute.

Ce qui est fort, c'est que la violence symbolique permet à l’État de pouvoir imposer sa vision prohibitionniste comme objective et collective. Au point que les usagers de drogues ne disposent pas d'autre mode de pensée que celui des prohibitionistes. Les usagers ne peuvent donc pas échapper à la violence symbolique.
La violence symbolique  assignent aux usagers de drogues un statut d'infériorité, et à des réelles répercussions sur leurs  façons de se voir, dévalorisante :  «  Je suis vraiment une grosse merde de ne pas arriver à arrêter. », «quel est le problème en moi par rapport à ceux qui peuvent s'en passer ? ». Jusqu'à accepter la maltraitance comme normale » : « Ma compagne a raison de me quitter si je consomme », « Les soignants ont raison de me baisser ma metha et de me faire revenir tout les jours si j'ai reconsommé »….

La violence symbolique ne doit pas être confondue avec une servitude volontaire. Tout se fait de façon implicite et non consciente. Cela rend toute contestation ou toute révolte extrêmement difficile.

Il a fallu la crise du sida dans les années 90 pour que des usagers (qui allaient mourir du VIH), puissent  contester cette violence et commencer à s'émanciper. La crise du sida a d'ailleurs donné la réduction des risques, c'est-à-dire une manière de contester cette violence. Celle-ci avance le non jugement moral de la consommation de drogues,  qu'il n'y a pas de société sans drogue, ce qui légitime la consommation. C'est d'ailleurs pour cela qu'elle a été si dure à imposer au grand public et aux politiques. Elle casse ce processus de soumission et avance que les usagers de drogues peuvent être normaux.

Mais la réduction des risques française est un processus inachevé qui ne permet pas aux usagers de se penser autrement. A Psychoactif, nous voulons maintenant aller plus loin. Nous voulons permettre au consommateur de prendre conscience de ce processus pour qu'il puisse se penser autrement, pour qu'il ne se sente pas inférieur parce qu'il consomme,  pour qu'il puisse penser que sa consommation peut enrichir sa vie, pour qu'il puisse se révolter contre la pénalisation de l'usage qui reste une aberration. En un  mot, EMANCIPATION
Pierre

Catégorie : Actualités - 30 mai 2019 à  18:20

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Au top, très bien écrit Suf
 
dérangeant à admettre, donc pertinent et bien réel. Similana
 
Merci Pierre, pour le mettre aussi efficacement en mots! Teona
 
Voilà pourquoi on se bat ! Cusco
 
Les mots sont forts et sonnent justes ! Nrock
 
YES !!! Tout est dit !!! s2f
 
Merci. Et je confirme, ma consommation a enrichi ma vie. Sans regret. Stelli



Commentaires
#1 Posté par : Nogeron 30 mai 2019 à  19:10
Super texte ! Même si je débarque tout juste sur ce forum, je partage en grande partie votre position. 

J'ai toujours été frappé de voir à quels points les côtés positifs de la drogue étaient ignorés par ceux qui n'y connaissent rien. Le plaisir, la créativité, l'évasion, la compréhension artistique, l'exploration intérieur, les visions, le soulagement etc. Tout ça réduit par des non-usagers qui n'y connaissent rien à une sorte de "vice".

L'usager a un intérêt à sa pratique. Il varie totalement selon les gens, le produit, la fréquence, mais il existe. Et cet intérêt, quel qu'il soit, est réduit à un quelque chose de négatif par la société française. Alors que la prise de drogue peut par exemple permettre de se reconnecter avec soi-même, même temporairement, c'est une belle expérience intime. Et cracher sur une expérience intime fondamentale est très violent !

Comment peut-on balayer aussi d'un revers de main l'apport des drogues sur de nombreux secteurs de l'activité humaine ?? Si on prend juste l'exemple de la musique, l'influence de l'héroïne sur les géants du jazz et la rupture totale qu'a apporté le LSD à la musique rock/pop/folk ?

Comment peut-on balayer le réconfort qu'apporte les drogues à des gens qui sont abîmés non par leur drogue en premier lieu, mais par leurs conditions de vie ? D'autant plus quand on constate que les trois-quarts des problèmes engendrés par la drogue proviennent de la prohibition : illégalité donc difficulté à se procurer le produit, dissimulation entraînant un sentiment de honte, produit de mauvaise qualité bien plus nocif qu'un produit pur ?

La France, et beaucoup de Français, je ne me l'explique pas, sont incroyablement butés sur une politique de drogue qui n'a AUCUN sens, aucun !!

C'est, je pense, l'une des politiques publiques la plus absurde, la plus déconnectée de la réalité et de la population qui soit en France actuellement. Et pourtant y a de la concurrence.

La prise de drogue est légitime.
C'est une liberté fondamentale de pouvoir modifier sa propre conscience.
Se droguer n'entraîne pas systématiquement des dommages sur la santé.

///

En fait, c'est comme si dans un monde parallèle, la voiture était illégale, qu'il n'y avait pas de routes, pas de permis de conduire et que certains, utilisant des prototypes puissants mais mal foutu et mal réglés, se crachaient régulièrement dans les bois en cherchant la vitesse.

Les prohibitionnistes diraient alors : regardez !! la voiture est beaucoup trop dangereuse !! Impossible de légaliser ça !! Pourtant, en créant les conditions d'utilisation de la voiture, ils se rendraient compte de son potentiel et ils régleraient une partie du problème. Même si on le sait, les conducteurs fous et les accidents existeraient toujours.

Je pense que c'est pareil pour la drogue, ça parait inimaginable de légaliser alors
qu'en le faisant, on réglerait au moins la partie des problèmes qui découlent de la prohibition.
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Excellent commentaire. M'interesse beacoup. Boots
 
Jamais pensé à la géniale comparaison avec la conduite ! merci /coach

Posté par : Nogeron | 30 mai 2019 à  19:10

 
#2 Posté par : Username123 30 mai 2019 à  22:18
Excellent texte, qui rappelle la lettre au législateur d’Artaud.

Posté par : Username123 | 30 mai 2019 à  22:18

 
#3 Posté par : prescripteur 31 mai 2019 à  07:58
Bonjour, je pense que le problème vient en partie de notre Constitution qui donne un rôle prioritaire au Président (puis au gouvernement), qui regarde en permanence le baromètre de "l'opinion publique".
Je pense qu'il devrait y avoir tous les ans un débat parlementaire sur la politique "des drogues", peut etre avec la Loi de Santé. Il y aurait peut etre des avancées (on peut toujours y croire).
Il serait logique que le parlement fixe les principes de cette politique et que le gouvernement les appliquent. Mais là le gouvernement agit le plus souvent  par decret et personne ne conteste. Il est vrai que les députés n'ont probablement pas envie de "mettre les mains dans le cambouis" mais c'est (ça devrait être) leur boulot !!
Amicalement
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Point de vue intéressant! Stelli

Posté par : prescripteur | 31 mai 2019 à  07:58

 
#4 Posté par : Mascarpone 31 mai 2019 à  10:36
Ayant toujours vécu mon soi disant vice sans aucun sentiment de culpabilité et m'étant souvent, trop souvent, et même, presque toujours big_smile, battu avec mes pairs sur cette idée formatée et absurde que: "la drogue c'est mal' et que cela faisait d'eux des sous citoyens voire des sous hommes (oui, le mot est fort, mais c'est comme ça que nos sociétés les font se ressentir le plus souvent), je ne peux qu'approuver à 100%.

Tant qu'on ne fait pas de mal au voisin, chacun devrait avoir la liberté de faire ce qu'il veut de son corps et de sa santé. Mais, dans une société où dans de nombreux états, même le suicide est un délit punissable par la loi, et où la prohibition est de rigueur depuis des siècles maintenant, les citoyens sont formatés dès l'enfance pour mettre dans des cases ce qui est bien, ce qui est acceptable et ce qui ne l'est pas, et ce qui est mal.

Ils disent: "oui, mais la drogue, quand même! L'héroïne, vous vous rendez compte, ça tue et ça rend dépendant "oui, et? Il y a des tas de choses qui tuent et qui rendent dépendant, qui êtes vous pour décider lesquelles sont acceptables et les autres non?

Si toutes ces choses "dangereuses" étaient prohibées, il y aurait au moins une certaine logique (même totalitaire big_smile ), mais avec les drogues illicites c'est vraiment totalement arbitraire (la comparaison avec la bagnole est bien vue wink ).

De plus, les citoyens lambda comme les usagers eux mêmes se laissent berner par des discours qui leurs semblent aller de soi, sauf QUE, les véritables raisons de toutes ces interdictions ( appuyées par l'opprobre qu'on a bien inculquée aux citoyens), ne sont pas pour des raisons majoritairement sanitaires, mais bien plus pour d'obscures raisons, politiques, économiques et de pouvoir (revoyez votre histoire wink ).

Bref, moi, ça va bien merci lol Et bien sûr, je suis d'accord avec le discours du dessus, c'est ce que j'essaye de dire depuis toujours en pissant dans un violoncelle la plupart du temps...

Amicalement

Posté par : Mascarpone | 31 mai 2019 à  10:36

 
#5 Posté par : L'Italien 09 juin 2019 à  07:28
Je pense que chaque personne suffisamment libre suivra son chemin, je ne dis pas que l'impact social est nul, juste que passer une certaine limite, on apprends a vivre pour nous, la moitié des addicts aux opiacés sont fonctionnels socialement, taffent sous métha ou héro ou autre TSO, la précarité aide pas c'est clair, après je suis libertarien, je pense qu'a chacuns, ses choix, mais la drogue peut abîmer, la goutte et les trips m'ont fait vriller, l'héro m'a filé d'autres difficultés, c'est pas anodin de s'enfoncer dans les abysses de la défonce pour supporter des affects difficiles.. Pour bien de nous consommateurs, c'est plus facile d'être déféré une fois de plus que de se confronter a ses propres souffrances qui nous ont entraîné dans ce cercle d'oublis, ça se fait pas en un jour, tmtc wink

Mais ce mode de vie nous laissent des marques, je fais du mieux que je peux (je vis à l'étranger, j'ai une boite dans le digital, mais chaque fois que je parle à la rue, je connecte avec tout les cramés, je suppose que les rues de banlieue, Mars foyer, les rues d'autres pays et des années de stop livré a soi même font de nous ce que l'on est smile 

Faut juste apprendre a s'en battre les couilles des projections d'autrui..

Vie pour toi, grandis, fait tes expériences, et c'est qu'ayant franchis bien des limites t'en resteras marqué, tant dans ton rapport à toi et aux autres..

Bon courage biz wink

Posté par : L'Italien | 09 juin 2019 à  07:28

 
#6 Posté par : Junon 17 juin 2019 à  21:38
Là où je suis plus tolérant (du moins un minimum compréhensif) sur le rejet du toxicomane dans l'opinion générale, elle m'est assez douloureuse au sein de l'institution médicale.

J'ai fait une année en école d'infirmier, durant laquelle j'ai pu assister à certaines frasques de professeurs sur les toxicomans, l'un racontant sans aucune nuance qu'il ne faut rien céder au patient toxicomane qui vous fera du chantage pour obtenir de la morphine à la première occasion, un autre que les toxicomanes utilisaient des chiens pour passer la drogue à la frontière, chiens qu'ils éventraient sans état d'âme ensuite pour récupérer la drogue.
Ainsi dès la formation le personnel médical est martelé de l'image du patient dépendant fourbe et méchant.

Ce qui amène au vrai problème selon moi, la violence symbolique médicale.
Perso je l'ai subi plusieurs fois avec la remplaçante de mon médecin, c'est mon addicto qui me prescrit mon subutex, mais quand je dépasse où que j'en perd je dois gérer avec mon médecin de famille (sa remplaçante en l'occurrence)
Les deux consultations où j'ai eu à composer avec ce médecin c'était une horreur,
dédain, suffisance, alors que je lui expose la situation je sens qu'elle ne me crois pas, méfiance constante, obligée d'appeler mon centre, mon addicto (ce qui est assez gênant en plus de la situation)
J'ai le droit à un cachet en moins par rapport à mon besoin, sans doute pour me faire réfléchir (souffrance gratuite) je sens dans son discours que la situation est totalement de ma faute, que c'est déjà bien fait si j'en suis là et que j'ai bien le culot de venir la déranger.
La seconde fois il me manque quelques euros pour la consult', je lui dit que je reviendrais lui rendre dans l'après midi, elle reprend ma prescription et ma carte vitale et me dit que je les récupérerai pas tant que je lui aurait pas payé. Dans son esprit dépendant = délinquant = voleur
Je ressors complètement déshumanisé à chaque fois.
Si bien que la dernière fois que c'est arrivé j'ai préféré faire un écart d'Hero plutôt que d'avoir à subir ça.

C'est une violence invisible, qui touche encore plus car elle vient des personnes qui sont censés nous aider.
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témoignage très illustratif. merci! (plotchiplothc)

Posté par : Junon | 17 juin 2019 à  21:38

 
#7 Posté par : Stelli 18 juin 2019 à  01:47
La répression est la pire des injustices pour les consommateurs...

Ça me fait penser à un épisode qui remonte à 2004, c’est loin...


À cette période je me débattais avec une profonde dépression (avec plusieurs tentatives de suicide) aggravée par une agression sexuelle à à peine 18ans, suivie d’un enfer avec mon mec de l’époque qui avait décidé qu’il ne voulait pas avoir à subir les conséquences de cette agression et qui m’imposait ses pulsions sexuelles (autrement dit j’ai subi ce qu’on appelle maintenant le viol conjugal, ce dont on ne parlait pas à cette époque). J’avais commencé à consommer pour pouvoir survivre. D’ailleurs c’est l’héroïne qui m’a fait arrêter les TS à répétition... C’était une forme d’automédication.
Mon ancienne psy (j’avais changé de région et était « au vert » chez mes parents pendant les vacances scolaires, je la revoyais parfois en consultation) m’avait convaincue dans un moment particulièrement difficile, de me faire hospitaliser quelques temps (généralement dans ces cas là c’est 1 ou 2 semaines), « pour qu’on s’occupe de moi »et pour « éviter de faire une bêtise ».
À ce moment là j’étais sous Subutex, à 16mg, j’avais donc l’étiquette « tox ». Je suis donc arrivée à l’hôpital avec mon traitement (et aussi, comme j’étais une rebelle demon1 mon téléphone ainsi que son chargeur, et surtout tout le nécessaire pour quelques shoots d’héroïne, produit compris, oui je sais c’est MAL. D’ailleurs leurs fouilles sont bidons... j’avais tout planqué entre mon bide et ma ceinture, à l’abri dans un simple Steribox... ça me rassurait d’emmener ça avec moi au cas où...).

Ce service où je suis tombée, c’était l’enfer. J’avais déjà été hospitalisée dans le même hôpital, dans un autre service (correspondant à mon secteur géographique) où rien de spécial n’était à relever. Mais cette fois, faute de place disponible je me suis retrouvée ailleurs...

Ce service... j’avais l’impression d’être dans Vol au dessus d’un nid de coucou... Les personnes étaient traitées sans respect, gardées des mois sans véritable raison. On aurait dit des rats dans un laboratoire... Ils supprimaient parfois tout traitement et ne les remplaçaient qu’au bout de quelques jours (oui oui, vous avez bien lu, les traitements psy dont on sait qu’il ne faut pas les stopper d’un coup). Il n’y avait aucune activité. Que des livres aux pages manquantes, des puzzles incomplets, et une télé en « salle » fumeur dont les non-fumeurs étaient privés (ah et la « salle fumeur » c’était un coin de la salle commune, sans aucune séparation, sinon des genre de paravents. Quand j’y repense j’hallucine...). Les infirmières étaient enfermées 24h/24 dans l’infirmerie et mettaient 3 plombes à ouvrir quand on les sollicitait... J’imagine à peine s’il y avait eu une tentative de suicide dans le service, où un incendie... on avait le temps de crever avant qu’elles daignent ouvrir!
Quand j’ai commencé à me rebeller contre les conditions dans lesquelles on était, suite à l’arrivée d’une vieille dame dépressive et angoissée, qui avait une entorse douloureuse et à qui ils avaient supprimé tout traitement (psy et antalgiques) prescrit pourtant par son médecin traitant, sous prétexte qu’ils attendaient ses résultats d’analyse sanguine (et en prenant son médecin traitant pour un gros blaireau au passage!). La pauvre était dans tous ses états, complètement paniquée, angoissée et douloureuse... J’étais choquée par leurs pratiques. Je voulais déjà être infirmière, j’avais étudié la psychologie, je savais bien que tout ça n’était pas normal. La Charte du Patient Hospitalisé était d’ailleurs affichée dans le couloir du service (comme la loi l’exigeait depuis peu), nos droits écrits noir sur blanc, et pourtant bafoués... Et ça ne leur a pas plu que je dénonce leurs pratiques... J’ai fini en isolement pendant 24h avec 100mg de Tercian dans le cul (en IM...)
Sentir le produit m’envahir... Sentir le poids du médecin sur mon dos, m’étouffant. Les voir, au moins 8 personnes (médecin, internes, externes, infirmier(ère)s, aide-soignant(e)s me déshabiller sans aucune pudeur, comme un spectacle ignoble... Me retrouver seule dans ce box aux murs capitonnés... Avec juste un matelas au sol, un saut pour les besoins, et un minuscule vasistas à hauteur du plafond.
Hurler de douleur et de désespoir.
Savoir que j’étais seule et que personne ne pouvait m’aider. Sans savoir combien de temps ils allaient me laisser là...
Et sombrer dans les vapes du Tercian...
Je me suis réveillée le lendemain et ils m’ont sortie de là 24h après... Ils avaient réduit mon traitement Sub de moitié, sans aucune raison, à 8mg... (2ème abus) Le manque est apparu rapidement... léger mais présent. C’était leur manière de me punir pour avoir osé dénoncer leurs pratiques...
J’étais traumatisée, en état de choc. Je me rappelle que le médecin m’avait « convoquée » suite à ça. Que je n’ai plus voulu décrocher un mot. J’étais là (à l’hôpital) de ma propre volonté, j’étais majeure, et en hospitalisation libre. Je n’avais mis personne en danger, je n’étais pas en danger moi-même à l’instant où ils m’ont enfermée. Cette décision était illégale et je le savais. J’étais victime d’un de ces nombreux abus de la psychiatrie. Je n’avais plus confiance.
J’ai voulu partir. On m’a opposé un refus (3ème abus). J’avais le droit de partir n’importe quand, quitte à signer une décharge. Mais ils ont refusé. Ont repoussé l’échéance.
J’ai voulu contacter ma famille mais il fallait demander aux infirmières à utiliser le téléphone de leur bureau... et elles n’ouvraient jamais avant longtemps...
J’ai alors utilisé mon téléphone portable en cachette pour lancer un SOS désespéré... un à ma mère, un autre à ma meilleure amie...
Mes parents ont cherché à contacter le service, sans succès. Ils sont venus sur place pour rencontrer le médecin. J’ai expliqué en quelques mots ce qui s’était passé à mes parents une fois qu’ils sont arrivés. Ils se sont heurtés au refus de l’équipe, qui affirmait que le médecin n’était pas là. J’ai dit que c’était faux, que je venais de le voir. Mes parents ont insisté. Ils ont fini par céder. S’est ensuivie une scène surréaliste où le médecin m’a totalement dénigrée auprès de mes parents... Arguant que c’était irresponsable de me laisser partir... Heureusement mes parents n’ont pas marché... Et ils ont signé pour moi une décharge (4ème abus, étant majeure je n’avais besoin de la signature de personne). Je suis repartie avec mes parents, sans mon traitement personnel (donc sans mes boîtes de Subutex, entre autres) qu’ils ont refusé de me rendre (5ème abus). J’ai dû contacter en urgence mon médecin de famille un samedi matin, lui avouer ma conso et lui expliquer toute l’histoire... Il avait accepté de me represcrire mon Subutex au dosage initial, heureusement pour moi. Sinon j’avais ma came, que j’avais toujours depuis le début, mais bon, je la gardais au chaud pour plus tard... je savais que ça me ferait pas long feu...
Après ça j’en ai fait des cauchemars pendant des semaines... Il m’a été difficile de remonter la pente.
Je n’ai jamais osé donner suite, de peur que ça entache mes études et mon avenir professionnel... Peur qu’on découvre mon secret (ma consommation plus qu’abusive d’héroïne..., ou mon traitement de substitution...). Peur de me faire virer de l’école comme c’était arrivé à quelqu’un de mon IFSI quand ils avaient découvert qu’il était sous traitement aussi....
J’aurais dû porter plainte, contacter une association de défense des patients, alerter l’Ordre des Médecins... mais en même temps j’avais peur qu’on n’accorde aucun crédit à ma parole... surtout face à un psychiatre... J’étais juste une pauvre toxicomane dépressive... (la violence symbolique justement...!).
Du coup j’ai enfouis cet épisode le plus loin possible dans ma mémoire pour tenter d’avancer... à cause de cette histoire et d’autres, j’ai gardé une méfiance du monde de la psy... Et pourtant je suis du milieu de la santé...
Je trouve que cette histoire illustre à bien des égards la violence symbolique dont parle Pierre. Et je suis certaine que nous sommes nombreux à avoir vécu plusieurs épisodes du même style, même dans des domaines différents.
Ce genre d’expériences m’ont construite. Ont fait de moi ce que je suis devenue. Elles ont participé à ma décision de militer pour les UD. D’abord pour la RdR puis plus généralement pour nos droits.
J’ai décidé des années après de faire une force de mon parcours chaotique. D’utiliser mon expérience et mes connaissances. De sublimer mon vécu.
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Témoignage extrêmement poignant. Hilde

Posté par : Stelli | 18 juin 2019 à  01:47

 
#8 Posté par : Bootspoppers 18 juin 2019 à  02:58

a écrit

elle reprend ma prescription et ma carte vitale et me dit que je les récupérerai pas tant que je lui aurait pas payé.

Hallucinant


Posté par : Bootspoppers | 18 juin 2019 à  02:58

 
#9 Posté par : bazzouz 18 juin 2019 à  03:10
Salut Junon et salut à tout le monde !
Je suis un utiliseur "masqué", je viens régulièrement sur Psychoactif mais je ne m'étais jamais inscrit pour participer jusqu'à maintenant.
Le témoignage de Junon m'a particulièrement touché et m'a poussé à réagir, et ce pour deux raisons principales :
- Il est sincère, véridique et représentatif des problèmes de relation médecin-patient dans le cadre de la drogue et du mal-être que cela engendre chez le patient.
- Je suis moi-même généraliste remplaçant, je vais donc donner mon point de vue sur la formation.

Premièrement, ce que t'a fait vivre ce médecin est honteux et contraire à tout code moral que l'on nous inculque pendant notre formation. Elle laisse son opinion personnelle dépasser sa position de soignante et ce n'est absolument pas professionnelle. Je doute que t'en sentes le courage mais tu pourrais écrire une lettre au Conseil de L'ordre des Médecins de ton département, histoire qu'elle ait un petit rappel à l'ordre. En attendant, il faut absolument que tu aies un généraliste en qui tu as confiance donc soit tu changes de médecin (facile à dire...), soit tu t'y prends plus à l'avance pour avoir des RDV avec le titulaire (même si j'ai bien compris que tu prenais ces RDV-là dans l'urgence...). Bref c'est vraiment dommage que tu ne te sentes en sécurité au point de rechuter brièvement... Et je sais que ton cas n'est pas isolé.

L'exemple que tu utilises sur le grand professeur stigmatisant le toxicomane, je ne doute pas un instant qu'il soit véridique, mais il ne représente en aucun cas le "ton" général de notre formation. Ce qu'on nous apprend (livres et cours), sont les bonnes méthodes, mais on retombe sur le problème du "bon" et du "mauvais" médecin devant la notion absolument fondamentale d'empathie. C'est quelque chose qui ne s'apprend pas. Et les préjugés de chacun refont surface. La stigmatisation, toujours la stigmatisation... Mais bien sûr qu'il y a des médecins à l'écoute, qui ne jugent pas au premier regard. Mais les connaissances sont limitées pour un "non initié". Un médecin qui n'a jamais touché à la drogue a moins de connaissances à ce sujet que le toxicomane qu'il a en face de lui. Et ça le met dans une position de faiblesse qu'il n'aime pas, je pense qu'il y a une part de ça également.

Je suis moi-même dépendant aux opiacés (Tramadol surtout) et je n'ai toujours pas pu passer le cap d'aller en parler avec un confrère, de peur de cette stigmatisation (décuplée parce que je suis de la profession...). Ça prouve que le problème est majeur.

Bref, j'espère sincèrement que tu n'auras plus affaire à elle et que tu tomberas sur un bon généraliste la prochaine fois. Ça se passe mieux avec ton addictologue habituel ?

PS : Pour l'histoire d'argent, je vais la défendre car ça n'a rien à voir avec ta toxicomanie, comme tu l'as dit elle ne te connaît pas et les impayés en libéral, c'est un problème quotidien, elle aurait fait la même chose avec n'importe quelle autre patient (c'est triste mais on est obligé de faire ça...). Je tenais à le préciser ! wink

Posté par : bazzouz | 18 juin 2019 à  03:10

 
#10 Posté par : ismael77 18 juin 2019 à  09:03
Abat jour la France psychoactive,
la violence symbolique de Bourdieu et tout, bien sur, dans la sociologie, par la loi, les représentations.
Ca me fait penser à la psychanalyse, à Girard (La violence et sacré), à d'autres.

Et surtout à un hérisson, bouc émissaire planté de partout, comme un taureau dans l'arène.
Rituels sociaux d'exclusion, et d'auto-exclusion, intériorisation, syndrome de la victime expiatoire, et de l'épouvantail. Celle qui sort le mal et celle qui se l'administre, la même.

Politiquement, aussi, oui  bien sur. La violence est politique.

Cimer!

Bons commentaires (longs à venir, vous dormiez? noooon on travaille)

texte lu le premier jour donc je ne l'ai pas rerelu.

Posté par : ismael77 | 18 juin 2019 à  09:03

 
#11 Posté par : Ocram Hier à  23:53

a écrit

Je trouve que cette histoire illustre à bien des égards la violence symbolique dont parle Pierre.

Alors la pour le coup la violence n'a plus rien de symbolique !!! On est en plein dans la maltraitance la plus crasse... Des personnes devraient répondre de tels comportements. C est une violence qui découle d'un problème systémique également. En un mot comme en "sang" c est tour bonnement dégeulasse.

Je regrette que tu aies eu à subir cela et que très probablement des gens le subisse encore.

Bravo pour la suite de ton parcours!

Ocram


Posté par : Ocram | Hier à  23:53

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