Bonjour,
Ce blog n'est autre qu'un témoignage sincère et factuel d'une tranche de vie.
Le rédiger, le corriger, le publier en l'état (réfléchis, posé et structuré) n'a franchement pas été aisé mais a été un bel exercice. En espérant qu'il soit utile ...
1)
La bulle éclate, la noyade commenceRéveil au camping d’Aubagne, où se déroule une formation horticole spécialisée en reproduction in vitro, alternant cours théoriques et stages en laboratoire.
Depuis plusieurs mois déjà, l’état de santé se dégrade. Quelque chose ne va pas.
Pourtant, impossible d’envisager l’abandon. Les examens approchent. La peur de l’échec, de la solitude, de la honte et du monde médical forme un ensemble difficile à contenir. Une obstination à continuer coûte que coûte.
Pour la première fois, une certitude s’impose brutalement : quelque chose de grave est en train de se produire.
Malgré tout, le sac est préparé comme chaque matin. Direction l’arrêt de bus.
Puis vient cette sensation. Un "ploc" brutal dans la poitrine, le souffle coupé et trou noir. Bien plus tard, il sera expliqué qu’une bulle s’était remplie de sang.
2)
Un réveil à Louis PradelLe réveil se fait en service de soins intensifs.
Le corps est relié à plusieurs dispositifs médicaux : drains thoraciques, sonde d’oxygène, sonde urinaire, perfusions...
Les premières informations transmises par l’équipe médicale évoquent une situation grave : une infection sévère du cœur liée à Staphylococcus aureus (staphylocoque doré) associée à une atteinte vasculaire et thoracique.
L’intervention chirurgicale n’est pas possible. L’infection doit d’abord être contrôlée par antibiothérapie intraveineuse avec une surveillance intensive de l'état de santé.
Les prises de sang deviennent quotidiennes afin d’adapter le traitement. Les jours s’enchaînent entre réanimation et différents services de l’hôpital.
3)
Les mois d’hospitalisationCette période s’étend sur plusieurs mois. Le traitement repose sur une antibiothérapie lourde, associée à une surveillance constante de l’infection cardiaque et pulmonaire.
L’état général reste fragile avec des complications successives liées à l’alitement prolongé et à l’alimentation par perfusion : douleurs, difficultés d’alimentation, escarres...
L’hospitalisation se déroule dans différents services spécialisés au fil de l’évolution de l’état clinique.
L’intervention chirurgicale reste impossible dans l’immédiat. L’infection doit être contrôlée avant toute chirurgie à cœur ouvert.
Sur le plan humain, cette période est marquée par une forte solitude et des interactions très variables avec le personnel soignant. Parfois même teintées de préjugés liés au contexte médical et social.
L’attente de l’opération devient progressivement centrale.
Après plusieurs mois de stabilisation, l’intervention devient enfin envisageable...
4)
Le premier bloc opératoire (traumatisme anesthésique)Une première chirurgie cardiaque à cœur ouvert est programmée.
La prise en compte du traitement de
substitution (méthadone) est abordée lors de la consultation préopératoire avec l’équipe d’anesthésie et de chirurgie.
Le jour-J, le transfert au bloc se déroule normalement jusqu’à l’induction anesthésique.
Au début de l’injection des produits anesthésiques, une sensation brutale et immédiate apparaît : impression de manque extrême, détresse physique intense, agitation interne majeure accompagnée d'une perception éclairée sur les événements en cours.
L’épisode est vécu comme une crise d’une violence extrême et ce, malgré la sédation. L’intervention est interrompue.
Petit retour en soins intensifs.
Dans les heures qui suivent, un état de confusion et de détresse persiste.Reprise du traitement.
De même que les jours suivants sont marqués par un état de choc prolongé mêlant douleur, confusion, incompréhension et peur.
Durant cette période, une infirmière de nuit joue un rôle déterminant apportant un soutien ayant permis de retrouver le sommeil après plusieurs nuits blanches. Peur de fermer les yeux.
Par la suite, des échanges avec l’équipe médicale et la direction du service font état d’une reconnaissance d’un problème dans la prise en charge.
5)
L’ultime opération- RenaissanceUne seconde tentative chirurgicale est programmée.
Intervention réalisée avec succès et permet une amélioration de l’état général dès le réveil. La phase qui se déroule en soins intensifs, suivie d’un passage en service de cardiologie puis en rééducation. La récupération commence.
Les effets positifs sont rapidement perceptibles après la phase aiguë post-opératoire.
6)
Convalescence à DieulefitLa chirurgie cardiaque est réalisée avec succès !
La récupération physique est lente, marquée par des douleurs post-opératoires importantes liées à l’ouverture du thorax.
La fatigue est constante et la réadaptation aux gestes du quotidien progressive.
Une période de convalescence est ensuite effectuée en centre spécialisé à Dieulefit.De nombreux acquis ont été réappris au cours de cette phase tels que marcher, articuler, manger etc...
Cette phase se déroule dans un contexte de grande fragilité sociale. Sans entourage familial ni soutien extérieur.Phase qui se conclue par un retour à une vie autonome en dans des conditions précaires, le temps de se reconstruire.
Aujourd’hui,
des séquelles psychologiques persistent clairement à la suite des différentes hospitalisations et de l’épisode anesthésique traumatique.
Les anesthésies générales et les actes médicaux invasifs restent associés à une anxiété importante.
Une nouvelle chirurgie cardiaque à cœur ouvert est envisagée dans les prochaines années (la n°3) avec probablement la mise en place d’une valve mécanique.
Aucune tentative d’autodestruction n’a suivi ces événements malgré leur intensité.
Il me tiens également à coeur de préciser que ce témoignage est écrit afin de partager une expérience. Aussi, de recueillir d’éventuels retours de personnes ayant vécu des situations similaires sous traitement de
substitution lors d’anesthésies ou de chirurgies lourdes.
Pour finir,
avec le recul, ce parcours laisse autant de traces physiques que psychologiques. L’enjeu aujourd’hui reste de poursuivre les soins tout en composant avec une mémoire corporelle encore très active.
Remerciements,
je tiens à remercier les personnes ayant pris le temps de lire ce témoignage. Ainsi que les équipes médicales rencontrées au cours de ce parcours. Une pensée émue à mes amies d'aujourd'hui.
A vous, toi, nous... Merci