Petit contexte de mes origines sociales pour la compréhension de mon point de vue :
Je suis née dans le quartier le plus chaud de Grenoble, ensuite j'ai fait celui le plus stigmatisé de l'Agglo principale de la région centre, puis adulte j'ai habité en région parisienne le boulevard face au terter d'Asnières fréquenté par la crème des cassos (pas péjoratif, j'en suis une) de Gennevilliers - ville qui a des airs de tiers monde dans les quartiers délaissés, pourtant on est en plein 92 à 2 pas de Neuilly et Levallois ou La Défense...
Et n'allez pas croire que j'étais la meuf qui fait tapisserie tellement elle est intégrée et dans les codes. Entre ces phases, j'ai passé une partie de ma jeunesse en campagne profonde à traîner avec des skateurs, écouter du métal puis aller en teuf dès 15ans. Donc ça a un peu construit mon identité à un âge où on se cherche et c'est une phase qui a duré plus de 10ans mais de façon intensive : connectée aux principaux sound system du coin dès 17ans, à poser des teufs tt les weekend, on a fini avec mon mec à être les éléments clefs pour poser le premier tekos d'un son devenu monstrueux et très connu, avec un label et tout
Les mecs avaient quelques teufs à leur actif, mais 1er tekos BOUM 2EME PLUS GROS MUR DU TEKOS JUSTE APRÈS LES NAWAK. (Impressionnant mais c'est ce constat qui m'a décidé à quitter le mouvement : ils ont posé des milliers d'euros grâce à papa maman pour être le sound system star. Les seuls qui avaient le droit de mixer c'était ceux qui avaient payé le droit d'entrée - Minimum 5000 euros. Si tu étais un galérien mais avec un esprit bien old school que tu fais perdurer, ben tu étais relégué au rôle de larbin - câbles et réglages → limite ingé son mais personne te donne l'heure, chauffeur du poids lourd, potiche pour faire le stand de croque monsieur...- et certains mixaient mieux que les starlettes désignées, depuis plus longtemps. Mais tu n'as le droit de te servir du sound system que si t'as du pognon - enfin... Ta famille. ils avaient 25ans max, une minorité avait des taffs corrects mais pas très rentables, le reste était au RSA - donc la honte de la famille - et passaient leur temps à mixer et se défoncer. Donc ils ont vendu à leurs parents le projet de devenir une société de spectacle pour qu'ils lâchent l.oseille en se disant : nos enfants seront des saltimbanques mais on leur offre le tremplin pour réussir. Pareil ils se sont PAYÉS un label, il a jamais été rentable. Mais ça faisait bien sûr le CV. Pour vendre leurs sons mid et pas originaux, bref paye ton empreinte dans l'histoire de la musique. Les DJ n'achetaient pas leurs disques, ils les vendaient en teuf à leur public de fanatiques QUI DEMANDAIENT DES AUTOGRAPHES. Putain ce moment là pareil j'ai serré. 1er tekos. Personne les connait le son est inconnu au bataillon. Et comme ils avaient le back up familial pour s'offrir une des façades les plus impressionnantes du Teknival, les gens étaient en mode idolâtrie sur certains mecs qui mixaient pas y'a 2ans, ont aucune identité artistique et font ça pour s'engouffrer dans une brèche qui marche. Pareil, l'habitude du DJ anonyme, planqué derrière un treillis ou pas spécialement mis en valeur. Eux ils avaient fait une scène, avec système lumière sur le DJ en mode David Guetta. Et je sais pas, tu vois des gosses matrixés qui achètent tes disques alors que tu sais que tes performances sont pas à la hauteur d'anciens réputés avec une façade plus modeste, qui sont pas dans la démonstration de force et la quête de gloire, juste des passionnés qui se sont fait un nom sans artifices. Ben qd des fanboys limite hystériques te demandent DE DEDICACER LE VINYL -Putain 25ans après ça me fume tjrs autant- tu dis non, on est pas là dedans, ok à star c'est la musique, moi je suis l'outil qui vous fait kiffer, mais je suis pas David Guetta. On est pas aux Bains Douche putain. Ben non ils dedicaçaient ravis de la situation, c'était même pas le mec qui a fait le son du vinyl qui signait... Bref aucun sens. Comment ramener du star system à la con, le truc que fuyait et dénonçait le plus les pionniers.
Les spirales c'est devenu des icônes mais sans calcul. Ils ont créé des vidéos musicales bizarres et hors des codes, qui sont devenues cultes. Après y'a eu la chasse à l'homme et le procès national en Angleterre... Donc ils avaient une petite célébrité, mais pas à échelle européenne au début. Leur nom ils l'ont fait essaimer à la force du poignet, en bravant les lois juste après avoir été expulsé de leur propre pays. Plus de lieu refuge où tu as fait ta vie, plus de famille, plus de potes... Juste le sound system. Donc ils ont payé le prix fort. Mais ils étaient tellement déterminés à diffuser de la musique gratuite aux 4 coins de l'Europe, qu'ils ont continué à prendre des risques, à flirter avec la loi ... Et eux ne suivraient pas une mode. ILS INITIAIENT UN MOUVEMENT RÉVOLUTIONNAIRE (même si il a mal tourné). Si on a connu leurs visages c'est en 2007 qd ils ont fait le docu qui retrace les débuts du mouvement free. C'était un cadeau pour prolonger la culture. Sinon, ils avaient juste quelques vidéos de jeunesse amateur. Et qd je les voyais en teuf dans les années 2000, ils venaient en camion, mais en mode darrons, pas du tt habillé avec l'uniforme dépôt militaire (moi je m'habillait mi punkette mi stylé mais dégénéré, mais dans une mode très personnelle, très colorée, avec bcp de jupes cheloues, de gros collants de keuponne, des fringues de créateurs alternatifs qd mes finances le permettaient. Donc les 1ers mecs avec qui je traînais à 15 /16ans - des campagnards bien normatifs mais on en reparlera plus tard...- avaient honte d'être vus avec moi, parceque je portais autre chose que du kaki et que j'étais en technicolor bien voyante... Ben les pionniers ils ont jamais imposé une mode, chacun venait comme il voulait, qd tu vois les images les styles se melaient tellement qu'il n'y avait pas d'uniforme ridicule comme c'est devenu le cas qd c'est devenu u e mode plus qu'un mouvement. Un mouvement ça s'intellectualise, ça revendique des convictions, des idées nouvelles, ça marque une scission avec la norme, donc que des tendances se dégagent ok, mais discriminer quelqu'un parcequ'il sort du lot -on y reviendra aussi... je pars un peu dans tous les sens mais ma seconde partie, déjà écrite dénonce certains trucs generalisés que j'ai trouvé honteux - alors que c'est exactement le coeur de la naissance de la free, c'est bon cassez vous, on a pas besoin de moutons aussi futiles et psychorigides.
Bref les spirales à 40ans ils venaient en short sandale pour Jeff, vraiment le look de darron à la plage. Ixi elle a tjrs gardé son look dark avec des petits t shirts noirs. Simone pareil, elle elle fait dans l'humanitaire, elle est pas à se prendre la tête comme une ado sur son look. Elle s'habille un peu alternatif avec des tee shirts de sound system ou d'artiste, mais ils detonnaient complètement dans l'environnement homogène qu'était devenu la teuf. Donc franchement sans les connaître obligé les teuffeurs new gen, bien modeux malgré leurs airs rebelle anti système, ils devaient les juger fort les darons qui ont créé le mouvement.
Ils venaient pas s'exposer en posant du son, ils avaient fait leur temps, ils venaient en spectateur même si ils finissaient tjrs par mixer invités par des sons d'anciens ou de connaisseurs. Mais à les voir sans le connaître, surtt Jeff, tu te dis "mais c'est un touriste lui? Il cherche sa fille?" Donc vraiment ils sont dans le rien à battre de l'image. On est pas là pour ressembler à la masse, on est nous et ça suffit. Et c'est pour ça que je les aime d'amour (et puis j'ai monté un
festival caritatif avec Simone pour les migrants de Calais, leur créer une cantine gratuite. Elle a mobilisé tt son réseau pour faire une programmation de malade JUSTE AVEC DES ARTISTES BÉNÉVOLES, pour qu'un max de thunes soit donné. C'est une meuf exceptionnelle vraiment).
Bref les spirales j'ai eu la chance de les connaître plus ou moins selon les membres, mais mon meilleur pote, DJ pointu, qui mixait sur la radio régionale, mais n'avait jamais monté de sound system, connaissait plein de sons emblématiques (Hérétik, 69DB, tomas hawk de Lyon qui était aussi un crew de graff, carbone 14, ...) donc il mixait souvent là où on l'invitait en tekos, mais il a jamais fait la star. Il est devenu incontournable dans le milieu de la free de notre coin, mais il a jamais cherché à se mettre en avant. Et il avait un vrai talent il digguait des vinyles tt le temps, en troquait en teuf, trouvais des pépites, des white label, des séries limitées. Était hyper éclectique musicalement, il te calait dans son mix de la musique indienne, des trucs psychédéliques des années 70, de la vieille tribe, du hardcore lent des début - pas celui qui brille la tête et que je trouve insupportable- calait du rap, du trip hop... Bref il avait un vrai oeil artistique, il se foutait des modes et proposait sa propre vision musicale en cherchant à ouvrir les horizons de son public.
.
Autre truc qui me révoltait :
En soirée il tournait des tracts revendiquant "anti - caille" avec des marques portées par les mecs de quartier et un message peu subtil : tous ceux qui portent ça cassez leur la gueule. MDR t'avais des DJ en cheville avec les spirales tribe et autres sons mythiques, qui s'en foutaient du dress code militaire à la con et portaient des Nike aux pieds. Donc en gros ça balance des fly où on dit dégagez à coups de batte ceux qui portent une marque hyper repandue dont le DJ sur lequel vous poussez des cris d'approbation sur les murs de son que vous admirez... Bref, l'idée du dealer et des mecs de quartier nocifs, dangereux, à stigmatisatiser et éjecter carrément - programme du RN en gros- alors que tout le monde va leur chopper des prods en masse. Les teuffeurs qui sont venus qd ça a commencé à être médiatisé et devenir une mode, ils venaient carrément en teuf pour trouver ce délire supermarché de la drogue, racaille qui vient vendre 500taz, des plans
coke à toutes les artères, et de la drogue facile à trouver. Pas besoin de connexions, de prendre le temps de discuter à droite à gauche pour apprendre qu'un tel a quelques trips à vendre... Ce qui a baisé l'esprit de la teuf c'est autant les semi grossistes des quartiers que l'évolution d'un public venu en teuf pour trouver de la défonce avant tout et suivre une mode au passage. Donc j'ai trouvé cette "chasse aux cailles" - début 2000 l'expression était démocratisée et c'était un débat pour quasi personne. Le tout teinté de racisme et de jugements hâtifs... Bref la teuf c'est 10ans de ma vie, bcp de soirées organisées, un entourage de DJ passionnés et pointus. Mais il n'empêche qu'il y avait des sacrés travers aussi. Et le public très "campagne" qui a pris racine a pas aidé, parceque les délires vieille France : homophobie, racisme, sexisme... Critique tt ce qui est hors des normes de sa petite bulle d'origine, alors qu'il joue au marginal en s'habillant comme un punk à chien et s'achetant un camion...
Ok donc tu la joues anti système, tu chiales parceque ta marginalité choisie et affichée (look de militaire XXL, piercings, énormes tatouages tribals - je leur ai dit dès le début que ça allait être super ringard donc de pas se faire de grosses pièces pour suivre la mode, ils allaient pas assumer dans 10ans- lifestyle de clochard, alors que tu mets 1/4 de SMIC dans la dope et un autre quart dans l'essence de ton camion qui est UN GOUFFRE FINANCIER en entretien. Bref, j'ai été à la rue, c'est un mode de vie plutôt bourgeois pour moi. Le cliché du travelers qui vit du RSA c'est des gros mythos. C'est des fils de Bourges ou ils ont des plans saisonniers qui payent fort. Mais quoi qu'ils revendiquent ils sont esclaves de la société qd mm pour la plupart. Y'a des gros sons qui vendent des disques, ont monté des labels... Mais là plupart ils sont pas en mode traveling. Ils ont des gros cametar mais C'EST POUR TRANSPORTER LE SON. ET AVEC LES MURS DE BATARDS QU'ILS ONT CROTEZ MOI, Y'A PAS LA PLACE POUR S'AMENAGER UN STUDIO. C'est des gens qui bossent à côté, parcequ'un sound system ÇA COÛTE UNE BLINDE. LES VINYLS AUSSI.
Le modèle du travelers, il vient des Spiral qui ont été BANNI DE LEUR PAYS PAR TATCHER EN PERSONNE. Les mecs sont apatrides, ont pas de papiers pour mener une vie sédentaire classique, donc ils ont choisi la vie sur les routes. Mais ils avaient fait des raves, avaient mixé dans des clubs, étaient connus du milieu électro, des icônes donc leurs disques se vendaient. Et puis bon, y'avait un peu de bizness aussi pour renflouer les caisses, à chaque fois qu'on les captait sur un tekos on se payait des tournées de gouttes de
LSD (bcp de
LSD et de
keta, avec les anglais. Ils avaient gardé leurs connexions) A chaque fois ça finissait en engueulade, parceque ceux sensés les ramener aux autres finissait par tt bouffer tellement c'est galère à transporter dans le creux du pouce et de l'index. Vas trimballer 5 gouttes en équilibre sur le dos de ta main à travers tt un tekos énorme... Donc y'avait les heureux élus tripax jusqu'à la mort et les autres dégoûtés qui cherchaient le camion de Jeff et Ixi.
Bref, eux, c'est pas un mode de vie qu'ils ont choisi pour le style et faire les rebelles (ils l'étaient assez : banni à vie de ton pays qd mm. Même les terroristes on leur fait pas ça) c'est une adaptation.
Les Désert Storm, ils ont décidé de suivre le mouvement par soutien aux spi et engagement dans la cause : diffuser le mouvement free partout en Europe. Ils avaient une vibe très caritative (dans l.esprit des spi aussi), ils ont visité notamment des pays en guerre dans les 90's (Yougoslavie, Bosnie...) pour distribuer des dons collectés, documenter le quotidien de ces peuples qui subissaient la guerre, et partager leur musique. C'est ce qu'on voit dans le reportage World Traveler Adventure (un classique que tt le monde a vu probablement. Eux je les ai pas connus donc je m'en tiens qu'à des infos externes). Mais bon ils avaient les parents derrière. Ils devaient avoir des économies, mais qd le camion tombe en panne au milieu des pays de l'Est, c'est papa qui paye.
Bref, les travelers de la hype qu'on a vu fleurir dans les années 2000, c'était souvent des gens issus d'un milieu confortable qui sont allés s'encanailler.
Mon ex et moi, à 17ans, on avait que son camion pour vivre, tt les 2 sans revenus fixe, à charbonner ici et là pour vivre... Bref vie de galère.
Ben dès qu'on a pu trouver un appart, on s'est posés. Qd t'as manqué de tout, de confort, de fric, le traveling c'est une solution de dépannage, pas un but en soi.