Pensées nocturnes 5 - Ici, maintenant, nous / Les Blogs de PsychoACTIF
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Pensées nocturnes 5 - Ici, maintenant, nous 



Après de longs mois d'absence, me revoila avec une nouvelle petite histoire! En espérant que ca plaise à certains. N'hésitez pas à lire mes autres histoires si ca vous plait!



Nocturne car les idées viennent plus vite la nuit tombée, l’esprit altéré.
Cinquième histoire fictive avec instants autobiographiques, poétiques et idéologiques.

Europe — 2019

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Tout de noir vêtu c’est un corbeau chevelu. Gâchis de matière organique pour certains, surdoué et génie en devenir pour d’autres.  Méduse nonchalante, dandy sulfureux, noctambule cultivé, accro provocateur, appelez le comme vous voulez, il n’est que l’ombre de lui même, perdu quelque part entre délabrement et existentialisme. 

Comme attirée par un aimant, la poudre magique rejoint ses sinus dans un fracas silencieux.  Ses démons finissent toujours par le rattrapper.  Il sort des toilettes pour rejoindre l’atmosphère moite d’un club bondé quelconque à Anvers, qu’il traverse pour rejoindre le fumoir.  Il dérange deux fumeurs pour pousser une porte ‘staff only’, longe un couloir vide, pousse un autre porte, retrouve le vacarme, monte une volée de marches et se retrouve en backstage ou il s'apprête à prendre le contrôle des platines. 

Le jour c’est un mannequin passif à la silhouette longiligne et au regard vide voir mauvais.  La nuit, le regard inchangé, il est l’architecte d’une musique savante.  Il se fout de faire danser les gens.  Tout ce qui compte c’est la précision du son qu’il aime pointu, incisif, brutal.  La symphonie des enfers.  Il lui suffit de faire bouillir son propre thermomètre émotionnel pour que ‘ca marche’.  Il ne pourrait pas se soucier moins des danseurs, des gérants, des promoteurs etc.

C’est peut être ce qui fait son succès.  Ses semaines ne sont plus que de longs weekends.  Il enchaine les mix dans divers clubs européens, les églises abandonnées, les catacombes et autres caves, les hangars, en passant par certains défilés de modes ou il a ses habitudes et ses connexions.  Cette activité alliée au mannequinat lui permet de maintenir le niveau de vie comfortable auquel il est habitué.

A 23 ans, c'est déjà la guerre dans sa tête.  Le regard blasé, le visage émacié, il sait pertinemment que la drogue a creusée en plus de ses joues une distance infranchissable entre lui et le monde.  C’est trop jeune qu’il a cherché la consolation dans la consommation.  La réalité n’est selon lui qu’une illusion crée par l'absence de drogues.  Il s’en empiffre donc du matin au soir dans l’espoir de mettre un terme au jeu de cache cache auquel il joue avec la mort. 

Son mix terminé, il est ramené à l’hotel puis à l’aéroport, direction Tbilissi.  Accueilli par un promoteur fou qui lui donne sa puff dans le hall de l’aéroport et roule sans ceinture à cent cinquante, il se mure dans un silence douloureux, d’une neutralité agressive et fait son taf pour empocher la maille qui inévitablement finance sa conso.

Il se laisse porter par les événements sans jamais les subir.  Unifiant les perspectives, il contrôle la narration.  Silencieusement, il manipule, trompe, ment, dissimule et arrive toujours à ses fins sans le moindre effort.  C’est sa seconde nature depuis tout petit.  Il n’a pas eu à apprendre l’arnaque, c’était déjà en lui.  Cette intelligence innée ne l’a pas rendu plus heureux que l’humain lambda, bien au contraire.  Le malheur est le prix à payer pour la clairvoyance.  Maniaque, instable, impulsif, il embrace l’absurde et vit chaque minute comme si c’était la dernière.  Trop bizarre pour vivre, trop rare pour mourir.

De retour à Paris il est surpris sous la douche par sa meilleure amie qui lui passe le savon en lui murmurant des douceurs.  Défoncé comme rarement, il avait encore eu un instant de vide, un de ces trous de mémoires qui arrivent de plus en plus souvent.  Elle est mannequin dans la même agence.  Le courant est très vite passé, la chimie s’est amorcée.  Ils avaient la provocation en commun et ensemble l’élève à un art de vivre qu’ils pratiquent la tête haute.  Elle avait besoin d’un confident et il savait écouter.  Il avait besoin d’un cobaye pour ses expériences et elle s’y prêtait à merveille.  Oubliant la logique, ils se stimulent d'émotions.

Ils apprenaient beaucoup l’un de l’autre, c’était une symbiose mutuellement bénéfique.  ‘Habille toi toujours comme si tu t’apprêtais à rencontrer ton pire ennemi’.  Tel était l’un de ses plus précieux conseil en terme de mode.  Il lui enseigne la théorie des sciences humaines et elle le défie sur la pratique.  Il avait la beauté de la connaissance et elle la connaissance de la beauté.  Cette complémentarité leur a permis de percer seuls sans s’acoquiner des méandres qui régissent le plus souvent ces milieux artistiques hostiles et compétitifs.  Ensemble, il côtoient les étoiles et leur chuchotent le sens qu’ils se font du monde.

Se vétissant d’un peignoir léopard en soie fauché en after chez un boxeur à Riga, il observe la date et l’heure sur son téléphone.  Une question se pose.  Qu’est ce qui a bien pu se passer ces dernières 72 heures?  Ce n’est pas le premier black out.  Est-ce un mécanisme de protection induit par ses pouvoirs parapsychiques ou est-ce seulement dû à la drogue dont il abuse quotidiennement?

En observant ses blessures, de courts instants lui reviennent.  Une chute dans un escalier tagué.  Un nez qui saigne.  Un briquet précaire qui refuse d'allumer une clope tordue.  Une trace de champion, en diagonale sur un ipad.  Une embrouille avec un douanier peu commode.  Son dernier souvenir durable remonte à la Géorgie.  Un autre DJ l’a initié aux délirogènes.  Ceci expliquant cela. 

S’infiltrant dans les entrailles de la capitale il tente tant bien que mal de rejoindre une fête clandestine ou il est censé rejoindre ses amis qui organisent la sauterie en question.  Le jour c’est l’impatience que la nuit tombe.  Cet apostrophe du rêve, du mystère et de la fantaisie.  Cet espace temporel que d’autres délaissent dans l’illusion que l’homme est fait pour vivre le jour.  Le gibier vit le jour.  Les prédateurs vivent la nuit. 

La nuit appartient à la jeunesse intense dont la fête est l’une des couleurs les plus vives.  La fête a une utilité objective et participe à la cohésion de l’espace sociale.  Chaque nuit est à créer et réserve son lot de surprises.  C’est la diversité qui fait la spécificité du jeune collectif.  Une génération pluriculturelle, ultra libre.  Classe sociales, origines ethniques, handicap physique ou mental, orientation sexuelle, code vestimentaire. Tout le monde s’y mélange dans un méli mélo passionnant, sans préjugé, sans discrimination.  C'est que le boom-boom est fédérateur.

Aussi, la nudité pimente les esprits éméchés.  Ainsi libertaires et libertins pataugent ensemble sous les stroboscopes, le déhanché rythmé par une boucle damnée.  Cette fête est une marmite sur le point d’exploser en un raz de marée momentanément contenu dans la nuit jusqu’à l’instant ou il jaillira au grand jour.  L'équilibre entre chaos et contrôle est sur le point de vasciller. 

C'est l'histoire d'une existence absolue, celle qui précède l’essence.  Vivre maintenant, dormir plus tard. 

Ici, maintenant, nous.

Catégorie : Poèmes - 22 février 2019 à  04:33



Commentaires
#1 Posté par : Drim 22 février 2019 à  13:52
Excellent, j'aime beaucoup le ton qui correspond bien a ton nom.
La petite référence "Trop bizarre pour vivre, trop rare pour mourir."
J'aimerais bien connaitre les partie auto biographique et fantasmées, c'est pas une demande juste j'aimerais bien en toute curiosité, mais je me satisfait très bien de la curiosité non satisfaite.

J'y vois aussi une inspiration jap' avec la silhouette sombre et filiforme.
Et le couple d'amis de circonstance, beau et maitrisant leur environnement.

Bref ça dégage plein de vibes qui me parlent. Merci

Posté par : Drim | 22 février 2019 à  13:52

 
#2 Posté par : technogonzo 22 février 2019 à  15:36

Drim a écrit

Excellent, j'aime beaucoup le ton qui correspond bien a ton nom.
La petite référence "Trop bizarre pour vivre, trop rare pour mourir."
J'aimerais bien connaitre les partie auto biographique et fantasmées, c'est pas une demande juste j'aimerais bien en toute curiosité, mais je me satisfait très bien de la curiosité non satisfaite.

J'y vois aussi une inspiration jap' avec la silhouette sombre et filiforme.
Et le couple d'amis de circonstance, beau et maitrisant leur environnement.

Bref ça dégage plein de vibes qui me parlent. Merci

Merci beaucoup pour ton feedback ca me fait vraiment plaisir! smile si tu as des critiques à faire sur le style je suis open ca ne peut que m'aider à écrire mieux!

Je comprends la frustration qui résulte du mix "autobio-fictif".
Pour ton information c'est essentiellement de la fiction mais quand on écrit, et surtout quand on débute, on écrit avant tout sur soi, donc dans la description des personnages ou dans la suite des événements, il y a un peu de moi, même si c'est probablement un version ultra-fantasmé de ma personne.

C'est marrant que tu fasses référence au japon (à moins que j'ai mal compris 'jap') car je suis en effet passioné par l'asie ou j'ai vécu quelques années et ou je compte bien retourner vivre.


Posté par : technogonzo | 22 février 2019 à  15:36

 
#3 Posté par : Drim 22 février 2019 à  18:59
Ouais c'est bien le japon dont je parlais :-), Ben en terme de critique, j'ai pas lu tes posts précédents mais le style est fluide, tu dresses un tableau y'a pas vraiment de but dans la naration, mais je trouve le tableau beau et bien détaillé. Un beau fantasme alors.

Posté par : Drim | 22 février 2019 à  18:59

 
#4 Posté par : technogonzo 22 février 2019 à  20:12

Drim a écrit

Ouais c'est bien le japon dont je parlais :-), Ben en terme de critique, j'ai pas lu tes posts précédents mais le style est fluide, tu dresses un tableau y'a pas vraiment de but dans la naration, mais je trouve le tableau beau et bien détaillé. Un beau fantasme alors.

Ok merci!
Si tu cherches un but dans la narration il me semble que mes deux premieres en avait un, la troisième pas vraiment et la 4ème est vraiment pas terrible dans l'ensemble.


Posté par : technogonzo | 22 février 2019 à  20:12

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