Péripéties professionnelles - Vente de son groupe - Mail de départ

Catégorie : Tranche de vie
Aujourd'hui à 15:08

Ce que je vais partager maintenant n’a pas été écrit à l’origine pour un blog, ni pour être lu par une communauté comme celle de Psychoactif. C’était un message de départ, adressé à l'ensemble de mon entreprise. Mais en le relisant, je me rends compte qu’il parle de bien plus que de travail. Il parle de rapports de pouvoir, d’usure, de dignité, de valeurs non négociables — et de ce moment précis où l’on comprend que rester coûte plus cher que partir.
Je le partage ici sans le réécrire, parce que je crois que beaucoup s’y reconnaîtront, même en dehors du monde de l’entreprise.


Bonjour à toutes et à tous,
L’heure est venue pour moi de tourner une page.
Ce départ ne correspond pas à ce que j’avais projeté, il s’impose pourtant aujourd’hui. J’en prends acte avec lucidité, sans renier ce qui a été accompli, ni les principes qui m’ont guidé.
Je pars avec une fierté profonde et assumée.
Fierté du projet exigeant, ambitieux, parfois inconfortable, mais structurant et porteur de sens. Fierté de ce que nous avons bâti collectivement, souvent sous pression, parfois dans des contextes difficiles, mais toujours avec l’exigence du travail bien fait. Ce qui a été construit est réel, solide, et personne ne pourra l’effacer.
Cette fierté n’exclut pas l’humilité. Je sais que tout n’a pas toujours été parfait, que certaines décisions auraient pu être différentes, que des erreurs ont pu être commises — comme dans tout projet vivant. Mais elles l’ont été avec sincérité, engagement et la volonté constante de faire au mieux, dans l’intérêt du collectif, des équipes et des clients.
J’ai toujours voulu — et j’ai toujours essayé — d’agir avec une ligne claire : placer le bien-être humain au cœur de nos décisions, garantir la sécurité de nos clients sans compromis, et défendre les valeurs qui devraient être celles de tout responsable. Ces principes ne sont pas négociables. Ils ne l’ont jamais été, même lorsque cela impliquait des choix inconfortables.
Je tiens à exprimer une reconnaissance toute particulière envers les équipes avec lesquelles j’ai travaillé au plus près. Leur engagement, leur rigueur, leur intelligence collective et leur loyauté ont été le véritable moteur de ce projet. Plus largement, chaque personne rencontrée sur ce parcours a contribué, directement ou indirectement, à construire la personne que je suis aujourd’hui — et j’en suis profondément reconnaissant.
Je souhaite remercier sincèrement Thomas et Julien, qui ont fait confiance au jeune homme de 25 ans arrivé avec peu de certitudes, mais une conviction forte : celle de servir un projet, des équipes et des clients avec exigence et intégrité.
Je remercie tout particulièrement le socle historique — Antoine, Marc, Sébastien, Nicolas, Lucas, Paul — pour leur constance, leur professionnalisme et leur engagement. Et bien sûr, l’ensemble des équipes, dont le travail quotidien mérite respect et considération, quelles que soient les décisions prises au-dessus d’elles.
Je tiens également à saluer Éric, dont l’ancienneté, la sagesse et la capacité à transmettre incarnent des valeurs essentielles. Dans un environnement souvent pressé d’aller vite, ces repères comptent plus qu’on ne le croit.
Merci aussi à Mathieu, pour ces déplacements partagés qui resteront des souvenirs simples mais précieux.
J’ai toujours été convaincu — et je le resterai — que la technique n’a de sens que lorsqu’elle est mise au service de l’humain. La performance, la sécurité et l’innovation ne peuvent exister durablement sans respect, sans écoute et sans considération réelle pour celles et ceux qui les portent.
Je quitte ce projet avec confiance dans l’avenir et dans les talents qui le composent. L’histoire continue, avec ses choix et ses responsabilités.
Je garderai de cette expérience bien plus que des réalisations : des visages, des échanges francs, et la certitude d’avoir tenu une ligne, jusqu’au bout.
Je pars avec sérénité, sans renier le chemin parcouru, et avec la conviction que la manière dont les choses se font compte autant que les résultats qu’elles produisent.


Si je partage ce texte ici, c’est parce que ce mécanisme dépasse largement le monde du travail.
Dans la société, comme dans les usages, on valorise la tenue, l’endurance, la capacité à encaisser. On regarde souvent la fuite comme un échec, une faiblesse, une faute morale. C’est exactement la même grille de lecture qui s’applique aux usages de substances : « tu n’as qu’à arrêter », « tu n’as qu’à tenir », « tu n’as qu’à faire autrement ».
Mais quand on n’est pas suffisamment armé — psychiquement, socialement, émotionnellement — continuer n’est pas toujours un choix libre. Parfois, c’est juste de la survie mal déguisée.
La réduction des risques nous apprend quelque chose de fondamental : on ne gagne rien à rester dans un contexte qui détruit, que ce soit un environnement professionnel, familial ou social. S’éloigner, faire un pas de côté, changer de terrain, ce n’est pas abandonner. C’est préserver ce qui peut encore l’être.
La meilleure stratégie, parfois, c’est la fuite.
Mais jamais sans abandonner ses valeurs.
Jamais sans abandonner l’idée qu’on mérite mieux que la violence ordinaire, la pression constante ou l’injonction à tenir coûte que coûte.
Partir, ce n’est pas disparaître.
C’est se donner une chance de rester vivant — et lucide.
Quand l’environnement devient toxique, partir n’est pas fuir : c’est réduire les risques.

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Psychoactif est une communauté dédiée à l'information, l'entraide, l'échange d'expériences et la construction de savoirs sur les drogues, dans une démarche de réduction des risques.

 
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