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Pour la première fois 



Pour la première fois




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Inutile de préciser le jour de la semaine, Filigrane n’en a aucune idée et s’en fout éperdument.
En revanche, il sait qu’il doit être environ 15H, le moment habituel pour notre héros de commencer à émerger du lit.
Cela lui convient bien, il a trouvé son rythme de croisière.
Il apprécie beaucoup la liberté que lui offre le navire chômage.
En douceur, il se lève et marche en direction de la cuisine.

“Bol, lait, micro-onde, une minute;
Céréales, bol, cuillère, bol;
Terminé !”

Après avoir récité son algorithme, il ne lui reste plus qu'à se poser devant l’ordinateur pour laisser le temps passer.
Sur son chemin, il découvre avec désarroi les vestiges de sa soirée :
-Une bouteille de rosé à moitié vide et encore ouverte trônant fièrement sur le bureau.
-La boîte de xanax renversée gisant désespérément sur la table basse.

Il n’arrive pas à expliquer la présence d’alcool mais cela ne l’étonne guère, il connaît bien l’effet amnésique de certains mélanges.

Il est maintenant 16H, sans bouger de son fauteuil, Filigrane va achever son rituel matinal.

“Ingrédients en position;
Distribution de tabac;
Distribution de weed, c’est assez !
Roulage, comme ça;
Terminé !”

Allumage du planeur, décollage imminent, plein gaz, la montée est rapide.

Pour lui, le temps s’est arrêté.
Pas pour le reste du monde, pour le reste du monde, les heures défilent, le stress et la fatigue s’accumulent.
Filigrane en prend à peine conscience, il continue de naviguer entre les notes de musique et son subconscient.

“Quand je divague, mon esprit s’évade.”

La psyché humaine le fascine, il se dit qu’un jour, il deviendra psychologue.
Puis il rigole et se rappelle que ça va bientôt faire 1 an que, tous les jours, il a cette même réflexion et que rien ne se passe.

Subitement, une faim cannabinologique le motive à mouvoir la lourde pesanteur de son corps.
Il se rue vers le réfrigérateur et attrape la première denrée périssable ne demandant aucune préparation.

“Ce sera tomate cerise, mozzarella et son filet d’huile d’olive pour monsieur.”

Oui, il se parle à lui-même.
Comme il vit en autarcie, il tente à sa façon de combler son besoin de compagnie.
Une pensée mélancolique le traverse alors, il se sent seul face au vide de l’existence.
Il se questionne…
Comment en est-il arrivé à devenir ce pote que l’on aime mais que l’on ne veut pas être.
Sentant le bad trip arriver, Filigrane, en psychonaute aguerri, tend son bras vers la table basse et s’empare de deux cachets de xanax.
Il les gobe et avant même qu’ils agissent sur son organisme, l’effet placebo a déjà opéré.
Les pensées négatives s’effacent peu à peu et laissent inéluctablement place à l’allumage de la seconde vogue hallucinogène.

Le lendemain matin, à 15H, Filigrane commence à se réveiller, mais pas vraiment, termine son sommeil, mais pas vraiment.
Il est dans une phase de transition, coincé entre rêve et réalité.
À cet instant, son esprit est conscient mais il ne semble pas vraiment connecté à son environnement extérieur.
C’est à ce moment précis que Filigrane a tendance à avoir des hallucinations auditives non contrôlées.
En effet, il entend des mots et même des phrases s’exprimer en dehors de sa volonté.
Ces hallucinations hypnagogiques ne lui font plus peur. À force de les expérimenter, il a appris à les accepter et même à les apprécier.

Cette fois-ci, c’est différent. Cette fois-ci, ce moment de suspension lui paraît plus intense et semble s’éterniser.
Les mots et les phrases, qui jusqu’ici étaient déstructurés et impossibles à dissocier de sa propre pensée, se distinguent de plus en plus à mesure qu’il s’enfonce dans le terrier.
Ces sentences paraissent émaner d’une voix claire aux accents féminins.

Pour la première fois, Filigrane ne se réveille pas.
Pour la première fois, Filigrane découvre la douceur féminine de l'éternité divine.
Pour la première fois, Filigrane est mort.

Catégorie : Autres - 16 octobre 2018 à  21:40

Reputation de ce commentaire
 
Merci pour ce moment
 
Aussi intéressant que savoureux pour l'esprit



Commentaires
#1 Posté par : BornToDie 16 octobre 2018 à  22:04
Je ne suis pas un grand littéraire mais je trouve ça plutôt pas mal ! merci-1

Posté par : BornToDie | 16 octobre 2018 à  22:04

 
#2 Posté par : janis 16 octobre 2018 à  22:29
Conscience,

C est un texte qui me glace le sang sans que je sache vraiment pourquoi....

Posté par : janis | 16 octobre 2018 à  22:29

 
#3 Posté par : Explorateur 16 octobre 2018 à  22:45
Pour la première fois, Filigrane est mort.

Oh! Wow...
Merci Conscience, sacré texte, vraiment

Posté par : Explorateur | 16 octobre 2018 à  22:45

 
#4 Posté par : RandallFlag 16 octobre 2018 à  22:52
Je peux pas te remettre un champi...
Dommage va falloir m'exprimer.

Merci pour ce retour en arrière dans ma vie.
Merci pour cette authenticité.

Bref merci quoi....

Posté par : RandallFlag | 16 octobre 2018 à  22:52

 
#5 Posté par : Artiste de Reve 18 octobre 2018 à  00:19
Je pourrais éventuelement fermer "ma grande gueule" puisque visiblement il est question de quelqu'un ou meme quelques uns que je n'ai pas l'honneur de connaitre, mais ton texte me touche, alors...

Je suis d'accord avec Janis, comme souvent, ce texte a "quelque chose d'étrange et pénétrant". Tout au long du texte on navigue entre reve et éveil. Un va et vient entre les 2 univers, dimension
                   La dernière phrase me fais penser au Dormeur du Val de Rimbaud, qui est, comme ici, une montée en puissance, modulée, s'alourdissant à la fin, pour s'écraser au dernier mot.


On sent tout au long du texte une ambiguité, qui donne de l'étrangeté à ce texte , car entre autre chose on sent que c'est un proche qui écrit mais avec tant d'interrogations, de doutes.
                   Autre chose de dérangeant (subtilement) c'est cette sensation d'abscence, de Filigrane (comme dans le filigrane lui-meme), dans le sommeil, le réveil, qui trouve sa présence dans la mort.
  Oui voilà, on ne sait pas si on parle d'un absent ou d'un présent, connu, inconnu.
Dernier mot propose une alternative.

Posté par : Artiste de Reve | 18 octobre 2018 à  00:19

 
#6 Posté par : Conscience 23 octobre 2018 à  23:03

RandallFlag a écrit

Je peux pas te remettre un champi...
Dommage va falloir m'exprimer.

Merci pour ce retour en arrière dans ma vie.
Merci pour cette authenticité.

Bref merci quoi....

Mais de rien mon brave fume_une_joint


Posté par : Conscience | 23 octobre 2018 à  23:03

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