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Réflexions et questions 



Voilà bientôt 4 ans que j’ai arrêté de consommer des substances psychoactives. J’en ai repris cette semaine - des psychédéliques et un demi-taz - en période de vacances. Je n’en parle pas à mon mec, car pour lui c’est l’erreur fatale, qui révèle mon impuissance à dire non et mes problèmes d’addiction.

Perso, je vois les choses autrement depuis quelques temps et j’ai bien peur qu’il ne me comprenne pas, malgré tout l’amour qu’il me porte.

D’abord il y a une question de générations. Étant plus âgé il a forcément tendance à faire le papa, ce qui peut être relativement envahissant. Ses affects prennent le dessus, il est bcp trop inquiet, c’est pénible. Mais il est mon pilier et tout le monde a ses défauts.

Il sait très bien que je souhaite apprendre à consommer de manière raisonnée. Alors j’ai commencé à boire un verre de bon vin en mangeant au resto avec lui. Cependant il est dans le contrôle et ne voudrait pas que je consomme seule, c’est un peu infantilisant, pour moi qui ait 30 piges.

Je me suis fixée comme limite de ne pas boire d’alcool en semaine, avec les collègues, au bar, je reste au café. Mon boulot est très important pour moi, et je l’adore. Je ne voudrai pas tout gâcher , avoir un mot de trop, même si je sais que l’atmosphère de travail est non-jugeante. Pour la 1ere fois, je bosse avec des nanas qui me ressemblent, avec qui je peux aborder de nombreux sujets, des valeurs qui me parlent. Je n’ai plus l’impression d’être un ovni, d’être obligée de faire semblant pour correspondre à des attentes. Je peux laisser tomber cette carapace qui m’étouffe…

Je tisse des liens avec de nouvelles personnes en dehors du taf, pareil, des gens ouverts. Et c’est avec eux que j’ai repris des prods.

Si j’en parlais avec ma psychiatre, elle me lancerait un regard réprobateur. Je me souviens de cette phrase: « vous n’en prenez pas en récréatif, hein ! »

La vraie question est celle-ci: ais-je mis en danger ma santé mentale et compromis mon travail psy en testant les psychédéliques ? J’ai envie d’expérimenter encore des choses, comme le microdosing, pour voir si cela peut avoir un impact positif sur ma vie.

La mort de ma sœur m’a fait prendre conscience de mon amour pour la vie. Je ne veux pas mourir avant d’avoir bien voyagé, je veux aussi etre utile aux gens (je suis travailleuse sociale).

Aujourd’hui je suis dans l’envie et non plus dans le besoin. Néanmoins le doute subsiste, une pointe de culpabilité…
hmm

Catégorie : Carnet de bord - 27 novembre 2022 à  22:04

#Consommation raisonnable



Commentaires
#1 Posté par : prescripteur 28 novembre 2022 à  08:18
Il y a clairement 2 Anaya, celle que tu montres aux autres (avec succès) et celle que tu te montres à toi. Malheureusement les circonstances (notamment pression sociale sur "la drogue") font que les deux ont des interêts divergents.
Le travail est donc de les rendre moins divergents. Je dirais que le mieux serait de mettre ton moi intime au service de ton moi social, en ne le gênant pas (ce que tu fais). Donc consommer non seulement avec mesure mais aussi avec discrétion. Si ton homme pouvait t'autoriser un peu plus de liberté, ce serait tout de même bien.
Amicalement

 
#2 Posté par : cependant 28 novembre 2022 à  16:29
Salut,

je me suis retrouvée dans une situation avec quelques similitudes.

J'avais une relation avec une personne plus âgée, qui avait décidé d'évincer les drogues et l'alcool de sa vie. Elle le voyait comme instinct autodestructeur.
J'étais en profond désaccord avec elle sur ça.

Pour moi la conso, ça a toujours été dans un but d'en avoir des bénéfices. Que ce soit récréatif, d'effets « dopants » (efficacité au taf par exemple), de soulagement psy...
Bref, je n'ai jamais voulu arrêter, juste avoir une gestion de la conso qui me permette de vivre ce que je veux dans la vie et que ça ne m’empêche pas de prendre mes responsabilités, de travailler, bouger, monter des projets etc.

La personne avec qui je partageais mon quotidien ne voyait pas les choses comme ça, elle était aussi un peu "paternaliste" sur le sujet et ce n'était pas facile de faire comprendre mes ressentis et mon point de vue, car pour elle j'étais dans le déni ou je n'étais pas capable de voir les vrais problèmes, alors qu'elle, du haut de son expérience, elle croyait savoir.

Ce qui est ironique dans l'histoire c'est qu'au jour d'aujourd'hui c'est grâce au fait que je ne me suis pas culpabilisée et frustrée à outrance, en continuant à consommer comme je m'entendais que j'ai accès à des possibilités professionnelles intéressantes ! Alors que pour elle, elle avait toujours mis en contradiction le fait de travailler et de consommer. Sauf qu'aujourd'hui, elle est au chômage et un peu dépassée, alors que moi j'ai des beaux contrats "grâce" à mon engagement dans la Rdr (et du coup, finalement à mes consos lol).

Tout ça pour dire, que je pense vraiment qu'en termes de consos, les personnes qui nous aiment pensent parfois de donner des conseils pour notre bien, mais que la morale autour des consos elle est tellement ancrée dans les pensées, les grilles analytiques et tout que n'accepte pas des visions différentes et à du mal avec le fait qu'on puisse sortit du chemin pré-tracé et le stigmate du tox. Parfois donc, même en tant que PUD (personne qui consomme des drogues), on intègre ces visions et on culpabilise (ce qu'on appelle ici, en s'inspirant de Bourdieu, « violence symbolique ».

Quant aux psy, j'ai l'impression que la psychiatrie n'est pas exempte de la stigmatisation sur les consos et les PUDs, bien au contraire. Rares sont les psys qui prennent vraiment en compte la réalité sans se limiter à des jugements moraux inutiles et contre-productifs. C'est avec un certain regret que j'ai fini par préférer de ne pas en parler à mon psychiatre par exemple. Certes, ce n'est pas une solution, mais bon, pas envie de me prendre des vieilles réflexions à deux balles.

Et pour ce qu'il concerne le fait de te mettre en danger, c'est à toi aussi de juger pour moi. Évalue les bénéfices de ta conso en fonction de tes objectifs. Cela permettra de décider toi-même ce qui te correspond (par ex le fait de prendre un taz lors d'une sortie...). Ne te culpabilise pas ! Considère ce qui t'amène le fait de consommer, les bénéfices et les aspects négatifs. Si ceux-là dépassent les premiers, ça vaut le coup de penser à quoi changer...


Bref, du courage à toi pour te défaire d'une culpabilité qui n'a pas lieu, pour trouver un équilibre entre un dialogue sain et nécessaire dans la relation de couple et la possibilité de vivre comme tu l'entends, pour la réflexion sur une conso qui n'envahisse pas ta vie mais soit le moyen pour être bien.

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