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Sex, drugs & Rock'n roll : long live Dave Gahan ! 



Je me rends compte que je ne poste ici que quand je me sens "à l'abri", quand j'ai de quoi voir venir, que j'ai de la marchandise dans ma boite magique.

Le reste du temps, je suis en apnée, comme paralysée.

Hier, j'ai reçu mes 3 grammes de kétamine, toute heureuse que j'étais comme une morte de faim à qui on donnerait un os à ronger. Comme la belle endormie qui reçoit le baiser de son prince charmant.

Il y a quelque temps maintenant que je me disais que je n'avais pas passé une bonne journée. Aujourd'hui je peux le dire : celle d'hier s'est déroulée à merveille tant j'étais dans la délicieuse attente de la soirée où je pourrai sniffer ma poudre.

Et, la nuit venue, c'est ce que j'ai fait. J'étais stone, je me rappelais enfin ce que ça faisait de planer et d'être complètement à l'ouest : me dédoubler, légère comme une plume au vent, me contempler assise sur mon canapé, loin des tracas du quotidien.

Je n'ai rien suivi de mon programme télé. Je me souviens qu'elle était allumée mais je n'ai rien compris aux protagonistes qui parlaient et s'agitaient dans la petite lucarne.

J'aime me camer seule. Dans le secret de mon alcôve, je suis plus attentive à ce que je ressens. Je n'ai pas la drogue festive.

Aussi loin que je me souvienne, j'avais 19 ans, c'était l'été et un producteur de cannabis m'avait invité chez un couple d'ami qui vit la moitié de l'année à Madagascar. La femme avait préparé tout un banquet délicieux à base d'herbe. J'avais aimé cette soirée même si je ne savais pas encore que l'invitation n'était pas gratuite. Plus la nuit avançait plus je comprenais que jamais le producteur ne me raccompagnerait pas chez moi et que c'est chez lui que je passerai la nuit.

Une fois dans son lit, je fixais le réveil à rétro-éclairage qui faisait défiler les heures pendant que je me maudissais. Comment avais-je pu être aussi naïve ?

Je pensais avoir droit, au moins pour ma première fois librement consentie, à une belle nuit d'amour. Encore une fois, après les assauts nocturnes que me faisaient subir mon beau-père quand j'étais petite, la vie venait encore de me jouer un vilain tour.

Il s'était montré brusque et pas romantique. Sur le coup, j'ai serré les dents pour m'éviter de pleurer.

Au petit matin, je suis rentrée en train, avec Depeche Mode dans les oreilles.
Je dois bien avouer que la musique m'a toujours aidée à surmonter les moments difficiles. Dès l'âge de 12 ans, j'ai fait de Dave Gahan mon idole. À partir de ce moment, je n'ai cessé de me faire des films.

Voici ce que je lui dirais aujourd'hui :

Tant d'années à te voir bouger sur scène, my friend. Tant de fois où j'ai fait des rêves érotiques après m'être déchaînée sur ton son pendant tes concerts. Les années t'ont rendu meilleur. Vieillissant oui, mais en bien meilleure santé. Débarrassé de tes pires démons, la drogue, la blanche, l'héroïne. Dis-moi comment as-tu fait pour donner le meilleur de toi-même en 93, lors du Devotional Tour alors qu'on a su bien après que tu étais camé et fortement alcoolisé sur scène ? Des journalistes ont parlé. Ils ont balancé tes crises de manque en coulisse, tes délires quand ça se passait très mal pour toi. C'est moi qui suis prisonnière de tout ça maintenant. Il me faudra une bonne cure de désintox pour m'en sortir. Et pour me débarrasser de toi, de ta mauvaise influence même si j'ai adoré ça. Il y a tant de nanas qui sont passées dans ton lit que j'imagine que tu ne te rappelleras pas de Bettina.

Mais, au fond, je m'en fous. Je te vois aujourd'hui tout sage avec tes potes de Depeche Mode. À répondre bien gentiment à ceux qui t'interviewent. Très sage. Très lisse. Un peu trop peut-être. Je t'ai connu dans une autre vie, celle dans laquelle tu n'avais pas de tabous. Tu parlais beaucoup. Et puis, tu étais si beau. Surtout quand tu arborais tes cheveux longs noirs de jais et ton bouc. On peut dire que ça remonte à loin, pas vrai ? J'étais très mineure à l'époque et très enthousiaste à l'idée de poser mes lèvres sur les tiennes. Tu ne m'as pas fait l'amour, tu m'as baisée. Tu aurais pu y aller mollo, surtout pour ma première fois mais non, il a fallu faire à ta façon. Toujours plus fort. Toujours plus violent même si j'ai adoré être dans tes draps et sentir tout ton poids sur moi quand tu as joui. Je t'aime toujours tu sais. J'aime ta voix d'ange, ta voix suave mêlée à celle de Martin. Je t'écoute souvent aujourd'hui - bien que ce ne soit pas bon pour ma consommation - de la même façon où je t'ai suivi toutes ces années, démêlant le vrai du faux entre chaque paparazzade. Sache en tout cas que je pense à toi. But never let me down again.



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À LA MÉMOIRE DE NOTRE NUIT HEUREUSE DANS CETTE CHAMBRE D'HÔTEL...
TU ES UN DIEU.

Tu étais enragé. Pourtant, tu as passé toute la nuit à t'excuser. À parler de toi. Un peu comme si les mots susurrés pouvaient atténuer les gestes. Et puis, tu t'es beaucoup piqué, effrayée que j'étais que tu meurs dans mes bras.



En quatrième, au collège, j'avais obtenu un 18 en rédaction. En voici un extrait :

Je me souviens que quelques filles avaient été rencardées devant cet hôtel grand luxe au cœur de Berlin. On a attendu longtemps après le concert. Mais on était si motivées pour obtenir un autographe... Donc on a fait le pied de grue. Et puis, on a vu une file de voitures noires aux vitres teintées se diriger vers le parking. Alors, j'ai couru à l'arrière de l'établissement. Ils étaient là, tous les quatre. Dave avait une serviette autour du coup. Spontanément, le bellâtre s'est dirigé vers moi et m'a prise par l'épaule. Je tremblais comme une feuille, il ma semblé vivre la scène au ralenti. Nous sommes repassés devant l'entrée de l'hôtel. Les trois autres membres du groupe ont rejoint leurs quartiers tandis que les autres filles, si elles avaient eu des fusils à la place des yeux m’auraient trouée sur place.

Dans l'ascenseur, il a caressé ma joue et m'a demandé : "Did you like the show ?". Là, j'avais la gorge complètement nouée et j'ai dû lui répondre un truc du genre : "That was the most beautiful day of my life". J'avais le cœur juste au bord des yeux alors que les siens brûlaient les flammes de l'enfer. Il ne me semblait pas dans son état normal.

Il a pris mon visage entre ses mains et m'a embrassée. Tendrement d'abord mais avec empressement très vite. Dans ma tête, tout se bousculait. Je jubilais. Je songeais : "Putain, est-ce que tu te rends compte que tu es en train de flirter avec Dave Gahan ?". J'ai aimé le goût de sa bouche, nos dents qui s'entrechoquent. Par contre, j'ai été surprise par le jeu de sa langue, à cent lieues du french kiss. Un peu comme s'il titillait le bout par à-coups. Mouvements saccadés, temps d’arrêts brusques.

Dave m'a entraînée dans sa chambre par la main. Il m'a déshabillée et en un rien de temps, je me suis retrouvée toute nue. Il m'a détaillée un court instant. À aucun moment il ne m'a demandé mon âge. Il a baissé son pantalon, m'a plaquée contre le mur tandis qu'il me portait par les cuisses que j'entourai autour de sa taille. Et il m'a pénétrée. J'ai hurlé de douleur au début puis, mon intimité s'étant habituée à ses coups de reins saccadés, j'ai commencé à ressentir de l'électricité dans tout le corps et puis, j'ai manqué par trois fois perdre connaissance. À cette époque, je ne savais pas que j'avais eu plusieurs orgasmes.

Il m'a déposée sur le lit et c'est lui qui a joui dans un râle puissant. Il s'est effondré sur moi. Pourtant, il s'est vite remis d'aplomb, m'a murmuré un "Sweet little girl..." et a commencé à vider le mini bar. Ensuite, il s'est assis près du lit, tout proche de moi après avoir cherché dans un sac l'attirail du parfait "infirmier" ou devrais-je dire du toxicomane. La cuillère qu'on chauffe avec le produit, le garrot qu'il s'est fait au bras et l'aiguille dont il a lentement versé le poison dans une veine. J'ai eu peur de l'overdose.
Cela dit, la descente a été très douloureuse pour lui si bien qu'il s'est envoyé une bonne poignée de Xanax pour atténuer la peur, le stress et les hallucinations. On a beaucoup parlé. Moi, assise au sol, lui, la tête sur mes genoux. Il tremblait de la tête aux pieds. Je lui ai longuement caressé le front. Quand il fut remis de cette terrible expérience, il m'a demandé pardon de ne pas m’avoir honorée comme je le méritais. En plein milieu de la nuit, on a fini par s'endormir dans les bras l'un de l'autre.


Au petit matin, je me suis réveillée toute seule dans la chambre. Il était déjà parti. Juste un mot sur la table de nuit : "Thank you for the lovely dance" (merci pour ce moment exquis).



Mais tout ça, c'est de la saudade. De la nostalgie de ce qui n'a pas eu lieu.


Catégorie : Tranche de vie - 22 novembre 2019 à  14:56

#Dave Gahan #Depeche Mode #fantasmes #kétamine #saudade

Reputation de ce commentaire
 
L'incertitude des rêves n'est-elle pas leur plus douce qualité ? Lena.
 
Un bijou et le site psychoactif en est l'écrin.
 
Je suis KO. Tu peux publier toute la redaction ? Boots
 
Une magnifique plume. Heautontimoroumenos



Commentaires
#1 Posté par : Hilde 22 novembre 2019 à  18:22
Je tombe sur ton billet alors même que j'écoute Violator! Drôle de coïncidence!! wink

 
#2 Posté par : Bettina 22 novembre 2019 à  21:23
En effet ! :)
Et ce n'est pas n'importe quel album... C'était encore l'époque d'Alan Wilder...

heart

Par contre, en relisant mon billet, je pense que je n'étais pas encore complètement redescendue au moment où je l'ai rédigé...
thinking

 
#3 Posté par : Hilde 22 novembre 2019 à  21:37
Et moi je crois que ma réaction était un peu déplacée par rapport au contenu thinking

Mais en fait je ne m'étais jamais intéressée aux membres du groupe, du coup lorsque j'ai lu le titre de ton billet je n'ai pas tilté en lisant le nom du membre... Ce n'est qu'en lisant le billet que...

Tu dis que tu n'étais pas redescendue? Ton billet est très fort, tellement qu'au final je n'arrive pas à savoir si c'était rêve ou réalité?

Tu avais quel âge en 4è? Je me dis qu'on aurait pu te mettre 20.

 
#4 Posté par : Bettina 22 novembre 2019 à  22:30

Hilde a écrit

Et moi je crois que ma réaction était un peu déplacée par rapport au contenu thinking

Mais en fait je ne m'étais jamais intéressée aux membres du groupe, du coup lorsque j'ai lu le titre de ton billet je n'ai pas tilté en lisant le nom du membre... Ce n'est qu'en lisant le billet que...

Tu dis que tu n'étais pas redescendue? Ton billet est très fort, tellement qu'au final je n'arrive pas à savoir si c'était rêve ou réalité?

Tu avais quel âge en 4è? Je me dis qu'on aurait pu te mettre 20.

Tu ne peux pas savoir à quel point ton commentaire me touche. Avoir un retour plus que positif sur ses propres pensées du moment, ses propres rêves, c'est quelque chose de très valorisant. D'ordinaire, je n'ai pas beaucoup d'ego. On vit comme on naît, comme on a été élevé et comme on a vécu. Néanmoins, tu m'aides à me sentir un peu mieux dans ma peau.

En 4e j'avais 14-15 ans.

Quant à ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, who knows ? wink


 
#5 Posté par : Hilde 22 novembre 2019 à  22:45
Merci de ta réponse Bettina.

Anonyme813 a écrit

Quant à ce qui est vrai et ce qui ne l'est pas, who knows ? wink

Oui. Il faut lire le billet deux ou trois fois au moins. Dès la seconde lecture on passe en 3D, voire en 4D à la troisième lecture : l'histoire prend tout un relief qu'on ne percevait pas à la première lecture.

Forcément je reste un peu coi, devant tant de talent, et ... d'évidence...


 
#6 Posté par : Sista Morphine 23 novembre 2019 à  14:31
Non mais c'est un truc de malade ! Ce texte est une pépite. Tu as un vrai don d'écriture. Je suis persuadée, maintenant, que tu as eu une aventure avec Dave, le chanteur emblématique de Depeche mode ! J'ai les boules, j'ai les glandes, j'ai les crottes de nez qui pendent.
(Smiley qui chiale)

 
#7 Posté par : Bettina 23 novembre 2019 à  15:52
Un truc de malade, oui. Mais malade d'amour.

 
#8 Posté par : Bootspoppers 25 novembre 2019 à  13:33
J ai différé la lecture de ce billet.
Inconsciemment je savais qu il me ferait du mal.
Là je suis KO.
Je n ai pas été déçu.
J' ai trouvé mon maître.
***
Juste une remarque critique d ordre technique:
Shoot d hero ? Pas besoin de xanax alors....
Shoot de coke alors...
A 14 ans  tu savais ça?

Bettina a écrit

Cela dit, la descente a été très douloureuse pour lui si bien qu'il s'est envoyé une bonne poignée de Xanax pour atténuer la peur, le stress et les hallucinations.

Plein d'autres surprises encore, comment à 14 ans est-ce que tu as pu connaître autant de détails de la vie de l'hôtel et cetera? J'avoue que je n'en reviens pas
.. mais je suis admiratif.


 
#9 Posté par : Bettina 25 novembre 2019 à  23:02

Bootspoppers a écrit

Juste une remarque critique d ordre technique:
Shoot d hero ? Pas besoin de xanax alors....
Shoot de coke alors...
A 14 ans  tu savais ça?

Oui. Shoot de coke.
merci-1

Bootspoppers a écrit

Plein d'autres surprises encore, comment à 14 ans est-ce que tu as pu connaître autant de détails de la vie de l'hôtel et cetera? J'avoue que je n'en reviens pas
.. mais je suis admiratif.

Merci mais dans la vie, il est des instants qui marquent. wink


À tous : Arrêtez cette pluie de champis !

À part ça, je suis très flattée. :)


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