/!\ Sortie de route /!\
Yo les Psychos !
Dans le cadre de mon travail d'analyste, il y a quelque chose qui m'a frappé ces derniers temps, et qui m'a humainement marqué...
Faute de mieux, je vais appeler ça : l'attaque de panique.
Tout commence toujours par un accident...
Qui n'a jamais fait de cauchemar terrifiant ?
L'attaque de panique, c'est un peu comme un rêve éveillé, vécu comme un cauchemar absolu...
Celui de la division incurable entre le corps et la parole, celui de la déchirure radicale entre le Réel qui s'éprouve et celui qui se réprouve...
L'attaque de panique se joue dans la faille du Réel propre à chacun.
Tout ce qui constitue le rapport au monde d'une existence s'y trouve convoqué et mis en jeu, tous les traumas d'une vie s'y rejouent sur une seule et même scène dramatique, vécue comme une série noire où tous les paradoxes d'une personne se retrouvent confirmés par ce qui est perçu, et concentrés sous leur forme chimiquement pure. Et détonante...
L'angoisse aiguë ressentie lors d'une telle attaque est tout aussi invasive qu'explosive. Elle prend souvent la forme d'une idée envahissante et insupportable, qui sert de support à une représentation cohérente du vécu intérieur.
L'attaque de panique est une stratégie de défense psychique désespérée pour sortir de l'effet de sidération provoqué par un élément déclencheur traumatisant tout à fait subjectif... .
Ce qui fait très mauvais effet, parce que ça fait des vagues...
Elle peut être immédiate, ou agir comme une bombe à retardement, plusieurs heures, voire parfois plusieurs jours après l'événement psychique qui en constitue la cause. Si l'appel qu'elle lance n'est jamais entendu, elle peut devenir chronique, et se reproduire à répétition toute une vie...
Cris, colère et confusion, sont souvent perçus comme infantiles, relevant d'une sensibilité excessive, indéchiffrable, voire agressive ou envahissante pour l'entourage, ce qui renforce encore la panique par un sentiment de solitude et de honte, qui nourrit la sensation de perdre pied de la personne qui en est victime. L'attaque de panique à des effets contagieux : l'angoisse se transmet rapidement à celles et ceux qui en sont témoins, impuissants, et parfois terrorisés devant l'effondrement ou l'explosion de la personne, souvent spectaculaire.
Il arrive que le discours des personnes vivant des attaques de panique soit confondu avec une bouffée délirante, ou qu'on les prenne "pour des fou.lles". Mais il s'en distingue parce que la plupart du temps, la personne à tout fait conscience d'être confuse et difficilement compréhensible, et que le plus souvent, si on y répond à temps, et qu'on prend le temps de s'intéresser à ce que la personne n'arrive pas à exprimer, la crise se désamorce rapidement.
Cependant, /!\ ça ne veut pas dire que ça n'est pas grave /!\
Ca n'est pas parce qu'on n'en voit que les effets que ça n'existe pas, que c'est "dans la tête", que ça n'a pas de cause, et que c'est une histoire de "volonté" de penser à autre chose : c'est tout le corps qui est en jeux, et ses enjeux peuvent être vitaux !
L'attaque de panique est à prendre très au sérieux : c'est une urgence subjective absolue.
Elle peut conduire à des acting-out incontrôlés, et parfois irrémédiables, tels que des raptus suicidaires, automutilatoires, ou violents. Mais elle peut aussi se manifester par des malaises vagaux, cause de différents accidents, voire provoquer d'authentiques attaques cardiaques médicalement avérées sur des personnes en bonne santé cardiovasculaire, dont les seules explications plausibles sont entièrement subjectives.
Lorsque les attaques de panique se répètent, elles conduisent souvent à un isolement social, ou à un sentiment de solitude inexpliqué au milieu d'un entourage tétanisé par la peur de les favoriser ou de les reproduire.
L'attaque de panique, c'est tout un ensemble de situations face auxquels le discours médical est très emmerdé, et dont il ne veut pas entendre parler, tant cela s'éloigne de sa conception du monde, et tellement il se montre incapable de répondre à genre de situation d'urgence clinique. Quand ça n'est pas lui même qui les provoque... Il n'est pourtant pas nécessaire de psychopathologiser l'attaque de panique pour la prendre au sérieux !
Ce qui est réellement vécu par les personnes saisies par une attaque de panique est indicible : la psychanalyse ne peut que prendre de la graine de l'art pour témoigner de ces vérités indomptables...
L'attaque de panique n'a rien d'une maladie, elle a sa dignité, sa fonction, et ses lettres de noblesse : par le malaise palpable qu'elle nous fait éprouver, elle laisse entendre qu'il y a quelque chose qui tourne mal dans le lien social...
Non à la honte ! Cela arrive même aux plus grand.es, aux plus endurci.es, aux plus coriaces, et aux plus intelligent.es des personnes, non sans raison, même si les raisins de la colère restent toujours à déchiffrer...
L'attaque de panique est plutôt bien représentée dans cette scène culte de "Breaking Bad" (littéralement, "mal tourner"), qui lui rend sa dignité en seulement deux vidéos de moins de 7 minutes au total.
C'est pas grave si c'est en VO, il n'y a rien à comprendre, tout est dans le son des voix, l'expression des acteurs, les bruitages, et la trame sonore : pump up the volume pour bien entendre les détails.
https://www.youtube-nocookie.com/embed/rURYmdmUwYY?&feature=oembed
https://www.youtube-nocookie.com/embed/JJbbFdhN_Fo?&feature=oembed
A mon étoile, à mon silence parfait.
PsychoActivement, 
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Dernière modification par Pesteux (01 avril 2026 à 18:28)


nils1984 a écrit
Bah le truc, c'est qu'à la fin, Hank, il meurt.
Donc bon, voila, la moralité de l'histoire, c'est qu'il ne faut pas faire comme lui.
Comme disait l'autre, mourir pour des idées, d'accord, mais de mort lente hein !
Partons vers l'autre monde en flânant en chemin
A trop vouloir comprendre, on finit par être complément pris par ce qu'on a compris...
Les papiers s'envolent, la parole reste ! On pourrait presque en faire une définition du "trauma", ou de la "stigmatisation" : c'est parce que la parole reste, et qu'elle laisse des marques indélébiles sur le corps, qu'il y a des choses qui ne passent pas, et qui ne passerons sans doute jamais. Comment on peut se démerder avec ça ?
Ca, c'est le problème des enquêteurs, des flics, et du discours médical... De tout vouloir prouver... De tout vouloir fixer une fois pour toute... De tout vouloir dénombrer, et jamais rien déchiffrer... Ca fini dans une pile de dossiers, et on a toujours rien capté, et on est toujours aussi paralysé...
Chacun son truc, mais c'est pas du tout mon délire.
Ca n'empêche pas de sentir toute l'humanité du personnage de Hank dans son attaque de panique. Même si lui, il veut absolument comprendre et prouver...
Au moment de l'accident, il n'en sait encore rien si il a raison ou si il a tord objectivement. Il pourrait très bien se planter complètement, et avoir la même attaque. C'est pas du tout la vérité objective qui peut expliquer son attaque de panique. Et les médecins sont complètement HS en essayant de savoir ce qui lui est arrivé...
C'est juste les corrélations qui se forment dans son esprit...
Ca ne veut pas dire qu'il à tord ni qu'il à raison. C'est un phénomène parfaitement subjectif.
Et comme il est flic, il le sait très bien, et il veut se prouver quelque chose à lui même en arrêtant Heisenberg !
Il a cette ambition, mais comme il a peur du ridicule, il s'impose de fermer sa gueule tant qu'il n'a pas de preuve...
Mais bon, du coup, il explose en plein vol !
Ici, je veux parler d'analyse, pas d'enquête policière ! On s'en fiche complètement de savoir si il a objectivement raison ou si il a tord...
C'est juste qu'il ne peut pas garder ça pour lui, c'est un "trop" !
Le malaise est palpable, et c'est tout le corps qui est en jeu.
De mon point de vue, c'est de chercher une explication définitive à ce qui lui arrive qui le fait exploser. C'est parce qu'il veut absolument se prouver à lui même qu'il a raison... Il a tellement envie de l'arrêter, il s'y voit déjà, il kiffe déjà... Et en même temps, il est deg que ça soit son beau frère...
Alors il retient sa colère, il brûle de l'intérieur tellement il ne sait pas quoi en faire... enfer...
Comment se démerder avec ça, comme un analyste, et pas comme un flic ou un enquêteur, c'est ça toute la question pour moi...
Nils1984 a écrit
Périr dans les flammes ou sauter dans le vide, il semblerait qu'on ait choisi
Bah voila, ce qu'Hank n'a pas pu faire, c'est de sauter dans le vide !
Pourquoi il n'a pas dit à Heinzenberg ce qu'il pensait de lui directement ?
Ca n'est pas la trouille, puisqu'on voit dans la suite de la série qu'il n'hésite pas à le défier...
Qu'est ce qui l'a retenu ? A par le doute, et son empathie pour son beau frère ?
Sans le vouloir, on dirait bien que j'ai fait un suicide symbolique de l'analyste au moment même où je commençais à oser le mettre en scène comme un personnage publique... Décidément, l'histoire se répète toujours comme une malédiction haha
Mais j'ai échoué beaucoup mieux cette fois-ci !
Ca m'a fait vivre un grand moment d'horizontalité analytique, qui va rester gravée en moi à jamais, et dont je suis plutôt fier. Et ça m'a fait vivre des moments privilégiés avec plusieurs personnes qui me sont chères.
Héhé... Oui, prendre la parole, quand on brûle de l'intérieur, c'est toujours un peu comme sauter dans le vide...
On n'a pas le choix, c'est la seule option... Mais faut pas se rater
Ou alors, faudrait savoir léviter, mais bon, j'y arrive pas, et perso, je ne crois pas trop que ça soit possible...
Pour moi, l'élévation est dans la chute !
Le seul moyen de ne pas s'écraser, c'est un saut périlleux...
Ca n'est pas sans risque : point de suspension...
D'habitude, quand tu sautes dans le vide, tu finis toujours par rencontrer quelque chose de dur : le Réel !
Un truc sur lequel t'appuyer quoi !
Un impossible...
L'impossible, c'est connoté près péjorativement, tout le monde déteste ça...
Il y a même un petit homme, aka "casse-toi pauv'con" qui s'est fait élire président de la république avec pour slogan "tout est possible"
Chacun son truc. Perso, je travaille dans l'impossible...
Et j'y trouve d'infinies propriétés émancipatrices !!!
Pour moi, c'est surtout le doute permanent, le fait de ne pas être sûr que c'est impossible, c'est ça qui est insupportable, et qui nous brûle de l'intérieur, en nous faisant cogiter éternellement...
Quand tu tombes sur l'impossible, sur l'échec, sur l'erreur fatale de l'algorithme malicieux, là au moins, t'es enfin sûr de faire face à quelque chose de Réel ! Et pas à ton imaginaire, ou à celui d'un Autre...
Quand tu es sûr que c'est impossible, quand c'est vraiment sûr et certain qu'il n'y a pas de solution, quand ça devient palpable dans ton corps, quand tu le sens dans tes tripes, il n'y a plus de place pour le doute...
Haaaaaaa, ouf, quel soulagement 
Et tu peux prendre des décisions à partir de ça... A partir de "comment tu lis" cet impossible, en trouvant ce à quoi tu dis OUI dans cet échec ! Je me laisse encore travailler par celui-ci avant d'en conclure quelque chose...
Pour moi, chercher le "pourquoi", c'est bien souvent ce qui nous égare, laissons le discours médical cogiter éternellement sur le "pourquoi"... Trouver une explication ne produit aucun changement, ni aucun pouvoir d'agir. Au contraire, ça produit des idées bien définies, qui nous fixent dans une boucle infernale, et qui nous nous conduisent à tourner en rond autour des mêmes idées fixes pour l'éternité, comme des damnés.
C'est comme dans bien des domaines... Je pense qu'il faut un peu de retenue, et ne pas se précipiter pour conclure
Comme tu disais, les conclusions, c'est toujours des consolations...
Echecs et maths, c'est pas brillant. (on m'aurai menti ?)
Occulter l'apparent, manifester l'occulte, ça me semble une meilleure piste
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