Sortie de route...

Catégorie : Tranche de vie
Hier à 18:24

/!\  Sortie de route  /!\



Yo les Psychos !


Dans le cadre de mon travail d'analyste, il y a quelque chose qui m'a frappé ces derniers temps, et qui m'a humainement marqué...

Faute de mieux, je vais appeler ça : l'attaque de panique.


Tout commence toujours par un accident...

Qui n'a jamais fait de cauchemar terrifiant ?

L'attaque de panique, c'est un peu comme un rêve éveillé, vécu comme un cauchemar absolu...

Celui de la division incurable entre le corps et la parole, celui de la déchirure radicale entre le Réel qui s'éprouve et celui qui se réprouve...

L'attaque de panique se joue dans la faille du Réel propre à chacun.

Tout ce qui constitue le rapport au monde d'une existence s'y trouve convoqué et mis en jeu, tous les traumas d'une vie s'y rejouent sur une seule et même scène dramatique, vécue comme une série noire où tous les paradoxes d'une personne se retrouvent confirmés par ce qui est perçu, et concentrés sous leur forme chimiquement pure. Et détonante...

L'angoisse aiguë ressentie lors d'une telle attaque est tout aussi invasive qu'explosive. Elle prend souvent la forme d'une idée envahissante et insupportable, qui sert de support à une représentation cohérente du vécu intérieur.

L'attaque de panique est une stratégie de défense psychique désespérée pour sortir de l'effet de sidération provoqué par un élément déclencheur traumatisant tout à fait subjectif... .

Ce qui fait très mauvais effet, parce que ça fait des vagues...

Elle peut être immédiate, ou agir comme une bombe à retardement, plusieurs heures, voire parfois plusieurs jours après l'événement psychique qui en constitue la cause. Si l'appel qu'elle lance n'est jamais entendu, elle peut devenir chronique, et se reproduire à répétition toute une vie...

Cris, colère et confusion, sont souvent perçus comme infantiles, relevant d'une sensibilité excessive, indéchiffrable, voire agressive ou envahissante pour l'entourage, ce qui renforce encore la panique par un sentiment de solitude et de honte, qui nourrit la sensation de perdre pied de la personne qui en est victime. L'attaque de panique à des effets contagieux : l'angoisse se transmet rapidement à celles et ceux qui en sont témoins, impuissants, et parfois terrorisés devant l'effondrement ou l'explosion de la personne, souvent spectaculaire.

Il arrive que le discours des personnes vivant des attaques de panique soit confondu avec une bouffée délirante, ou qu'on les prenne "pour des fou.lles". Mais il s'en distingue parce que la plupart du temps, la personne à tout fait conscience d'être confuse et difficilement compréhensible, et que le plus souvent, si on y répond à temps, et qu'on prend le temps de s'intéresser à ce que la personne n'arrive pas à exprimer, la crise se désamorce rapidement.

Cependant,  /!\  ça ne veut pas dire que ça n'est pas grave  /!\

Ca n'est pas parce qu'on n'en voit que les effets que ça n'existe pas, que c'est "dans la tête", que ça n'a pas de cause, et que c'est une histoire de "volonté" de penser à autre chose : c'est tout le corps qui est en jeux, et ses enjeux peuvent être vitaux !

L'attaque de panique est à prendre très au sérieux : c'est une urgence subjective absolue.

Elle peut conduire à des acting-out incontrôlés, et parfois irrémédiables, tels que des raptus suicidaires, automutilatoires, ou violents. Mais elle peut aussi se manifester par des malaises vagaux, cause de différents accidents, voire provoquer d'authentiques attaques cardiaques médicalement avérées sur des personnes en bonne santé cardiovasculaire, dont les seules explications plausibles sont entièrement subjectives.

Lorsque les attaques de panique se répètent, elles conduisent souvent à un isolement social, ou à un sentiment de solitude inexpliqué au milieu d'un entourage tétanisé par la peur de les favoriser ou de les reproduire.

L'attaque de panique, c'est tout un ensemble de situations face auxquels le discours médical est très emmerdé, et dont il ne veut pas entendre parler, tant cela s'éloigne de sa conception du monde, et tellement il se montre incapable de répondre à genre de situation d'urgence clinique. Quand ça n'est pas lui même qui les provoque... Il n'est pourtant pas nécessaire de psychopathologiser l'attaque de panique pour la prendre au sérieux !

Ce qui est réellement vécu par les personnes saisies par une attaque de panique est indicible : la psychanalyse ne peut que prendre de la graine de l'art pour témoigner de ces vérités indomptables...

L'attaque de panique n'a rien d'une maladie, elle a sa dignité, sa fonction, et ses lettres de noblesse : par le malaise palpable qu'elle nous fait éprouver, elle laisse entendre qu'il y a quelque chose qui tourne mal dans le lien social...

Non à la honte ! Cela arrive même aux plus grand.es, aux plus endurci.es, aux plus coriaces, et aux plus intelligent.es des personnes, non sans raison, même si les raisins de la colère restent toujours à déchiffrer...

L'attaque de panique est plutôt bien représentée dans cette scène culte de "Breaking Bad" (littéralement, "mal tourner"), qui lui rend sa dignité en seulement deux vidéos de moins de 7 minutes au total.

C'est pas grave si c'est en VO, il n'y a rien à comprendre, tout est dans le son des voix, l'expression des acteurs, les bruitages, et la trame sonore : pump up the volume pour bien entendre les détails.



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https://www.youtube-nocookie.com/embed/JJbbFdhN_Fo?&feature=oembed
 


A mon étoile, à mon silence parfait.

PsychoActivement,
girl_witch
.

Dernière modification par Pesteux (Hier à 18:28)

Reputation de ce commentaire
 
Merci :)
 
Très intéressant

Commentaires
#1
elonnx
Psycho junior 
Hier à 21:13
Salut Pesteux,

Merci beaucoup pour cet essai, c’est vraiment intéressant de te lire, comme d’habitude.

J’aurais une question par rapport à ce que tu décris : si un individu vit une expérience traumatique et qu’une attaque de panique se déclenche, est-ce que, si j’ai bien compris, ce serait une manière pour le corps de se remettre en mouvement face à un état de sidération ? Comme une réaction physique quand quelque chose a complètement « grippé » l’esprit et le corps ?

Envisager l’attaque de panique non pas comme ce qui sidère, mais comme une réponse physiologique à une sidération préalable change complètement la manière de la comprendre, et je trouve ça extrêmement intéressant.


Et comment expliquerais-tu que ces attaques puissent se déclencher des mois ou des années plus tard, parfois simplement parce qu’une situation ressemble à quelque chose du passé ? Une sorte d’écho du trauma ?

Je me faisais aussi la réflexion que l’attaque de panique n’est pas toujours le résultat d’une gradation des signaux du corps (mains moites, maux de ventre, une somatisation qui monte crescendo), mais peut, en fonction de l’événement vécu, être une réponse immédiate, presque la seule possible.

Pourquoi, à ton avis, le corps passe par cette voie très physiologique plutôt que par les émotions ou par la parole directement ?

C’est en ça que je trouve extrêmement pertinent ce que tu dis sur l’urgence subjective.

Je suis curieux d’en savoir un peu plus.


#2
Nils1984
Lévi station 
Aujourd'hui à 16:09
Alors...

Périr dans les flammes ou sauter dans le vide, il semblerait qu'on ait choisi

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wink

https://www.youtube-nocookie.com/embed/IBqLkmAb4XI?list=RDIBqLkmAb4XI&feature=oembed
 

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