Il y a quelques années, je me suis bêtement demandé comment ça se fait que certains soient curieux vis à vis de la
came et d'autres pas du tout.
Alors oui, bien sûr, le contexte, l'histoire personnelle, l'environnement social, l'accès facilité (ou pas), ça joue.
Évidemment.
Mais je trouvais ça un peu simpliste comme explication.
Et comme à chaque fois que je me pose une question bizarroïde, mon cerveau à commencé à brainstormer tout seul.
Encore.
Bref, au final, je me retrouve avec une petite théorie psycho-existentielle bizarroïde (à moins que ça relève de l'ethnologie ou de la sociologie, franchement, à ce niveau là, je ne sais même plus), que voici.
Et si ça parle à quelqu'un, je serais curieuse d'avoir son avis.
Théorie des Incandescents
Neuroatypiques archaïques dans un monde de fermiers
(ou comment certains cerveaux semblent avoir raté la mise à jour “société agricole 2.0”)
Principes de base1. L’existence humaine n’a pas de sens objectif universel.
Désolé pour la grande mission cosmique. L’humanité est simplement une espèce animale un peu trop consciente d’elle-même.
2. Pour survivre, une société doit organiser la coopération : produire, transmettre, maintenir un minimum d’ordre pour éviter que tout le monde se tape dessus avant mardi.
3. La majorité des humains possède un profil cognitif assez bien adapté à ce fonctionnement collectif.
Une minorité, en revanche, semble avoir reçu une configuration légèrement différente. Rien de dramatique… sauf quand il faut vivre dans une société construite pour les autres.
Le récit nécessaireToute société repose sur une histoire collective.
En gros :
la vie doit servir à quelque chose, il faut être utile, participer à l’effort commun, contribuer au maintien du groupe.
Ce récit agit comme une charpente psychologique.
Il permet à des millions de personnes de coopérer sans remettre en question le système tous les matins au petit déjeuner.
Dans ce cadre, on explique souvent à l’individu qu’il a contracté une dette envers la société dès sa naissance.
Rien de personnel. Juste la version moderne de ce que Étienne de La Boétie appelait déjà la servitude volontaire.
Pour la majorité des gens, ce récit fonctionne très bien.
Il donne du sens, de la stabilité… et accessoirement une bonne raison de se lever le lundi.
Une minorité réfractaire au récit
Et puis il y a les autres.
Ceux qui ont une légère difficulté à avaler les récits collectifs sans les démonter mentalement au passage.
Ceux-là ont tendance à :
- analyser les structures sociales avec une distance presque gênante
- poser les mauvaises questions au mauvais moment
- préférer l’intensité, la compréhension ou l’exploration à la stabilité tranquille
Dans cette théorie, ces profils sont appelés Incandescents.
Pas parce qu’ils seraient supérieurs.
Juste parce que leur cerveau semble fonctionner un peu plus près du feu.
Une hypothèse évolutionniste
(piste de réflexion, pas vérité gravée dans le marbre)
Certains chercheurs comme Thom Hartmann ou Joseph Polimeni ont suggéré que certaines variations cognitives pourraient être des restes adaptatifs d’environnements anciens.
Petit rappel : pendant environ 99 % de l’histoire humaine, nous étions des chasseurs-cueilleurs.
Dans ce contexte, différents tempéraments pouvaient être utiles :
- curiosité extrême et recherche de nouveauté → éclaireurs, chasseurs
- tolérance à la solitude → artisans, pisteurs, marginaux utiles
- sensibilité aux symboles et aux états modifiés de conscience → rituels, chamans, ceux qui parlent aux esprits (ou au moins aux hallucinations)
Il est possible que certaines configurations aujourd’hui qualifiées de neurodivergentes aient eu leur utilité dans ce genre d’écosystème.
Puis l’agriculture est arrivée.
Avec elle : la routine, la stabilité, les calendriers, la gestion des stocks… et les premières sociétés de fermiers organisés.
Les mêmes traits qui pouvaient être utiles dans un monde nomade peuvent alors devenir… disons un peu plus compliqués à loger dans un open space.
Encore une fois : hypothèse. Pas verdict scientifique.
Neurodivergence et perception du monde
Certaines caractéristiques associées à la neurodivergence (concept popularisé notamment par Judy Singer) peuvent favoriser une relation un peu particulière au monde :
- reconnaissance de patterns très rapide
- pensée associative qui part dans trois directions à la fois
- radar interne pour détecter les incohérences sociales
- difficulté chronique à faire semblant quand quelque chose paraît artificiel
Ces traits ne sont pas une condamnation.
Mais ils peuvent créer un léger décalage permanent avec un monde très attaché à la conformité et aux conventions.
L’effet InternetPendant longtemps, les personnes portant ce type de profil pouvaient traverser leur vie avec une conclusion simple :
“je dois être un peu cassé.”
Puis Internet est arrivé.
Et soudain :
- accès massif à l’information
- concepts de neurodiversité accessibles
- communautés entières de gens qui disent “attends… toi aussi ?”
Beaucoup ont découvert que ce qu’ils pensaient être une anomalie individuelle ressemblait en réalité à un pattern partagé.
Trois stratégies possibles
Quand on réalise qu’on est légèrement décalé par rapport au système dominant, plusieurs trajectoires apparaissent.
1. L’intégration lucide
Certains restent dans les structures classiques tout en gardant une conscience assez claire du théâtre social.
Ils jouent le jeu.
Mais ils savent que c’est un jeu.
2. Le détournement du système
D’autres préfèrent bricoler leur propre place :
- entrepreneuriat
- création artistique
- recherche indépendante
- micro-communautés
En gros : rester dans la société, mais changer les règles du plateau de jeu.
3. La rupture partielle
Enfin, certains réduisent drastiquement leur participation au système.
Mode de vie plus marginal, plus autonome… avec juste assez d’interaction avec les institutions pour éviter la prison ou l’internement d'office.
Le minimum syndical, en somme.
Une métaphore
Dans cette grille de lecture, la société moderne ressemble beaucoup à un monde conçu par et pour des fermiers :
- stabilité
- organisation
- production régulière
Les Incandescents, eux, ressemblent davantage à :
des éclaireurs, des pisteurs ou des chamans sans tribu.
Des profils qui avaient probablement leur place dans d’autres contextes… mais qui se retrouvent aujourd’hui coincés dans un système optimisé pour autre chose.
Rappel : Une grille de lecture possible, pas une révélation divine.
Cette théorie ne prétend pas tout expliquer, loin de là.
C’est simplement une carte possible pour comprendre certains décalages cognitifs et existentiels. (et certaines curiosités par franchement socialement avouable comme par exemple "et si je mélange X et Y, est-ce que je vais avoir l'impression de comprendre le langage des arbres ou juste mon fonctionnement inconscient ?")
Pour certains, ça ne dira rien du tout.
Pour d’autres, ça ressemblera peut-être à quelque chose qu’ils connaissent déjà.
Et parfois, le simple fait de pouvoir mettre un nom possible sur un ressentis suffit à se dire :
“ah… donc je ne suis peut-être pas le seul à voir ça.”
Ce qui, dans un monde de fermiers très occupés, est déjà pas mal.