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Traumas 



Que les choses soient claires : ce sera moche. Il s’agira de drogue. De drogues même. Et plus généralement de toxiques.
Ça s’inscrit dans une recherche de légitimité. Mais surtout de prévention.
Pour certains ce ne sera pas bien grave, je ne suis pas une « vraie ». Ceux-là n’ont rien compris et sont encore aux prises avec le démon.
Mais si je choque ou dégoûte tant mieux.
Tout ça est pourtant sans prétention.
J’écoute mon corps et mon besoin viscéral de coucher sur papier l’enfer que je vis depuis un an. A bien y regarder c’est plus ancien…
Cela restera peut-être un simple journal intime. Qui sait ?



Le plus dur dans l’arrêt de la drogue, c’est de revenir à une vie « normale », banale, celle du commun des mortels, de la plupart des gens. Revenir à des choses qui paraissent terre à terre.
Pour un temps, finis les voyages émotionnels et intellectuels transcendants. Ces moments où tout semble s’illuminer, un fil rouge apparaît au milieu des pensées, met tout en lien, prend sens.
La vie n’est plus sans but, lissée par les médicaments. J’ai l’impression d’avoir atteint un état que j’ai attendu toute ma vie, que je mérite. Pour une fois dans ma vie je me sens complète, en état de sécurité affective. Je ne me refais pas le film incessant des interactions que j’ai eues, en sachant après coup quelle était la bonne réplique.
Je VOIS, ENTENDS et SENS comme jamais. Ça cogne enfin. Je ne me réfugie plus dans le sommeil. Pas besoin de dormir des heures pour avoir les idées en place.
Il y a un prix à payer pour cet état de conscience où tout paraît possible. Cet état où je me sens à ma place, sûre de moi, abrupte, je ne me censure plus, je suis agressive, blessante, tranchée, je dis ce que je pense et j’assume.
Mais ça rend vulnérable, aux prises avec d’autres émotions. Rapidement, l’angoisse se manifeste. Physiquement c’est douloureux. Souffle coupé, trop de pensées, trop de possibilités. Ce temps qui me coule entre les doigts et qui m’échappe. Déjà les regrets et la culpabilité viennent entacher le bonheur illusoire d’un état d’éveil accru.
Il faut arrêter. Pour plein de raisons. Surtout parce qu’on s’y perd, on s’y plonge à crever.
Il faut revenir à un fonctionnement dit « normal ». Boulot, dodo, crédit immo, voiture, se nourrir, écouter ce corps qu’on néglige depuis trop longtemps.
Et le constat apparaît : ni heureuse avec, ni heureuse sans…
Cette solution à mon malaise, mon mal-être profond n’est pas fiable, ça n’en est pas une en fait.
Pour réussir il faut remiser son cerveau au placard, endormi par les molécules, sortir le bouclier qui empêche de tout ressentir trop fort. Prisonnière.
Pourquoi arrêter ? On se trompe longtemps en se posant cette question. On cherche une raison concrète, un électrochoc comme motivation. Pour réussir, il ne faut pas voir les choses sous cet angle. La vraie réponse à obtenir est pourquoi consommer ?
Là, en ce moment, à cette période de la vie avec cette drogue ?
Cette clé il faut la chercher, la comprendre, l’intégrer.
À quelle blessure répond la drogue ?
Quel manque comble-t-elle ?
Pourquoi maintenant ?
Il faut être prêt à remuer la merde pour s’en sortir, pour que la démarche s’inscrive dans la durée.
J’ai de la chance, je n’ai pas un ancrage dans la toxicomanie très ancien.
Je n’ai pas eu le temps de mettre en place un fonctionnement interne et des automatismes autour de la drogue.
Olivier lui se bat depuis des années.
Ça fait 20 ans qu’il répond aux coups durs de la vie avec la drogue. Elle est devenue un refuge familier, depuis trop longtemps.
Son ancrage prend naissance dans des blessures anciennes. La drogue est une réponse à tout un tas de sentiments devenus lourds à porter dont le principal est la culpabilité. Elle l’habite depuis trop longtemps. Mais ce qu’il n’a pas compris c’est qu’il n’est pas à l’origine de ce sentiment. On lui a déposé la graine dans la tête tout petit déjà.
Coupable d’être un enfant précoce, curieux, demandeur, d’avoir ressenti de la jalousie à l’arrivée de son frère, de ne pas être devenu médecin à cause de la pression inhumaine exercée par son père… Et enfin la culpabilité de se droguer, qui nourrit la toxicomanie elle-même. C’est le cercle vicieux infernal qu’il faut briser. La dernière chose à faire avec un enfant comme il l’a été, c’est de l’empêcher d’identifier, d’analyser, de comprendre et de mettre des mots sur des conflits internes et des émotions.
Les non-dits ont construit les fondations de sa toxicomanie. Il doit s’accrocher et travailler sans relâche pour comprendre pourquoi.

On s’abîme avec la drogue, physiquement. Ça paraît évident mais on ne réalise pas tout de suite, ni jusqu’où on est prêt à aller.
Au bout d’un moment, on porte atteinte à son enveloppe corporelle. On la marque, parfois définitivement, il faut être prêt. S’inspecter dans le miroir et y voir des traces physiques de la drogue.
J’ai fait plusieurs poussées de lupus cet hiver en fonction du rythme infernal de mes sevrages puis reprises. Physiquement j’ai eu tous les symptômes cutanés. Le masque de loup rouge vif sur tout le visage. Pendant des semaines j’ai alterné entre des phases de crise avec le visage rouge et gonflé puis des phases de cicatrisation comme après un grave coup de soleil. J’ai passé des examens : rien. Aucun lupus. Seule cause retrouvée : la 3 CMC.
A chaque reprise, je savais à quoi je m’exposais, ce qui m’attendait, quel visage j’aurais le lendemain au travail.
Puis j’ai arrêté suffisamment longtemps pour voir ma peau guérir, retrouver sa couleur et son grain. Mais des taches sont apparues, restent.
J’ai alors réalisé quel visage j’avais affiché devant mon entourage amical et professionnel. Pendant des mois sur ma gueule était écrit : quelque chose cloche avec cette gonzesse.
D’autres blessures viendront jalonner mon expérience avec la drogue. Conséquences directes ou indirectes. Le trou définitif dans ma cloison nasale, une énorme entaille au pied qui mettra longtemps à cicatriser à cause de ma consommation, m’obligeant à boiter pendant un mois…
Je ne veux plus entendre qu’arrêter la drogue est une question de volonté. Si même devant un corps qui s’abîme on continue, c’est qu’il ne suffit pas de le vouloir. On se voit détruire ce corps, on se sent coupable et on n’a qu’une envie, que ça s’arrête.
Il faut donc creuser et fournir un travail acharné et salvateur pour répondre à la question : pourquoi je me drogue ?

Catégorie : Tranche de vie - 01 octobre 2023 à  16:17



Commentaires
#1 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:25
Pendant qu’on cherche des réponses, le cycle d’auto-destruction continue.
Il peut être déclenché en un quart de seconde et tout changer aux heures qui vont suivre. L’odeur de l’essence à la station-service, une soudaine angoisse qui sidère, après une journée particulièrement saine où on a enchaîné les bons comportements, en mode guerrier, comme s’il fallait rééquilibrer la balance.
A deux c’est encore plus dur de lutter contre ce court instant où la machine se met en route. Un échange de regard et le démon frappe à la porte. On a appris à détecter chez l’autre l’instant où tout est possible. Un mot et c’est parti. Même sans parler parfois on sait.
Dans ces moments-là on oublie tout. On pouvait très bien être avec des amis dans la confidence, quelques heures plus tôt, à leur dire que tout allait bien. Que le sevrage était une révélation, que ça y est, c’est terminé. On le pensait très fort. On ne ment pas, ou alors à soi-même en tout premier lieu.
Au cours de ce constant ascenseur émotionnel, on voit presque se dessiner deux personnalités. Celle qui veut s’en sortir, qui se bat pour la vie et l’autre qui ment, veut cramer la vie, fait s’effondrer les promesses et bonnes résolutions.
Peu importe le découvert autorisé depuis longtemps atteint, on ne mangera pas la semaine qui vient. Cette personnalité-là se dit que la drogue est la seule nourriture dont on aura besoin de toute façon.
Finalement, on est obligé de voir les choses du bon côté. On apprend à se connaître et se comprendre. Tout semble noir mais on avance et c’est important. Le temps nous l’a bien fait comprendre, il continuera sa route quoiqu’il arrive. A nous de rester debout et en mouvement, peu importe les embûches.

 
#2 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:25
Dimanche 27 août 2023

En son absence je disparais. Je n’existe plus pour personne. Je m’oublie, je n’écoute pas mon corps qui tente de m’attirer vers la vie.
En son absence je suis aspirée par le trou noir de l’angoisse et l’étrangeté. Je coule dans une chute sans fin, mon corps se morcelle dans ce vol irréel.
Et pourquoi ne pas en finir une bonne fois pour toute… ?
Partir ensemble, à deux…

 
#3 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:26
Mardi 29 août 2023

Déjà la lumière est celle de septembre.
Les paysages ne sont plus surexposés comme aux heures les plus chaudes des journées d’été. Le soleil est bas, rasant la végétation, la teintant de couleurs jaunes dorées. Sentiment de nostalgie, de mélancolie. L’intérieur des maisons s’illumine de plus en plus tôt, laissant présager l’automne.
Pourtant l’été n’a pas laissé sa trace en moi, ce sentiment de plénitude.
Le temps a cela de constant, il continue sa route. Peu importe les événements de la vie, les traumas qui voudraient un sursis pour être digérés. Le temps continue de s’écouler, insolent, glissant entre nos doigts démunis. Il nous donne une leçon, ne jamais s’arrêter, quoiqu’il arrive, rester en mouvement, avancer, lui donner la chance de nous guérir.

 
#4 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:26
Le 24 juillet 1995, ma sœur naît.
J’avais 7 ans, j’allais rentrer en CE2.
Je l’avais attendue cette petite sœur.
Pendant 7 ans elle m’avait manquée, j’étais heureuse de la rencontrer enfin.
J’avais vécu la grossesse par procuration.
Voir le ventre ma mère s’arrondir a été une des plus belles expériences de ma vie.
A la clé il contenait cet être que j’avais aimé toute ma vie. J’ai eu le sentiment de devenir mère.
Cette petite sœur qui n’aura été qu’un enfant pansement, je l’apprendrai plus tard.

Le couple de mes parents allant déjà mal, je me suis retrouvée très vite à jouer les petites mamans. J’ai pris ce rôle très à cœur. Je me souviens de moments de pur bonheur quand la première chose que je faisais le matin, était d’aller lever ma petite sœur, encore nouveau-né, prenant garde à sa nuque.
Je la changeais, l’habillais, embrassais de longs moments son petit ventre doux.
En général mon père arrivait à ce moment-là, à demi réveillé, se trompant de prénom pour me dire bonjour.
Il me libérait pour que je puisse moi-même m’habiller.

Le jour de ma rentrée en CE2, j’étais fière d’arriver en poussant le landau de ma sœur.
J’ai vite déchanté en réalisant que je ne passerai plus mes journées en sa compagnie.
Pour couronner le tout, je tombe sur la maîtresse la plus sévère de l’école. Elle me terrorise. Pendant des mois je vomis systématiquement mon petit déjeuner avant de partir à l’école.
Tous les matins ma mère me confie un de ses mouchoirs qu’elle imbibe de son parfum. Passé la grille de l’école, je le colle sous mon nez la journée entière. Mon seul bonheur à cette période sont les quelques minutes seule avec ma sœur le matin.

Après l’école, ma mère étant en congé maternité, m’attend avec la poussette à la sortie de l’école. Elle qui a toujours privilégié son travail m’accorde du temps. Pas de garderie jusqu’à la fermeture. Elle m’apporte mon goûter et nous rentrons toutes les trois, moi poussant fièrement ma sœur. Cette demi-heure chaque jour pendant quelques semaines est mon plus fort souvenir de sécurité affective.

La contrepartie a tout ça était l’ambiance à la maison. La naissance de ma sœur n’a pas rapproché mes parents, au contraire.
Le point final à leur couple étant le baptême de ma sœur.
Mon père veut choisir Michel comme parrain, l’ami de la famille depuis longtemps.
Celui qui avait toujours un petit cadeau pour moi, que j’appelle papa à 2 ans, quand on le voit en cachette avec ma mère. Je me souviens de longues balades dans les bois. Celui aussi qui a emmené ma mère en week-end à Saint Tropez en fourgon.
En ramenant ma mère il avait dit à mon père : « la prochaine fois je ne te la ramène pas ».
Devant l’idée absurde de mon père, ma mère dit : « si tu fais ça, tu fais entrer le loup dans la bergerie ». Il était prévenu.

Le baptême a eu lieu quand même.
Avec Michel en photo à l’église, ma sœur dans les bras. Il est de plus en plus présent à la maison. Surtout en l’absence de mon père qui travaille de nuit en usine. Sitôt parti, Michel arrive et j’ai le droit de regarder la télé.

En CM1 je pars en voyage à Prague. Une semaine. A mon retour, tout s’est écroulé.
Je ne sais pas exactement ce qui s’est passé. Il n’empêche que mes parents ne se parlent plus. Ou seulement pour s’engueuler. Il règne une ambiance d’insécurité constante.
Tout ce que je croyais acquis, ce qui m’a construit s’effondre sous mes yeux.
Je vois ma sœur, incapable de comprendre, si petite, quel avenir pour elle ?

Durant un dîner, une dispute éclate.
Mon père pose un ultimatum à ma mère : lui ou Francis.
Ma mère se lève et a veut sortir de la pièce. Il l’attrape et l’empoigne par la ceinture, la forçant à se rassoir.
Elle avait un jean taille haute bleu ciel avec une fine ceinture en cuir marron clair. On s’attache aux détails parfois.
Ma mémoire a supprimé leur dialogue.
Une image reste gravée seulement.
Ma mère en larmes et en arrière-plan ma sœur, dans sa chaise haute, imperturbable. C’étaient les premières fois où elle mangeait seule. Elle avait sa cuillère ergonomique en main et « tentait » de manger un yaourt nature. Elle en avait la bouche et les joues recouvertes. Ça contrastait avec la scène d’horreur qui se jouait juste à côté.
J’en aurais presque ris.
Mais non, j’ai subi ce qu’on m’imposait.

Un soir je suis en pyjama, assise dans le salon avec mon père. Ma mère est à l’étage et couche ma sœur.
Quelque chose ne va pas, l’ambiance est lourde.
L’année scolaire est bien avancée car il fait encore jour.
Ma mère descend et échange un regard interrogateur avec mon père. Il prend le téléphone et appelle Marie Thé, la meilleure amie de ma mère qui habite à deux rues.
Je comprends qu’elle fait une fête ce soir chez elle.
Ce que mon père veut savoir c’est si Michel est présent. Il raccroche et garde le visage fermé. Ils n’iront donc pas. De toute façon, je me demande quel était leur plan. Me laisser seule avec ma petite sœur ?
Ma mère sort du salon. Un instant plus tard nous entendons la porte de la cuisine s’ouvrir et se fermer. Mon père me demande d’aller voir. J’arrive à la cuisine et je vois seulement les petits rideaux en dentelle blanche bouger ainsi que les clés sur la serrure balancer dans le vide. Les chaussures de ma mère ne sont plus là.
Je cours dehors jusqu’au trottoir. Je vois ma mère, cent mètres plus loin, avancer d’un pas décidé.
Je hurle « maman » en pyjama et pantoufles dans la rue. Elle se retourne, me regarde d’un œil sans affects, elle marque un temps d’hésitation puis se retourne et reprend sa route.
Je rentre, choquée, et annonce à mon père qu’elle est partie.
Il se lève du canapé et marche jusqu’à la cuisine. Il ouvre tous les placards et commence à précipiter dans le vide les piles d’assiettes du service qu’ils ont eu en cadeau de mariage. Ça fait un bruit monstre. Je pleure en lui implorant d’arrêter, il va réveiller ma sœur Juliette, mais ma voix est couverte par le bruit. La touche finale est quand il renverse d’un geste rempli de colère la petite cuisinière en plastique de ma sœur. Ce geste-là est bien plus violent pour moi que le bruit de vaisselle qui se brise au sol.
Ma mère rentrera plus tard. Je la revois dans l’entrée, abasourdie par ce qu’elle voit.
Je n’ai pas le souvenir d’une trace de culpabilité sur son visage, ni d’excuses.

Après le divorce, Michel vient s’installer à la maison. Mon père nous prend un week-end sur deux.
Je fais ma rentrée en 6ème. Je ne m’en souviens presque pas. Je n’en ai qu’un souvenir douloureux. Mes parents ont fait l’effort d’être présents tous les deux. Je ne veux pas passer les portes du collège et prolonger ce moment à trois.
Les week-ends chez mon père sont éprouvants. La vaisselle des 15 jours trempent dans l’évier et le ménage n’est pas fait.
Je me plonge encore plus dans ce rôle de maman de substitution, en gérant les tâches ménagères.
Mon père passe ses soirées devant l’ordinateur, à enchaîner les whisky coca, se lamentant en écoutant de vieilles chansons d’amour.
Je ne peux plus supporter d’entendre la reprise de Balavoine par Liane folie.
Il me confie toute sa vie et ses problèmes de couple à table le soir, saoul, dans sa petite cuisine éclairée au néon.
Un soir, la seule chose qui lui coupe la parole est le bruit de la tête de ma sœur tombant dans son assiette. Ma sœur s’était endormie, bercée par la voix de mon père.

Il refuse de mettre un siège auto dans la voiture pour ma sœur. Ça l’empêche de draguer selon lui. Plutôt que de l’enlever et le remettre il n’en met pas du tout. Ça me rend folle. Je mets mon bras entre les 2 sièges avant, comme pour retenir ma sœur en cas d’accident. Il lui apprend à se cacher au sol quand il y a la police.

Un dimanche matin, nous sommes allées rejoindre mon père au lit. C’était notre rituel avant le divorce, pourquoi changer.
Je grimpe sur mon père, couché sur le dos, et je commence a l’embrasser dans le cou, contente de lui dire bonjour.
Mais ce matin-là, je croise son regard et une sueur froide coule dans mon dos.
Ce regard là je ne l’ai jamais vu. Je ne me suis pas sentie à ma place soudainement.
Les dimanches suivants mon calvaire a commencé. Une porte s’était ouverte et tout a basculé.
Chaque dimanche matin je vais moi-même à l’échafaud, de mon plein gré.
Je n’en ai que de vagues images. Et des mots. « Je peux toucher là, tu ne veux pas ? Ça fait du bien normalement ».
Ça dure toute ma 6ème. Je n’ai jamais rien dit. Il n’avait pas eu à me le demander. C’était évident. Je me taisais. Comme quand ma mère m’emmenait voir Francis pour les balades dans les bois, je n’en parlais jamais à mon père. Et pourtant ma mère non plus n’avait pas eu besoin de me dire de garder le secret.
Jusqu’au matin où il va trop loin. Je sors de ma torpeur et j’éclate en sanglots. Ça le stoppe net. Il nous dit d’aller nous habiller pour l’école. C’était donc un samedi.
Je n’ai aucun souvenir de la route jusqu’au collège. On était en retard forcément.
Sur le parking je retrouve une fille de ma classe, Aurore. Je lui déballe tout, comme ça, d’un coup, comme si j’avais vomi mes tripes. La pauvre quand j’y repense. Elle me dit de le dire à la prof.
Arrivées dans la classe, je me dirige vers la prof de français et demande à lui parler.
Devant la porte je ressors mon speech.
Elle m’emmène voir la CPE. Troisième speech. Sa réponse : « veux-tu que j’appelle ou veux-tu finir le week-end chez ton père ? »
Je m’entends répondre que je veux retourner chez mon père pour lui AVOUER que je l’ai dénoncé.
Et c’est comme ça qu’on me laisse repartir dans la nature jusqu’au dimanche soir avec mon père.
Je retourne en cours, les yeux rouges et gonflés par les larmes, sous le regard scrutateur et interrogateur de mes camarades.
Plus tard nous passons en classe entière devant l’infirmerie. La porte est fermée. J’apprendrai plus tard que derrière cette porte se trouvait ma mère, mon beau père et la CPE. Ils savaient que je passais, ils s’étaient tus pour ne pas que je les entendes. Ils auraient pu m’extraire de tout ça, répondre à mon appel au secours.

 
#5 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:27
Samedi 9 septembre 2023

Junkie, drogué, toxico, camés…
Ces mots veulent dire la même chose mais sont importants.
Junkie vient du mot anglais « Junk » : déchet. Pas glorieux quand on est à la recherche de légitimité. Le mot à la mode est addict et semble moins péjoratif.
Certains diront qu’il s’agit là de détails, que c’est comme dire « handicapé » au lieu de « personne en situation de handicap ».
Peut-être…
Au fond peu importe la dénomination. Ce que l’on aimerait c’est que les gens retiennent une notion toute simple, apprise par expérience ou lorsque l’on étudie l’addictologie : la perte de liberté.
Quand on est pris dans la spirale de l’addiction, que tout parait couru d’avance, le choix est annihilé.
Cette notion revient en pleine face quand on décide d’arrêter. Les journées ne sont plus rythmées par la consommation. On ne se projette plus sur des journées faites de temps d’attente entre chaque prise, écrites d’avance, passées à anticiper la prochaine trace.
D’un coup tout ce temps est pour soi et s’inscrit dans l’instant présent. On peut se sentir perdu face à cette liberté, on a peur. Peur de ne pas le mériter, de s’ennuyer, de se sentir vide.
Mais la réalité est là soudainement et il faut endosser les conséquences des semaines passées. Elles arrivent comme à retardement. Prélèvements rejetés, cartes bleues bloquées. Tout va très vite.
Les lettres recommandées de la banque s’accumulent. Certaines boîtes commencent à suspendre leurs services : forfait de téléphone portable, internet…
Les impayés s’additionnent et maintiennent la tête sous l’eau.
Faire les courses est impossible. Les réservoirs des voitures sont vides. On est plus seul que jamais, le nez dans sa merde.
La seule solution pour apporter le salut : travailler. Ne jamais s’arrêter. S’accrocher, s’investir au boulot, tout donner, avec le sourire pour garder la face devant ses collègues. Surtout quand la carte de cantine affiche rouge à la pointeuse du self.
Supplier la banque, quémander de l’aide auprès des amis proches. Montrer patte blanche pour un dernier sursaut de confiance qu’on ne mérite pas.
On est finalement comme ces gens dans la rue, qui tendent la main pour une pièce.
On fait la manche.

 
#6 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:27
Le 10 août 2022 est une date clé pour nous.
C’est le jour où nous goûtons la 3CMC.
Ça fait quelques temps déjà (semaines, mois… années… ?) qu’on s’enfonce doucement mais sûrement dans l’alcool.

Un jour on calcule. A raison de 5 à 6 bouteilles de bières de 75cl par jour, le budget mensuel est de 600€ environ. Merde. Les finances vont mal. Olivier décide de vendre sa moto.

Ce mercredi 10 août, on se promène au lac et on apprend que la vente est conclue. 6300€ vont rentrer sur les comptes. De quoi voir venir. C’est ce qu’on pensait…
Un mois plus tard il n’y avait plus rien.
On a tout cramé. On est sortis, on a bu et surtout, on s’est drogué.
Ce 10 août on était à la recherche d’un peu de coke pour fêter la vente. On a joué avec le feu.

La 3CMC, qu’on nous a vendu pour de la 3MMC, en même temps peu importe c’est la même merde, est une drogue de synthèse surtout connue dans le milieu homosexuel.
On goute ça au bar en fin d’après-midi.
J’ai chaud, j’ai envie de parler et surtout je me sens incroyablement connectée à Alexis. On rentre à la maison et on passe la nuit sur la terrasse à se raconter nos vies.
On se baigne à 2h00 du matin et on parle. On se dit des choses qu’on ne s’était jamais dit en 14 ans de vie commune.
Tout y passe, de l’enfance a maintenant.
Des instants de vie inavoués, intimes, beaux, des hontes aussi et des regrets.
Pendant une semaine on se lève en début d’après-midi, on se force à manger un peu puis on commence à en prendre.

A cette époque je suis en plein burn out.
Je n’ai pas mis les pieds au travail depuis le 23 mai. Ce jour-là, il y a eu le soin de trop, alors même que ce n’est pas moi qui le fais.
Un adolescent de 14 ans subit une ponction de moelle osseuse dans le sternum sous kétamine.
Depuis sa chambre, on l’entend hurler dans tous le service. Dans ma tête je me dis que c’est trop, c’est fini, je n’en peux plus de ce boulot. Je me dis que le lendemain je ne viendrai pas.
J’hésite même à tout plaquer tout suite, partir en plein milieu de mon poste.
Mais non je finis tant bien que mal ma journée.

J’étais très enthousiaste un an et demi plus tôt de travailler dans ce service.
Je voulais donner aux patients, tout en étant stimulée intellectuellement. Je voulais savoir pourquoi je faisais les choses, comprendre, mettre en lien. Rien de tout ça ne se produit.
Je ne fais qu’enchainer les soins à la chaîne, pas le temps d’échanger ni de soutenir les patients, qui subissent des épreuves horribles.
Je ne sais plus pourquoi je fais tel ou tel soin, tout s’enchaîne. Pas le temps de s’assoir, de manger, de boire, d’aller aux toilettes. Je ne bois pas non pas parce que je n’ai pas le temps de m’octroyer une gorgée ou deux, j’ai ma gourde. Je ne bois pas car je sais que je n’aurai pas le temps d’aller aux toilettes. Bosser dans ces conditions, la vessie pleine, rajoute de l’inconfort alors on s’abstient.

Tout commence par des nuits compliquées. Je ne m’endors pas car je refais le fil de ma journée dans ma tête en constatant avec désespoir que je n’ai pas bien fait mon travail. C’est frustrant. Et quand j’arrive à m’endormir, c’est pour me réveiller en plein milieu de la nuit avec l’angoisse dans la gorge, je ressasse.

Cet été-là je ne vois aucune issue pour mon avenir.
Alors j’accroche direct à la 3. Je me sens remplie, heureuse, je n’ai plus aucune pensée négative.

Nous avons une période de « lune de miel » avec la 3.
Parallèlement, j’ai commencé un boulot de surveillante dans un collège. Je m’y épanouie au contact des ados et je suis investie. C’est une bouffée d’oxygène, même si je ne sais pas où ça va me mener…

L’expérience reste belle jusqu’aux vacances de la Toussaint.
A cette période ma mère nous rend visite une semaine.
Avec le recul je pense qu’elle a senti que quelque chose clochait.
Elle répond à son malaise avec son obsession du ménage. Elle retourne tout chez nous, lave pendant des heures, fait les poubelles.
Je me sens dépossédée de ma maison, sans pouvoir agir.
Je passe mes journées sur mon téléphone à échanger avec Alexis qui est au travail.

Avec la 3 je réagis fort. Cela marche pour les émotions positives mais aussi négatives. Tout est exacerbé.
Ma mère se plaint aussi de Francis. Elle nous raconte des scènes du quotidien qui font clairement penser à de la maltraitante. Il veut de l’argent pour une moto aussi, ma mère nous demande conseil. On ne sait pas quoi dire.
Avec sa maladie de Parkinson elle nous paraît vulnérable. C’est accentué par son discours désinhibé. On a l’impression que son lobe frontal est atteint.
A son départ on met à tort notre nez dans leurs affaires de couple.
S’en suit un clash monumental et ma mère retire tout ce qu’elle nous a dit. Elle n’a pas besoin d’aide, elle n’est pas en danger.

A cette période aussi se joue un autre clash avec ma sœur. Elle s’est mariée sans nous, retirant son invitation à partager ce moment avec elle, sur fond d’incompréhension. Avec son mari ils se sont sentis dépossédés de leur mariage. Ils ne voulaient pas inviter notre grand-mère, on s’est opposé et ça n’a pas plu.

Ça fait beaucoup de rupture en peu de temps.

Le coup final est porté en novembre.
Alexis a commencé l’intérim mais ça ne marche pas. Il est envoyé en mission dans des cliniques privées où les pratiques sont choquantes et dangereuses. Il refuse de mettre son diplôme en danger.
Il fait appel à une grosse agence d’intérim qui l’envoie une semaine à Paris. Il adore.
A son retour, on lui propose une mission longue de 3 mois. Pour moi c’est trop.
A une période où je me sens fragile, il part 5 jours par semaine.
Je me sens abandonnée, à tort. Il fait juste face à notre baisse de revenus du fait de mon changement professionnel et me donne l’occasion de prendre le temps de la réflexion concernant mon avenir.

Malheureusement je ne le vis pas comme ça. Comme je l’ai dit la 3 exacerbe tout, le bon comme le mauvais. Je me sens terriblement seule, c’est douloureux physiquement. J’ai l’impression que mon corps se morcelle. Il me manque terriblement. Le silence m’angoisse, je deviens complètement irrationnelle. Je fais une vie pas possible à Alexis, l’accuse de m’abandonner.

Au travail je me renferme de plus en plus. Je suis nulle et je n’ai aucune autorité sur les gosses. Comment peut-on être sûr de soi et cadrant quand on est si mal dans sa peau ?
Je continue pourtant de consommer…

Début mars c’est devenu insupportable, on décide d’arrêter.
Aussi à cause de la fameuse poussée de lupus imaginaire qui me ravage le visage.
Malheureusement ce n’est pas aussi facile qu’on le pensait. On est épuisé. Notre corps est à bout et le sevrage invivable.
Les journées me semblent vides.
Et surtout je me rends compte que je suis accro au sniff. Il me faut quelque chose.
En désespoir de cause je me tourne vers la cocaïne grâce à l’application Telegram.
Ce n’est pas ce que je veux mais tant pis.
C’est tellement facile.
Un message, un point de deal, on se rencontre, je monte dans la voiture et je repars avec ce que je veux.
C’est aussi facile que d’aller faire ses courses. Même plus facile car c’est ouvert une partie de la nuit.
C’est là que les choses ont pris un mauvais tournant.
Le budget n’est pas le même.
1g de 3 CMC à 10€ contre 1g de c à 60€.
On coule lentement…

 
#7 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:28
Mercredi 20 août

Renaissance.
Je suis sevrée et je revis.
La vie me semble douce.
Le temps s’écoule raisonnablement.
J’ai le sentiment de récupérer enfin mon cerveau et mes pensées.
Je m’intéresse à plein de choses. A l’art surtout. Le cinéma, mon grand amour. Je revois plein de films que j’adore et j’ai l’impression de les comprendre d’une autre façon. Comme si toute cette période m’avait donné une autre vision du monde.
J’ai soif de connaissance. Je lis et relis des livres anciens.
Au travail tout le monde me trouve changée, épanouie et très investie. Je m’éclate sur mes heures de soutien aux devoirs.
Pour la première fois de ma vie je suis apaisée par le fait d’être un peu lisse émotionnellement. Ça me repose. Finies les montagnes russes.
Et ça fait un bien fou !
Les week-ends avec Olivier sont de vrais moments de partage et de connexion.
L’ironie est là. Tomber dans un produit pour la connexion qu’il avait établie entre nous, pour enfin l’arrêter pour se sentir réellement connectés tous les deux.
On en était arrivé à ne plus se parler. On parlait à tour de rôle l’un à coté de l’autre mais on ne s’écoutait plus.
On se retrouve enfin. On se nourrit l’un l’autre, en restant collé tout le week-end. Ce sont enfin de vraies émotions, sans artifices. Sentir ses mains sur moi me remplit de bonheur et d’amour.

Mais alors, pourquoi ?
Qu’est-ce qui nous est arrivé ?
On a le sentiment d’avoir été volé, amputée d’une partie de sa propre vie. On se retourne et on se regarde et rien ne fait sens. On a l’impression d’avoir été quelqu’un d’autre. On a été absent tout ce temps, ce n’était pas nous. Et pourtant on se sent enrichi. C’est un sentiment très ambivalent. Comme si ce qu’on avait fait nous avait blessé, abîmé, on a envie de l’oublier, l’effacer. Mais c’est aussi ce qui fait qu’on est ce qu’on est aujourd’hui. Cette personne capable d’apprécier les choses simples de la vie. On essaie de comprendre ce qui s’est joué. On se sent désemparé.
C’est en fait la résilience qui se met en place. Ce truc qui fait qu’un traumatisme devient une force. Pour l’accepter il faut le rejeter, le renier mais en même temps s’en faire un allier, ressentir une certaine reconnaissance pour le traumatisme. C’est un jeu difficile.
En faire une force sans trop en faire pour aller de l’avant. Digérer et avancer.

 
#8 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:28
À la suite de mes dénonciations, une plainte est déposée par le collège.
On propose à ma mère de porter plainte mais elle doit estimer le préjudice que j’ai subi. C’est inestimable. Pas de plainte de notre côté donc…
Mon père est auditionné au commissariat.
Après moi. Ça a son importance.
Je me retrouve face à un policier, ma mère assise à côté de moi. Le flic est plus absorbé par son clavier sur lequel il tape à deux doigts plutôt qu’à faire preuve de psychologue avec moi. Je subi donc un interrogatoire en bonne et due forme. Depuis ce jour, le bruit d’un clavier est ma madeleine de Proust traumatique.
Quand ? Combien de fois ? Combien de temps ? Pénétration ou non ? Pyjama ou t-shirt/culotte ? Attendez, comment ça ? Ça compte comment j’étais habillée ?
C’est ma faute c’est ça ?
Je ne peux m’empêcher de penser à ce jour où, toute fière, je pavane devant mon père avec un nouveau t-shirt sans manches rouge. Je lui demande si je suis belle, si c’est plus joli avec les bretelles à leur place ou si je les fais tomber sur mes épaules.
C’est donc ça, je l’ai aguiché.
C’est ce que ce connard de flic est en train de me dire.
Je pleure et ça l’énerve encore plus. Il s’impatiente.
Des gamines comme moi qui affabulent dans un contexte de divorce problématique, manipulée par l’autre parent, qui prétend que papa lui a gratté les fesses un peu trop souvent, il en voit tous les quatre matins. Alors si on pouvait éviter les scènes de pleures et avancer dans l’audition ça l’arrangerait lui.
En même temps comment lui en vouloir. Ma mère assise à côté ne me porte pas spécialement secours…
C’est depuis cette époque que j’ai en horreur les flics.
Mon père est jugé quelques temps après. Je n’ai pas de souvenirs de dates. Tout ce que je retiens c’est sa peine : 4 mois de prison avec sursis, 18 mois de mise à l’épreuve et obligation de soin. Voilà ce que vaut de porter atteinte à mon intégrité physique et psychologique.

 
#9 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:29
Dimanche 24 septembre

C’est en promenant ma chienne Pavlov dans les bois, Bob Marley and the Wailers « Rédemption Song » dans les oreilles, que ça m’est apparue.
La rédemption.
C’est pour cela que je me bats chaque jour, certains jours plus durs que d’autres.
A un moment, on ressent le besoin de se racheter de ses erreurs.
Il y a une notion religieuse. Se laver de ses péchés auprès de Dieu.
Je n’y crois pas. J’ai foi en moi avant tout, pour la première fois de ma vie.
On veut se racheter auprès de soi-même. On se le doit, on le mérite. Il faut apprendre à s’aimer pour arrêter de se faire du mal. Parce qu’on y a droit peut être, enfin. Comment fait-on ? En s’offrant une vie saine, en apprenant à se respecter, à se dire qu’on mérite d’être heureux, s’inscrire dans la vie, la vraie, pas l’artificielle.
J’ai le sentiment d’entrer dans la deuxième partie de ma vie, d’être arrivée premier jour du reste de ma vie. Cliché je sais.
Avec Olivier nous passons un cap. Nous n’en sommes pas au même stade, chacun son rythme. Mais on se respecte, on se comprend, on s’inspire l’un l’autre. Je veux qu’on s’élève, qu’on avance vraiment, pour s’offrir la vie à laquelle on a le droit.
Fini le temps où je voulais fuir pour m’en sortir. Il est mon mari. Ce serait une trahison envers la promesse que j’ai fait de l’aimer quoiqu’il arrive, quelques soient les embûches. On ne fuit pas pour sauver sa propre personne alors que l’autre a besoin de soutien. Un jour viendra où il s’aimera suffisamment pour se respecter et sortir de tout ça. Et je serai là, pour lui, pour nous et notre avenir ensemble, pour continuer d’écrire notre histoire. Cette partie-là de notre vie sera belle car on se sera pardonné d’avoir cédé aux mauvaises choses pour se détruire.

 
#10 Posté par : Sophie15! 01 octobre 2023 à  16:29
Samedi 30 septembre 2023

La vie est douce et chaude.
Elle file, reprends son cours et s’écoule comme un fin ruisseau.
Elle deviendra rivière et fleuve. Je suis défoncée à la vie. La vie est une défonce. Je vois les couleurs d’automne s’installer avec sérénité. Période habituellement difficile pour moi.
J’ai passé un cap cette semaine.
Je suis sortie à un anniversaire.
Là-bas, des gens que je connaissais d’autres non.
Ambiance musicale et festive. Puis j’ai vu arriver cet ami, rencontré l’été dernier, dans des circonstances toxiques. Il va et vient à sa voiture garée plus loin. Je devine.
Dans la soirée, je le vois revenir une fois de trop, de son camion, accompagné de deux autres personnes. Une renifle et s’essuie le nez.
Flash-back. Craving. Je me vois quémander une trace. Mon cœur s’accélère, j’ai envie de fuir.
En 5 minutes je suis dans ma voiture.
Je suis partie comme une voleuse.
Sur la route du retour j’écoute du son très fort. J’essaie de me calmer, de redescendre. Au fond de moi résonne un sentiment puissant : la fierté.
Je n’ai pas cédé, j’ai résisté malgré l’envie sourde et aveuglante qui me dévoraient de l’intérieur.
Le problème c’est qu’aujourd’hui on rencontre toujours quelqu’un qui en a.
C’est présent.
Vous avez l’habitude de sortir un peu, en ville et même à la campagne, vous serez confronté à un ami, une connaissance, un pote, l’ami d’un ami, qui vous proposera : « je t’en mets une petite ? »

« En effet, selon l’OFDT (Observatoire français des drogues et des tendances addictives), les saisies sont passées de 4,1 tonnes en 2010 à 26,5 tonnes en 2021 dans notre pays. Soit multipliées par 6,5 ! Si l’on considère qu’elles ne représentent que 10% des quantités réellement entrées, on arriverait à environ 260 tonnes en France ! » (Asud-Journal numéro 65, décembre 2022)
« Des reportages ont aussi révélé la mainmise de certaines mafias, comme la Mocro Maffia marocaine, très en vogue, qui cherche à contrôler les ports de Rotterdam et d’Anvers, portes d’entrées de la coke en Europe. Il est vrai que l’on assiste dans ces deux pays à une certaine forme d’importation et d’extension des méthodes des narcos latino-américains, inconnues jusqu’alors en Europe, sauf en Italie. Corruption, menaces, violences (enlèvements, fusillades, assassinats…) dont les victimes ne sont pas uniquement des trafiquants concurrents comme cela avait pu exister auparavant, mais aussi des journalistes, hommes politiques, juges, policiers, avocats, etc. qui ont pu s’opposer ou dénoncer cette situation, sans oublier les victimes collatérales… » (Asud-Journal numéro 65, décembre 2022)

C’est là, chez nous. Partout. Il faut revoir ses fréquentations, ses soirées.
La réponse des gouvernements a toujours été la politique de répression concernant les drogues. Est-ce la solution ? Je n’ai pas la prétention d’avoir la réponse.
Depuis l’affaire Pierre Palmade en février 2023, la machine de la répression s’est remise en marche. C’est la chasse aux sorcières.
Tout ce qu’on peut constater, c’est que ça n’arrête en rien la circulation de toxiques.
C’est même de pire en pire.
C’est un peu comme avec les antibiotiques. On a frappé très fort depuis qu’ils existent. Éradiquer les bactéries les plus dangereuses à coup d’antibiotiques.
Le résultat : l’émergence de bactéries résistantes, encore plus fortes et difficiles à éradiquer.
Pour le trafic de drogues c’est pareil. Ceux qui restent sont les plus solides, les plus « énervés » et sont prêts à tout pour avoir une place dans ce marché florissant sur fond de crise.
Tant que les gouvernements ne s’attaqueront pas à la cause de l’addiction, on ne s’en sortira pas. Pourquoi les gens ont recours aux toxiques ? Un mal-être général s’empare de la population.

A l’échelle individuelle il y a un réel travail à faire. Pourquoi se drogue-t-on ?
Il faut lutter chaque jour. Transformer cette énergie à cramer la vie vers quelque chose de plus sain. Être addict a autre chose : l’écriture, la musique, le sport…
Et pourquoi pas à la vie tout simplement ? La chérir et en prendre soin. Se donner une chance.
Je suis addict, c’est ma personnalité maintenant. Ça ne me définit pas mais ça fait partie de moi. Mon histoire avec la drogue n’est pas finie et ne le sera jamais. J’ai simplement choisi de voir les choses sous un angle différent.

Choose life.

 
#11 Posté par : C.S. 03 octobre 2023 à  19:45
J'ai adoré.

Merci ! smak

La vie, c'est magnifique, et elle vaut d'être vécue.. Et en effet, à mon sens, tout commence à l'échelle individuelle..

Prends soin de toi et des tiens ! salut

 
#12 Posté par : Sophie15! 06 octobre 2023 à  18:51

C.S. a écrit

J'ai adoré.

Merci ! smak

La vie, c'est magnifique, et elle vaut d'être vécue.. Et en effet, à mon sens, tout commence à l'échelle individuelle..

Prends soin de toi et des tiens ! salut

Merci à toi...
Prends soin de toi aussi wink


 
#13 Posté par : C.S. 07 octobre 2023 à  15:56
:)

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