J’me réveille tôt, il fait encore sombre.
Un café, un stick.
Finalement, j’les enchaîne: trois et trois, c’est bien.
Le corps se dénoue, les raideurs s’estompent, l’esprit s’aiguise.
Pourquoi je fume toujours plusieurs petits au lieu d'un gros ? L’habitude sûrement.
Je regarde l’appart’. Y’a des travaux à faire: enduit, ponçage, encore et encore et pour un bon moment.
L’autre jour, j’ai vu une vidéo d’un gars qui disait avoir rénové sa baraque en trois ans.
« Que ça représentait juste 0,1 % du taf chaque jour ».
Alors chaque matin, je me pose la question : quels 0,1 % aujourd'hui ?
Ça dédramatise l'ampleur de la tâche et ça rend une fraction gérable.
Fin de matinée, j’suis mort. Les murs sont un peu plus droits, un plafond qui a failli avoir raison de moi, mais ça prend forme.
Un dernier re-fumage, une douche, un bout de pain et de fromage vite fait.
J’donne un cours de dessin cet aprem : coacher une élève pour qu’elle découvre la peinture au couteau.
Vu la fatigue, j’avale un petit
para d’amphets et je file.
On attaque les
bases.
Il y a toujours ce moment critique, au début d'une peinture, où ça ne ressemble à rien, où l'on se demande ce qu'on fout là et où l'envie de tout lâcher pointe.
C’est le passage obligé: c’est moche au début, ça prend forme ensuite, avec de la patience.
Du chaos naît la forme.
C’est la même histoire que les 0,1 % : on panique devant l’ampleur des choses alors qu’il faut « juste » corriger et affiner un nombre incalculable de fois.
Au bout d'un moment, ça roule, le résultat se structure, l’énergie revient, on arrête de chercher et on suit instinctivement les choses.
Et puis des fois on le sent bien et ça marche, des fois, on le sent bien et ça foire.
J’essaie de me dire que la vie c’est un peu comme une peinture.
L’aprem file, la peinture avance toute seule.
Je n’ai plus à soutenir l’énergie, juste un retour plus ponctuel, j’ai donc du temps.
Entre deux cafés et deux clopes, l'irrésistible envie de chopper un fusain.
Une photo de Clint Eastwood sous les yeux.
Je le pousse vers quelque chose d’un peu plus dark et cabossé, en y injectant un peu de mon état interieur du moment.
Un bon petit défi après des semaines sans toucher au portrait à cause des travaux.
Bilan de fin de journée : conseils pour la finition de la toile, félicitations bien méritées pour le boulot accompli, énième clope, le café de trop.
Voiture.
Pétard.
Canapé.
Flemme.