Bonjour Marnowi,

Déjà, merci pour ton message. Ça me touche vraiment de savoir que tu lis mes posts attentivement depuis mon arrivée sur le forum, et que certains passages te font écho.
Pour répondre à ta question, je ne note pas vraiment mes
cravings. Par contre, parfois j’écris. J’écris tout ce que je ressens à l’intérieur, tout ce qui se mélange dans ma tête, tout ce que je n’arrive pas forcément à dire à voix haute.
C’est vrai que j’ai choisi une vie sans drogue. Une vie où il faut réapprendre à exister autrement. Depuis, j’ai trouvé des choses qui m’aident : peindre, écrire, lire… C’est devenu une façon de sortir ce qui est coincé en moi.
Pour le rire, c’est assez particulier parce que mon compagnon veut souvent regarder des films comiques avec moi, mais moi je vais plus naturellement vers les thrillers, les films qui font peur, les choses qui provoquent une émotion forte. Même les vidéos drôles sur TikTok, Insta ou Facebook, souvent ça ne me fait pas rire.
Et pourtant, je suis quelqu’un qui a toujours fait rire les autres. Je suis quelqu’un qui peut mettre de la lumière autour de moi, même quand à l’intérieur c’est beaucoup plus compliqué.
On dit parfois qu’avec les drogues on n’est plus soi-même, que tout est artificiel. Moi je sais seulement que, pendant longtemps, ça me donnait cette sensation d’être traversée par quelque chose. Comme des papillons dans tout le corps. Comme si chaque cellule se réveillait. Je me sentais exister très fort.
Aujourd’hui, ma vie est beaucoup plus calme. Un long fleuve tranquille. Mais parfois ce calme me fait peur, parce que moi je suis faite d’extrêmes. Avec mon
TDAH et ma façon de ressentir les choses très fort, il y a des moments où le silence à l’intérieur devient presque assourdissant.
Le
craving, pour moi, ce n’est pas juste une envie de prendre quelque chose. C’est comme une voix qui revient, comme un souvenir de cette intensité. C’est mon cerveau qui me rappelle cette sensation de puissance, de liberté, de sentir chaque partie de mon corps vivante.
Il y a des moments où je ressens un vide tellement profond que mon cerveau cherche n’importe quoi pour remplir ce trou, pour sentir une preuve que je suis encore là. Parfois ça va jusqu’à des pensées très sombres, comme vouloir me faire du mal juste pour ressentir quelque chose de concret.
Mon compagnon dit souvent que quand j’ai une idée en tête, elle ne part pas tant que je n’ai pas réussi à l’évacuer. Et c’est exactement ça avec certaines pensées : elles tournent, elles reviennent, elles s’accrochent.
Il y a deux ans, j’ai craqué et j’ai repris de la
cocaïne. Et le plus difficile à avouer, c’est que sur le moment j’ai aimé cette sensation. Je me sentais forte, invincible, réveillée de partout. J’avais l’impression de vivre à 100 %, comme si mon corps entier était revenu à la vie.
Puis le lendemain, il y avait la culpabilité, la déception, la colère contre moi-même.
Mais le cerveau garde parfois une empreinte de ces moments-là. Et c’est ça qui est difficile : savoir qu’une chose nous détruit, tout en se souvenant qu’elle nous a donné une sensation qu’on n’arrive plus à retrouver autrement.
Alors j’avance. Un jour après l’autre. J’essaie d’apprendre à aimer une vie plus douce, même si parfois mon cerveau réclame encore la tempête.
Merci pour ta douceur. ♥️
Je t’envoie plein de douceur aussi.
Tali