Bonjour Benzotrip !
C'est un sacré sujet, pas facile de répondre à cette question.
Je n'ai connu qu'une seule addiction (hors
nicotine, c'est vrai) : L'
alcool. Mais j'ai consommé bien d'autres choses, notamment dans des prises quotidiennes, parfois à forte dose, et nottamment des produits tout aussi addictif que l'
alcool. Pourtant, il n'y a que cette substance à laquelle je reconnais une addiction.
Et pourtant, j'ai gobé des benzos par pelles, mais je n'aimais ça que pour m'aider avec le manque d'
alcool ou pour mélanger les effets à l'
alcool (si tu as déjà pris
lorazepam et
alcool, tu devrais comprendre ce que je veux dire). On m'a coupé court les benzos quand mes medecins ont pris conscience que je dérapais souvent très loin avec l'
alcool et que l'interaction pouvait être dangereuse.
Au vu de mon parcours avec la
nicotine et l'
alcool (dés que j'ai commencé, je suis tombé à fond dedans) je pense être une personne "à risque" avec l'addiction. Je me tient éloigné des
opiacés si ce n'est pour la plaisir de temps en temps. Mais c'est vrai que malgré toutes les substances que j'ai pris, je n'ai jamais ressentis pour un autre produit ce que je ressens pour l'
alcool.
Pour moi, je ne définis pas l'addiction par le manque, par une consommation régulière ou une perte de contrôle. Pour moi l'addiction, c'est lorsque la substance ne quitte jamais mes pensées. Qu'elle influence ma vie, mes décisions et mon comportement que je sois sobre ou non. Je suis addicte car j'ai l'impression qu'une zone de mon cerveau pense constamment à être ivre. Et je sais que je serais probablement toujours alcoolique car même en sachant pertinemment que je suis mieux avec une consommation modérés, tous les jours, je me dis que c'était beau la période de ma vie où seule l'
alcool comptait. Parfois, j'ai envie d'échanger tout ce que j'aime dans ma vie contre le retour à cette période où rien ne comptait, que je me foutais des autres et de moi parce que je buvais.
C'est un peu complexe à expliquer. Mais je définis l'addiction par l'envie de placer le produit comme le centre de sa vie. Que l'on suive cette envie ou non.
Je suis addicte à la
nicotine car elle me permet de structurer ma vie par exemple. Je passe un sale moment ? Pas grave, je vais fumer ! Je peux déterminer qui je suis et ce que je ressens par le biais d'un produit. Et l'
alcool, c'était plus fort que tout. Ça permet de vivre en pilotage automatique (en détruisant pas mal de chose en passant) et de s'assurer de rester en vie pour l'
alcool. Je vivais pour l'
alcool et prenais chaque décision par rapport à l'
alcool.
Je me suis souvent demandé pourquoi je n'étais pas devenue addicte à d'autre produit alors que j'ai consommé pleins de chose et que je semble si facilement aller dans l'excés. Mais je pense qu'à force de travail sur moi-même, j'ai trouvé la réponse.
J'ai commencé à boire très jeune et dans de très grosses quantité. A cette époque, je n'étais pas en mesure de me construire car je vivais dans la peur permanence et malheureusement (comme beaucoup d'enfants victimes d'abus fréquent) je ne pouvais pas penser à autre chose que mon "bourreau". Jusqu'à mes treize ans, ma vie se résumait à penser à la personne, savoir quoi faire pour que telle ou telle chose n'arrive pas, savoir quoi dire, prévoir ce qu'il allait faire quand je rentrerais de l'école, savoir comment je devais me comporter, etc. Même lorsque la personne n'était pas là, je ne pouvais me développer que par le biais de "comment être pour que les choses soient au mieux". Au final, j'ai passé mon enfance à me développer selon les actes de cette personne.
Un soir, pour m'aider à dormir, à l'âge de treize ans, je pique une bouteille dans la cave de mes parents. Et là, en plus de resentir un bien être nouveau, je pense à moi, je commence à me construire comme une personne à part entière.
Et pour moi, c'est pour ça que je suis (et serais probablement) toujours addicte à l'
alcool. Je me suis développé à travers l'
alcool, je n'étais moi que lorsque je buvais. Alors je buvais en permanence malgré tous les effets négatifs.
Aujourd'hui, ma vie est bien, ma compagne est extraordinaire, je l'aime, j'aime mes animaux, mes amis, mes engagements millitants. Bref, j'existe sans l'
alcool. Mais quand je bois, je me sens entière, comme si en restant sobre, je m'étais moi-même trahis.
Je dois apprendre à vivre sans cette relation avec l'
alcool. Mais je crois que l'envie de boire sera constamment dans ma cervelle pour me sentir pleinement moi-même.
Bref, voilà pour mon avis, je ne suis pas sûre si ça aide vraiment. Je sais que beaucoup d'alcoolique n'ont pas du tout cette vision de l'addiction, mais c'est la mienne.
Bisous, prends soin de toi !