Dans cet article, nous nous appuyons sur l’expérience de Psychoactif, association d’autosupport et plateforme internet de réduction des risques (RdR), pour proposer des pistes d’action cliniques et politiques pour développer un modèle de RdR qui dépasse le cadre sanitaire et renoue avec les racines civiques et émancipatrices de la RdR des années 1990. Nous élargissons la notion de risques au-delà du sanitaire (financiers, relationnels, culturels, judiciaires, policiers...) jusqu’à prendre en compte les risques liés à la prohibition et à la stigmatisation. Nous proposons des pistes pour lutter contre la stigmatisation comme le développement d’un langage non stigmatisant, y compris dans les structures d’addictologie. Nous questionnons la notion d’empowerment des personnes usagères de drogues (PUD), promue par la RdR. Celle-ci a abandonné ses dimensions sociales et politiques (notamment l’autosupport) pour des logiques néolibérales centrées sur la responsabilité individuelle. Nous replaçons les savoirs expérientiels des PUD au cœur de la RdR pour mieux l’adapter aux besoins des PUD. Mais pour cela, il faut lutter contre l’injustice épistémique touchant les PUD. À la notion de risques, nous accolons celle des bénéfices liés à l’usage de drogues. Prendre en compte les bénéfices permet de redonner du sens à la consommation dans une prohibition qui le détruit, et de co-construire des interventions en RdR basées sur le rapport bénéfice/risque de la consommation de drogues. Tous ses concepts doivent nous aider à transformer le modèle de la RdR sanitaire en un projet politique visant à modifier les relations entre les individus et la société face aux drogues et à remettre en question le discours dominant actuel basé sur l’abstinence et la culpabilisation des PUD.
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