[ Opinions ]
Un peu de poésie, j’espère vraiment que quelqu’une lira ça

#1 
Nautamin3 non binaire
Nouveau membre France
29 avril 2026 à 19:09
Je sais pas. Ça au moins c'est sûr, je sais pas. Je sais pas faire, je sais pas dire, je ne sais ni vivre ni tuer. Parfois je me sens comme une mouche, avec mes grands yeux écarquillés, je fonce sur le pain puis je le vomis, la bouche asséchée. Je me contente de peu ; peu peut parfois signifier l'eau de la rivière grise, ou un abus de stimulants mélangés à une surdose d'oxycodone longue prolongation écrasée pour être consommée en sniff.

Je virevolte, volubile; je t'en prie, entends ma voix dans les fumées volatiles, ou pense à moi quand je quitte mon corps dans ton lit. Guette un dernier regard dans la vitre ; lisse les pierres de mon cœur cristallisé dans des minéraux bien fragiles.
Ici, le chant couvre les avions ; le lexique est organique, cynique et désorganisé.
J'écoute, seul, debout dans le vent, le cœur de chaque étoile pourrir.

Putréfaction des corps en deux ; l'armée sauve parfois des personnes, et les caméras dans les rues filment parfois des amoureuses. Atrophiée. J'écoute la pulsation du sang couler dans mes artères presque bouchées. Ah ça, plus on vieillit, plus il devient nécessaire de bouger, C'est dingue, non ? Que ce qui ne nous tue pas nous rende plus forts, mais que le plaisir éphémère le plus fort ne puisse que nous tuer à la longue ? *

Moi, je trouve ça injuste, parce qu'il y a des gens qui n'aiment pas le sucre, et il y a des gens qui n'aiment pas les speedballs d'héro, alors pour eux, pour elles, c'est simple. Ça veut pas forcément dire qu'ils ou elles jugent ceux pour qui ça l'est moins, même si c'est presque toujours le cas; du moins ça doit les amener à penser que, même si c'est plus dur pour nous, ça reste un choix ; que le souvenir de l'état rêvé qui nous a construits est surpassable, à défaut d'être oubliable, comme eux ou elles font le choix de s'activer, s'organiser pour se mettre au travail (c'est presque toujours lié au travail...). °8-.0*:.°8=g0*:.

Mais moi, je pense, je trouve, je vis, je pleure, je saigne, et mon Dieu je crie — que crie-je, je hurle — que c'est injuste, inacceptable, maladivement injuste. Celles ou ceux qui ne se droguent pas ne sont pas fort.e.s ; ils et elles n'ont pas aimé ça.

L'addiction, c'est la rencontre au croisement d'un chemin fleuri et sinueux, parfois sombre ou parfois lumineux, d'un contexte, d'un produit et d'un corps.

Je me rappellerai toute ma vie de ma lune de miel avec le tramadol, 16 ans, 400 mg, seul devant mon ordi, assis devant mon bureau, ma tête qui pique du nez et les rêveries opiacées. C'était comme si tout s'était arrêté. Ceux et celles qui savent, savent, tandis que ceux et celles qui ne savent pas ne le sauront jamais.

C'est quoi la différence entre ça et un traumatisme ? Les deux modifient ton cerveau à jamais et, comme une étoile filante, tracent ta direction dans un ciel noir où chaque étoile devient peu à peu un hélicoptère. Pour le meilleur et pour le pire.
Pour ce que tu es, pour ce que tu définis. * • 'o •°*

La différence malheureuse, c'est que le traumatisme s'impose. Il brise par le viol.
L'addiction, elle, te transforme par le vol. Le vol de tes espaces : l'espace d'aimer, l'espace du choix, l'espace d'écoute de l'altérité, l'espace d'honnêteté... Elle a fini par ronger chacun des espaces où je me sentais bien, pour occuper chaque lieu-dit du village en fête qui composait la symphonie fragile des cellules de mon corps et de ma tête.

Plus le droit au teuf, plus le droit de vous parler, plus le droit d'avoir une parole considérée. Moi, je trouve ça punk d'être sobre pour un drogué. Et c'est parce que j'en suis un que ce jugement a du sens.

Moi, je trouve ça punk d'être sobre pour un drogué, parce qu'il faut se salir les mains à plusieurs pour vidanger les hélicos de son ciel et les remplacer, un par un, par des météores un peu beaux. Et parce qu'on n'y arrive pas seul, parce que c'est le côté passager qui bouffera toujours le plus fort.

Merci à ceux, merci à celles qui s'accrochent encore et toujours, violemment placés malgré eux sur la putain de place du mort.
Merci de faire ce que vous pouvez, merci pour la tendresse. <3

Dernière modification par Nautamin3 (30 avril 2026 à 10:23)

Hors ligne

 

#2 
avatar
cependant
Modo bougeotte
Hier à 19:31
Salut,
Merci d'avoir partagé ce texte avec nous...mais tu sais que pour des écrits comme ça tu peux plutôt créer un billet de blog ?

Cela aura plus de visibilité et c'est plus adapté que parmi les questions "pratiques" de la partie forum...

Je te laisse créer ton blog, et à très vite !

fugu kuwanu hito niwa iwaji

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