Assommé,
Je ne me suis jamais senti aussi creux. Des nervures? Je flanche et flanche ; l'unique constat de ma putréfaction bien entamée. Il en aura fallu des cauchemars.
Je ne fais plus rien d'autre. Je ne connais que ma destitution choisie.
Les bien-pensants, la cataracte, la rouille. Bref, je m'abroge et me termine ma gueule de miroir.
D'anémie en anémie, le solstice suivant, puis le solstice suivant, puis le suivant, ainsi de suite.
Mais je m'égare.
Je suis printemps bien avancé déjà, je n'avance mes branches qu'à contre-coeur.
Je me suis vu de toutes les prisons, le geais posé sur le treillis, je siffle. Je me siffle. Je radote en taulard et me réconforte en poète de convenance, le poil dans la main, je n'ai que lui.
J'ai drogué mon poisson rouge. Les algues m'emmerdaient quelque peu. Je nageais sans rien demander. Je n'avais qu'à presser la détente, gouvernail automatique, surface, même rengaine.
Jamais trouvé d'amphore.
Je m'étais déjà bu, infusé, piqué.
J'avais cru au gardiennage à domicile. Ma gueule d'empaffé. Ma laisse. Mon calice. Mon écho.
L'amour n'était qu'un spasme doucereux, j'avais beau triturer ma mémoire pour déloger mon
caillou, rien d'autre pour le spéléologue que j'étais. Je devais me souvenir de l'an 69 et de mon viatique écroué.
Je n'ai peut être jamais valu le détour.