Thalie, ton message me touche énormément. Tu es la bienvenue ici, et tu as frappé à la bonne porte.
Je voulais te dire simplement que ton témoignage est poignant, on sent vraiment les années à "double face" que tu as vécues, avec d'un côté, des moments inoubliables, un bonheur immédiat (on connaît tous...), mais aussi se gros soucis, qui ont du laisser des marques indélébiles (la prison, devoir avoir à faire avec la justice...)
Et maintenant, une vie remise sur les rails, une reconstruction admirable ( j'espère que tu en es fière!) Et ce
craving qui vient te tarauder, te parasiter...
Tu sais, je peux tellement comprendre ce manque, lorsqu'on a vécu des soirées magiques avec certains produits, avec certaines personnes... J'imagine la... Nostalgie si je puis dire, que cela surajoute au
craving, déjà si pénible à supporter.
Je te dis cela car pour ma part, j'ai été addict 16 ans au
Tramadol, et à des doses très, très élevées à la fin.
Je touchais aussi aux Benzos (surtout le Rivotril en gouttes...) que je pouvais me procurer sans aucun contrôle et sans aucune limite...
Je ne vais pas te raconter toute mon histoire, ce serait bien trop long, mais il est arrivé un moment où je n'ai plus pu me ravitailler à l'œil comme auparavant.
C'est un psychiatre qui me le prescrivait, à hautes doses, mais ma tolérance était très haute, et continuait d'augmenter, ce qu'il me prescrivait ne me suffisait pas, j'arrivais toujours en panique, totalement à sec au bout de 3 semaines à la pharmacie...
C'est devenu invivable, et les événements, le hasard, se sont ajoutés à ce trop-plein, et au bout du compte, j'ai atterri en
CSAPA, là où j'aurais du atterrir bien avant, bref.
Depuis, je suis sous 140mg de
Méthadone/jour + mes traitements
psychotropes que je prends au long cours:
-Venlafaxine 75mg x 4/jour, Anafranil 75mg que je suis en train d'arrêter pour les antidépresseurs.
-Tranxène 40mg/jour +
Prégabaline 450mg pour tout ce qui touche à l'anxiété, qui est le symptôme le plus difficile à éradiquer chez moi.
-Ritaline 60mg/jour pour mon
TDAH sévère, diagnostiqué adulte, mais qui a évolué et s'est manifesté dès l'enfance puis adolescence, sans que rien ne soit entrepris pour me traiter, ou au moins que je sois examinée. Il m’a rendu la vie très compliquée, et m’a fait rater de belles opportunités avant qu’enfin, on me diagnostique à 30 ans.
La psychiatre spécialisée chez qui j'ai du aller pour obtenir la première prescription (à l'époque, un psychiatre classique ne pouvait pas délivrer une ordonnance de
Ritaline, il fallait passer par un psychiatre spécialisé, puis avoir une ordonnance hospitalière. Ensuite, le psychiatre habituel pouvait prendre le relais), donc cette psychiatre n'en revenait pas que je n'aie pas été diagnostiquée plus tôt tant les symptômes étaient bruyants...
Avec l'ensemble de mon traitement, j'ai atteint une sérénité que je ne pensais jamais obtenir. Je n'ai pas de mots pour expliquer à quel point, presque chaque jour, je me dis que ma vie a changé au point de devenir celle que je rêvais d'avoir, sur un plan psychique.
Je peux enfin me projeter, commencer à mettre en place des stratégies pour réaliser des projets qui me tiennent à coeur.
Assez parlé de moi!
Enfin si, tu sais, je prends toujours 130mg au lieu de 140, mais plutôt par terreur absolue de me retrouver en rade, pour une raison ou une autre, malgré le fait que je sois ultra rigoureuse en ce qui concerne mes rdv médicaux et la gestion de mon trait3ment, je me suis donc fait quelques jours "d'avance" au cas où.
Si j'ai bien compris, tu économises 20mg/jour de Métha, si on compte sur 30 jours, ça nous fait du... 600mg..?
Tu peux prendre 600mg en une seule fois sans être dans les choux?

Alors attention, je ne
tr pose pas cette question par jugement, bien loin de moi cette intention! C'est juste pour connaître ta tolérance.
Pour ma part, si je monte au-delà de 180mg, on me met au lit direct!

Tu dis que cela est très problématique... Sois moins intransigeante avec toi-même ma belle! Regardes en arrière, le chemin parcouru!
Rappelles toi d'où tu es partie! Et là où tu es rendue aujourd'hui!

Honnêtement, je vais peut-être paraître laxiste, ou inconsciente, mais dans l'hypothèse, je dis bien dans l'hypothèse où tu tolère sans soucis 600mg, si c'est bien ce que tu prends en une seule prise, et si tu as bien du
Naloxone tout près de toi, moi, je ne vois pas le problème.
En fait, j'imagine tes épisodes de
craving, auxquelles se surabondent une nostalgie des moments merveilleux, magiques que tu as pu connaître sous différentes substances, qui te renvoie à un passé, à des moments révolus, et peut-être, des personnes qui ont beaucoup compté, et que tu ne revois plus actuellement, pour X raisons, et je trouve que ça rend la chose encore plus compliquée, difficile, le genre de truc qui te prend aux tripes.
Pour moi, je trouve, même si je sais qu'il ne faut pas comparer, bien plus facile, du fait que je n'ai pas été consommatrice de produits qui, je le sais, m'auraient rendue dépendante en moins de deux (la
cocaïne, et pas que), que je n'ai aucun souvenir lié à des prises récréatives, j'utilisais tout bonnement le
Tramadol comme traitement quotidien pour contrer mes angoisses, mon sentiment de vide un peu trop récurrent à l'époque, pour être plus sociable, drôle, performante, pour être, en somme, la meilleure version de moi-même.
Je n'y pensais même plus, je prenais mon
Tramadol le matin (j'ai toujours pris la forme LP, à laquelle je rajoutais des comprimés libération immédiate à plusieurs moments stratégiquesde la journée), j'en avais besoin pour démarrer, pour pouvoir fonctionner...
On ne rattache pas à la prise de son antidépresseur chaque matin quelconque souvenir précis. Le produit "se fond", si je puis dire, dans le quotidien.
Il fait partie du décor, des meubles.
En fait, je vais même te dire que les seuls souvenirs que m'inspire le
Tramadol sont mauvais.
Je repense immanquablement aux dernières années, qui ont être réellement compliquées pour moi, intérieurement, je passais mon temps à lutter pour ne pas en reprendre, je ne vais pas rentrer dans le détail, je me doute bien que tu connais la chansonnette, hein.
J'ai donc abandonné le
Tramadol derrière moi sans le moindre regret pour passer à la
Méthadone, qui, soit dit en passant, m’a tout de suite apporté, et m'apporte encore aujourd'hui un bien-être bien supérieur et bien plus "sain" que le
Tramadol.
Je n'ai jamais eu l'ombre d'un moment de
craving.
Donc encore une fois, je sais bien qu'il ne faut pas comparer, et que chaque parcours est si personnel qu'ils sont incomparables, j'entends bien, mais j'estime que ton parcours, à partir de ta mise sous
TSO, a été bien plus difficile que le mien, et je suis, encore une fois également (je radote, j'en ai conscience:lol:) très admirative.
Et je suis soulagée de savoir que ton homme t'entoure de sa bienveillance, et de son amour, cumulés à son savoir, étant psychanalyste, ce qui est un atout immense!

Comment es-tu suivie à l'heure actuelle? As-tu un médecin, psychiatre, addictologue en qui tu as confiance et avec qui tu peux débriefer régulièrement, vider ton sac si besoin?
N'hésites pas, ici, en tous les cas, je n'ai trouvé sur PA qu'aide, infos solides, et bienveillance.

Et n'hésites pas non plus en MP.
Passes un super week-end, en espérant lire vite de tes nouvelles.

Myna
Dernière modification par Mynight (Hier à 18:22)