j'ai repensé à mon groupe de potes aujourd'hui. Et j'ai connu une bande de gens exceptionnels oui même à fond dans la drogue et avec des conduites addictives vues comme problématiques, j'ai connu un esprit de communauté, une solidarité, un partage, des valeurs humaines, des codes moraux...que je ne retrouve pas dans la société générale.
Donc l'image du tox "tout pour ma gueule, le Manque me fait perdre toutes limites, je suis prêt à voler ma mère pour ma prochaine dose" c'est pas représentatif du tout.
Les gens avec des consos maîtrisées et pas problématiques, qui sont des citoyens respectables, ok on a compris la posture, c'est des gens bien.
Mais je veux vous parler de ceux qui font pas joli sur l'affiche, qui font pas partie de la majorité qu'il mérite sa place au sein de la société.
Ben c'est des gens bien aussi. Vraiment bien. Dans mon cercle large j'ai connu des crapules, des gratteurs, des histoires extrêmement glauques qui ont fini dans les faits divers, donc je ne nie pas les travers qu'il peut y avoir. Je ne suis pas dans l'angélisme et la posture "on cache ce qui dépasse, c'est pour convaincre l'audience".
Mais c'est une réalité, j'ai eu un cercle de toxicos de l'extrême mais avec une ambiance et des codes sociaux extrêmement noble. Plus de solidarité, d'humanité, de générosité, de valorisation du collectif que la moyenne. Avec mon vécu chaotique et les environnements a potentiel hostile que j'ai connu, j'aurais de quoi étre dégoûtée de ce milieu. Et associer toutes mes misères à la drogue, voir cette période comme un souvenir pesant et honteux.
Mais franchement, j'ai quitté mes amis et mon réseau social Pour être abstinente. Ben ma vie était bien plus belle avant. J'en ai chié mais toujours épaulée, avec des gens qui m'ont hébergé, nourrie alors qu'il avaient pas grand chose, qd la protection de l'enfance m'a lâchée et laissée à la rue mineure sans suivi. Cette bande de tox, marginaux, privés de toute considération de la société... C'est eux qui ont fait le taff que l'Etat avait sous sa responsabilité.
Ils m'ont pris sous leur aile, ils étaient pas ok pour consommer avec une mineure, mais avec ou sans eux je me défonçais et je trouvais moyen d'aller en teuf. Donc ils ont revu leurs principes arrêtés pour une vision plus pragmatique et un instinct de protection. Nous on sait comment on vit dans notre micro société. Donc à choisir, si faut qu'elle se frotte à tout ça, on est peut être la moins mauvaise option.
Alors ça va à l'encontre des codes moraux qu'on a au sein de la commu d'UD, mais au final ils ont été Courageux. Parceque c'était pas une fierté de se trimballer une gamine et de jouer le rôle du cadre qd t'es un jeune foufou qui prône l'autonomie et la liberté (on était tous fervents défenseurs de l'esprit free originel et accroché à ces valeurs).
Donc oui on s'est défoncé bcp pendant quelques mois alors que j'étais pas majeure. Mais mes tentatives d'insertion dans la société m'ont confronté à des comportements malveillants, individualistes, méprisants...
Qui est le plus valeureux et respectable ?
Ben moi j'ai vu.
Bon ça c'était la période délicate où j'étais mineure et où dans une situation d'urgence sociale, de sauvetage humanitaire, ils ont fait des choix questionnables. Mais c'est les seuls qui se sont inquiètés de me voir seule à la rue. Bref pour moi Y'A pas photo, les concessions sur leur réflexes moraux Sont largement compensés par le sauvetage de ma vie à cette période. Sinon c'était le naufrage total.
Avançons maintenant à l'age adulte ces quelques mois c'est que dalle à l'échelle de notre relation : 20ans.
Ben c'était un cocon bienveillant, de partage, de kiffer mais ensemble, de valeurs humaines très centrales.
On vivait en communauté, vraiment. Un pote a perdu sa mère - celib- et se retrouve à 21ans chef de famille et Tuteur de 3 mineurs. Coup de massue et poids immense pour un mec qui évite les responsabilités, de se mettre un fil à la patte. Ma meilleure pote qui m'avait hébergé chez sa mère a l'époque et fait retrouver un semblant de stabilité et d'attention maternelle (elle reprisait mes chaussettes qd elle lavait mon linge. C'est un détail tt con mais un truc aussi fastidieux et désuet pour des trous aux chaussettes avec lesquels je vivais très bien, ça m'a touché. Même ce détail elle s'en occupe. Jamais ma mère a regardé dans quel état étaient mes fringues, c'était pas son domaine d'action, mon linge je le lavais moi même depuis perpet, c'était vraiment innatendu. ,,).
Cette meuf avait une fibre sociale elle est devenue éduc plus tard. Ben qd notre pote s'est retrouvé parent de 3 frangins, elle était en couple avec. Elle a recréé une cellule familiale, assuré un rythme avec des repas, la gestion domestique, l'entretien de la maison. Alors qu'on l'appelait Sophie La Perche, elle se mettait des grosses mine et avait une tolérance de bûcheron.
Ils ont continué les conso, on tapait.des soirées là bas... Mais ils assuraient les contraintes à côté. Tout le groupe a entouré les enfants : on s'intéressait à eux, des liens se créaient, moi j'étais là chouchoute du plus jeune. On tapait des repas avec eux, on s'habituait a des rituels plus sages et familiaux.
On les a vu grandir, passer leurs examens, qd la plus grande s'est mariée - en
Doc Martens, la classe - on a tous été invité, on avait validé le gendre depuis des années, c'était son amour de jeunesse. Bref on a vu leur vies se construire et on était tous impliqués.
Sinon côté toxico radin qui pense qu'à sa gueule. J'ai toujours tapé que j'ai des thunes ou pas. Il y en avait tjrs un qui arrosait les potes (plaquettes de trips sous la main, arrivage de
keta, gramme de
MD qui passait...). On chopait a plusieurs de la
coke et celui qui était à sec il restait pas faire la figuration. On kiffait se payer des cailloux monstrueux, fallait limite que le pote puisse plus le finir. Qd on payait c'était pas le minimum pour la forme : on cherchait À TE METTRE BIEN.
Et même qd on est tombés dans la
came, l'esprit restait le même.
On partageait les repas, les logements, notre temps, notre réseau, notre culture...
C'était pas une bête histoire de drogue, c'était un mode de vie.