Bonjour à tous,
Voilà, je viens de rentrer de chez le médecin. J’ai été chercher ma
méthadone pour le mois. Pour ma part, je suis suivie au
CSAPA de Coulommiers depuis bientôt trois ans, presque depuis mon arrivée en France.
Demain, l’infirmière viendra pour reprendre la gestion de mon traitement, comme cela est prévu. Cette organisation a été mise en place parce que, malgré tout le chemin que j’ai parcouru, il y a encore des moments où mon addiction essaie de reprendre le dessus.
Je voulais revenir sur ce que j’avais expliqué dans un précédent message, parce que je pense que certaines personnes ici peuvent comprendre ce mécanisme.
Pendant longtemps, lorsque je recevais ma
méthadone, je mettais une partie de côté. Au lieu de prendre mes 100 mg, je prenais 80 mg et je gardais les quatre boîtes de 20 mg restantes. Au fil du temps, je me constituais une réserve que je pouvais ensuite prendre en une seule fois.
Aujourd’hui, je sais que ce comportement est dangereux. Pendant longtemps, je pensais que ma grande tolérance aux produits me protégeait. Après plus de trente ans de consommation, j’avais l’impression que mon corps connaissait les limites..
Ce que je cherchais en faisant cela, ce n’était pas seulement un effet. Je cherchais à retrouver une sensation que j’avais connue il y a vingt ans, lorsque j’ai pris de la
méthadone pour la première fois.
À cette époque, j’ai ressenti un soulagement immense. J’avais l’impression que tout s’arrêtait enfin : les angoisses, la souffrance, les pensées qui tournaient sans cesse dans ma tête. Pour la première fois depuis longtemps, j’avais l’impression de respirer.
Mais aujourd’hui, même en faisant cela, je n’arrive plus à retrouver cette sensation. Je cours après quelque chose qui appartient au passé.
Je crois que c’est une des choses les plus difficiles dans l’addiction : on peut passer des années à rechercher le premier effet, le premier moment où l’on a cru avoir trouvé une solution à toute sa douleur. Mais ce moment ne revient jamais vraiment.
Je voulais aussi parler du Bromazépam. J’en prends également, et il m’arrive d’avoir une boîte de 30 comprimés. Pourtant, aujourd’hui, cela ne me fait presque plus rien. Je ressens parfois un léger apaisement, mais rien de comparable à ce que je pouvais ressentir autrefois.
Je me souviens qu’en Belgique, il existait des boîtes de Bromazépam dosées à 12 mg avec 60 comprimés. À cette période de ma vie, comme beaucoup de personnes qui consomment, je cherchais surtout à calmer quelque chose en moi : les angoisses, les blessures, les émotions trop difficiles à supporter.
Avec les années, la tolérance s’installe. On cherche toujours à retrouver une sensation qui nous a marqués, mais on finit par comprendre que le produit ne peut pas réparer ce qui fait mal au fond de nous.
J’ai vécu plus de trente ans dans l’addiction. J’ai connu les mélanges dangereux, les périodes où je prenais des produits pour réussir à tenir debout et simplement survivre. J’ai aussi fait plusieurs overdoses.
Quand je me réveillais à l’hôpital après une overdose, ma première pensée n’était malheureusement pas ma santé. Je pensais déjà à retrouver mes médicaments et à recommencer. C’est dire à quel point l’addiction avait pris toute la place dans ma vie.
Aujourd’hui, quand je regarde en arrière, je me dis que j’ai eu énormément de chance d’être encore là. Beaucoup de personnes que j’ai connues dans ce milieu ne sont plus là pour raconter leur histoire.
Je sais aussi que derrière mes consommations, il y avait beaucoup de souffrances. Je ne cherchais pas seulement un produit, je cherchais un moyen de supporter ce que je ressentais.
Aujourd’hui, ma vie a changé. Je ne dis pas que tout est facile, car il existe encore des moments de fragilité. Mais j’ai avancé.
J’ai la chance d’avoir à mes côtés un homme qui m’aime, qui me soutient et qui veille sur moi. Grâce à lui, à mon suivi au
CSAPA et au travail que je fais sur moi-même, j’ai appris à mieux gérer mes émotions. Je peins, je danse, et j’essaie chaque jour de construire une vie différente.
Je reste lucide : je sais que certaines fragilités existent encore. Mais aujourd’hui, je tiens bon, parce que j’ai retrouvé des raisons de vivre et parce que je sais que je ne suis plus seule.
Si je partage mon histoire ici, c’est parce que je sais que beaucoup de personnes comprennent ce combat. Même entourée, il y a des moments où l’on se sent seul face à cette partie de sa vie, surtout quand les personnes qui nous aiment n’ont jamais connu le monde de la drogue.
Merci à tous ceux qui prennent le temps de lire, de répondre et de partager leur expérience. Vos messages me font beaucoup de bien, car ils viennent de personnes qui savent réellement ce que représente une addiction.
PS: J’aimerais avoir votre avis sur quelque chose.
Après des années de consommation, j’ai développé une très forte tolérance aux médicaments. J’ai souvent l’impression que beaucoup de produits n’ont presque plus d’effet sur moi, et je me demande comment savoir quand cette tolérance devient dangereuse.
Est-ce que certains d’entre vous ont connu cette sensation de chercher à retrouver un effet qui ne revient plus ? Comment avez-vous réussi à sortir de cette recherche permanente ?
Dois-je continuer à espérer avoir un effet quelconque ? Ou dois-je peut-être changer de molécules ? Trouver la drogue qui me convient aujourd’hui.?
Merci pour vos réponses
Je vous embrasse
Tali