Pourquoi j'ai envie de dire à la planète entière d'aller se faire foutre ?

Catégorie : Tranche de vie
Hier à 20:57

je suis en colère

en ce moment, je réalise un peu que j'ai beaucoup de colère en moi -- pas vraiment un énervement violent qui se manifeste après une légère mauvaise nouvelle, mais plutôt une rancœur amère, qui me coupe un peu le souffle de temps en temps.
Je crois que j'ai besoin de sortir cette colère en écrivant certaines choses qui me font du mal dans ma vie de tous les jours afin d'en faire quelque chose.
Dans la série Fleabag, une de mes séries préférées, un dialogue se tient à un moment :
“-I don't know what to do with it -
-With what?
-With all the love I have for her. I don't know...where to put it now."

Cette citation m'a marquée, je trouve qu'elle peut bien résumer le sentiment que l'on peut ressentir lorsque l'on perd un membre de sa famille ou ce que l'on pensait être une âme sœur -- c'est brutal, ça s'arrête d'un coup, mais l'amour que l'on peut ressentir pour la dite personne ne s'arrête pas d'un coup, lui. Et là c'est un peu la même chose que je vis en ce moment, mais avec ma colère. Je vois des situations qui me mettent en colère, qui devraient partir aussitôt l'action finie, mais je n'y arrive pas. J'ai l'impression que ces moments de désarroi et de hargne me suivent, se greffent à ma peau, créant une sorte de couche de seum permanente dont j'ai du mal à me défaire.

Je ne suis pas aux commandes de ma vie, j'ai l'impression de toujours subir les situations. Je suis invité à voir des amis, mais en fait j'ai pas envie d'y aller, je me force. Je mets mon masque de petit Agartha tout social, je me fais des amis, j'ai des discussions intéressantes, mais je m'amuse pas.
Je suis invité par mes sœurs à passer un week-end avec elles, mais j'en n'ai pas envie en fait. J'y vais, je souris, fais des blagues, mais finalement le cœur n'y est pas vraiment. Je reviens, content d'avoir des liens toujours aussi forts avec ces dernières, mais finalement, est-ce que j'ai vraiment décidé de venir ? Est-ce que j'ai vraiment été heureux de venir ? Pourquoi diable serais-je plus heureux de rester chez moi alors que je passe du temps avec ma famille ??? Je ne me comprends pas trop.
Dans les relations, c'est pareil, j'ai en fait l'impression de jamais être aux commandes. Alors, je prends des décisions, je ne subis aucune de mes relations en mode je suis un otage. Mais cependant, je n'arrive jamais à imposer mes limites. Je n'arrive jamais à reprocher aux gens les choses qui me font du mal et que je ne veux plus voir se reproduire. Je n'arrive pas à exister moi-même et faire entendre aux autres la personne que je suis. Mais pourquoi ?

Il me manque quelque chose dans la vie ces dernières années, mais quoi ? Des relations sociales ? Non, j'ai pleins d'amis, de la famille, un entourage serré qui m'aime, enfin, je crois. Mais m'aiment-ils comme je souhaiterais être aimé ? Ca je n'en sais rien. Je ne sais pas comment je souhaiterais être aimé par ceux que j'affectionne. Je n'arrive pas à savoir quelle est cette chose qu'il me manque dans ma vie. C'est pas les potes, c'est pas la famille, ce ne sont pas des relations amoureuses, ce ne sont pas des hobbies, ce n'est pas le sport, ce n'est pas l'apprentissages de langues. Mais alors quoi, bordel de merde ? Ce n'est pas la reconnaissance de mes pairs car j'ai eu la chance de faire de superbes rencontres qui sont très loquaces dès qu'il s'agit de me porter vers le haut et d'être très constructives avec moi.

Ces derniers temps, je me sens comme dépossédé. Mes darons ont divorcé récemment, et sont en train de se faire une guerre psychologique imbuvable. Ca m'a énormément atteint. Puis, récemment, j'ai fait le deuil de mes parents. J'ai fait le deuil de n'avoir eu aucun père, de n'avoir eu aucun souvenirs avec lui ni même ne serait-ce qu'un seul moment heureux partagé avec.

J'ai jamais fait de foot avec mon père, ni les devoirs, ni rien. Je me disais que ça viendrait peut-être plus tard. Mais approchant de la trentaine j'ai compris que ça n'arriverait pas et qu'en fait mon père n'a jamais voulu de cette relation dont je fantasmais.
J'ai fait le deuil de l'image de gentille maman qui me couve d'amour et qui ne saurait faire de mal à une mouche. Et finalement, leur bourbier ne m'atteint plus vraiment depuis quelques semaines. Mais ça m'a fait mal, ça m'a atteint. Mais ça m'a permis de faire ce deuil nécessaire et depuis je vais mieux de ce côté.

Dépossédé donc, mais de quoi ? Je ne sais pas et parfois j'ai la sensation bizarre d'être dépossédé d'un truc que je n'ai jamais vraiment eu ; une vie que je dirige à 100% où je ne fait que ce qui me plaît à moi. Où j'arrive à me faire entendre.

Cette impression d'être tout nu est trop étrange et assez récente. Et ces derniers mois elle s'est transformée en colère grandissante, que j'essaye d'expier. Mais je n'y arrive pas. Alors j'essaye de tout. J'essaye de travailler à imposer mes limites aux gens, mais en essayant d'être clair et sans méchanceté, mais en restant ferme.
Mais je n'y arrive pas.
A chaque fois que quelqu'un me marche dessus, j'arrive à verbaliser ce qui ne m'a pas plu, et les limites que je veux poser. Et finalement je n'arrive jamais à envoyer le message ou le dire de face à face... Juste... je shutdown.

Je m'éteins, et puis tant pis. Ca va dans le fond de la tête, et visiblement ça ressort ensuite tout d'un coup.

J'essaye de sortir cela au travers du sport, mais cela ne marche pas suffisamment, ce n'est qu'un pansement temporaire. Et puis aller à la salle pour corriger un énervement ça ne me plaît pas. C'était avant tout un hobby super fun qui a des répercussions directes sur mon amour-propre et mon image perso. Mais ça ne suffit pas.

J'ai l'impression que je dois m'excuser d'exister quelques fois. J'ai l'impression que je dois m'excuser de savoir des choses.

Finalement, ces derniers temps, je suis juste en colère, full stop. Je ne sais pas trop pourquoi.

Mais l'idée de dire à tout le monde d'aller se faire mettre, de bloquer tout le monde et de juste rester chez moi me traverse l'esprit, de plus en plus. Comme un fantasme nauséabond et un peu cliché du "mec qui veut s'auto-détruire" véhiculé par des films cul-cul.

Je sais, ça fait vraiment cliché, mais j'en ai aucune putain d'idée pourquoi mais c'est ce que je ressens en ce moment. J'ai l'impression d'avoir envie de dire à chaque humain sur cette planète en face à face "t'es un con, je te déteste, fuck you". Mais pourquoi ?

Et pourquoi, à mesure que les jours passent, ce qui était pourtant qu'une fantaisie à la con de jeune homme de 27 ans se transforme de plus en plus en fantasme réel que j'ai envie de mettre à exécution ? Je croyais qu'être un vieux con c'était justement réservé aux vieux ?

Qu'est-ce que je dois faire pour aller mieux ? Dois-je continuer à me battre contre mon instinct qui me dit d'éroder toutes les relations que j'ai (amis, famille etc...) parce que c'est ce que j'ai l'impression d'avoir besoin ? Dois-je simplement céder, et dire ce que je pense à toutes les personnes que je croise, sans jamais y mettre les formes ? Y-a-t-il un entre deux satisfaisant ?
Trop de questions et zéro réponses.

Alors, entre temps, je subis.

Je subis le fait de ne jamais vraiment décider de rien dans ma vie. Je subis ce sentiment à vomir qui me bouffe et me donne envie de me taper la tête contre un mur. Je subis cette pression que je m'auto inflige d'être un good guy. Mais en fait je crois que j'en n'ai plus envie. Et j'ai l'impression que la sorte la plus proche, la plus confortable, c'est celle de me saboter. Je sais que c'est con, mais il y a une partie de moi qui rationalise tous les jours ça.

Je suis perdu. Je suis en colère.
Je ne manque pourtant pas d'exemples dans ma vie de gens qui malgré des difficultés quelles qu'elles soient donnent leur chances aux autres, qui savent êtres doux mais fermes. Mais moi, je n'y arrive pas, ça me coûte trop cher.

Ces derniers temps aussi, un sentiment lointain m'est revenu ; la haine de mon corps et de ce à quoi je ressemble. Je ne m'aime plus, et je n'aime plus ce à quoi je ressemble. Je n'aime plus mon corps. Quelques fois même, je crois que je préfèrerais même ne plus ressembler à rien du tout.

Je crois finalement que cette lointaine impression que je connais si bien, la haine de mon corps, boucle la boucle de mon sentiment de dépossession. D'abord j'ai la sensation d'être dépossédé psychologiquement, intellectuellement. Ensuite je n'ai même plus l'impression de reconnaître mon corps ou ma tête. C'est étrange.
Je crois que j'ai envie de m'isoler, de tout, de tout le monde.

Et le pire, c'est qu'à chacune de ces émotions vient s'ajouter la culpabilité. Je culpabilise de me sentir mal, parce que tout devrait aller bien. Je culpabilise de ressentir de la fatigue, parce que y'a pire ailleurs. Je culpabilise même d'aimer certaines personnes parce que j'ai l'impression de leur mentir, de pas être sincère. Je culpabilise de culpabiliser. Pourtant, dans certains pans de ma vie, j'arrive tout de même à faire à faire la part des choses, mais dans d'autres pas du tout. J'ai parfois honte de ce que je pense, et en guise de rebellion contre cette honte, je vais poster ce billet de blog. Pour mon moi du futur.

Commentaires
#1
GuiDuBled
Nouveau Psycho France
Hier à 21:27
Hello,

Ça c'est vider sont sac. Te sent tu mieux maintenant. A tu trouver les mots juste qui te permettent de comprendre au lieu de subir ?

Il met arrivé un passage du même ordre il y a quelques années. Maintenant avec le recul. J'ai appelé cette période : l'apprentissage de la colère. Je ne me l'était jamais autorisées. Moi qui éponges tout. Lorsque cette colère est arrivée, elle n'avait pas de racines, de début, de fin. Tout me mettais en colère. J'ai du apprendre à identifier la colère saine de la perte d'énergie inutile.
Comme toi le brouillard m'entourais. Et puisque je ne mettais jamais autorisées la colère. Alors celle ci c'est abattu sur tout.

J'ai lu un truc du genre dans tes mots. La colère peu être saine. L'excès peu avoir l'effet inverse.

Merci pour le partage. A toi de définir ce qui vaut la colère, et laisse tomber ce qui n'en vaut pas la peine.

GuiDuBled


#2
elonnx
Psycho junior 
Hier à 23:22
Merci d’avoir partagé tout ça. Vraiment.
Je ne sais pas si l’écriture soulage durablement, mais au moins elle empêche que ça pourrisse en silence...

Ce que tu décris me parle énormément. À un point presque troublant.
J’ai vécu dans cet état intérieur pendant une bonne décennie, de mes 20 à mes 30 ans. En te lisant, j’ai eu plusieurs fois l’impression de lire quelque chose que j’aurais pu écrire moi-même à l’époque.

Ce décalage constant : être entouré, rire, avoir une vie sociale active… et pourtant être ailleurs. Présent physiquement, absent intérieurement. Et culpabiliser de ressentir ça, surtout envers les proches.
Et puis cette colère de fond, pas explosive, mais sourde, persistante, qui s’accumule doucement et ne part jamais vraiment.

Chez moi, ça a fini par exploser autrement. À 30 ans, mon système nerveux a lâché, réellement. Une pathologie chronique s’est déclarée (fibromyalgie). Fatigue, douleurs, et tout ce que ça implique. Du jour au lendemain, impossible de continuer à vivre comme avant.

Une fois un peu de force revenue (un an après le début), j’ai dû tout revoir : mes relations, mon rythme, mon rapport au monde.
Et il s’est passé quelque chose d’étrange : tout a changé… sans vraiment changer. C’est surtout ma posture qui a changé.

J’ai commencé à dire “non”, “stop”, “j’ai pas envie”. (collègues, amis, famille, quel que soit le lien de proximité que j'avais avec la personne). Non pas par courage, mais par nécessité : mon corps ne me laissait plus le choix.

Aujourd'hui je ne m’excuse plus d’exister comme je suis, d’avoir mes envies, mes limites, mon instabilité relationnelle parfois. Je fais attention à l’énergie que je donne, et à celle qu’on me rend. Certaines relations se sont distendues, d’autres sont revenues différemment. Certaines ont cessé, d'autres m’ont surpris.
Tant pis si on me juge, tant pis si on ne m'apprécie pas, car les relations qui se sont construites depuis sont plus sincères, plus agréables et je n'arrondis plus les angles en prenant sur moi et c'est ok en fait.
Et si je le fais c'est que j'ai plaisir a le faire car la personne en face me donne envie, tout simplement :)

Ce qui est frappant, c’est que plus j'ai respecté mes envies, plus la colère s’est estompée. Jusqu’à presque disparaître.

Une envie ça peut juste être "en fait j'ai la flemme de sortir ce soir" et rien que ça, lorsque je le respecte, je passe un meilleur moment, la frustration n'est plus présente et donc je suis bien avec moi même.

Pour reprendre tes écrits, je ne me retrouve plus dans un lieu sans que je ne le veuille vraiment. Ce moment social ou t'es ailleurs dans ta tête, que tu décris si bien, je l'ai vécu des centaines de fois avant. Terminé.

Je ne dis pas qu’il faut en arriver là, à tellement intérioriser les choses que le système nerveux craque, même si ça m'a été bénéfique sur tout ça, ça reste relou à porter au quotidien. (Relou c'est un faible mot).

Mais mon expérience me fait comprendre que tout cela est possible, cet ajustement de soi qui en fait libère. Te lire me fait réfléchir, et j'ai instinctivement l'impression que tout en toi le réclame : ce changement, cet ajustement.

Au début, il y a un entre-deux, quand tu amorces tout ça...
C'est clairement inconfortable. Il fait perdre certaines choses. Douter énormément.
Les gens ne comprennent pas forcément pourquoi d'un coup "tu n'es plus comme avant".
Pourquoi j'étais moins arrangeant, pourquoi j'étais plus "égoiste", etc... Bye bye le côté "good guy" en permanence :)
Et encore, j'avais "l'excuse de la maladie". Justification que personne ne peut remettre en question.

Mais à force ça m'a rendu quelque chose de précieux : la paix intérieure. Et après, difficile de revenir en arrière.
Finalement j'ai pas l'impression d'avoir perdu grand chose avec le recul, juste... Je me suis retrouvé moi-même.

En tout cas,
Merci encore pour ton texte. J’espère sincèrement que tu trouveras une façon de vivre plus alignée avec tes besoins, sans avoir à te briser pour y parvenir. C’est possible. Vraiment.


#3
GuiDuBled
Nouveau Psycho France
Hier à 23:39
G

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