Souvenirs. 1982 / Les Blogs de PsychoACTIF
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Souvenirs. 1982 



Avant propos: Un peu de solitude a permis à ces souvenirs, un peu grotesques, de remonter à la surface. Alors j'en pose un bout ici, ça me fait du bien.
Bisous
Janis

1982

La cuisine d’une petite ville de province, sa table en formica, ses chaises marronâtres et ses meubles en bois, vieillots.

Elle : 38 ans
J. : 7 ans

Ces scènes se répèteront durant une bonne dizaine d’années.

Elle : écoute J., personne ne t’aura ou ne te récupèrera ! Je dois trouver le moyen de nous tuer ! Donne moi des idées.

J. : Mais….euh….je…tuer ? Je comprends pas. Non non personne ne m’aura…Promis maman, je n’irai chez personne.

Elle : Tu ne comprends pas, ils te veulent…Tous…ils travaillent pour la police ! Tu as gâché ma vie, tu es un boulet accroché à mes chevilles !!!! DONNE MOI DES IDEES, JE DOIS NOUS TUER !!

J. : Je…j’irai à l’orphelinat…promis maman personne ne m’aura, pardonne moi maman...donne moi....laisse moi...fais ta vie

Elle : NON !!!! tu dois mourir, moi aussi !!!! Je vais prendre la voiture, nous allons plonger dans un ravin !

J. : non non maman, tue toi d’abord, je me tuerai ensuite, je te le promets…

Elle : Tu es comme eux, tu as mis des caméras ici….parle moins fort on nous écoute (une première gifle tombe).

J. : maman arrête, on va trouver une solution…laisse moi, abandonne moi, je t’en supplie…

Elle : tu travailles pour la police !!! JE LE SAIS !! Je vais te tuer, me tuer ensuite, ils ne nous auront pas, je détruirai le monde !!! Mais je ne veux pas, je ne veux pas causer tous ces morts….ahhhhhh

Les coups tombe…la petite fille tombe avec…entrainée dans cette violence qui se déchaine…heurte les murs de sa tête…a mal…a peur..oh combien peur. La peur s’invite, reine en ce monde…elle se coule dans chaque veine, chaque artère, apparait dans chaque bleus laissés sur la peau pâle.

Le calme retombe, les cœurs battent vite, les respirations tentent de retrouver leur souffle….

Elle : Ton nez coule ma chérie, viens te moucher.

Elle la mouche, presque tendrement…

Elle : ça m’a fait du bien de crever l’abcès, puis ça t’a débouché le nez.
(jusqu’à la prochaine fois)

Merci de votre lecture. Prenez soin de vous comme de vos proches.

Catégorie : No comment - 09 novembre 2019 à  12:22



Commentaires
#1 Posté par : LenaÀLaRechercheDuParadis 09 novembre 2019 à  21:08
Merci pour ce bout de souvenir, cette bulle Spoiler qui remonte à la surface. Cela te répare, Janis, et cela répare probablement d'autres personnes qui cherchent à comprendre l'inexplicable de nos vies. Dans l'immédiat, ton histoire, ou du moins cet extrait, me fait songer à celle d'une excellente amie dont j'aimerais écrire la vie. Initiatrice de ma transition, elle m'appelait "sa fille" et je l'appelais "maman", c'était un jeu entre nous, une complicité, un lien d'amitié finalement assez fort en dépit de nos caractères très opposés. Elle m'avait dit que la personne qui s’attellerait à cette tâche, la rédaction de sa biographie, rirait beaucoup. Et qu'elle pleurerait tout autant. Elle décrivait ainsi ses parents. "Ma mère ? C'était ma pire ennemie sur cette terre !". Timidement, je lui demande un peu plus tard quelle était sa relation avec son père, dont elle ne semble pas spécialement dire de mal. Mauvaise pioche. "J'espère juste qu'il pourrit en enfer...". Tout ceci est bien triste. Et c'est sans doute un mécanisme de défense, le rire nerveux, ce mélange d'émotions contradictoires, qui mouille mes yeux de larmes quand je lis ou quand j'entends ce genre de récits.

Posté par : LenaÀLaRechercheDuParadis | 09 novembre 2019 à  21:08

 
#2 Posté par : janis 09 novembre 2019 à  22:18

LenaÀLaRechercheDuParadis a écrit

Merci pour ce bout de souvenir, cette bulle Spoiler qui remonte à la surface. Cela te répare, Janis, et cela répare probablement d'autres personnes qui cherchent à comprendre l'inexplicable de nos vies. Dans l'immédiat, ton histoire, ou du moins cet extrait, me fait songer à celle d'une excellente amie dont j'aimerais écrire la vie. Initiatrice de ma transition, elle m'appelait "sa fille" et je l'appelais "maman", c'était un jeu entre nous, une complicité, un lien d'amitié finalement assez fort en dépit de nos caractères très opposés. Elle m'avait dit que la personne qui s’attellerait à cette tâche, la rédaction de sa biographie, rirait beaucoup. Et qu'elle pleurerait tout autant. Elle décrivait ainsi ses parents. "Ma mère ? C'était ma pire ennemie sur cette terre !". Timidement, je lui demande un peu plus tard quelle était sa relation avec son père, dont elle ne semble pas spécialement dire de mal. Mauvaise pioche. "J'espère juste qu'il pourrit en enfer...". Tout ceci est bien triste. Et c'est sans doute un mécanisme de défense, le rire nerveux, ce mélange d'émotions contradictoires, qui mouille mes yeux de larmes quand je lis ou quand j'entends ce genre de récits.

Merci LenaAlaRechercheduParadis de ta réponse bienveillante et subtile.

Alors en fait ma psy voulait que j écrive mais écrire des textes introspectifs sur mon enfance m est impossible...par contre comme je me positionne souvent en spectatrice dans mes souvenirs, comme si ils étaient arrivés a une autre, écrire des scenettes me fait du bien.

Au sujet de ton amie, quand on me parle de mon père, je peux formuler la même réponse.

Merci.
Bisous
Janis


Posté par : janis | 09 novembre 2019 à  22:18

 
#3 Posté par : Stelli 10 novembre 2019 à  17:16
Ton texte est très touchant. Merci pour ce partage. J’aurais beaucoup à dire de mes parents aussi...

Posté par : Stelli | 10 novembre 2019 à  17:16

 
#4 Posté par : Bootspoppers 10 novembre 2019 à  18:17
C est troublant...
Reussir à se souvenir c est déjà bien

Posté par : Bootspoppers | 10 novembre 2019 à  18:17

 
#5 Posté par : Hilde 10 novembre 2019 à  18:42

a écrit

Alors en fait ma psy voulait que j écrive mais écrire des textes introspectifs sur mon enfance m est impossible...par contre comme je me positionne souvent en spectatrice dans mes souvenirs, comme si ils étaient arrivés a une autre, écrire des scenettes me fait du bien.

J'aime beaucoup cette forme. Tout est dit.

Je ne pense pas que ce soit facile de se souvenir ou de reconstituer une situation type avec ce genre de précision.

Les dialogues de ta scènette me rappellent l'une de mes pièces préférées:


Posté par : Hilde | 10 novembre 2019 à  18:42

 
#6 Posté par : janis 10 novembre 2019 à  19:41

Hilde a écrit

a écrit

Alors en fait ma psy voulait que j écrive mais écrire des textes introspectifs sur mon enfance m est impossible...par contre comme je me positionne souvent en spectatrice dans mes souvenirs, comme si ils étaient arrivés a une autre, écrire des scenettes me fait du bien.

J'aime beaucoup cette forme. Tout est dit.

Je ne pense pas que ce soit facile de se souvenir ou de reconstituer une situation type avec ce genre de précision.

Hilde,
Merci pour cet extrait j'adore!!

J'avais peur de réactions négatives de la modération car ces scènes sont hors champ par rapport à la drogue mais c est un blog et je n'irai pas les poster sur le forum. Elles viennent toutes seules en ce moment. Je ne pensais pas qu'au détour des mots se nichaient les vieux ressentis, les émotions. Je ne sais pas si je suis claire.

Bisous

Janis


Posté par : janis | 10 novembre 2019 à  19:41

 
#7 Posté par : Hilde 10 novembre 2019 à  20:18

a écrit

Je ne sais pas si je suis claire.

Si, tout à fait. smile

Bisous.


Posté par : Hilde | 10 novembre 2019 à  20:18

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