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Me disloquer et puis renaître

Catégorie : Poèmes
03 février 2020 à  22:35

Je suis pris d’une crise
a me tordre
« en dedans »
a me tordre de rire.

J’ai l’envie de fondre,
De me disloquer,
et aussitôt,
renaître,
comme d’habitude,
dans la lumière.

Fondre,
Fondre vers moi,
plus vite,
vite le feu,
des flammes,
que je grille,
odeur dégoutante
de graisse fondue.

Me jeter dans le puits
La tête en bas,
looongue chute
jouir du fond qui s’approche
et que pleuvent sur ce qui reste
tous les pavés de la margelle,
vos regards me blessaient autrefois,
aujourd'hui je les appelle,
certain de renaître,
de préférence multicolore.


Dans les soubresauts d’un éclat de rire
m’enfoncer dans la terre
Me disloquer,
Pourrir,
comme si ce qui grouille sous ma peau pouvait mourir..
Mourir, quand même,
pour de bon.
Et resurgir,
les poings sur les hanches,
grimaçant,
Comme j’aime grimacer
et tirant la langue,
une langue multicolore.

Reputation de ce commentaire
 
Ce poème accompagne on ne peut mieux mon endormissement de ce soir. Lena.
 
Exploser l'enfer...



Commentaires
TY Lena,
je te souhaite des rêves légers et souriants.


[small]« Exploser l'enfer… »

Merci !

Oui, c’est bien de cela,
qu’il s’agit.
Pousser le concept :

L’enfer,
est une idée ?
Comme des «vacances dans les iles», 
une idée.
Je préfère encore « mon enfer »
à leurs bonheurs..

Je préfère mon enfer
qui dit mon manque
au plaisir superflu
bruyant, encombré.

Faut pas chercher chez les nazis,
et autres nazes historiques des idées toxiques,
les plus vénéneuses sont les idées contemporaines dominantes,
autrement plus mortelles,
que les champignons.

Quand j’étouffe,
pour de bon,
de quoi je crève ?
De ne pas trouver dans l’instant,
le sens de ce que je suis ?
La durée devient souffrance ?
Savoir où chercher,
la réponse vient la question posée,
et l’enfer se dissipe ?
Oser d’abord, croire en soi, 
que ce que je suis trouve sa place dans l’instant ?
Faire l’expérience de sa propre dignité.


Comment exploser l’enfer ?
L’enfer n’existe pas,
il est juste une idée de l’enfer.
« Je me crois en enfer, donc j’y suis. » (1)

Seul existe l’instant,
l’instant ouvert comme une plaie
ou bien l’instant entier.

J’aime écrire,
trouver en moi l’écho
des cailloux que je jette dans le puits.
Plaisir de dire l’écho en soi
être un instant entier.

De là,
je tire ma langue à l’enfer,
et les doigts au bout de mes bras
qui le cherchent ,
ne rencontrent que du vide.
Rires.[/small]

« Je me crois en enfer, donc j’y suis. » (1)
Nuit d'enfer (Arthur Rimbaud)[/small]


« Je me crois en enfer, donc j’y suis. » (1)
Recherchant cette citation je suis tombé sur Nuit d'enfer (Arthur Rimbaud)
Je ne peux pas résister au plaisir de partager le texte que je connais presque par coeur, mais que j'ai l'impression de lire pour la première fois.


«  J’ai avalé une fameuse gorgée de poison. – Trois fois béni soit le conseil qui m’est arrivé ! – Les entrailles me brûlent. La violence du venin tord mes membres, me rend difforme, me terrasse. Je meurs de soif, j’étouffe, je ne puis crier. C’est l’enfer, l’éternelle peine ! Voyez comme le feu se relève ! Je brûle comme il faut. Va, démon !
J’avais entrevu la conversion au bien et au bonheur, le salut. Puis-je décrire la vision, l’air de l’enfer ne soufre pas les hymnes ! C’était des millions de créatures charmantes, un suave concert spirituel, la force et la paix, les nobles ambitions, que sais-je  ?
Les nobles ambitions !
Et c’est encore la vie ! – Si la damnation est éternelle ! Un homme qui veut se mutiler est bien damné, n’est-ce pas  ? Je me crois en enfer, donc j’y suis. C’est l’exécution du catéchisme. Je suis esclave de mon baptême. Parents, vous avez fait mon malheur et vous avez fait le vôtre. Pauvre innocent ! – L’enfer ne peut attaquer les païens. – C’est la vie encore ! Plus tard, les délices de la damnation seront plus profondes. Un crime, vite, que je tombe au néant, de par la loi humaine.
Tais-toi, mais tais-toi !… C’est la honte, le reproche, ici: Satan qui dit que le feu est ignoble, que ma colère est affreusement sotte. – Assez !… Des erreurs qu’on me souffle, magies, parfums, faux, musiques puériles. – Et dire que je tiens la vérité, que je vois la justice: j’ai un jugement sain et arrêté, je suis prêt pour la perfection… Orgueil. – La peau de ma tête se dessèche. Pitié ! Seigneur, j’ai peur. J’ai soif, si soif ! Ah ! l’enfance, l’herbe, la pluie, le lac sur les pierres, le clair de lune quand le clocher sonnait douze… le diable est au clocher, à cette heure. Marie ! Sainte-Vierge !… – Horreur de ma bêtise.
Là-bas, ne sont-ce pas des âmes honnêtes, qui me veulent du bien… Venez… J’ai un oreiller sur la bouche, elles ne m’entendent pas, ce sont des fantômes. Puis, jamais personne ne pense à autrui. Qu’on n’approche pas. Je sens le roussi, c’est certain.
Les hallucinations sont innombrables. C’est bien ce que j’ai toujours eu: plus de foi en l’histoire, l’oubli des principes. Je m’en tairai: poëtes et visionnaires seraient jaloux. Je suis mille fois le plus riche, soyons avare comme la mer.
Ah ça ! l’horloge de la vie s’est arrêtée tout à l’heure. Je ne suis plus au monde. – La théologie est sérieuse, l’enfer est certainement en bas – et le ciel en haut. – Extase, cauchemar, sommeil dans un nid de flammes.
Que de malices dans l’attention dans la campagne… Satan, Ferdinand, court avec les graines sauvages… Jésus marche sur les ronces purpurines, sans les courber… Jésus marchait sur les eaux irritées. La lanterne nous le montra debout, blanc et des tresses brunes, au flanc d’une vague d’émeraude…
Je vais éveiller tous les mystères: mystères religieux ou naturels, mort, naissance, avenir, passé, cosmogonie, néant. Je suis maître en fantasmagories.
Écoutez !…
J’ai tous les talents ! – Il n’y a personne ici et il y a quelqu’un: je ne voudrais pas répandre mon trésor. – Veut-on des chants nègres, des danses de houris  ? Veut-on que je disparaisse, que je plonge à la recherche de l’anneau  ? Veut-on  ? Je ferai de l’or, des remèdes.
Fiez-vous donc à moi, la foi soulage, guide, guérit. Tous, venez, – même les petits enfants, – que je vous console, qu’on répande pour vous son coeur, – le coeur merveilleux ! – Pauvres hommes, travailleurs ! Je ne demande pas de prières; avec votre confiance seulement, je serai heureux.
– Et pensons à moi. Ceci me fait peu regretter le monde. J’ai de la chance de ne pas souffrir plus. Ma vie ne fut que folies douces, c’est regrettable.
Bah ! faisons toutes les grimaces imaginables.
Décidément, nous sommes hors du monde. Plus aucun son. Mon tact a disparu. Ah ! mon château, ma Saxe, mon bois de saules. Les soirs, les matins, les nuits, les jours… Suis-je las !
Je devrais avoir mon enfer pour la colère, mon enfer pour l’orgueil, – et l’enfer de la caresse; un concert d’enfers.
Je meurs de lassitude. C’est le tombeau, je m’en vais aux vers, horreur de l’horreur ! Satan, farceur, tu veux me dissoudre, avec tes charmes. Je réclame. Je réclame ! un coup de fourche, une goutte de feu.
Ah ! remonter à la vie ! Jeter les yeux sur nos difformités. Et ce poison, ce baiser mille fois maudit ! Ma faiblesse, la cruauté du monde ! Mon dieu, pitié, cachez-moi, je me tiens trop mal ! – Je suis caché et je ne le suis pas.
C’est le feu qui se relève avec son damné. »
Arthur Rimbaud


Nuit de l’enfer sur la vidéo à partir de 18 minutes 05
https://www.youtube.com/watch?v=gaOfWFIJSlw
 

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