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Anniversaire chimique

Catégorie : Carnet de bord
03 octobre 2022 à  00:11

#chemlove #méditation #amour #rêve
C'est un anniversaire. Le tien. Le nôtre.
***
Tu es sans doute l'être que j'ai le plus aimé, le plus fort, peut-être aussi le plus mal.
Comme si l'amour, quand il était très fort, pouvait être mauvais. Paradoxe. L'amour immense peut-il déconner ?
***
Pourquoi notre immense amour s'est il effondré ainsi ?
Etait-ce la drogue, qui nous a pourtant rapprochées? C'est vrai, je me souviens des dimanches après-midi, si tristes. Je partais de chez toi, tu étais triste. C'était un moment horrible au carré. Nous avions la veille ou l'avant-veille connu les sommets empathiques. Puis, le dimanche, c'était à chaque fois comme un effondrement.
Nous avons connu ces sommets. Et puis nous avons divergé. Sous prod, moi j'étais complètement abruti, toi, tu restes encore lucide. L'enjeu crucial de rester lucide dans les perches. La pleine conscience. Je crois que je n'y suis pas souvent arrivé. Je suis passé à côté. Ce n'est pas grave ! cette pleine conscience , on peut l'exercer dans la vie, quand on l'a entre-découverte. Tu me l'as expliqué. J'ai le sentiment que tu as vécu des choses plus pleinement. J'en suis heureux pour toi. Et pourtant tu étais plus malheureuse. Comme si cette conscience plus aiguë te rendait plus fragile au lieu de te rendre plus fort. Pourquoi n'as-tu pas été plus fort ? Pourquoi tu  t'es effondrée, nous avec, moi avec ?
***
Je pensais avoir tout compris, avec toi. Avec nous. C'est pourquoi, comme j'ai l'impression de n'avoir rien compris avec les autres, j'étais plus dans le juste. Tu m'auras rappelé que, quoi qu'on fasse, quoi qu'on vive, quelle que soit l'intensité, il y a toujours une part de mystère.
***
Plus rien.
Mais c'est un anniversaire... Alors je me souviens.
Avec toi, je pense que je suis devenu véritablement un homme. C'était en germe avec les autres, mais avec toi ça s'est accompli.
Tu m'as laissé le droit aux souvenirs.
Je me souviens rarement de ton visage ... Ce que j'ai en moi, moi qui suis sourd, c'est ta voix. (Je me souviens pourtant de la dernière fois que je t'ai vue chez toi. Ton gilet noir à pompon, tes cheveux tirés. La lumière du couloir qui aura été un lieu si important pour moi.) Mais ce qui reste, bizarrement, c'est ta voix. Ta voix comme une chanson, une prophétie , douce et violente,  une question de vie ou de mort. Jamais ne n'oublierai mon retour du néant: « Tu veux un peu de jus de pomme François ? ». Et puis tes sanglots lorsque nous nous sommes rendus les clés, « Cette clé, tu l'avais fait faire pour moi ».
Alors au son de ta voix...
Alors je veux me révolter.
Je veux me révolter contre ton interdiction de nous faire vivre encore. Je pense que tu t'es donnée complètement, je crois que tu m'en veux, je crains que tu me haïsses. Les derniers mots que tu as écrit était d'une telle violence. Je t'ai brisé le cœur. Et mon âme ne le supporte pas.
Pourquoi m'as-tu interdit de te reconstruire ? Pourquoi m'as-tu interdit la magie ? Pourquoi nous sommes nous interdits l'amour plein et entier, infini, celui auquel nous croyons ...
Parfois je me demande si ce que nous avons vécu n'était qu'illusion, une fausseté de drogués. Il faut bien se poser la question. Mais nous savons que c'est faux. Toi-même tu t'es posé la question. Mais tu sais bien que c'est faux. Ce que nous avons vécu est Vrai. Nous avons vécu le sommet de l'amour, nous le savons bien. Ne serait-ce pas le reste qui  serait illusion ? Nous avons promené dans les sous-bois nos méandres, comme nuls autres sauf les poètes, et nous avons été la poésie et la musique de l'amour.
A s'en rassasier peut être...
Mon ami plénière, je veux aimer le monde comme on s'est aimé, et c'est pour ça que je suis parti.
Mais je veux cheminer avec toi et t'inviter sur ma route.
T'invoquer en silence comme on évoque un dieu.
Et souffrir à nouveau pour sentir ton absence.
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Commentaires
Une plaie bizarre au poignet. Venue je ne sais d'où quand je la découvre..c'est une brûlure. Je ne l'avais pas remarquée.
Blessure lors d'une chasse au dragon. Évidemment on ne sent rien.
Blessure de guerre avec le Destin.
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*
Dans ma chambre au milieu des dessins , comme des feux incompris, la corbeille reste pleine de vos cuillers et des dosettes d'eau ppi.  Je ne me résous pas à la vider. Au contraire, je l'étale sur mon lit et je les photographie avec mes affaires.

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C'est un lien secret que je montre en photo. Un lien dégoûtant mais naïf. Une appartenance. Un message d'amour collectif.
*
Après la chasse au dragon de cette semaine, j'ai été épuisé. L'héroïne fatigue.  Comme d'habitude, j'ai eu une belle descente relationnelle avec les gensSpoiler
Les cadeaux des commerçants. Les confidences heureuses des SDF.
Pour finir, dans les katas. Je me perds et c'est tant mieux. C'est ça, ou fumer. Maman qui s'est blessée sous mes yeux. Dans les bras. Une petite fille. Je ne supporte pas.
Je me perds sans peur, délibérément. 
*
Se perdre, c'est comme une montée. Et puis au bout d'un nième cul de sac ( le danger c'est de s'épuiser dans les chatières), miracle.
Un temple secret, les outils en place, un mur de sculptures en ronde bosse , des bas reliefs, des figurines entassées. Comment peut on faire d'aussi belles choses si loin de la ville ?
Le feu. La pierre. L'air chargé de reflets. L'eau qui suinte à la porte. L'esprit de beauté.
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Retour vers la surface. B** que j'ai rencontré là une heure auparavant, est négligemment vautré, élégamment nonchalé, dans une niche.
St** émerge d'une chatière.
Cette galerie, me dit-il, mène à l'antichambre de notre entrée en évitant la Piscine car St** n'a pas de bottes. B m'explique, et  St** confirme que c'est facile, mais sans sac à dos. Ça veut tout dire. Mais je ne le sais pas encore..
Elle est couverte de craie, sa tignasse de gamine est hirsute, son legging luit à la lumière des torches.
Il me raconte une émotion qu'il a eue. Il la partage avec moi. Ça n'a aucun sens, c'est juste un don, un secret partagé,  un sentiment qui m'est révélé. Je suis interdit. Je ne sais que dire. C'est juste beau.
Salut de l'ancien. Je repars.
Je m'engage dans la chatière. Elle est vraiment étroite et longue. Je mets un temps infini pour parcourir les soi-disant cinq minutes. Dans les ktas le temps est différent, c'est comme dans les perches.
Je dois pousser des pierres pour passer mon torse. Sans indications je n'y serai jamais allé, le demi tour est impossible, on ne peut pas se retourner et aller en marche arrière est inenvisageable à cause des gravats. Je pense aux premiers explorateurs de la grotte Cosquer a Marseille qui se sont noyés de panique ...
Je sors de cette galerie heureux. Trempé de sueur.
Je monte en ahannant les degrés du toboggan de sortie. Mon cœur bat comme après un shoot de coke. Souvenirs, c'était prévu. Émotion. Les fantômes sont là fidèlement. Toujours là, c'est un passage magique. Frotté de tant de mains, d'épaules, de poitrines, de cuisses, de pieds. Des gémissements, des soulagements, des rires. Un truc à moi et avec l'infini. Sourire et larme. La Vie la Mort.
*
On m'ouvre la plaque car je n'ai plus de force. Il fait glacial et je suis trempé.
Mais je suis triste et content.
J'ai les mots de B** en tête et la vision de St** qui sort de la paroi. Le temple découvert sous mes paumes.
Ce soir je ne droguerai pas . Je ne me droguerai plus?
J'ai effacé ma peur de la solitude et de la mort.
*
Ma révolte contre le Destin est intacte.
Réussirai-je à ruser contre lui? Je me rends bien compte: j'ai baissé les bras. Je n'aime pas ça.
Révoltons nous pour de vraies choses.
"On ne sait jamais la couleur des choses... Et maintenant je le sais".


Tu avais raison, Sorcière. Ce n'était pas reproductible.
Les relations ne se ressemblent pas.
Je médite sans cesse sur ce que j'ai vécu en Nous. Peu à peu j'écris pour mieux comprendre la Vie. La Mort. L'une et l'autre sont belles, mais j'ai choisi l'une.
Et toi, je ne me demande même pas ce que tu vis. Nous est mort, comme tu l'avais prédit. Sorcière, je n'ai pas pu te vaincre par mon amour.
Juste...
Un déhanchement sacré, un calcio très lointain...  Je t'ai vue avant hier dans ta ville aux fruits mûrs, sur cette roche illustre où les rois ont planté. Tu dansais comme un homme. De tes chaussures blanches, cramponnées à nos rêves, tu envoyais au soleil un ballon plein d'étoiles. 
Et j'ai commencé à nous ressusciter. Par
Jérusalem, ô lieu qui nous lie avec les dieux.
Oui, je deviens vieux, il est temps de recoudre nos braguettes. Laisse la place au rêve qui revient comme une autre vie.



Ça y est je commence à apprécier l'héroïne
.
*
Dans quel état ça me mettait avant? Je me renfrognais et je faisais la gueule.
C'était la fin de l' été je crois, peut-être l'automne. On était allé au jardin. La nuit, un peu. 
Était-ce nous? Nous, si puissant, comme un oued en crue. Nous, si violent, plus fort que l'hero... Nous, si fort, qu'il en est mort. Nous, si âpre, dont le fantôme me hante.
L'hero, ce n'était sûrement pas assez fort pour Nous. Pourquoi est-ce que Nous avait besoin de tant de violence ?  violence des mots, des images, des souvenirs, des unions, des délires et des abnegations ? Nous, à qui nous avons sacrifié un temps de notre vie.
Nous, qui en est mort.
Heureux, sans doute, ceux comme nous, qui ont vécu un tel enlèvement de soi.
Mais la douceur de l'héroïne ne convenait pas à Nous.
*
J'ai arrêté la violence de notre drogue tant aimée.
Du jour au lendemain, elle a disparue avec Nous.
Nous, si fort, qu'il entraîne la drogue la plus en vogue avec lui dans l'abîme.
Nous, qui se comporte comme un tiers, comme il l'a toujours fait. Un tiers jaloux et vengeur, séduisant et charmeur. La lame quinze. Un dieu païen. Une tragédie grecque.
*
Mon addiction avait besoin d'autres repères.
Notre drogue devait passer le témoin.
Et l'hero devait se faire respecter.
Un soir du deuil, je tente donc en solitaire un speedball de 3mmc ( la dernière fois) et d'héroïne. Passage inconscient du relais.
Je shoote.
Je tombe assis par terre, comme hagard. Immobile. Ce n'est pas mon genre. Pas celui de la 3mmc. Je ne me souviens plus si j'ai eu envie de vomir. 
Cet hébétude dure bien dix minutes.
Rapidement, les hallucinations arrivent-elles. Je me souviens très bien de la dernière, très flippante. Un grand papillon, marron, qui emplis toute la pièce en battant négligemment des ailes, lentement, comme pour m'envelopper.
Qui étais tu, papillon mystérieux ? Je n'ai pas eu peur de Toi car Tu étais doux et compréhensif.
J'ai juste été étonné de Te voir apparaitre.
"Grand capitaine, appareillons!  " Aucune peur, donc. Juste de l'étonnement. Ce n'était pas prévu de Te voir.
Pourquoi T'ai-je dit non? Peut-être parce que je n'aime pas l'imprévu. Ce n'était pas le moment...
*
Alors je me ressaisis . Je quitte la moquette verte, tachée de tant de sangs. Je me hisse sur la chaise, je me recroqueville sur la table . Puis j'appelle la personne amie.
Elle diagnostique aussitôt  l'OD, masquée par le stimulant . L'OD, qui peut survenir plusieurs heures après.
Elle me guide jusqu'à la naloxone . J'arrive sans aucune difficulté à me faire la première intramusculaire de ma longue vie. Suivie d'autres, en étant pendu au téléphone. Pendant deux heures.
*
J'avais pesé pourtant.
30 mg. 30 % d'héroïne MAM, trois fois plus fort en théorie que la morphine dont j'injectais trente milligrammes.
Alors?
L'explication : J'avais juste oublié de comptabiliser les trente % d'autres métabolites (morphine, 5-monoacetylmorphine etc). C'était donc un speedball avec un cocktail opiacé au moins double qu'attendu. Ça m'a servi de leçon.
*
L'hero est restée ensuite tranquille dans son coffret. Je me suis tourné avec passion vers la cocaïne, à m'en dégoûter peut-être.
*
Et puis...
Un jour cet automne,  vous êtes venues fumer. Je ne sais pas pourquoi c'était chez moi. Tu étais, l'une  en voyage , et toi,  l'autre, en banlieue, c'était pratique de se retrouver sur la moquette pour une dînette.
Je me rappelle en souriant la bassine, si on va vomir.
Allez . Moi aussi. Je n'avais jamais vraiment réussi la chasse jusqu'à présent. Je tentais de faire couler la goutte, ce qui me paraît , encore maintenant,  impossible. J'y ai renoncé.
A la place, j'écrase le caillou , 10 mg, et j'étale la poudre beige sur l'alu. Une fine trace le long du pli.
Au premier coup de briquet la trace fume et se caramélise, une jolie bavure ambrée sur les nervures de la feuille.
Je sens le goût âpre dans la gorge, j'expire un gros nuage. Mes joues chauffent aussitôt.
Au deuxième coup de briquet, la fumée est plus dense, elle apparait tout d'un coup, à l'improviste, alors que je promène la flamme. Trois fois, je renouvelle la chaleur jusqu'à ce que seul du goudron, mat et desséché, subsiste.
Le sourire aux lèvres. Une plénitude douce. Le repas qui suit est sublime. Manger sous H, quelle expérience....
*
J'ai appris depuis à veiller sous H, à faire danser mes doigts sur ton dos alangui, au rythme de l'enceinte qui nous emplit toutes deux.
*
Spoiler

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