J'ai écris un récit que j'aimerais partager. Je voulais faire un témoignage. Seulement, maladroit, spontané, grossier, j'ai peur que certaines de mes formulations puissent être irritantes ou blessantes. Puis il parait que j'ai tendance à faire trop de généralités et conclusions hâtives. Je suis ouvert à toute critique et serais très heureux d'avoir des retours. Bonne lecture
La parodontite s’aggrave de jour en jour. Ma gencive inférieure est endolorie et j’ai l’impression qu’il y manque de la chair. Et c’est bien réel, ma compulsion pour le toxique me ronge bouffée après bouffée. Élevé au fluor puis appareillé, mon sourire brillant se dégrade. La muqueuse se replie sur elle-même et s’amincit. On y verrait quelqu’un anorexique à l’attachement évitant ; elle anorexique, lui l’attachement évitant.
Elle jouait de moi et aussi avec mon ami libidineux. Ce duo fusionnel est la némésis de mon innocence. Délaissé, j’ai changé de malade d’alcool en accroc à la
cocaïne basée. Ma personnalité limite a déraillé devant leur complicité naissante. Angoisse, jalousie et trahison m’ont dépassé. Pourtant ne rien faire aurait apporté hauteur et succès. Seule une semaine de ce spectacle a suffi à me plonger dans mes ténèbres. Les petits déjeuner sont devenus bières, anxiolytiques et
tabac.
Bien que négligé, mon sourire, fort atout de séduction, reste impeccable. Tout est aligné. Mais pour la troisième fois, la frénésie du
caillou m’a emporté. Cette fois-ci, je vois mes dents se salirent et prendre un aspect malade. Il n’y a rien à faire, je fume de plus en plus. Je fume, mon crâne se compresse, je suis scotché bouche bée. J’adore ça. Mon cerveau pétille littéralement. L’inspiration me prends alors et j’écris. J’essaie de transcrire ce qui me traverse.
Motivé, je trouve tout de même mes productions redondantes. Je tourne en rond autour des mêmes thèmes. Je suis abîmé par la perte de mon emploi. Bientôt deux ans se sont écoulés et cette rechute révèle une plaie intérieure encore ouverte. Je m’inquiète de ne jamais atteindre la stabilité. Il ne s’y passe que peu d’événements mais ma vie est une suite de chamboulements. C’est l’épopée de mon âme à travers moi-même. J’apprends à mieux me connaître à chacune des tempêtes traversées. J’avais vécu ma plus belle année, et parce très riche, trop riche, la plus destructrice aussi.
Donc en ce moment c’est le
crack. J’en suis à ma neuvième semaine. J’achète ma poudre et la cuisine du mieux que je le peux. Impatient, je chauffe trop ma tambouille. Une dose de bicarbonate de soude pour trois ou quatre de drogue, un peu d’eau et tous les ingrédients sont réunis. Au début je faisais des
bases pour me distraire et me défonçais plutôt par la paille. Mais petit à petit la fumette a pris le dessus sur le
sniff. Cette fois-ci je n’échappe pas au titre discriminant de cracked.
J’entre en cure bientôt. J’en sortirai dans huit semaines, reconstruit, du moins en théorie. En attendant je suis très irritable et sujet à des sauts d’humeur. Aujourd’hui, un pote de ma cure précédente m’a gonflé et fait perde mon sang-froid ; je regrette. Lui aussi est retombé dans ses travers, l'
alcool. Nous allons revivre ensemble le
sevrage. Mais voilà que tout juste hospitalisé, il me demande de lui amener de l’herbe. Et voici qu’un coup de téléphone chaleureux devient une galère de junkie. Franchement il m’a saoulé. En ce moment je me dispute avec tout le monde.
L’addiction, les troubles, la dépression, voilà des réalités bien complexes. Les trois ont en commun la remise en question de leur existence. Constamment il revient le doute de leur légitimité, de leur sens et la dangereuse confusion qu’on en fait avec un manque de volonté. La volonté n’existe pas, c’est l’émotion intérêt dont on a fait l’amalgame. Et je ne parle seulement que du scepticisme ressenti par l’individu vis-à-vis de lui-même.
L’addiction, le trouble, la dépression et tous les gens qui m’ont tourné le dos ; par quoi commencer ? Lié l’un à l’autre, il arrive le brouillard ou le second prend le dessus. Tout se mélange et se chamboule. On ne sait plus si la dépression vient de l’addiction ou si l’addiction est due à la dépression. La seule certitude reste que je manque de volonté… J’écris en consommant. J’ai mis trop de bicarbonate dans ma préparation, mon
caillou a un aspect de chaux et non de marbre comme il devrait. D’abord il y avait les troubles, ignorés, ils ont donné lieu à la dépression, subie, elle a entrainé l’addiction. Aujourd’hui je dois me soigner de l’addiction pour pouvoir guérir de la dépression puis une fois l’esprit clair pouvoir traiter le trouble. Les derniers sont devenus premiers.
L’addiction c’est lorsque la substance prend une part primordiale dans votre existence. C’est lorsque sans on est en manque, avec on est écœuré. C’est lorsqu’on ne se contrôle plus au point d’en perdre sa dignité. C’est lorsqu’on n’est plus souvent sous produit qu’à jeun. C’est lorsqu’on s’isole pour consommer mieux ou plus. C’est lorsque malgré le mal qu’on s’inflige, on ne peut se retenir. Lorsque pour se ravitailler on se met à braver des dangers. Lorsqu’on se met en difficulté financière. Et bien d’autres « lorsque ».
Je lui avais envoyé « Je t’aime » par sms. Je ne sais pas si je l’aimais réellement. Par certains aspects oui. Je nous projetais ensemble, j’étais ouvert à ce qu’elle était et que je n’étais pas, j’étais soucieux de son bien-être. Mais je pouvais me délivrer d’elle avec une autre femme, j’étais tombé dans une dépendance relationnelle. Auprès de moi elle oubliait ses soucis et cela me valorisait. Sa beauté me donnait de l’importance. Je lui avais redonné l’envie de vivre à deux. Elle avait beaucoup insisté pour moi. Enfin…
Je ne savais pas combien j’étais mal en point intérieurement. Une toxicité que je pensais maitrisée et disparue a ressurgi de mes entrailles. En face ce n’était guère plus valeureux, peur, mépris, orgueil, manipulation. Je me suis noyé, submergé par mes émotions, englouti par le tourbillon qu’était devenu mon psychisme. Il en est qu’aujourd’hui, longtemps après le naufrage, j’ai replongé dans l‘abysse des états seconds. Et bien que la perte de mes dents se dessine de jour en jour, il n’y a rien à faire, je continue de grappiller mon capital santé pour oublier je ne sais même pas quoi, pour me sentir vivant et accompli.
Dernière modification par Le 7 (06 janvier 2026 à 16:28)