Un truc intéressant : OPRM1 A118G

#génétique #pas tous égaux #tolérance
#1 
Jessiemabrune femme
Nouveau membre French Polynesia
Hier à 20:35
Une info sur laquelle je suis tombée en creusant un peu ma théorie psycho-bizarroides et je me suis dit que ça intéresserait peut-être certains.

Pas de déterminisme, juste des pistes sur un facteur parmis d'autres.



OPRM1 A118G... ou "putain mais pourquoi lui il accroche pas et moi si ?"

(vulgarisation sans prise de tête)

On a tous eu cette conversation. Même produit, même dose, même contexte. Et pourtant, l'un repart comme si de rien n'était, l'autre commence à réorganiser mentalement son budget et son emploi du temps.
Alors bien sûr, le vécu personnel, la psycho, tout ça, ça joue, mais si on regarde un peu du côté de la génétique... ça devient passionnant (ou flippant, selon le point de vue)


1/ Le récepteur mu-opioïde : version courte pour ceux qui s'en foutent des détails

Tous les opioïdes, du Tramadol à la morphine en passant par vos endorphines post-vélo, se fixent sur le même récepteur dans le cerveau. Le récepteur mu-opioïde. C'est lui qui gère le "ah ouais quand même" quand la molécule arrive.

Ce récepteur est codé par un gène qui s'appelle OPRM1. Jusque là, c'est simple.

PS : Ce récepteur gère aussi, et c'est moins connu, le coût émotionnel des interactions sociales, le sentiment d'appartenance, et la douleur émotionnelle.


2/ Là où ça devient intéressant

Il existe une variation de ce gène : A118G pour les intimes. En gros : à un endroit précis du gène, certains ont une lettre, d'autres en ont une autre.
Traduction pour ceux qui aiment la génétique : À la position 118 du gène, certains ont un A (adénine), d'autres ont un G (guanine). Ça peut sembler anecdotique. Ça ne l'est pas.

Ceux qui ont le variant G, et surtout ceux qui l'ont des deux côtés (GG homozygote), ont des récepteurs qui accrochent les opioïdes significativement mieux que la moyenne. Certaines études parlent d'un facteur trois pour les opioïdes endogènes.

Traduction sans jargon : à dose égale, le cerveau GG reçoit un signal beaucoup plus fort. Ce qui peut expliquer quelques petites choses sur les trajectoires différentes face aux mêmes substances.


3/ Les conséquences concrètes

Tolérance qui monte beaucoup plus vite : ce qui marchait au départ ne suffit plus aussi rapidement.

Craving probablement plus costaud : le souvenir neurologique est gravé plus profond.

Réponse subjective différente à dose équivalente : les porteurs G décrivent des effets plus intenses ou plus "justes" à des doses que d'autres trouveraient anodines.


Point RdR IMPORTANT — à lire même si vous skimmez le reste

La combinaison profil G + période d'abstinence + reprise = zone de danger réelle.
La tolérance chute pendant l'abstinence, l'ancienne dose devient une dose d'OD, ça on le sait : rien de nouveau sous le soleil.
Ça concerne tout le monde.
Mais, truc important, les profils G ont une marge d'erreur plus étroite, même si l'ensemble des autres facteurs physiologiques sont identiques (fatigue, à jeun ou pas, poids, etc...).


4/ Bonus inattendu : l'alcool

Même mécanisme. L'alcool libère des opioïdes endogènes, et chez les porteurs G, cette libération est plus marquée. Ce qui explique en partie pourquoi certains "tiennent" l'alcool différemment des autres. Et pourquoi le Naltrexone fonctionne dans certains traitements : il bloque précisément ce mécanisme opioïde.


5/ C'est fréquent ?

Le variant G est minoritaire dans les populations caucasiennes (10 à 20% environ. GG homozygote nettement plus rare, moins de 5 %), encore plus rare pour les populations originaires d'Afrique (2 à 8 % grosso modo de profils G)... et beaucoup plus courant pour les populations asiatique (40 à 50 % environ de profils G).
Donc si vous avez tiré AG ou GG à la loterie génétique, vous êtes statistiquement atypiques. (Surprise)


6/ Comment savoir si vous portez ce variant

Test génétique grand public, 23andMe ou équivalent, environ 100-150€. Les données brutes peuvent être analysées via Promethease ou Genetic Genie pour extraire les infos pharmaco pertinentes.

Pas urgent. Juste utile à avoir dans sa cartographie personnelle si la question vous intéresse.

(Sources : littérature PubMed sur OPRM1 A118G, recherches 2000-2024)
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Vulgarisation du discours scientifique. Merci la traduction intéressant

Respecter quelqu'un, c'est l'accepter comme il est. Pas comme tu voudrais qu'il soit.

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